‹ Pasteur-- histoire d'un espritChapitre 39 sur 39 · Roux, /. c, p · texte numérisé non relu

Roux, /. c, p

LE PROBLÈME DE l'iMMUNITÉ.

L'importance théorique de tous ces faits était encore supérieure à leur importance pratique. Cette méthode de Vétude physiologique des microbes en cultures pures, qui avait d'abord donné Tétiologie des diverses maladies étudiées, qui avait fourni ensuite toutes les notions que nous venons de résumer sur les variations de virulence, allait montrer une fécondité nouvelle en permettant de poser le problème de l'immunité, sur lequel les savants s'essayent encore, et qui n'a pas dit son dernier mot.

De quoi dépend cette immunité dont jouissent les animaux vaccinés, dont jouissent aussi les animaux naturellement réfractaires à certaines maladies mortelles pour d'autres espèces? Pourquoi la vache prend-elle moinsfacilementlecharbonquele mouton de la Beauce,le mouton d'Algérie moins facilement encore que la vache? Pourquoi l'homme est-il inattaquable par certaines maladies des animaux avec lesquels il vit, et inversement? Ce sont là des questions qui, hier prématurées et audacieuses, pouvaientmaintenantêtreposéeset devenir Tobjetd'une étude expérimentale. Pourtoutdire, en un mot, ce n'était pas seulement le mécanisme de la maladie

qui devenait saisissablc à l'expéricnco : cVHait aussi le mécanisme de la&antt^, c'est-à-dire laphysiologieentière de l'être vivant, et di'jft on pouvait prévoir que Postour et Cl. Bernard allaient ae donner la main d^ns une conception plus profonde de la vie de la cellule.

L'idée nouvelle que Pasieur.ip portai idaascctteiîtudc tétait l'idée de lutle entre deux cellules ou deux groupes de cellules, el ici. j'ai l'air d'avancer une proposition téméraire, tant l'idée de lutte Tait partie de la conception ancienne de la maladie, et même, le plus souvent, du spectacle du malade. Pendant la période métaphysique de la palbologie, lorsqu'on attribuait la direction d« la vie ji une forcp vitale superposée à l'ensemble des oi'ganes, on avait été conduit k se représenter la maladie comme une entité dislinele, entrant en lutte avee la l'orce vitale dans l'organisme. Quand, à la suite des progrès de la physiologie, la force vitale s'est pour ainsi dire eft'ritéii en une intînité de vies cellulaires, ayant chacune sa modalité et sa direction, l'idée de maladie a dii se transformer aussi, et nous avons vn plus haut les eil'orts faits pour donner it la pathologie des origines physico-chimiques. Au fond, dans cette nceptîon, l'ancienne idée do lutte avait disparu, et ttod, pour Virchow, une tumeur était un développement physiologique déplacé dans l'espace et dans le temps, c'est'^-dire se produisant \h. oi'i il ne devait pas l'Aire, el à un moment qui n'était pas le sten, il était Meile de voir lîi rien qui ressemblât k la conception ^i mettait la maladie aux prises avec la force vitale. C'est pour cela que nous avons vu les physiologistes l'Opposés aux doctrines microbiennes. Le microbe idaisant un phénomène chimique ou causant une

372 IHISTOIRE D'UN ESPRIT

maladie, c'était la réapparition de la force vitale dans des régions d'où on voulait Téliminer. L'idée de microbe ramenait de la façon la plus nette Tidée de lutte, de lutte pour les besoins, de lutte pour Texistence. Telle est l'idée que Pasteur a plus que personne contribué à introduire dans la science et dans la pathologie.

Cette idée a subi à son tour des transformations dans son esprit. Au moment des Études sur la maladie des vers à soie, le microbe était pour lui une cause pathogène extérieure à Torganisme, à fonctionnement simple et en quelque sorte irrésistible. Pour se débarrasser de la maladie, il fallait se débarrasser du parasite, c'était ce que Pasteur avait fait pour le corpuscule de la pébrine. C'était ce qu'on avait fait avant lui pour le champignon de la muscardine et le sarcopte de la gale.

Cette conception un peu simpliste des maladies microbiennes était chez Pasteur en parfait accord avec ce qu'il savait alors des microbes. 11 croyait que les espèces bactériennes avaient des formes à peu près constantes et despropriétés immuables. Transportées de milieu en milieu, elles devaient faire subir à leur matière alimentaire une transformation univoque, qui permettait de les reconnaître bien plus sûrement que leur aspect au microscope. Transportées de même sur un être vivant, elles devaient amener une maladie univoque aussi, toujours la même lorsque les voies de pénétration étaient les mêmes, et qui devenait par là une sorte d'entité morbide : ce qui nous ramenait, sur le terrain expérimental, aux plus anciennes conceptions de la médecine. Les études sui^ la (lacherie avaient à

peine modifié ce point de vue. Elles avaient montré seulement que le microbe, pour agir, avait parfois besoin d'être aidé par les circonstances extérieures. Mais il était toujours le même quand il agissait.

