LES TROIS CHENAUX
LE PREMIER GOULET (carte N° 2991 ; vue n° 3 de la l re se'rie). — Le navire partant de Dungeness ou du mouillage Spileful gouvernera pour passer à 2 ou 3 milles au Nord de la bouée du grand banc Orange; puis il continuera vers l'Ouest jusqu'à reconnaître celle du banc Narrow, qu'il laissera à la même distance dans le Nord, par tribord à lui. Etant sur le me'ridien de cette dernière boue'e, il inclinera vers le S. 0. pour donner dans la passe, autant que possible au milieu, se méfiant plutôt du côté de bâbord à cause de l'avancée de la pointe Anegada. On prendra sans cesse des relèvements sur la pyramide Direction, le mont Aymond (s'il est visible), la pointe Anegada. Le cap Orange sera aussi très utile; il est terminé par un monticule de 45 mètres de hauteur, aigu et conique qui le fait bien reconnaître; de temps clair, on distingue sur sa face Est une remarquable tache blanche produite par des falaises. Enfin, on tirera très bon parti de la pointe Nunez, falaise triangulaire de 30 mètres de haut, très nettement indiquée sur la vue n° 3. A mesure qu'on avance vers l'Ouest, il faut tenir cette pointe de plus en plus ouverte des terres qui en sont à l'Est.
Lorsque le bâtiment sera sur l'alignement du mont Aymond par la colline Direction (au N. 3°E.), il n'aura plus à se préoccuper d'aucun des bancs de l'entrée. Si la vue ne s'étendait pas jusqu'au mont Aymond, on veillerait l'alignement de la colline Direction par la pointe Delgada (au N. 13° E.), qui aboutit à 2 milles plus Ouest. A partir de l'un ou de l'autre de ces deux relèvements on cheminera, sans préoccupation, entre deux falaises absolument accores, distantes l'une de l'autre de 2 milles. Le seul point délicat est donc de bien chenaler entre le banc Direction et le grand banc Orange; pour un marin d'expérience il n'y aura de difficulté que si la vue manque entièrement. En ce cas , on restera mouillé.
Avec vent d'Ouest et marée contraire il est absolument inutile d'es-
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sayer de franchir, même sur un vapeur puissant. On arriverait facile ment jusqu'à la pointe Delgada; mais là on serait pris par le jusant et refoulé en dehors, à moins d'avoir vent portant. En effet, les courants pouvant atteindre 8 nœuds, ou ne peut plus lutter contre eux s'ils sont renforce's par le vent.
Les grands navires ayant appareille', et ne pouvant franchir, retourneront en arrière, soit au mouillage du Plumper, sous les réserves indiquées page 33, soit à la haie Possession ou au mouillage Spiteful. Tant à cause de la grande profondeur que de la force des marées, on n'essayera, sous aucun prétexte, de mouiller dans le goulet. Il n'y a d'exception à cette règle que pour les tout petits navires, les goélettes par exemple, qui peuvent jeter un pied d'ancre sous la côte Sud, entre les deux pointes Anegada et Espora.
Au milieu du chenal le jusant porte au N. E., droit dans la direction de l'axe du goulet; mais lorsqu'on se rapproche de la pointe Delgada, il s'infléchit vers la pointe Tandy, dans le Nord delà baie Possession. Au contraire, si l'on rallie la pointe Anegada, on le trouve poussant au S.E. sur le grand banc Orange. De même, le navire sortant du premier goulet pour continuel' vers l'Ouest ressentira , dans le mili eu , le Ilot portant au S. 0. avec inflexion vers le IN. 0. s'il se rapproche de la pointe Barranca, et vers le Sud du côté de la pointe Baxa.
Le nom seul de cette dernière pointe (de l'espagnol Baja, basse) indique qu'on ne doit pas trop l'approcher. Au lieu des falaises accores du goulet, on y rencontre, au large de la muraille de pierre, une plage basse découvrant de à encablures et prolongée pendant 5 autres par des petits fonds de 3 à 5 mètres. Se méfier des courants qui portent toujours sur cette pointe lorsqu'on longe la Terre de Feu en venant du Sud.
