‹ Pasteur-- histoire d'un espritChapitre 13 sur 39 · POUCUET, PASTEUR : LES GERMES DE I. AIR · texte numérisé non relu

POUCUET, PASTEUR : LES GERMES DE I. AIR

Pour prendre ce ton d'autorité, il aurait fallu opposer aux partisans de la génération spontanée des expériences irréprochables, et réussissant constamment. Or, tel n'était pas le cas. Les expériences qui eussent été les plus probantes échouaient souvent, sans qu'on pût savoir pourquoi. Même aujourd'hui, où notre technique est meilleure, nous ne pourrions pas retrouver sûrement les résultats de Spallanzani. Tyndall, dont Thabileté expérimentale était grande, a souvent répété infructueusement les expériences de Schultie. Enfin il y avait certaines substances, le lait, l'albumine, les macérations de viande, que ni la filtration, ni le chauffage de l'air ne préservaient de Taltération, et nous avons vu Helmholtz admettre pour ces sublances une sorte de génération spontanée; or, l'admettre sur un point, c'était l'admettre partout. Partout où il y avait un cas douteux, un flacon resté fécond malgré les précautions prises, la génération spontanée avait le droit des'emparerde ce résultat, et de dire: «C'est moi qui l'ai amené. La vie est chose fragile à conserver, plus fra^ gile encore à produire! Vous avez beau vous faire des doigts délicats pour la manipuler; vous !a contrariei

sans le savoir, et c*est parfois parce qae vous ëte& maladroits que vo:is la voyez apparaître. »

Et ce n'étaient pas les seules raisons. Les partisans de la génération spontanée avaient le bon côté dans la discussion, et ils pouvaient dire : « Nous qui ne savons à* quoi tient la vie, et qui la faisons naître de rien^ nous sommes dispensés de vous en montrer Torigine et les causes. Mais vous, qui l'attribuez à des germes préexistants, montrez- nous donc ces germes! Montrez-nous les surtout assez nombreux et assez variés pour que chaque bulle d*air puisse peupler d*étres nombreux et variés les diverses infusions qu'on peut lui demander de féconder. Car, enfin, la spécificité est une des conséquences de votre façon de voir les choses. Or, nous n'avons pas oublié une certaine expérience de Gay- Lussac dans laquelle du jus de raisin, inerte jusque-là. a été mis en fermentation par l'arrivée de quelques bulles d'air. Vous dites qu'elles y ont apporté des germes de levure, mais elles eussent apporté autre chose dans une infusion de foin, encore d'autres germes dans une infusion de viande, etc. Cela fait bien des germes, et Pouchet, qui était un homme d'imagination, ajoutait: « L'air ainsi peuple aurait la densité du fer ».

A toutes ces raisons de doute, ajoutons celle-ci, que nous avons rappelée plus haut, et qui était plus profonde et plus puissante, étant plus générale, c'est que dans les phénomènes de génération spontanée, plus encore que dans les fermentations, le hasard semblait régner en maître et commander à son caprice les modes de peuplement des infusions et de destruction de leurs éléments. Fermentations spontanées, générations spontanées, hasard, tousces mots cadraient

bien ensemble ^t entraient en bloc dans l'esprit des savants.

C'est ici que nous retrouvons Pasteur et ce que je disais tout à Theure de la supériorité de son armement pour entrer dans la mêlée. L'idée de spécificité, née de ses travaux sur les fermentations, entraînait celle des propriétés héréditaires, qui entraînait à son tour celle d un mode de génération régulier. Il inclinait donc logiquement, vers la théorie des germes. Il s'agissait seulement de la faire sortir de l'expérience, et pour cela, il était mieux outillé qu'aucun savant de son époque. Il connaissait les infiniment petits; il savait les manier. Il avait le champ libre : il y marcha à grands pas.

« Vous prétendez, dit-il aux partisans de la génération spontanée, qu'il n'y a pas dans l'air de germes vivants en assez grand nombre pour expliquer la fécondité des infusions avec lesquelles cet air vient en contact: qu'en savez-vous? Vous avez examiné la poussière déposée sur les meubles et sur les pierres; vous êtes allés en chercher sur les tours abandonnées des vieilles cathédrales et au fond des hypogées de Tancienne Egypte. Soin bien inutile! Ce n'est pas la poussière qui tombe et se dépose qui nous intéresse. Vous n'y trouverez que les parties les plus lourdes de ce que le vent emporte, les corpuscules minéraux, les grains d'amidon ou de pollen, les spores des cryptogames ou encore les brins de duvet, de coton, de laine empruntés à la nature vivante ou à nos vêtements. Ce ne sont pas ces particules qu'il faut étudier, mais bien celles qu'on qu'on voit danser sans repos dans un rayon de soleil, et que l'air contient à l'état de précipité permanent.

