‹ Pasteur-- histoire d'un espritChapitre 37 sur 39 · MALADIES MICROBIENNES ET MALADIES VIRULENTES · texte numérisé non relu

MALADIES MICROBIENNES ET MALADIES VIRULENTES

Quelle idée pouvait-on se faire, vers 1880, de ce que nous entendons aujourd'hui par virulence? Si on consent, pour répondre à cette question, à se placer au point de vue de nos connaissances actuelles, la réponse est facile. On avait constaté des variations de virulence considérables dans diverses maladies microbiennes, mais on ne savait pas si Ces maladies avaient ou non le caractère des maladies virulentes, c'est-à-dire celui de ne pas récidiver sur le même individu. Tour les maladies virulentes véritables, la variole, la vaccine, les variations constatées de virulence étaient faibles, et mises, comme nous l'avons vu, sur le compte des circonstances extérieures, ce qui revient à dire qu'elles étaient inexpliquées.

Ce point de vue nous dit bien les difficultés de la question, mais ce n'est pas celui auquel il faut se placer. 11 faut se demander ce qu'on pouvait penser à l'époque sur les relations des maladies microbiennes avec les

maladies virulentes. Eh bien I on ne pensait rien. C'étaient deux territoires séparés par un bras de mer sur lequel il n'y avait pas de pont. De l'un des continents on pouvait bien de temps en temps apercevoir Tautre, et se repérer sur lui, mais ils semblaient tous deux isolés et également impénétrables.

Pour Pasteur seul, l'homme des grands horizons, ils étaient en contact quelque part. La lecture attentive des travaux de Jenner et de ses continuateurs avait laissé une trace profonde dans l'esprit du maître, et, en rapprochant incessamment dans sa pensée les enseignements des livres et ceux du laboratoire, il s'était fait une impression générale que je voudrais résumer en m'appuyant non seulement sur mes souvenirs, mais aussi et surtout sur ceux de ses collaborateurs à cette mémorable époque.

Au sujet de la variation de la puissance offensive des microbes, on n'avait guère que les curieux résultats obtenus par Coze et Feltz en i8Gl), confirmés depuis par Davaine au sujet de la bactéridie charbonneuse, et surtout au sujet de la maladie de Leplat et Jaillard. Le virus augmentait de force en passant par Torganisme. Le sang du premier animal inoculé n'était mprtel pour un second qu'à la dose, par exemple, d'un dixième de goutte; il le devenait peu à peu, par suite de passages successifs, à la dose de un centième, un millième, un raillionniùmiî de goutte. Ce fait était le seul de son espèce. 11 était éminemment curieux et suggestif. 11 l'eût été davantage s'il n'avait pas fallu, pour le réaliser, le concours de l'organisrae', au travers duquel tout s'obscurcit. On songeait si peu à le rapporter à sa véritable origine, le microbe lui-même, que lorsque Pasteur,

dans son étude sur le vibrion seplique,' rencontre des cultures qui se montrent inégalement actives quand on les inocule à des animaux, sa première pensée est qu'il y a deux ou plusieurs vibrions septiques inégalement virulents, que les cultures séparaient d'une façon plus ou moins complète. Il a cherché longtemps dans cette voie sans issue. Ce n'est qu'en constatant qu'un simple artifice de culture, le remplacement du bouillon Liebig par du sérum sanguin un peu chargé de coagulums fibrineux, élevait subitement la virulence d'un vibriDU dont vingt, trente générations s'étaient montrées affaiblies, qu'il a accepté l'idée que ces variations dépendaient d'un vibrion unique et de son milieu de oulture.

C'était un grand pas de fait; mais, au delà, il n'y avait plus rien, et, pour voir plus loin, il fallait regarder du côté des maladies virulentes. Celles-ci présentaient des faits analogues à ceux de Coze et Feltz et de Davaine. On savait qu'il y avait des épidémies de variole bénignes et d'autres meurtrières, que la sévérité était variable dans le cours d'une même épidémie, et diminuait en général à mesure que celle-ci tirait vers la fin. On savait, par la pratique de ki variolisation, fréquente avant Jeûner, que l'inoculation d'un cas bénin de variole donnait d'ordinaire une variole encore plus bénigne; mais ce n'était pas toujours le cas, et le variolisé mourait parfois.