Brusquement, vers l'âge de soixante ans, Pasteur rencontre des faits qui ne sont plus d'accord avec cette ancienne conception : c'est l'atténuation des virus. Une môme espèce microbienne peut revêtir, suivant les conditions de culture, des caractères qui la rendent méconnaissable pour qui n'a pas suivi de près toutes ses transitions. J'ai dit plus haut combien il avait fait d'efforts pour se convaincre qu'il y avait dans ses culturesde vibrion septique deux espèces inégalement virulentes, quelesconditionsdeculturepermettaientde séparer. Use refusaitàadmettre que ces conditions de culture pouvaient les produire. J'aurais pu dire la même chose à propos du choléra des poules. C'était la lutte de l'esprit ancien contre l'esprit nouveau, et il faut admirer la liberté d'allures avec laquelle Pasteur abandonna ses premières conceptions, dès que l'expérience lui eut montré qu'elles n'étaient pas en accord avec les faits.

C'est sans regret et avec ardeur qu'il se jette dans cette voie nouvelle, devinant les ressources qu'il allait y trouver pour aborder les plus hauts et les plus délicats problèmes de la pathologie. Il pouvait désormais reprendre son ancienne idée de lutte, non plus de cette lutte brutale, où on ne peut essayer d'intervenir qu'en supprimant un des adversaires en présence, mais d'une lutte ménagée, qu'on pouvait essayer de diriger en augmentant ou diminuant les forces de l'un des partis. Une s'agissait que de trouver le terrain et l'objet de la lutte, et pour cela, on avait l'expérience : on pou-

vaity avec une même espèce sujette au charbon, étudier des bacléridies de virulences diflférentes : on pouvait,avec la même bactéridie, étudier des espèces différentes, ou des animaux d'une môme espèce inégalement vaccinés, ce qui en faisait dans une certaine mesure des animaux différents. On voit quel champ de travail s^ouvrait devant lui. C'est le propre de certaines découvertes de révéler brusquement d'immenses horizons. Pasteur était monté peu à peu jusqu'à un de ces cols de montagnes d'où on domine tout un pays nouveau. 11 s'y enfonça de suite avec allégresse. Entrons-y avec lui. Nous pouvons désormais ne plus le suivre de près et abandonner Tordre historique. D'abord nous sommes arrivés aux derniers temps de sa vie et à ses dernières conceptions. Puis, ce qui nous intéresse, c'est le plan de l'édifice et non Tordre dans lequel ses diverses parties sont venues au jour. Si on veut savoir la part qui en revient à Pasteur, qui Ta fondé, il faut le prendre à Tétat où il Ta laissé, avec ses parties terminées, ses pierres d'attente, et une courte indication de ce que les progrès de la science ont conduit à y ajouter depuis.

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VlilLENCE ET ATTENUATION

L*attéQuation est un phénomène général. Après l'avoir constatée pour le microbe du choléra des poules, la bactéridie charbonneuse, le virus rabiquc, le microbe du rouget du porc. Pasteur la retrouva pour un microbe rencontré chez des chevaux morts de fièvre typhoïde pour lin autre microbe emprunté à la salive d'un enfant hydrophobe, et qui se trouva plus tard être le pneumocoque de Talamon-Fraenkcl. Tous ces bacilles s'atténuaient lorsqu'on les laissait vieillir dans leur liquide de culture.

Mais que veut dire ce mot vieillir? La vieillesse est une résultante, et ne peut être une cause active. Elle accompagne Tattémiation, elle ne la produit pas, ou plutôt ce sont les mômes causes qui produisent à la fois Tune et Tautrc. Quand on cherche quelle influence physico-chimique peut bien entrer en jeu, on songe de suite à celle de Toxygone.

Le micrococcus du choléra des poules est par exemple un aérobie dans les flacons de culture et dans Torganisme. Quand il cesse de se multiplier dans son milieu de culture, il continue à y respirer, à y donner de l'acide carbonique en brûlant ses propres

tissus. Il se contracte et se rapetisse visiblement {fig. 22). C'est probablement à ce travail intérieur qu'est due son atténuation, qui est une preuve de faiblesse, et Texpériesce apprend en effet ^ue, lorsqu'on lui ménage l'oxygène, en l'enfermant dans des tubes clos avec une faible provision de ce gaz, sa virulence dure beaucoup plus longtemps. Il en est de même dans tous les cas, et toujours l'oxygène, envisagé comme agent de combustion des tissus en l'absence de matière alimentaire, comme agent d'affaiblissement par conséquent, est en même temps un agent d'atténuation. Atténuation et affaiblissement sont synonymes, et voilà une conception qui s'iiarmonise bien avec notre idée de lutte dans les maladies microbiennes. Ce qui nuit au microbe sert à son hôte.

