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DISCUSSION AVEC FRÉMY

La discussion qui s'ouvrit ensuite entre Pasteur et Frémy, étudiée de même avec les lumières que nous possédons aujourd'hui, n'a, comme la précédente, auc un intérêt. J'ose dire qu'elle n'en a même jamais eu, mêm e à l'époque où elle échauffait les séances de l'Académie des Sciences, tant elle a été incohérente dans ses diverses phases. Lorsqu'il aborda ces études, Frémy était arrivé à l'âge où l'esprit ne se plie pas facilement à de nouvelles habitudes. Il n'avait jamais été un savant bien débrouillard, et la question exigeait beaucoup de finesse et de pénétration. Il n'avait jamais été familier avec le microscope ni avec le monde des infiniment petits. On se demandait donc ce qu'il venait faire dans le sujet et pourquoi il s'était embarqué sur cette galère. Peut-être voulait-il seulement y parader, car elle manœuvrait très en vue du rivage. Avec toutes ses qualités d'homme et de savant, Frémy était en effet sous beaucoup de points de vue un grand enfant. Peut-être avait-il pourtant l'intention de conduire le navire à bon port. Mais alors, quelle illusion sur ce qui lui manquait pour cela! Il y voyait trouble et raisonnait de travers. Pour expliquer, par exemple, que les ballons à col de

cygne employés par Pasteur ne se troublent pas, il imagine que c'est à cause de la viciation de l'air résultant de l'absorption d'oxygène par la liqueur qu'ils contiennent. C'était oublier les expériences de Schultze, de Schwann, de Schroeder, même celles de Pasteur. Mais ceci n'est encore rien. Pour prouver cette viciation de l'air qui, d'après lui, empêcherait et, par conséquent, précéderait l'envahissement des microbes, il cite des analyses d'air faites sur des ballons déjà envahis, et où les microbes aérobies avaient naturellement absorbé tout ou partie de l'oxygène. C'est à n'y pas croire, et l'excellent homme ne méritait vraiment pas, tant il était inconscient, les quelques duretés qu'il a récoltées dans sa polémique. Pasteur ne le traitait pas en adversaire sérieux, s'amusait à le voir s'enferrer, et le ton qu'il avait pris avec lui est bien donné par la phrase suivante, écrite à propos d'une discussion académique dans laquelle Frémy, poussé à bout et « mis au pied du mur » par une expérience de son adversaire, avait imaginé, séance tenante, pour l'expliquer et sortir d'embarras, de dire que « de petites quantités de moût de raisin ne fermentent pas » , et qu'il faut qu'il y en ait beaucoup pour que la fermentation s'y déclare d'elle-même. Là-dessus, Pasteur revient à la charge. « Dans la séance qui a suivi celle où M. Frémy a fait cette déclaration sur les petites quantités qui ne fermentent pas, je me suis donné le malicieux plaisir d'apporter une foule de très petites ampoules fermées, dans chacune desquelles j'avais fait pénétrer par aspiration une goutte de moût de grains de raisins écrasés. J'ai brisé la pointe effilée de plusieurs d'entre elles, devant l'Académie, et toutes ont manifesté la fermentation de

la goutte de liquide qu'elles contenaient par un brusque sifflement qui s'entendait à distance. M. Frémy était présent et garda le silence1 ».

Il faut dire, à la louange de Frémy, qu'il ne conservait aucune rancune de ces horions, sentant, confusément d'abord, de plus en plus nettement ensuite, que son adversaire avait raison contre lui. 11 aimait la vérité, bien qu'il ne fut pas toujours très prompt à la reconnaître, et lorsque dans V Encyclopédie, qu'il dirigea quelques années plus tard, il eut à faire écrire un livre sur les ferments et les fermentations, c'est non à un de ses élèves, mais à un des élèves de Pasteur qu'il s'adressa pour cela. On ne peut terminer plus galamment une polémique!

Cette discussion, toutefois, ne resta pas stérile. Il n'y avait pas de discussions stériles avec Pasteur, parce qu'il recourait toujours à l'expérience pour combattre les arguments qu'on lui opposait. Il se trouvait ainsi entraîné sur des terrains variés, qu'il n'eût jamais abordés de lui-même, et, comme il avait de la perspicacité, il ne manquait pas d'y faire des découvertes. C'est ainsi qu'il fit sortir de sa controverse avec Frémy une foule de notions curieuses sur la distribution des germes dans l'air, sur la répartition des germes de la levure sur les pellicules de la grappe, notions qu'il utilisa plus tard, et que nous retrouverons.

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