Balise de la pointe Baxa. — Pour faciliter la navigation, le Gouvernement chilien a fait ériger en cet endroit une pyramide triangulaire en bois élevée de 12 mètres au-dessus du sol et large de 8 mètres à la base. Sur le sommet de la pyramide s'élève une tige de 5 mètres de longueur sur laquelle on a cloué , en croix, trois planchettes parallèles longues de l m 50 et disposées perpendiculairement à la direction des goulets : le côté de la pyramide et des planchettes regardant le premier goulet est peint en blanc; celui qui fait face au second goulet l'est en rouge. Cette balise est à 1,500 mètres en dedans de la pointe Baxa proprement dite; on la voit de \b milles par temps ordinaire. D'après un rapport récent, ce signal ne peut être utile que pour les navires venant de l'Ouest. Elle a été abattue par les Fuégiens en 1876 et aussitôt rétablie.
Banc Satellite. — En face, et à h milles — dans le N. 55° 0. de la pointe Baxa, se remarque la pointe Barranca, tout entourée
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de hauls-fonds et de goémons. Le point saillant de ces dangers est le banc ou plateau Satellite dont le centre, avec 1 mètre d'eau, est à 1 mille dans le S. 40° E. de la pointe Barranca. Le plateau est ordinairement signalé par des varechs; mais quand le vent et le courant sont forts, les herbes coulent, surtout entre la mi-flot et le troisquarts de flot. Le bord extérieur de ce danger est accore.
Banc Barranca. — A l'Ouest, le banc Satellite est prolongé par la série de hauts-fonds qui forment le banc Barranca, avec des sondes de 4 à 8 mètres, pendant G milles j. On peut mouiller partout le long de faccore du banc Barranca. Sa particularité est d'être entièrement recouvert de goémons qui forment contre la mer de l'Est un véritable rempart. En général, au milieu et sous le vent des amas d'herbes marines, la mer ne parvient pas à se faire, les lames sont brisées.
Suivant l'heure , l'état du temps et de la marée, le capitaine décidera s'il doit poursuivre, pour passer le second goulet, ou s'il prendra l'un des mouillages qu'oflre le bassin intermédiaire. Prenant le navire sortant du premier goulet et relevant, par exemple, la balise de la pointe Baxa à l'Est et la pointe Barranca au N. 31° 0., nous examinerons successivement les diverses roules à faire, de ce point de départ, suivant le parti que l'on a pris. »
TRAVERSER LE SECOND BASSIN (carte N° 2991). — Il y a juste 20 milles, en ligne droite, de la sortie du premier goulet à l'entrée du second. L'espace est tellement vaste et les points à relever si nombreux que ce passage est. des plus faciles. Sauf dans le centre, où il y a de grands fonds, on peut mouiller même hors des baies. Dans ce cas, on examinera la nature du fond avant de jeter l'ancre, parce qu'il y a quelques endroits de roche pure. Le capitaine n'a à se défier que du banc Triton, indiqué par une bouée, de l'écueil douteux dont nous parlerons plus loin, et du banc de la Tribune, qu'on pare en se tenant dans le Sud de la ligue passant par le cône et la balise Grégory. Les points à relever sont : la balise Baxa, la pointe Barranca, le cap et l'épaulement Grégory, le sommet Hummock et le Cône (vue N° 5, i" série). De beau temps on aperçoit même le pic Gap, dont nous auronsà reparler (vue N° 3 bis, l ro série). Par temps couvert, le point qui se cache le moins est l'épaulement Grégory. La vue, même intermittente, de ce seul point suffit pour guider un capitaine connaissant déjà le détroit et s'aidanl bien de la sonde. Voici comment on devra procéder si l'on tient absolument à faire route malgré le manque de vue.
Donner la route au compas et relever le Shoulder à chaque apparition : on aura par là l'idée de la vitesse avec laquelle on s'avance vers le second goulet. Faire petite route et sonder fréquemment; ne pas changer le cap tant que la sonde est de 25 mètres ou à peu près; au-