Nous sommes donc autorisés à nous demander si toutes les causes d'affaiblissement du microbe, toutes celles qui l'amènent plus ou moins vite à sa mort, ne le feraient pas passer tout d*abord par une série d'atténuations successives, ne le transformeraient pas en vaccins. A cette question originale, l'expérience répond oui sans hésiter. Oui, d'une manière générale, l'atténuation est une des formes de l'affaiblissement graduel d'une cellule de microbe qui marche vers la mort, et toute action nuisible au microbe commence par en diminuer la virulence. Telle est, par exemple, la chaleur. Elle tue le microbe, nous le savons, quand elle est trop élevée. Entre la température la plus favorable à la culture et la température mortelle existe une zone d'atténuation, vue par M. Toussaint et bien étudiée par M.Chauveau,ausujetdelabaotéridie.Ladurée du chauffage doit être en raison inverse de l'élévation de tem-

pérature, et, pour une température donnée, direclement proportionnelle au degré d'atténuation à obtenir.

A c6té de Taction de la chaleur se place tout naturellement celle de la lumière solaire. Elle tue le microbe après un certain temps d'exposition; mais avant de le faire périr, elle l'atténue. C'est ce qui résulte de mes expériences, suivies par celles de M. Arloing.

Voilà pour les agents physiques. Voici maintenant des actions chimiques. L'oxygène est un facteur phy* siologique de la plus haute importance, et nous avons déjà examiné son rôle sous ce rapport. Mais il joue aussi un rôle plus exclusivement chimique, un rôle toxique mis en évidence par M. P. Bert. Tous les microbes ont besoin de faibles doses d'oxygène et souffrent quand on leur en donne trop. Les anaérobies en demandent des traces et meurent dans l'air ordinaire. Les aérobies vivent dans l'air ordinaire et meurent dans l'oxygène comprimé. Entre les limites physio- Jogiques et les limites toxiques il y a encore une zone d'atténuation étudiée par M. Cliauveau avec la bactéridie charbonneuse.

A côté de l'oxygène viennent naturellement se placer les antiseptiques, qui, eux aussi, indifférents ou même favorables aux microbes quand ils sont en proportions très faibles, les tuent à doses plus élevées. MM. Chamberland et Roux ont étudié l'action de l'acide phénique, du bichromate de potasse et de l'acide sulfurique sur le bacille du charbon, et ont trouvé dans cette voie des faits curieux sur lesquels nous allons revenir tout à l'heure.

En somme, on a divers moyens de faire sortir d'une même race virulente toute une série de races de plus

en plus atténuées. Jusqu'ici, nous ne les avons étudiées que comme vaccins. Pour bien pénétrer leur rôle à ce point de vue, il faut les étudier en elles-mêmes.

En quoi diffèrent physiologiquement des bactéridies inégalement atténuées? Elles ne se distinguent guère dans les bouillons de culture. Atténuées, elles donnent des articles qui se disloquent facilement et se répandent dans le bouillon de culture qu'ils troublent, tandis que les bactéridies virulentes donnent des flocons cohérents, flottant au milieu d'un liquide limpide. Mais leurs besoins physiologiques sont les mêmes et le microscope est presque impuissant à les diff'érencier. Il faut pour cela les inoculer à des êtres vivants.

Étudions-les sur des animaux. A mesure que la bactéridie s'atténue, on constate qu'elle cesse d'abord d'être virulente pour le bœuf, mais qu'elle peut encore, à ce moment, tuer des moutons. Atténuée un peu plus, elle cesse d'être mortelle pour le mouton, mais tue encore les lapins et les cobayes. Quand elle ne tue plus des cobayes adultes, elle tue encore des cobayes Jeunes ou de jeunes souris. Il en est de même pour les autres microbes.

La virulence nous apparaît donc comme une qualité intrinsèque dont le microbe se dépouillerait de plus^n plus jusqu'à devenir inoffensif. Mais voici qui prouve que les choses ne sont pas aussi simples. Si la virulence n'était que cela, les divers modes d'atténuation la feraient disparaître de la même façon, et Tordre dans lequel les espèces animales sont atteintes serait toujours le même. Or rexporience montre que cet ordre varie suivant la méthode d'atténuation. La bactéridie atténuée par exemple par le bichromate de potasse,

dans les expériences de MM. Cliamberland et Roux que nous visions tout à Theure, peut encore tuer des moutons ou les rendre au moins très malades, en les laissant alors vaccinés, alors qu'elle ne produit aucun effet sur des lapins ou des cobayes, et ne les vaccine même pas. C'est Tinterversion complète des propriétés de la bactéridie atténuée par culture à 42*^-43«, qui tue des cobayes et des lapins à une période où elle est inoftensive pour le mouton et ne le vaccine même pas. On trouve des faits tout pareils avec des sjjores de bactéridies atténuées par l'action d'une température de SS*', dans un liquide renfermant deux pour cent d'acide sulfurique.

