‹ Pasteur et son laboratoire [microforme]Chapitre 1 sur 16 · DEOM FRERES, EDITEURS, 47 STB-CATHERINE EST, MONTREAL · texte numérisé non relu

DEOM FRERES, EDITEURS, 47 STB-CATHERINE EST, MONTREAL

+ 2 Université Laval de Montréal

| FACULTÉ DE MÉDECINE | Chaire de Biologie

L'-çon d'ouverture du Cours

Ms chers collègues,

Le jour où j'ai l'honneur d’inaugiser cette chaire que Vous avez bien voulu créer pour moi, laissezmoi vous remercier et vous assurer de tout mon dé- Youement pour votre œuvre, je ferai mon possible pour être à la hauteur de ma tâche.

Je crois répondre à votre désir, aujourd'hui, en mettant mon enseignement sous l'égide du grand nom de Pasteur. Si j'ai été choisi par vous, comme professeur titulaire de cette Faculté de médecine, c'est que j'ai vécu aux côtés du Maître pendant de nombreuses années et Vous ne serez donc pas

se S

étonnés si je consacre cette première leçon à vous faire part des souvenirs que j'ai gardés de ce labo-

ratoire où j'ai appris la biologie,

Chers élèves,

C'est en 1882 que je suis entré au laboratoire historique de la rue d'Ulm. Pasteur depuis 1850, développait la série de ses immortelles découvertes. Il étudiait alors principalement la rage et le rouget des porcs qui sévissait dans les porcheries d'un grand nombre de départements français. Je vois encore la feuille de papier sur laquelle il avait mis les quelques Manñipulations qu'il voulait me faire faire lui-même pour ine rendre apte à l'aider dans ses travaux.

Depuis 1868, époque à laquelle il avait été atteint de monoplégie de tout le côté gauche, il se servait avec difficulté de sa main, aussi les manipulations lui étaient-elles Pour ainsi dire interdites. Pendant plusieurs heures chaque jour il me suivait pas à pas dans le laboratoire, s'asseyant, en arrière et à peu de distance de moi, à la table où je faisais les ensemencements des divers microbes, et à chaque mouvement maladroit ou inutile du jeune débutant j'entendais une plainte comme si je lui avais fait mal. Il souffrait de ne pas pouvoir luiméme exécuter en ma présence les opérations pour lesquelles j'étais encore novice au lieu d’être obligé de s’en tenir aux explications. Tous les matins je TaiSais ces manipulations sans, en général, me rendre compte de la raison qui poussait Pasteur vers ces expériences, car, le maître aimait à entourer

ses recherches d'un silence olympien jusqu'au jour où son œuvre lui paraissait assez mûre pour en

faire part aux autres.

Pasteur s'enfermait dans son laboratoire et de temps en temps sortait, comme une fusée, (c'est le mot qu'employaient alors ses adversaires) une de ses découvertes avec son application pratique. Il explorait la science qu'il était en train de créer à la façon des explorateurs. Il était de plusieurs années en avant sur son temps et avait des contra. dicteurs acharnés.

Il aimait les jeunes gens et lorsqu'il s’adressait à eux il est un mot que revenait toujours dans ses paroles : ‘Il faut travailler, il n'y a que cela qui anuse’”’. Il vous le dirait aujourd'hui s'il était ici. 11 était enthousiaste et comprenait tous Îles enthousiasmes, n'a-t-il pas écrit cette phrase dans Son discours de réception à l'Académie Française : ‘" Heureux celui qui porte en soi un Dieu, un idéal de la beauté et qui lui obéit : idéal de l'art, idéal de la science, idéal de la patrie, idéal des vertus de l'Evangile ! Ce sont là les sources vives des grandes pensées et des grandes actions '.

Vous qui avez l'âme curieuse ct hardik des missionnaires français, qui ont fondé la nation canadienne, il me sera. j'en suis certain, facile d'éveiller votre jeune enthousiasme en vous racontant l'œuvre de Pasteur.

Duclaux dit en parlant de la façon dont son maître faisait ses expériences au temps où il était son préparateur :

‘ I n’en disait pas un Imot, même au labora-

toire où ses préparateurs ne voyaient que l’extérieur et le squelette de ses expériences sans rien de la vie qui les animait. On faisait des expériences dont on ignorait le but ; d'un ton bref, sans explications, Pasteur indiquait à chacun sa tâche, l’envoyait parfois au loin pour faire des constatations ou des inoculations. Les Préparateurs de Pasteur devaient être prêts à tous les déplacements *’. Nous étions là cinq autour de lui : Roux, Chamberland, Thuillier, Viala et moi. Plus tard

vinrent à côté de nous Perdrix et Wassersug.

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