‹ Pastorale de Noël; mistère [par] Arnoul GrébanChapitre 7 sur 33 · LE IP TABLEAU · texte numérisé non relu

LE IP TABLEAU

Eu lequel riiostclier reçoit moult durement Sainct Joseph et Nostrc Dame.

Icy doit l'eschaftault représenter, sur le costé droict une hostellcrie, laquelle porte pour enseigne : « Icy on loge à cheval », au fond une meschante estable, et à senestre les maisons d'une place publique de la benoite cité de Bethléem. — Et premier se fait en la place un grand concours de populaire, lequel venant en Bethléem pour le cens, se presse dans les hoslelleries, où beaucoup ne peuvent trouver place.

Lors s'advancent Sainct Joseph et Nostre Dame. Or notez qu'ils ont faict un moult long et pénible voyage et qu'ils doivent apparoistre las grandement. Et Sainct Joseph, après avoir aydc Nostre Dame à descendre de l'asne, parlera en cette sorte :

SAINCT JOSEPH

Nous avons fait grand diligence, et, par la benoite clémence de Dieu à qui sommes tenus, en Bethléem sommes venus à la peine de notre corps.

NOSTRE DAME

Joseph, il va falloir encor quérir un logis des premiers :

les gens sont assez coustumiers de se loger dès leur venue, et quand la place est retenue, ceux qui viennent en sont privés.

SAINCT .JOSEPH

Nous sommes bien tard arrivés :

car la cité est jà comblée de peuple en si grande assemblée, qu'onques de gens telle abondance — suivant ma mémoire et cuidance ne vis depuis que je nacqui :

on ne sait, comment, ni à qui trouver logis pour .son argent !

NOSTRE DAME

Je vous prv, soyez diligent:

daignez un petit m'alléger.

Icy va Saincl Joseph tiappcr à l'huis do rhuslellerie el disl à l'hostc lorsqu'il paroist

SAINCT JOSEPH

Cher sire, pourrions-nous loger céans, pour passer la nuitée, et que place nous soit prestée pour notre argent, je vous supply ?

L'HOSTE

Vous ne pouvez, tout est remply!

c'est vraiment à vous grand abus:

voyez, céans tout est confus des gens qui y sont, bon gré Dieu !

et vous venez demander lieu !

SAINCT JOSEPH

N'y a-t-il point quelque placette, quelque retrait, quelque chambrette, tant fùt-elle obscure et méchante, qui ne soit assez suffisante pour y prendre notre repas?

L^HOSTE

Vous ne pouvez, croyez- vous pas !

et quand place pour vous j'auroye "), pourtant ne vous y logeroye i-' :

ce n'est point icy hospital, c'est logis pour gens de cheval

(i) (2) Prononcez J'aiirciis, logerais.

et non pas pour gens si méchants.

Allez loger aval les champs et videz d'un coup ma maison !

SAINCT JOSEPH

Ha! sire, vous n'avez raison de vous courroucer; qui vous meut?

chacun quiert son profit qui peut.

Las! ne nous donnez point congé, faites que nous soyions logé, tùt-ce en bien pauvre réduit, frère !

L'HOSTE Je n'ai plus de place, beau père.

SAINCT JOSEPH

Montrez-nous un peu d'amitié,

daignez regarder en pitié

ma pauvre femme qui endure

tant de mal sous cette froidure,

quand un enfant d'elle va naître

cette nuit mesme, ô mon doulx maître,

votre bon cœur voudra l'ayder.

L'HOS'l'E (à part luy-mesme, en regardant Nostre Dame)

J'ai pitié de la regarder

tant humble et de prudent maintien.

(Parlant à Sainct Joseph.)

Mais, brave homme, vous savez bien que ceux qui viennent à bonne heure, la place, par droit, leur demeure; si autrement je voulais dire.

ID

ceux-là viendraient y contredire :

lusage est ancien et lointain.

SAINCT JOSEPH

Mon hoste, j'en suis tout certain, et ne veux point quérir mon aise pour mettre autrui en son malaise; mais si — sans blesser aucune âme je pouvais cette bonne dame loger céans deux ou trois nuits?...

L'HOSTE

J'y regarde tant que je puis et j'aurais bonne volonté de vous faire quelque bonté; mais je ne saurais qu'inventer...

(Munlranl au tund l'étable.)

sauf que vouliez vous contenter d'un vieil appentis qui cy est.

SAINCT JOSEPH

Que nous le voyions, s'il vous plaist, peut-être v serions nous bien mis.