Ainsi la virulence n'est pas, comme nous aurions pu le supposer, une qualité absolue, allant en diminuant peu à peu à la façon d'une réserve de matière alimentaire; c'est une qualité relative, dans l'appréciation de laquelle il faut faire entrer, non seulement les conditions spéciales au microbe, mais encore la nature, l'âge et, comme nous le verrons bientôt, l'ifidividualilé de l'animal sur lequel on Tétudio. Rien n'est moins surprenant dans notre façon de nous représenter les choses. Le mot virulence résume le résultat d'un conflit entre deux êtres : il faut donc y tenir compte des qualités des deux adversaires.

RETOUR A LA VIRULENCR

Nous allons arriver à la même conclusion par une voie inverse, en examinant les conditions de retour à la virulence d'un microbe qui Ta perdue. Nous savons que ces variations positives et négatives de virulence peuvent être produites par de simples changements dans le milieu de culture. Mais, de ce côté-là, elles sont peu intéressantes. Elles ne le deviennent que lorsqu'elles se manifestent sur des êtres vivants. Cherchons donc si on ne pourrait pas remonter la virulence par passage sur des espèces différentes d'animaux inégalement sensibles.

Nous avons obtenu plus haut une bactéridie absolument inoffensive, puis une bactéridie très affaiblie, tuant encore les cobayes d'un jour, mais pas les cobayes plus âgés ni les autres espèces animales, puis, à partir de celle-ci, toute une série de microbes de plus en plus virulents. Peut-on revenir des plus atténués aux plus actifs? L'expérience répond : non! pour la bactéridie inoffensive. Elle échappe à notre action en se refusant à vivre dans aucun organisme vivant. Elle est désormais fixée, et si jamais elle revient à la virulence, ce sera en passant au travers d'une espèce animale nou-

KTIIDE DES VIRUS ET VACCINS ;18I

velle, différenle île celles qui se sont jusqu'ici montrées capables de contracter le charbon.

Mais il en est autrement de celles qui cnnservent encore une action sur une espècie vivante. Prenons, par exemple, la plus attiïnuée, celle qui tue seulemeat le cobaye d'un jour. Inoculons le sang de celui-ci à ua cobaye du même fige, de ce second animal à un troisième et ainsi de suite, nous verrons bienldt se renforcer peu à peu la virulence de la bactéridie. Bientôt nous pourrons tuer des cobayes de trois ou quatre jours, d'une semaine, d'un mois, et enfin des moutons. Par des cultures successives dans des milieux vivants, la bactéridie est revenue à sa virulence d'origine.

On a le droit d'ériger tous ces faits en règle générale, d'accord avec uotre tliéorie. Un microbe introduit dans le corps d'un animal n'est pas dans les conditions d'un microbe ensemencé dans un vase inerte. Il est soumis à l'alternative pressante de vivre ou de mourir, d'être victorieu!! ou vaincu. Vaincu, son histoire est bientùt écrite. Victorieux, il sortira de la tutle aguerri, c'est-à-dire déjà plié aux conditions de son nouveau milieu, plus disposé à s'en accommoder de nouveau. Si on le fait passer & plusieurs reprises d'individu & individu de même race, sans lui avoir fait subir d'influence extérieure dans l'intervalle des deux passages, il faut s'attendre k voir sa virulence s'augmenter et arriver en quelque sorte à un état fixe pour la race et pour le mode usuel de transmission par cette race. Ainsi la bactéridie du mouton, par exempte, vivant depuis longtemps sur notre sol, est acclimatée en quelque sorte à la race qui le couvre, et sa virulence varie peu d'un sujet à l'autre, d'une année à l'autre.

pour un même pays. De même, dans une certaine mesure, pour le vaccin jennérien, s'il est transporté directement de bras à bras, sur ties individus bien portants et non encore vaccinés, et s'il est bien conservé entre deux opérations. De même encore pour le virus de la rage donnée par trépanation, au bout d'un certain nombre de passages dans la même espèce.

Une fois arrivé à cette stabilité, qui n'est pas, comme nous le verrons plus tard, sa puissance rnaximum relative à la race, le virus conserve à peu près sa virulence si les voies de pénétration ne varient pas. Cette virulence exaltée peut lui permettre d'envahir une autre race ou une autre espèce. Ainsi notre bactéridie renforcée par le passage sur le cobaye pouvait, tout à l'heure, remonter jusqu'au mouton. Mais il peut aussi se produire des cas analogues à ceux des expériences de MM. Chamberland et Roux, où la virulence, augmentée pour une espèce, aura diminué pour une autre, ou inversement, et nous arrivons à un troisième cas possible, celui de la diminution de virulence pour une espèce par passages par une autre espèce.

Nous allons trouver un exemple quasi schématique de ce fait, tant il y est net, dans les travaux de Pasteur et Thuillier sur le rouget des porcs. Cette maladie est due au développement dans les tissus de Tanimal d'un bâtonnet très court et très mince. Elle est très rapide dans son évolution, et peut amener la mort en quelques heures.