La vaccine apportée par Jenner avait été une merveilleuse découverte, mais avait encore épaissi le voile derrière lequel se cachaient les maladies virulentes. Avec elle les variations de virulence n'étaient plus guère à redouter. Après avoir décru d'une façon évidente en passant de la vache à l'homme, la virulence vaccinale

se maintenait lissez constante de bras à bras, pendant une longue suite de générations. Mais s'il y avait quelque chose d'immuable dans la gravité delà maladie ou sa période d'évolution, il y avait en revanche de larges variations dans la durée de Timmunité qu'elle conférait. De sorte qu'en résumé, les notions qui nous semblent aujourd'hui les plus liées, les plus cohérentes, étaient à ce moment éparses, disparates, et personne ne cherchait à les rapprocher.

C'est ici que Pasteur retrouvait le bénéfice de ses éludes antérieures et de faits qu'il connaissait seul, n'en ayant publié qu'une partie, et encore sous cette forme 'un peu dogmatique; mais générale et sans détails, qu'il affectionnait alors. Je parle de cette élude sur le cholmi des poules dont je n'ai encore dit qu'un mot, et que j'ai réservée pour ce chapitre, parce que c'est la maladie dont les analogies avec les maladies virulentes sont les plus manifestes. Nous allons voir, en effet, que ce choléra est tantôt épidémique et meurtrier, tantôt chronique et inoffensif comme la variole : que, comme le cow-pox transporté de la vache h riioinme, il peut, porté de la poule au cobaye, devenir une maladie artificielle et fixée, conservant indéfiniment son caractère.

IK CHOLKRA DES POULRS

€ Parfois se déclare dans les basses-cours une maladie désastreuse qu'on désigne vulgairement sous le nom de choléra des poules. L'animal en proie à cette affection est sans force, chancelant, les ailes tombantes. Les plumes du corps soulevées lui donnent la forme en boule. Une somnolence invincible l'accable. Si on l'oblige à ouvrir les yeux, il paraît sortir d'un profond sommeil. Bientôt les paupières se referment, et le plus souvent la mort arrive sans que Tanimal ait changé de place, après une muette agonie. C'est à peine si quelquefois il agite les ailes pendant quelques secondes *. »

Ces symptômes singuliers sont dus au développement d'un microbe que Ton peut isoler en cultures artificielles dans du bouillon de poule neutralisé. En ensemençant dans ce liquide une goutte de sang d'une poule morte du choléra, et en opérant comme il l'avait fait avec du sang charbonneux. Pasteur vit se développer de tout petits articles immobiles, d'une ténuité extrême, légèrement étranglés en leur milieu (fig. 22), et se rapprochant évidemment, beaucoup plus que la bacté-

1. Sur le choléra des poules. Compte rendu de r Académie des sciences, 1880.

ridie et les autres bacilles, de ces granulations microscopiques auxquelles Chauveau avait attribué le rôle actif dans les humeurs virulentes de la vaccine, de la variole, et de la clavelée.

Fi^. 22. Microbe du choléra des poules.

Jeune | Vieux.

Ce microbe est tellement ténu que le dépôt qu'il donne au fond du matras est parfois presque invisible; il paraît à peine toucher aux aliments qu'on lui offre, et on peut se demander s'il change quelque chose au liquide de culture. «Essayons», se dit Pasteur; et il essaya, et il vit avec surprise que ce bouillon de culture, filtré au travers d'une cloison poreuse pour y être débarrassé de tous ses parasites, et réensemencé, ne donne plus de culture. La première Ta rendu impropre à une seconde, comme une première attaque d'une maladie virulente protège contre toute nouvelle atteinte

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et voilà, déposée dans l'esprit de Pasteur, une semence qui était en bon terrain et ne devait pas rester stérile.

L'inoculation de ce microbe est d'ordinaire mortelle, mais il arrive parfois que la poule, après avoir été malade, semble guérir. Toutefois elle mange peu, sa crête se décolore, elle maigrit, et elle finit par succomber après des semaines ou des mois de langueur. Est-ce toujours de la même maladie? Oui, car le microbe qu'on trouve dans ses tissus tue, en culture, les poules auxquelles onTinocule. Pourquoi netue-t-il pas dès lors la poule qui le porte? D'où vient cette immunité relative? Pasteur ne pouvait pas encore répondre à la question, mais il avait déjà le droit de se la poser. En attendant d'en trouver la solution, il signalait l'analogie de ces formes larvées du choléra avec les suites graves et souventinguérissabies decertaines maladies virulentes, rougeole, scarlatine, fièvre typhoïde.