L'HOSTE

Regardez-le donc, beaux amis, entrez dedans, l'huis est ouvert; il est tout nud, tout découvert, ce n'est point logis, m'aide Dieux !

SAINCT JOSEPH C'est vrai, mais en attendant mieux

acceptons, sans nous plaindre en rien ce que Dieu donne.

L'HOSTE

C'est fort bien.

Icy donques vous logerez ?

SAINCT JOSEPH Ouy.

L'HOSTE

Très bien servis vous serez, mais le lieu est de petit prix.

Icy se départ Thoste, et Saiiict Joseph dict à Nostre Dame en lui montrant l'intérieur de l'estable :

SAINCT JOSEPH

Dame, notre logis est pris, il faut l'accepter sans nous plaindre : on pourrait bien loger en moindre qu'il n'est... et aussi en meilleur.

NOSTRE DAME Loué soit Dieu, notre Seigneur.

SAINCT JOSEPH

Mais fut-il de moindre valeur, •si vaut-il mieux qu'il nous pourvoie que de demeurer sur la ^■oie par nuit en froidure et malheur :

au moins la place est assez coie('),

NOSTRE DAME Loué soit Dieu, notre Seigneur.

(I) Tranquille.

SAINCT JOSEPH

Pour moi c'est bien assez dhonneur,

mais pour vous, haute souveraine,

o vierge très-loyale, o reine

trésorière de déité,

douce fleur de virginité

qui portez le très doux Sauveur!

NOSTRE DAME Loué soit Dieu, notre Seigneur 1

SAINCT JOSEPH

Hélas ! quel misérable hostcl :

et logis pour un seigneur tel,

il va naître en bien pauvre place !

NOSTRE DAME Il plaist à Dieu, qu'ainsi se fasse!

SAINCT JOSEPH

Hélas! où sont ces grands châteaux, ces belles tours à beaux créneaux édifiés si plaisamment, tandis qu'icy tant humblement le fils de Dieu même se place !

NOSTRE DAME Il plaist à Dieu, qu'ainsi se fasse!

SAINCT JOSEPH

Il va reposer pauvrement le Créateur du firmament,

Celui qui faict le soleil luire, qui faict la terre fruits produire, qui tient la mer en son espace !

NOSTRE DAME Il plaist à Dieu, qu'ainsy se fasse !

Icy va Sainct Joseph quérir Tasne qu'il avoit attaché en un coin (i); il l'amène en l'eslable et dict :

SAINCT JOSEPH

Il conviendra qu'icy je place

notre bœuf et notre asne ensemble;

il faut les nourrir, car il semble

qu'ils sont de faim en grand danger;

puis j'irai quérir à manger

pour vous, et ferons bonne chère.

NOSTRE DAME

Avant tout faites leur litière :

c'est raison, il fault penser d'eux.

SAINCT JOSEPH Ils seront bien traités tous deux :

je leur ferai de ce costé, un râtelier bien appresté tenant de vivres bonne part ; avant que je fasse départ, je veux qu'ils soient bien ordonnés.

Or tournez-vous, baudet, tournez ce beau museau vers la mangeoire et vous jouerez de la mâchoire, vous avez eu peine à foison !

Maintenant, pour nostre maison, je vais quérir le nécessaire.

(i) Pour simplifier la mise en scène, le bœuf n'apparaitra qu'au 4*^ tableau et ne sera pas vivant.

Dieu sait hélas ! que, pour ce faire, mon avoir est trop bien petit, néanmoins j'ai tant appétit d"y faire bonne diligence, que la Divine Providence subviendra à ma pauvreté.

NOSTRE DAME

Sire, pour tant de charité Dieu daigne vous récompenser.

Icy sort Sainci .loseph et Nostre Dame se met à genoils et dict, cependant que les harpes commencent à jouer :

NOSTRE DAME

O Dieu, qui voulus composer ce beau monde, par ta plaisance, et puis Fhomme dedans poser pour y prendre sa soutenance, tu sais que par haute alliance ton cher Fils en mes flancs repose :

donne à moi vertu et puissance de bien garder tant noble chose !

L'enfant qui va naître en ce lieu, j'en ai ferme crédulité, c'est le précieux Fils de Dieu qui, pour vestir humanité, dedans moi se veut imprimer.

O très parfaite humilité, quelle bouche peut l'exprimer?

Mon Dieu, puisque tu m'as élue pour faict de si haute value que ton Fils en mes flancs porter, en si glorieuse advenue.

fais que je sois toujours tenue humble, sans en orgueil monter.