Elle n'est pas particulière au porc, et peut aussi se communiquer au pigeon et au lapin. Si on inocule dans les muscles pectoraux d'un pigeon le microbe du rouget pris sur un porc malade ou provenant d'une

KTLDE DES VIRUS ET VACCINS 383

culture dans du bouillon de veau, le pigeon meurl en six a huit jours, après avoir présenté les symptômes

extérieurs et la somnolence du choléra des poules. On pourrait croire a l'identité des deux atl'ections si le microbe du rouget ne restait pas absolument inoftensif pour la poule, si sensible à l'action du microbe du choléra.

Le san^ de ce premier pigoon inoculé à un second. le sang de celui-ci u un troisième et ainsi de suite, la maladie s'acclimate sur le pigeon, le rend plus rapidement malade et somnolent, le tue plus vite, et le sang du dernier pigeon, reporté sur le porc, y manifeste une virulence supérieure à celle des produits les plus infectieux d'un porc mort du rouget, même spontané. Il y a donc ici augmentation de la virulence pour le porc en passant à travers le pigi'on. Le maximum auquel atteint un virus par un passage par une race n'est donc pas toujours le maximum pour la ract*.

Voilà le cas d'augmentation, voici maintenant le cas d'atténuation sur lequel je veux surtout appeler l'attention. Remplaçons le pigeon par le lapin dans cette série d'expériences. Le microbe s'acclimate encore sur le lapin. Tous les animaux meurent. N'ient-on à inoculer aux porcs le sang des derniers lapins pur comparaison avec celui des i)reniiers de la série, on constate une diminution progressive de la virulence. Hieniôt le sang des lapins, inoculé aux porcs, ne les tue plus, il les rend seulement malades et les laisse vaccinés contre le rouget mortel. Des laits tout pareils se reproduisent avec d'autres niicrol)es. Ils donnent une méthode d'atténuation des virus par passages sur des espèces vivantes, et augmentent nos moyens d'action

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dans un champ d'étades dont Tavenir montrera l'étonnante fécondité.

Nous voici revenus, en apparence, à une conclusion déjà émise : la virulence est en perpétuel devenir. Mais combien nous avons développé cette notion, et quelle précision lui ont donnée les faits nouveaux, et le lien théorique qui nous a servi à les relier! Les variations de virulence, nous les avons d'abord rapportées au microbe lui-même, et il y avait là un vaste champ d'évolutions, mais il n'embrassait pas toutes celles qui sont possibles. Nous avons dû y ajouter celles qui proviennent de la variation des organismes vivants sur lesquels s'implantent les microbes, et la virulence qui se^ manifeste à nous résulte des combinaisons en nombre infini de ces deux causes de variation.

THÉORIES GHIM10UE8 ET HUMORALES DE l' IMMUNITÉ

De ce que nous venons de dire résulte que le mot virulence n*a de sens ni au regard du microbe, ni au regard de l'organisme. 11 ne définit guère que le rapport entre la puissance et la résistance, sans rien nous dire sur la valeur absolue de ces deux forces. Un microbe qui ne tue pas ou ne rend pas malade tel animal est dénué de virulence vis-à-vis de cet animal. £t on pourrait croire sur cet énoncé que toutes les vérités que nous avons découvertes sont des naïvetés ou des définitions de mots. Ce serait se tromper grandement. Ce que nous avons découvert, en effet, c'est un nouveau terrain d'études. Vis-à-vis de tel ou tel animal, tel ou tel microbe peut rester inoffensif par bien des moyens. Il peut ne pas se développer dans ses tissus, ou, s*étant développé, n'y pas déposer de substances nuisibles, ou même, peut-être, y produire des effets utiles, se traduisant par une augmentation de résistance. Le champ des hypothèses est illimité. Voyons ce que donne Texpérience, et remarquons combien le champ de l'expérimentation s'est étendu, grâce à Pasteur.

Voici des moutons normaux inoculés les uns avec la bactéridie virulente, les autres avec la bactéridie

atténuée. La première se développe et tue le mouton. La seconde, après une période de multiplication plus ou moins difficile et une maladie passagère, abandonne la partie et laisse le mouton plus ou moins vacciné. Voilà un moven d'étudier l'influence de la bactéridie seule.

Voici un mouton normal et un mouton vacciné auquel on inocule une bactéridie très virulente. Elle tue le premier et ne fait rien au second. Voilà pour étudier rinfluence de l'immunité acquise par une première vaccination.

Voici un mouton français et un mouton algérien. Inoculons-leur, à tous deux, à faible dose, une bactéridie virulente. Le premier mourra, le second résistera, après une maladie en général bénigne : influence de lu race ou de l'immunité naturelle.

Le mouton français a une immunité naturelle pour la bactéridie atténuée; le mouton algérien une immunité naturelle contre la maladie virulente; le mouton vacciné, une immunité acquise et plus ou moins marquée ; le cbien, une immunité naturelle et absolue. Dans tous les cas, Timmunité naturelle ou provoquée, lorsqu'elle est complète, est corrélative du non développement de la bactéridie, qui, au lieu d'envahir les tissus, reste confinée au point d'inoculation ou à son voisinage, et finit par y périr sur place.