« n y « [^'.is. Totre *ttl* d« poossitres de calhé> dra>5 D^ T:-î5'i::i3?a--::in rea??i^nemeat deqaintité. Qctl e^t le vobai? i'ur -{li a d^p-^sé le petit amasqie VOIS avez rlsdi^ r'. «''■anb à ïVxuBeo Bueroscopîqne? V--ii De le urez. e; f-ir cînsi'ineiil vos expériences posent bien la q-ie-iîoa. m:uï n^ ToDl rieD poor la ré- 50?iJ-e.

1 Et (■■■.Tir:aî« roninie '.a ob-vie e=l faoîle! Reprenons i^ ùiiK -le co'.on de MSf. Sebrœder et Djàch. remplaçon>-:e âe';î?aienlpar -i:! otoa-: -r-Tidre, et qnand ooos a^^•:■n^ ivec î-iî arr^:-^ s.i [ss^ge !e« pîissîères d'an vAime ■3t-î-?rm!n<f d'air, ^eioaà-'e dans on mélange ■i'aicf.ùl •:: JVtlîer. darti- î?.pel i; est soloble. To'il ce qui rr=t la :r&!a> dj âUre se disâ>:>at. Les poussières arr^!^ -s entre les maili.'s son: remises eo liberté, ei tomi>eiit ail fond du liq^iide si on !;iis>e I ? tout en repos. On pe'il alors d-^cinte:- 1 .• lijiide qù les surmonte, les laver mAme, le> r^'inir entln dans 'in petit voinme d'eaa et lis ^1 idier. Eh bien en voici. Kegardez et dites-moi s'il n'y a pas li des corpiscules. des globales ifig. 9»

sphériques. des corps ronds ou ovales, tellement aemblabbs à des spores de cryptogames ou à des sufH d'infusoires qu'aucun micrographe ne pourrait les en

GENERATIONS SPONTANÉES i23

distinguer. Quant à leur nombre, on en trouve plusieurs milliers dans une petite bourre qu'on a fait traverser pendant 24 heures par un courant d'air modéré, et comm3 nous ne comptons que les plus gros de ces globules figurés, ceux qui ont un aspect évidemment organisé, comme nous laissons de côté, faute de les distinguer des éléments amorphes, les plus petits, ceux qui sont évidemment les plus nombreux, vous devez conclure qu'il y a constamment dans Tair, àl'élat flottant, une cause de vie pour toutes les infusions que vous mettez à son contact ».

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IL V A bANS L AIR litS GERMES VIVANTS

«Mais, medircz-vous, qui assure que ces poussières que vous nous montrez sont vivantes, on du moins qu'elles contiennent quelque chose de vivant? Cela est encore facile à prouver. Reprenons les flacons de

Fis- 10.

Spallanzani ou de Schwann ; car, remarquez-le, je n'apporte pas de mélhode nouvelle de travail,je me contente d'opérer bien là où on opérait mal, d'éviter les causes d'erreur qui rendaient les expériences de mes prédécesseurs iiiccrtaiues et contradictoires. Prenons donc un ballon contenant une infusion végétale ou animale: eftilons-cn le col, puis faisons bouillir le liquide pour

détruire par la chaleur tout ce qu'il y a de vivant (fig. 10). Balayons Tair qu'il contient par le courant de vapeur qu'y produit l'ébuUition : nous stériliserons en même temps toutes les parois intérieures. En quittant le col du ballon, la vapeur traverse un tube de platine chauffé au ronge dans un fourneau à gaz F, el s'échappe alors dans l'air. Quand l'ébuUition a duré quelques minutes, éteignons la flamme du gaz au-dessous du ballon. Le liquide se refroidit, la vapeur se condense: elle est remplacée par de Tair (}ui aura traversé le tube de platine chauffé au rouge et y aura brûlé tout ce qu'il contenait d'organique. Quand le ballon est froid, séparons-le du reste de l'appareil en fondant au chalumeau son col effilé. Nous aurons là un flacon de Spallanzani, c'ôôt-à-dire une infusion organique mise au contact d'un air contenant tout son oxygène, mais débarrassédetoutce qu'il renfermait d'organiséetmême d'organique. Eh bien, rien ne s'y produit; l'infusion reste limpide parce que nous n'y avons laissé entrer rien de vivant.

