LA SOURCE
Au Tres HONORABLE
Sir WILFRID LAURIER
. Moelleusement sise en un creux de mousse, ou
enchâssant son cristal dans une fine sertissure de pierre,
discrète, mystérieuse, le plus souvent voilée d'herbes ou
de feuilles, la source constitue certainement l’une des merveilles du monde matériel.
Elle est belle jusque dans son nom ;—il y a, en effet,
dans ce mot de source, de fontaine, comme une note de
musique, caressante, délicieuse à l’infini;- si belle que les
(1) Prose de Noël.
PASTELS
poètes de tous les temps l'ont célébrée en strophes exquises, et que les artistes n'ont pu s'empêcher de lui prêter une Âme vivante, de la personnifier en un harmonieux rêve de chair, de la diviniser;—si beile que le Céleste Jardinier de l’Eden en avait fait jaillir une, au beau milieu du paradis terrestre, —"" fous ascendebat à terrd, une fontaine s'élevait de terre,''—nous dit la Genèse, —comme si, sans cette perle liquide, son œuvre eut été incomplète de toute façon, et eut manqué, non pas seulement d'un phénomène utile, nécessäire à la fécondation du sol, mais encore d'un élément esthétique incomparable, d’un objet essentiel à l'idéale, à l’absolue beauté qu'il avait voulu réaliser.
La source est belle, —et elle est discrète.
Rien n'annonce sa présence, «i ce n'est ces taches blondes, ces lamelles d'or, dont le soleil, en s'infiltrant à travers les ramures, parsème son onde, ou ces lambeaux
d'azur que le firmament y laisse choir;—si ce n'est aussi ce murmure incessant, ce rire clair, perlé,—si mélodieux, si berceur, que le rossignol, qui vient s'y mirer et s'y baigner, qui vient y boire, et diamanter son duvet de ses gouttes argentines, que le rossignol le prend, ce doux gazouillis des fontaines, pour un écho charmant de sa propre chanson . . . .