Du péché daigne m'exempter, en toutes vertus m'augmenter, et, quand l'heure sera venue, que ton Fils je puisse enfanter, et ce doux fruit te présenter à toi dont la fleur est venue !

LE Iir TABLEAU

Eli lequel on voit en la prairie joyeulxement s'eshattrc les pastnureaux.

Et noter faut que, tandis que lesdits pasteuis entrent avec leurs troupeaux, on entendra dans le lointain la voix de l'un d'eux, lequel a nom Vsambert et chante ainsv :

YSAMBERT

Quand le beau temps raient,

pastoureaux s'esjoii ni,

chantent et festoient,

et n'est ébats qui ne soient

entre leurs déduits:

leurs chapeaux coinloient'^\

leurs jupons nettoient,

leurs moutons pouri'oient.

leurs chiens rechercher enroient

au loin les brebis.

Icy entre Vsambert et rejoint ses compagnons, puis contiiuic à chanter :

Le Jour passe et puis quand l'iennenl les nuits,

( I I !';irciil, (iniciit.

clôlinwit leur parc ils l'oient si tout est remis :

et si les loups les guerroient, gare au chien, amis!

Ayant ainsy chanté Ysanibert, Aluiis parle :

ALORIS

Il fait assez doulce saison

pour les pastoureaux, Dieu mercy !

YSAMBERT

Si les bergers sont de raison, il fait assez doulce saison.

PELLION Rester ne pourrais en maison quand je vois ce joyeux temps-cy.

ALORIS

Il fait assez doulce saison

pour les pastoureaux, Dieu mercy !

YSAMBERT

Fi de richesse et de souci !

Il n'est vie si bien nourrie qui vaille état de pastourie.

ALORIS A gens qui s'esbattent ainsy fi de richesse et de souci !

Icv entre Rittiart en saiiltant et ilansant et dicl :

Je suis bien des vostres aussi, avec ma barbette fîeurie I

Quand j'ay du pain mon saoul, je crie « Fi de richesse et de souci ! »

ALORIS

Il n'est vie si bien nourrie qui vaille estât de pastourie !

YSAMBERT

Est-il liesse plus chérie que de regarder ces beaux champs, et ces doulx agnelets paissants saultants en la belle prairie ?

PELLION

On parle de grand seigneurie, d'avoir donjons, palais puissants; est-il liesse plus chérie que de regarder ces beaux champs?

RIFFLART

Quand ma pannetière est fournie de gros oignons bien nourrissants, ma flûte vous fait de tels chants, qu'il n'est plus belle symphonie.

ALORIS

Est-il liesse plus chérie que de regarder ces beaux champs, et ces doux agnelets paissants saultants en la belle prairie ?

Icy i-ecomnicnccnt à chanter les bergers

PELLION chante

En gardant leurs brcbietles

pasteurs ont bon temps;

en gardant leurs brebiettes

ils soufflent dans leurs musettes.

Tant en s'esbattant,

ils disent leurs chansonnettes,

et leurs doulces bergerettes

qui s'en ront chantant.

cueillent herbes bien sentant

et belles fleurettes.

On l'oudrait livre cent ans en si gentes fêtes :

pasteurs ont bon temps.

ALORIS chante

Berger qui a pannetière, solide, ferme et entière c'est un petit roi !

Berger qui a pannetière fermant de bonne manière que lui faut-il, quoi?

avec son chapeau d'osière, son poinçon, son alénière.

son croc, sa houlette chère, beau Jupon sur soi.

il peut l'aire bonne chère, c'est un petit roi !

RIFFLART chante

De bonnes moufles aux doigts, panier à mettre des noix,

fort gourdin de bois, du lard cri ses pois :

n'est-ce donc là rien ?

une laisse de bon choix pour mener au bois Briet son bon chien :

ma foi, si je voulais bien du berger sans passer rien uombrer tout le bien il faudrait des mois !

Icy cessent Ae chanter les bergers et dict Aloris :

ALORIS

Nous chantons ci nos sirventois, mais je ne vois berger qui songe d'aller achever sa besogne et mettre ses brebis en point.

YSAMBERT

Aloris. ne te hâtes point :

encore est le soleil tout hault ;

nous aurons vite fait un sault

si nous voyons qu'il en soit l'heure.

HELLION

Faisons icy nostre demeure hardiment encore une espace : il n'est point de plus gente place pour nous, si plus haut ne montons nous voyons paître nos moutons, nos brebis à lait ruminer; ils ne peuvent loin cheminer Luraussitôl on n"v remédie

RIFKI.ART Mais il faut que quelqu'un nous die des nouvelles en attendant.