Prenons maintenant, car ce n'est pas fini, un de ces ballons restés stériles, et par un procédé facile, que je ne m'arrête pas à décrire, faisons arriver dans son col, toujours en présence d'air stérilisé par la chaleur, une de ces petites bourres de coton salies par les poussières de l'air dont vous contestez le caractère vivant. Tant qu'elle reste dans le col (fig. il) le liquide du ballon conserve sa limpidité primitive. Au bout de 13 jours, d'un mois, faisons-la tomber dans l'infusion en inclinant simplement le ballon, et nous verrons qu'au bout de 24 heures, le liquide se troublera, et qu'après 48 heures il contiendra des millions d'êtres vivants. Quand ce seront

, ^NE MaVCKLVVt

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des végélatioas crypto{;ami(|ues qoi y prendront naissance, on en verra souvent les filameois former touffe et s'allonger autour du coton de la bourre, témoignant ainsi de leur filiation avec les germes qu'elle contenait. Que répondrez-voas à cette expérience? Le microscope nous a montré dans la bourre des matériaux d'aspect amorphe et des matériaux d*aspect organisé. Voilà ce que nous pouvons affirmer en partant de notre première expérience. La seconde, celle que je viens de décrire, nous dit que, parmi ces matériaux de la bourre,

Fi-. 11.

il y cil a d3 vivants. Vous, partisans de la génération spontanée, vous êtes conaamnés à chercher de préférenc3 dans les matériaux amorphes et morts Ténigme de la vie qui apparaît dans les infusions. Voilà Tinconséciuence à laquelle vous acculent mes expériences qui, remarquez-le, n3 sont plus des expériences douteuses, irré^ulières, aléatoires, mais réussissent cent fois sur cent, à la condition d'un peu d'habileté dans la conduite des opérations. Elles obéissent à Tesprit comme à la lettre de rexcellent programme qu'a tracé TAcadémiç des sciences, a Elles sont dégagées de toute incertitude née des expériences elles-mêmes. • Képétez-les avec les détails que je vous donne et vous les réussirez comme moi.

On devine TefTet d'une argumentation aussi serrée, et qui prenait les allures d'une démonstration géomé-

trique. Pasteur ne s'arrêtait pas en aussi bon chemin. « Prétendez-vous, continuait-il en s'adressant aux partisans de la génération spontanée, que le coton, en tant que coton, est pour quelque chose dans le phénomène? Qu'à cela ne tienne! Nous allons le remplacer par de l'amiante calcinée sans rien changer au résultat. Prétendez-vous que la bourre se serait imbibée, au contact de Tair qui l'a traversée, de je ne sais quelle vapeur, de je ne sais quelle matière subtile que la chaleur peut détruire, et qui, arrivant avec elle dans Tintusion, y aurait apporté une des conditions nécessaires de la vie. Votre hypothèse est bien peu saisissable, mais enfin elle n'a rien de plus mystérieux que la vie elle-même, et je vais y répondre.

« Après avoir introduit dans le ballon une infusion putrescible, étirez-en le col à la lampe d'émailleur, de façon à en faire un tube contourné et sinueux, en forme d'S (fig. 12). Puis, faites bouillir le liquide. Quand la vapeur est sortie pendant quelques minutes par l'orifice du col, entraînant tout l'air du ballon avec elle, éteignez et laissez refroidir. Le ballon va se remplir d'air ordinaire qui n'aura pas été chauffé et y arrivera avec tous ses éléments connus et inconnus. Le col restant ouvert, la diffusion amènera des échanges incessants entre l'air du ballon et l'atmosphère extérieure. Et pourtant le ballon reste indéfiniment stérile. Comment expliquez-vous ce résultat, vous, partisans de la génération spontanée? Vous avez là de la matière organique, de l'eau, de l'air incessamment renouvelé, de la chaleur, et pourtant rien n'apparaît dans le liquide. Direzvous que la faculté génésique de l'infusion a été altérée par rébullitioû à laquelle nous l'avons soumise. Mais

si. sans y toucher, je coupe le col du ballon qui la coutient, de façon à la laisser exposée à la chute des poussières atmosphériques, elle se trouble en 2 ou 3 jours. La facuUf' grntwpie attendait-elle pour se manifester la disparition de ce col de cygne? Que vaut cette explica: tion en présence de celle-ci : les courbures du col,

Fif,'. [-2.

restées humides au moment où on a éteint le feu, lavaient au passaj^e l'air qui les traversait en mince fiha. A lorigino. quand la rentrée de l'air était rapide, raction purificatrice de ce lavage s'est doublée de celle qn'iîxerrait le liquide encore chaud, et en mesure de détruire les germes qui arrivaient à sou contact. Plus tard, ce sont les {)arois humides du col qui ont retenu les germes de Tair qu'elles passaient à la filière. La preuve c'est que si, fermant l'extrémité ouverte du

ballon pour n'y rien introduire de nouveau, vous l'agitez, de façon à amener dans la courbure du col une gouttelette du liquide qui la lave, cette goutte se trouble, et si vous mélangez ensuite cette goutte au reste au liquide, celui-ci se peuple comme si on en avait cassé le col. La preuve encore, c'est que, lorsqu'on a enlevé ce col, on voit souvent (fig. 12) le premier développement se faire dans la verticale de l'ouverture, là où ont pu tomber les germes atmosphériques.

RÉPONSE Al\ ARi;i'M£.\TS EN FAVEIR DES GILnÉRATIONS

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