Quelle est la cause de ce non développement d'une cellule vivante ensemencée? Voilà à quoi se ramenait la question. On voit qu*elle était précise. C'était déjà unexonquéte que de pouvoir la poser ainsi. Jusque-là ri avait fallu s'incliner sans chercher à pénétrer le mystère. Que répondre, en effet, à cette question générale:

lÔTUOE DES VIRUS ET VACCINS 387

pourquoi le mouton* est-il sensible au charbon et pourquoi le cbieu ne Test-il pas? Pourquoi riiorame est-il soûl à pouvoir contracter la syphilis ? Voilà des questions qu'on ne songeait même pas à se poser. Mais, depuis qu'on connaissait des virus animés dont on savait les conditions d'existence, on pouvait se demander pourquoi ils se développent ici et non pas là, sur le mouton français et non sur le mouton algérien, qui sont pourtant tous deux des moutons authentiques.

Pour répondre à celte question délicate, Pasteur cherchait tout naturellement, comme le font tous lés savants, dans son expérience et dans ses souvenirs. C'étaient, il est vrai, une expérience et des souvenirs de chimiste, et la question n'est pas restée longtemps sur le terrain où il Ta posée tout d'abord. Mais toute théorie est bonne qui fait prévoir des faits nouveaux, et, si inexacte qu'elle paraisse aujourd'hui, l'explication de Pasteur a eu ce mérite.

11 savait, par sa longue praticfue des fermentations, que même lorsqu'on opère m vitro, les circonstances les plus minimes suffisent à permettre ou à entraver le développement d'un microbe. Lorsqu'on voyait tel d'entre eux exigea* du bouillon de veau et tel autre du bouillon de poule, il n'y avait pas à s'étonner que telle maladie fût particulière à telle espèce, et telle autre à telle autre. Quand on savait combien les microbes sont quelquefois difficiles sur les questions de température, il n'y avait pas à s'étonner non plus que la poule refroidie contractât le charbon, alors qu'à sa température ordinaire elle restait indemne. Eiilin quand on savait, comme nous l'avons dit, que le microbe du choléra des poules refuse de se développer à nouveau

dans un milieu qu'il a déjà habité, comment s'étonner qu'il se refuse à vivre à nouveau dans un organisme qu'il a déjà envahi. Il y avait là, dans ces faits d'un ordre exclusivement physique ou chimique, une explication toute naturelle de la non récidive des maladies virulentes.

Cherchons dans cette direction. Pourquoi le même bouillon de culture ne nourrit-il pas faciletbent une seconde fois Tespèce qui y a vécu ? Cela peut tenir à deux choses : ou bien le microbe y a enlevé la première fois une substance utile à son développement, ou bien il y a déposé une substance nuisible.

Pasteur et ses collaborateurs inclinaient vers la première explication. M. Chauveau inclinait au contraire vers la seconde et l'appuyait sur deux arguments d'inégale valeur. Il estimait, par exemple, que la vaccination du fœtus par la mère, c'est-à-dire la transmission de l'immunité par le placenta, qu'il avait souvent eu l'occasion de constater pour le charbon, et que MM. Arloing, Cornevin et Thomas venaient de constater pour le charbon symptomatique, s'expliquait mieux par l'introduction dans le sang du fœtus d'une substance nuisible que par la disparition d'une substance utile. Les deux sangs de la mère et du fœtus, étant constamment en voie d'échange de substances chimiques, sont également en situation de perdre ou d'acquérir, et on ne voit pas de raisons pour croire qu'ils font l'un de préférence à l'autre. Un autre argument de M. Chauveau valait mieux. Il mettait en jeu une influence curieuse des quantités de virus inoculées. Le mouton algérien jouit de l'immunité vis-à-vis de doses qui tuent le mouton français, mais, si on augmente la

dose» on tue aussi le mou.ton algérien. Si on la diminue beaucoup, le mouton français résiste à son tour, et fait seulement une maladie dont il sort vacciné. Ceci ne s'explique pas dans l'hypothèse de Pasteur. S'il manque au mouton un élément utile à la multiplication de la bactéridie, on ne comprend pas comment son absence ne gêne plus lorsque augmente le nombre d'êtres qui en ont besoin pour se développer. On comprend au contraire beaucoup mieux que la présence d'une substance nuisible puisse arrêter un petit parti d'ennemis et pas une troupe nombreuse.

Il est inutile d'insister sur la discussion de ces explications de l'immunité, qui peuvent bien avoir toutes deux leur part dans le phénomène, mais qui n'y peuvent pas jouer un grand rôle. Suffisantes à la rigueur pour expliquer Timmunité vaccinale, elles faiblissent quand il s'agit d'en expliquer la durée. Comment admettre la persistance, pendant des années, de cet élément nuisible, ou l'absence de cet élément utile, lorsque la nutrition et la désassimilation apportent ou enlèvent des éléments si variés. L'élément durée est représenté dans les tissus, non par les substances chimiques qui les composent, mais par leur moule permanent, par la cellule.