Voilà déjà bien des coups frappés à la porte de son esprit : ce n'est pas fini. La poule n'est pas le seul animal domestique pouvant servir d'habitat au microbe. Le chien, le cheval, beaucoup d'animaux de basse-cour sont dans le môme cas. Le lapin est particulièrement sensible, et Pasteur vitplus tard que la contagion peut se propager dans les terriers. Le cobaye résiste au contraire assez bien. Il succombe à des inoculations intra-veineuses, mais l'inoculation sous la peau ne produit guère qu'un abcès qui s'ouvre spontanément et guérit, sans que l'animal qui le porte ait semblé malade. Cet abcès est une sorte de culture pure du microbe, et si on inocule un peu de son contenu à des poules, € ces poules meurent rapidement, tandis que le cochon d'Inde qui a fourni le virus se guérit sans la moindre

3i6 HISTOIRE D'UN ESPRIT

souffrance. On assiste donc ici aune évolution localisée d'un organisme microscopique, qui provoque la formation du pus et d'un abcès fermé, sans amener de désordres intérieurs, ni la mort de Tanimal sur lequel on le rencontre, et toujours prêt néanmoins à porter la mort chez d'autres espaces auxquelles on Tinoculo, toujours prêt même à faire périr l'animal sur lequel il existe à Tétat d'abcès, si des circonstances plus ou moins fortuites venaient à le faire passer dans le sang ou dans les organes splanchniques.

« Des poules ou des lapins qui vivraient en compagnie de cobayes portant de tels abcès pourraient tout à coup devenir malades et périr sans que la santé des cochons d'Inde parût le moins du monde altérée. Pour cela il suffirait que les abcès des cochons d'Inde, venant à s'ouvrir, répandissent un peu de leur contenu sur les aliments des poules et des lapins. Un observateur témoin de ces faits, et ignorant la filiation dont je parle, serait dans Tétonnement de voir décimés poules et lapins sans cause apparente, et croirait à la spontanéité du mal; car il serait loin de supposer qu'il a pris son origine dans les cochons d'Inde, tous en bonne santé, surtout s'il savait que les cochons d'Inde sont sujets, eux aussi, à la même affection. Combien de mystères dans l'histoire des contagions recevront un jour des solutions encore plus simples que celle dont je viens de parler! Rejetons les théories que nous pouvons contredire par des faits probants, mais non par le vain prétexte que certaines de leurs applications nous échappent. Les combinaisons de la nature sont à la fois plus simples et plus variées que celles de notre imagination! 9

Pour quelqu'un qui méditait Jenner, quoi de plus analogue que les faits qui précèdent h ce qu'on savait au sujet de ces apparitions en apparence spontanées, ^ur le cheval, sur la vache, sur les mains des vachers et vachères, de ces éruptions du horse-pox, du cotr'po.r, delà vaccine? Quoi de plus naturel que de voir dans la variole et la vaccine des manifestations diverses de la présence d'un même microbe, ou au moins de deux microbes voisins? Dans tous les cas, les idées de maladies microbiennes et de maladies virulentes se liaient de plus en plus. Pasteur vient de parler de l'imagination. 11 en avait beaucoup, et la laissait volontiers errer sur ce sujet. 11 ne dédaignait même pas le rùve. « Je prends la liberté, disait-il un jour, de rappeler à mon confrère M. IJIanchard que les illusions d'un expérimentateur sont une grande partie de sa force. Ce sont les idées préconçues qui lui servent de i^uide. De celles-ci beaucoup, lelongdu chomiu qu'il parcourt, s'évanouissent. Mais, un beau jour, il reconnaît et il prouve que quelques-unes d'entre elles sont adéqua es à la vérité. Alors il se trouve maître do faits et de principes nouveaux dont les applications, tut ou tard, répandent leurs bienfaits \ » L'heure était vonu(» pour lui d'entrer dans la grotte enchantée et pleine de trésors.

i. Comptes vpruius dp /'Ararirmie f/es ar/rurcs. {""^ sein. 1880.

DECOrVERTF. DES VACCINS

Les premières expériences sur le choléra des poules datent de (879. laterrompues par les vacances, elles avaient été reprises lia rentrée, mais s'étaient heurtées de suite à un obstacle imprévu. Presque toutes les cultures laissées au lahoratoire étaient devenues stériles.