ALORIS Nulle pie (d n'en sait autant que toi, Ritîlart; toujours en treuves, et plutost en ferais de neuves que de n'en estre point fourni.

YSAMBERT Il ment aussi bien quant à lui qu'homme au monde, tant soit-il grand, et aussi bien aux jours ouvrants qu'un autre ferait au dimanche.

RIFFLART

Voulez-vous donc que je commence à faire ma narration ?

PELLION Ne mens point, fais en conscience.

RIFFLART Voulez-vous donc que je commence?

ALORIS

C'est raison qu'il ait audience; accordé sa pétition !

RIFFLART

Puisque l'on veut que je commence, voici donc ma narration :

Prononcez IV muet.

sachez qu'hier soir, environ soleil couchant — sans que je mente maistre Ysengrin (cherchant sa rente, comme il en est bien coustumier) à mon parc s'adressa premier, et sauta tout oultre la claie; et n'eust esté que je vellaie d'aventure en cousant ma jupe, il avait troussé sur sa cruppe < 0 un gros mouton sans dire gare; je criai : « Briet, haro! hare!»

tant qu'après ce danger couru, Robin fut sauf et secouru :

aultrement le loup l'eut mangé !

YSAMBERT

As-tu si longuement songé pour dire ces bonnes nouvelles ?

ALORIS

Si tu n'en trouves de plus belles, ton faict ne vaut pas un aillot !

PELLION Est-ce tout ?

RIFFLART

Or ne sonnez mot.

voici des faicts bien plus nouveaux :

je menai hier trente agneaux vendre en Réthléem, à la fcste.

Qui naurait \u jamais de teste

(t) Lisez et prononcez froM^tv

aille là, on en voit assez.

Puis quoy, Ysamberl, tu ne sçais?

j'aperçus un grand eschafault,

des gens assis tout au plus hault,

vestus dessus de robes linges

et emmantelés comme singes,

qui très dru, bas, s'entretenoient ;

de grands feuillets ils retournoient

et s'apprestoient pour y escrire ;

mais quoi? je ne scais pour vray dire,

et qui pis est il ne m'en chault.

YSAMBERT

Viens au faict.

RIFFLART

J'y suis, autant vault.

Comme je regardois amont, l'un de ces... je ne scais qvii sont, ceux qui font les gens enfermer..,, haro! aidez-moi à nommer...

qui portent ces bâtons d'argent...

c'est, c'est...

PELLION

Il veut dire un sergent, qui mène les gens en prison.

Xi plus ni moins, tu as raison.

Il me mena, comme contrainst, par devant ces gros machefreins.

■ — D'où es-tu r dit l'un bien habile.

— Je suis, ce dis-je, de noVille, tout nourri de pois et de lard.

— Comment te nomme-t-on ? — Rifflart, ce dis-je, ne vous en chault? — Non,

ce dit-il — mais à ce nom onques fols n'eurent si grands ris; et, le couchant en leurs escrits, ils me renvoyèrent sans boire.

ALORIS

Et sans manger?

RIFFLART

Hélas ! oui, voire !

Icy les bergers doibvent rire en se moquant lie Rifflart, et Ysambert leur dira

YSAMBERT

Amis, il n'en fault point tant rire :

j'ai, passé huit jours, ouï dire que je ne sçais quel grand seigneur qu'on nomme comment?...

PELLION

L'Empereur ?

YSAMBERT

C'est cela, l'empereur de Rome :

on dit qu'il lait mettre chaque homme

en ses registres.

ALORIS

f]st-il sot !

PELLION

Chaque homme ? mais à quel propos ?

Est-ce pour faire une bataille ?

YSAMBERT

Oui, ou pour payer une taille hardiment, qui nous sera dure.

RIFFLART

Je ne scais, aille à l'aventure!

S'il vient des gens de tant de lieux nos moutons si s'en vendront mieux en Bethléem et autre part.

Icy Aloris rassemble tous les bergers autour de luy et leur dict :

ALORIS

Avant que de faire départ,

je veux vous dire une nouvelle

bien plus glorieuse.

PELLION

Laquelle ?

ALORIS Le Rédempteur bientôt viendra.

YSAMBERT Le Messie?

RIFFLART Et d'où ?

ALORIS

De la nue.

Par r Univers il étendra

sa grande puissance et tenue.