Les deux explications que nous venons de viser ne sont pas les seules qui aient été proposées. On a successivement attribué aux humeurs et aux liquides de l'économie, un pouvoir destructeur des microbes, un pouvoir atténuateur, un pouvoir antitoxique, tous ces pouvoirs dépendant uniquement de conditions de l'ordre physico-chimique. Sans qu'il soit besoin d'entrer dans un détail qui, pour important qu'il soit, serait

:iî)0 HISTOIRE D'UN KSPRIT

déplacé ici, on peut dire que tontes ces théories se sont montrées impuissantes à expliquer le grand fait de la création cl de la persistance de Timmunilé. Pour la création de cette propriété de l'individu, ou bien il s'est trouvé que les liquides en circulation ou les humeurs séjournant à Tintérieur du corps n'avaient pas les pouvoirs destructeur, atténuateur ou antitoxique, qu'on leur trouvait en dehors de l'organisme, ou bien, quand elles les avaient, ces pouvoirs étaient sans relation apparente avec l'état réfractoire ou vacciné de l'animal. Pour la conservation de l'immunité, on pouvait leur faire le même reproche qu'aux théories de Pasteur et Chauveau. Une action chimique, quelle qu'elle soit, ne saurait être durable dans un organisme où tous les éléments chimiques se renouvellent. Il n'y a que la cellule qui dure, parce qu'elle vit. L'explication de l'immunité avait plus de chances de résider

dans les théories cellulaires que dans les théories humorales que nous venons de passer brièvement en revue.

THÉORIE CELLULAIRE DE l'iMMUNITÉ

Pasteur, qui au fond était indifférent aux théories, et ne leur demandait, que de lui suggérer des expé" riences, en était resté longtemps à une conception purement cellulaire de la maladie microbienne. C'était par une lutte entre les globules rouges du sang et la bactéridie qu'il expliquait en 1878 la résistance de la poule vivante au charbon, et on le voit, à chaque instant, à cette époque, nîcourir à la résistance vitale et dire que « chez les êtres inférieurs, plus encore que dans les grandes espèces végétales et animales, la vie empêche la vie » . C'était encore le môme sentiment qui le guidait dans les tentatives que nous lui avons vu faire, d'empêcher le développement de la bactéridie en inoculant, en même, temps qu'elle, des bactéries communes. Pasteur avait pourtant conscience de n'avoir pas saisi sur le vit le mécanisme de la résistance de l'organisme, et c'est peut-être pour cela que lorsqu'il entendit parler des travaux de Metchnikoff sur la phagocytose, il leur prêta de suite attention. C'est sa lettre insérée dans le premier numéro de^ Annales de V Institut Pasteur fini a, la première, signalé les recherches de M. Metchnikoff au public français.

La simplicité de cette conception avait de quoi le frapper. Ces globules blancs du sang et des tissus, jouant le rôle de gendarmes dans Torganisme, y circu-' lant constamment, toujours prêts à se jeter sur tout ce qui y apparaissait d'étranger, et par conséquent d'ennemi vivant ou mort, englobant en vertu de cette propriété générale les cellules des microbes, les digérant et les faisant disparaître, tout cela était fait pour le séduire. L'idée était une idée de biologiste et de naturaliste : elle n'avait pas pu jui venir. Gela ne l'empêchait pas de Taccueillir avec déférence. Tant qu'il a vécu, il a voulu se tenir au courant de ses progrès.

Elle lui plaisait d'autant plus qu'après s'être tenue pendant quelque temps sur le terrain de l'anatomie et de rbistoire naturelle, elle n'avait pas tardé à repasser sur le terrain de la chimie, auquel toutes nos conceptions, quels que soient leurs objets, à la condition qu'elles soient profondes, ne tardent pas à revenir, parce qu'au fond, ce sont des mutations chimiques qui commandent tout. •

La théorie de Metchnikoff avait en outre pour son esprit ce côté satisfaisant qu'elle égalisait les forces en présence. Il y a quelque ehose de disproportionné dans une bactéridie qui tue un bœuf. On comprend mieux une lutte local isée entre les leucocytes du bœuf et les microbes envahisseurs, qui périssent, s'ils sont trop affaiblis ou trop peu nombreux, qui s'emparent de tout s'ils sont les plus forts, parce qu'ils ont pour eux la puissance de mulliplicalion.