Comme elles correspondaient toutes à des expériences en train, on avait essayé de les revivifier, et pour cela on leur avait emprunté des semences qu'on avait fait passer, soit par des bouillons de poule, soit par des poules. Beaucoup n'avaient pas donné de culture, avaient aussi respecté et laissé intacts les animaux inoculés, et on était au moment de tout jeter, pour tout recommencer à nouveau, lorsque Pasteur eut l'idée de faire inoculer une culture jeune et neuve, à ces poules qui avaient si bien supporté, du moins en apparence, les inoculations des cultures de l'été précédent.

A la surprise de tous, peut-être même à celle de Pasteur qui ne s'attendait pas à pareille réussite, presque toutes ces poules résistèrent, alors que des poules neuves et venant du marché succombaient dans les délais ordinaires, montrant ainsi que la culture inoculée était très active. Du même coup, le

choléra des poules passait au cadre des maladies virulentes et la vaccination était trouvée! Quel instinct secret, quel esprit de divination poussa Pasteur à frapper à cette porte qui ne demandait qu'à s'ouvrir. Voilà évidemment la part de ses lectures et de ses études antérieures, de cette rumination incessante qui se faisait dans son esprit, et de l'intervention, au milieu de ces obscurités, de cette faculté d'imaginer qu'il rappelait dans les lignes qui précèdent, écrites juste au moment où il se promenait en vainqueur dans le royaume de son rêve.

Il venait en effet d'établir entre certaines maladies microbiennes et les maladies virulentes une liaison que l'avenir devait étendre et affermir. Il y avait donc des maladies microbiennes qui ne récidivaient pas î On pouvait donc préparer des vaccins garantissant contre une inoculation virulente ! Par prudence, Pasteur ne disait pas encore comment il obtenait ce vaccin. Il préférait mettre dans la Note où il annonce le fait précédent un autre fait non moins étonnant, c'est que ce vaccin, une fois produit, peut être reproduit indéfiniment par culture, avec toutes ses propriétés vaccinales, avec ce qu'on a appelé depuis son degré d'atténuation.

Si on peut dire, à la rigueur, que Pasteur avait pressenti le premier de ces faits, celui-ci était tout à fait imprévu. Il est, ou du moins il nous semble, tout à fait indépendant de l'autre, et il aurait pu ne pas exister que la vaccination subsisterait encore. Mais il n'en était pas moins précieux dans la pratique, et Pasteur, en le rencontrant, dut se rappeler l'histoire de Jenner, et même la revivre. Voici pourquoi.

:j:iO HISTOIUK D'UN KSPUIT

On sait que Jenner, après avoir découvert que rinoculalion du cow-pox préservait de la variole et devenait un vaccin, avait eu des inquiétudes : il redoutait, k Torigine, d'être obligé de revenir à la vache et au cow-pox pour obtenir son vaccin, et cette perspective n'était guère faite pour lui plaire. Dans sa pensée, le cow-pox était inoculé à la vache par un vacher varioleux, se rencontrait seulement chez la femelle et sur les points touchés pat le vacher, c'est-àdire sur les mamelles, représentait par conséquent la forme bovine de la variole humaine. S'il en était ainsi, il fallait des varioleux pour produire le cow-pox, et comme la vaccine supprimait en principe la variole, on se trouvait dans un cercle vicieux. Jenner chercha donc, avec une émotion dont on trouve la trace dans ses mémoires, à prendre sur Thomme la matière d'inoculation, le vaccin, de vacciner de bras à bras, et il y réussit. C'est là sa découverte capitale et son éternel honneur. Or, la même histoire se recommençait pour Pasteur à près d'un siècle de distance, et il y a même cette ressemblance nouvelle que la conservation absolue de la virulence ne se réalise ni pour le vaccin transporté de bras à bras, comme le croyait Jenner, ni pour le vaccin du choléra des poules, transporté de culture en culture, comme le croyait Pasteur. Dans les deux cas, il y a une dégénérescence, mais très lente, et qu'il a fallu des années pour apercevoir.