YSAMBERT

Aux pauvres quel bien adviendra de sa noble et haute venue?

ALORIS

Aux pauvres il sera propice et aux malades médecin, aux sans-abri très doulx hospice, aux humbles protecteur bénin.

PELLION Que lui feront les rois?

ALORIS

Honneur.

YSAMBERT

Bien grand ?

ALORIS

Le front dans la poussière,

ils le clameront leur Seigneur.

YSAMBERT

Mais de pareils excès d'honneur la cause me semble un mystère, il naîtra donc bien hautement?

ALORIS Piirmi les bergers, humblement.

Or notez qu'à ce inomenl on doibt imiter la nuict et Aloris continue ainsi :

Mais voici la nuict descendue, " dormons attendant sa venue.

YSAMBERT

Que chacun songe à s'habiller pour la nuict, car il faut veiller sur le troupeau, chacun par soi

Icy les bergers s'enveloppent dans leurs manteaux.

ALORIS

Je suis tout prêt.

PELLION

Et aussi moi pour veiller jusques à matines.

RifBart met à ses mains de grosses mouftcs et à ses pieds de bons chaussons et dict :

RIFFLART Maintenant que j'ai mes bottines et mes moufles à gros noyaux n i, il peut geler jusqu'aux crapauds, je ne crains froidure qui vienne!

YSAMBERT

Nous sommes bien, chacun se tienne, qui verra le loup, mène bruit !

ALORIS S'il vient il aura beau déduit.

Notez qu'icy Aloris doibt faire le guet contre les loups en se pournienant dans le fond^ cependant que les violes et rebecs accompagneront de quelque mélodie le sommeil des bergers.

(ij Boutons.

ALORIS

Gardez bien pour les loups, gardez 1 Pastoureaux faites bonne garde!

YSAMBERT, lui répondant

A votre devoir entendez, pastoureaux Faites bonne garde.

ALORIS, aprcs un temps

Gardez bien pour les loups, gardez!

Pastoureaux faites bonne garde !

Icy une grande lumière apparoit soudainement dans le ciel et l'on entend la voix de l'Ange Gabriel qui dict :

LA VOIX Debout, bergers, faites liesse !

ALORIS

Dieu d'Israël, quelle chose est-ce?

Le ciel resplendit et s"éclaire, onques ne vis telle lumière.

Icy Aloris cftrayé va réveiller ses compagnons, disant :

Bergers, regardez que voici !

YSAMBERT

Vertu divine, qu'est ceci ?

qui y'n onques telle merveille!

PLLLION

Fol est qui ne s'en émerveille de voir un tel jour à minuit.

KIll-LAKl'

Je crois que le monde finit:

le soleil a chantée son cours.

ALUHIS

Mon Dieu, donne-nous ton secours,

cette clarté qui resplendit

si fortement nous esbahit

que nous n'osons plus nous mouvcnr.

LA VOIX chante

Bergers, ne rcuille{ crainte ai'oir :

le Seigneur qui rachètera

le monde et qui le saurera

vous est aujourd'hui né sur terre.

Allei révérer le mystère,

c'est en Bethléem la cité :

Et, en signe de rérité,

quand un nourcau né rous i'eirc{,

et qi:e nu rous le trouieie{

en une crèche reposant,

c'est lui. le Seigneur tout puissa/it !

LES ANGES chantent dans le ciel :

Gloria in e.xcelsis Deo et in terra pa.x houtinibus Lwnœ l'oluntatis !

ALORIS

C) Dieu qui toute chose ordonne, Créateur de toute personne, voicy nouvelle de hault prix '.

PKLLION De joie sommes tous épris.

ALORIS

Qui mon conseil voudra parlaire.

en Bethléem ira s'enquerre de Tenfant.

YSAMBERT Je n'y tauldrai pas.

PELLION Qui voudra nous suive le pas.

KIFFLART J'y serai des premiers aussy.

ALORIS

Nos brebis resteront icy; Garnier et Gombaut à la lasse les garderont pour une espace, tant que nous soyons retournés.

YSAMBERT Sommes-nous tous bien alournés?

ALORIS Chacun a-t-il ce qu'il faudra?

PELLION

Parlirons-nousf

lUFFLAUr

Quand on voudra.

TOUS LES BERGERS ensemble chantanl ainsy

Allons tons vers l'es la hic où repose l' Enfant

doulceinent, l'ers ce Sam'cnr aimable, au son des instrnniens

chantant, niarelions pieusement.

Icy leà bergers se retirent hors de la vue en achevant leur chant.

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