Cependant, ainsi limitées et défiaies, les conditions de la lutte restaient nuageuses et un peu mystiques. On eût compris un conflit entre le microbe et'les cellules

KTLiDF DliS VIRUS KT VACCINS 3S3

directement alleintes pur rinoculalioii ou sit^geant dans son voisinage. Mais h cjuel appel mystérieux obéissaient ^es cellules lilauches qui venaient ainsi de tous les jiotnts de l'organisme, filtraient en dehors des vaisseaux, et pi^nétraient jusqu'il la région où elles devaient être utiles. Les cellules vivantes n'ont aucune passion, pas même celle du bien, elles n'ont que dos besoins, et n'obéissent qu'à des actions physiques ou cfaimiques. La découverte de la chimiolaxie, et l'extension aux leucocytes des notions apportées dans la science par Pfeiffer a enlevé à la théorie de M. Melcbnikoffun peu de aon côté mystérieux, et a du même coup ramené sur le terrain de la chimie la question qui s'était placée sur le terrain cellulaire.. Elle démontre l'existence chez le leucocyte d'une sorte d'odorat à distance, qui lui iudi que les directions dans lesquelles il trouvera des substances qu'il aigie ou dont il peut faire son profit. Ces

• substances sont sécrétées par les microbes inoculés, ou introduites avec eux dans les bouillons de culture. Dès lors, elles appellent l'ennemi et la lutte commence. Il peut se faire et il se fait en effet quelquefois que les sécrétions du bacille no soient pas provocatrices, et môme qu'elles soient répulsives. Alors le l)acillese protège contre les leucocytes, et peut se développer à l'aise, si l'organisme ne nnH pas en jeu des causes secondaires de résistance.

Quant à la lutte, quand elle s'engage, son issue reste toujours indécise a priori. Le leucocyte englobe parfois

• le microbe et le digère. Il devient nn phiiijiwiile. Parfois aussi le microbe ingéré réussit à rester vivant, continue à sécréter des produits nocifs, une toxine, et c'est le leucocyte qui succombe. Dans les cas oii une maladie

:m HISTOIRE D'UN ESPRIT

succède ii l'inoculation, la victoire reste indécise pendant quelque temps, puis se dessine en faveur de l'un des adversaires. «

Quand c'est l'organisnae qui succombe, le microbe semble sortir plus aguerri de la lutte, capable de sécréter en plus grande abondance les produits qui l'ont rendu victorieux. Nous traduisons ce fait en disant qu'il est devenu plus virulent, et un bon moyen d'augmenter sa virulence est de le faire passer au travers d'espèces, qui sans être absolument réfractaires, peuvent lui résister longtemps et lui permettre de prendre une vigueur nouvelle. C'est ce que nous avons fait tout à l'heure quand nous rendions la bactéridie plus virulente en la faisant passer par des espèces de plus en plus rebelles à son action.

Par contre, quand c'est le microbe qui succombe dans la lutte, les leucocvtos en sortent de leur cAté plus forts, plus sensibles à la chimiolaxiedes microbes qu'ils ont tués, plus habitués à leurs toxines et Tanimal qui les contient a une force de résistance, une immunité qu'il ne possédait pas auparavant.

Il n'est pas nécessaire d'entrer dans le détrtil pour voir que nous avons là une conception qui se plie d une façon remarquable h l'interprétation de tous les faits si curieux découverts par Pasteur J'ajoute que cette interprétation n'est pas purement théorique. Il suffit de lire, dans les Amtales de VlnslitHt Pastcfir, les nombreux travaux accumulés dans cette direction par M. MetchnikolFet ses él(>ves, pour se convaincre qu'on est enftice non seulement d une théorie séduisante, mais d'une théorie vraie dans ses plus menus détails, et en tous les cas d'une théorie féconde.

ÉTUDK DES VIRUS KT VACCINS :m

Eu résumé la résistance de chaque être vis-à-vis d'une inoculation microbienne eï>t à la fois une question d'espèce, une question d'individu, une question de lieu et de temps, une question de quantité de semence inoculée, une question de température, car un abaissement de température peut diminuer l'activité leucocytaire et augmenter celle du bacille comme dans le cas de la poule charbonneuse refroidie. Un microbe peut être inofFensifpour l'espèce qui le port^, et ne pas l'être pour d'autros dont la résistance n'est pas organisée de la même façon. On comprend qu'il puisse être funeste à ranimai jeune, dont les phagocytes ne sont pas aguerris, qu'il puissese dévelo|)per Hiofi les phagocytes sont peu nombreux, et non là où il en trouve beaucoup et de plus exercés, etc. El tout cela se fait par l'intermédiaire de sécrétions cellulaires, c'est-ti-dire |)ar des moyens de Tordre physico-chimique. On voit ({ue Cl. Bernard et les physiologistes qui redoutaient de voir Pasteur réintroduire dans la science la vie comme cause occulte avaient en lui non un ennnemi de leurs doctrines, mais un puissant allié. On voit aussi que les médecins avaient raison de le traiter de chimiste. Ils avaient tort seulement de prononcer ce nom d'un air dédaigneux. Avec Pasteur la chimie prenait possession de la médecine. On peut prévoir qu'elle ne la lâchera pas.

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