Quoi qu'il en soit, un monde nouveau s'était ouvert qu'il fallait se hâter de parcourir. C'est ce que Pasteur a fait avec une maîtrise incomparable, sans ce«se guidé, il est vrai, par les notions qu'on avait alors sur les maladies virulentes, mais ayant, pour éclairer chacun de

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ses pas^ ces méthodes de culture des virus qui lui appartenaient tout entières. Je n*ai pas l'intention de refaire à sa suite Tétude du choléra des poules, je voudrais seulement en signaler les Iraits principaux, ceux qui méritent de rester dans la mémoire parce qu'ils nous disent, dans un cas particulièrement simple et bien étudié, ce que c'est qu'une maladie virulente. Inoculons quelques gouttes d'une culture récente du microbe du choléra des poules dans un des gros muscles pectoraux d'une poule, ou bien injectons-les dans son sang, ou bien encore déposons-les sur ses aliments, sur du pain ou de la viande: nous verrons, au bout d'un temps variable avec la voie de pénétration, apparaître chez elle les symptômes de la maladie. L'animal perd l'appétit, devient somnolent, se hérisse en boule et meurt parfois en 24 heures, entièrement envahi par le microbe, qu'on trouve dans son sang et dans tous ses organes.

Au lieu d'inoculer une culture jeune, recommençons la même expérience avec une culture plus vieille, datant de quelques semaines. Nous aurons encore une maladie accusée par l'inappétence, la somnolence et la forme en boule; mais la poule ne mourra pas. Après quelques jours de malaise plus ou moins profond, elle reprend tontes les apparences de la santé. 11 y a eu pourtant développement du microbe, puisqu'il y a eu maladie et, en etïet, quand cette maladie est rn cours, on peut le retrouver au point d'inoculation et dans tous les tissus. Mais cette fois il ne l'a pas emporté et la poule a repoussé l'attaque.

Ce choléra bénin a-t-il joué pour elle le rôle de la variole bénigne ou de la vaccine chez rhomme? Oui,

car cette poule est désormais insensible à Tinoculation du micrococcus le plus jeune et le plus virulent. Elle est vaccinée contre le choléra.

Continuons cette étude qui nous a déjà tant donné. Puisque la vieillesse de la culture diminue la puissance d'action sur l'organisme, empruntons notre semence d'inoculation à une culture très vieille, voisine du moment où toute vie y disparaît. Le microbe, encore vivant, peut encore peupler un bouillon où on Tensemence. Il y met seulement quelque lenteur, mais vie et virulence ne sont pas synonymes pour lui, car il est absolument incapable alors de se développer dans le corps d'une poule, et de lui communiquer aucune maladie, même la plus légère. Ici, c'est l'organisme qui remporte et tue sur place le microbe inoculé. Celui-ci, malgré son origine spécifique, ressemble alors en tout à ces milliers d'espèces de micrococcus qui se rencontrent partout à la surface du corps, remplissent le canal intestinal, et se montrent toujours inoffensifs. C'est pourtant ce même microbe qui, trois semaines auparavant, tuait dix poules sur dix. Un virus n'est donc pas cette entité, n'a donc pas cette unité admise par les anciens médecins. Il est en perpétuelle évolution, en état de variation continue, et cela par les causes les plus naturelles.

Reprenons, maintenant, cette dernière poule qui n'a souffert en rien de l'inoculation de notre virus mourant, et essayons de lui inoculer le virus virulent, elle se comporte vis-à-vis de lui exactement comme une poule neuve. Elle meurt ou elle est du moins fort malade, d'autant plus malade et d'autant plus exposée à la mort qu'elle a moins souffert de l'inoculation

antérieure, car la moindre maladie vaccinale lui est une protection.

Nous aurions pu évidemment, au lieu de faire les trois expériences qui précèdent, en échelonner un plus grand nombre sur la période de vie du virus, en faire six, dix, etc., en d'autres termes, interposer, entre ranimai le plus sensible et le plus réfractaire, toute une série d'animaux inégalement immunisés, dont chacun peut être amené à un degré supérieur d'immunisation par le vaccin qu'il peut supporter sans en périr. Plus il sera malade, plus sa maladie lui rapportera.

Tous ces animaux, identiques en apparence, en réalité différents, se comportent évidemment de façons fort diverses vis-à-vis d'un même microbe du choléra virulent. Les uns, vaccinés, le supporteront sans peine. Les autres, peu vaccinés ou neufs, pourront être malades ou mourir. De même un animal, neuf ou vacciné, se comportera d'une façon fort variable avec des microbes inégalement atténués. C'est le résultat variable de ce conflit qui fait la variété des cas pathologiques, et il n'y aurait sur la palette d'aucun peintre, assez de teintes pour diversifier les états de réceptivité multiples dans lesquels nous nous trouvons vis-à-vis des maladies virulentes.

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