BAIE BORJA. — BOIS À BRÛLER ET DE CONSTRUCTION
— EAU (plan N° 2987). — Stokes et Fitzroy font le plus grand éloge de celte baie. A la vérité, on y reçoit des rafales violentes et changeant si soudainement que le navire est lancé tantôl sur tribord, tantôt sur bâbord; mais le fond est excellent, la mer plate, de sorte
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qu'on n'y casse pas de chaînes. La baie n'est ouverte qu'aux vents de S. E., lesquels sont très rares. Le seul inconvénient du mouillage est d'être un peu restreint. Sur un grand navire on devra manœuvrer avec beaucoup de pre'cision, et il sera sans doute nécessaire d'affourcher, en ne venant pas en dedans de la ligne de 36 mètres. Un petit navire ira jusque par 25 à 22 mètres. Quelques capitaines disent qu'au lieu d'affourcher il vaut mieux ne mouiller qu'une ancre et amarrer l'arrière à terre au moyen de forts grelins.
La plus grande des îles Borja se voit bien et est un guide utile pour l'entrée. On tire aussi bon parti, pour venir mouiller, de planches verticales sur lesquelles sont inscrits des noms de navires. On aura soin de ne pas passer au Nord d'une ligne qui, de ces planches, va dans l'O. q. S. 0. ou, aulrement dit, de ne pas les relever plus Est que l'E. q. N. E. Filzroy conseille de ne pas passer trop près des îlots Orliz.
Il n'y a jamais ni houle ni ressac dans la baie Borja. On peut embarquer facilement de l'eau excellente et des bois de diverses espèces, parmi lesquels le hêtre domine. La côte est rocheuse et couverte d'épine-vinette et de céleri sauvage. Pour faire l'eau, on engage à se servir d'une manche placée assez haut dans la montagne pour que le liquide coule directement dans les embarcations, lesquelles feront leurs voyages par un simple va-et-vient.
Entre la baie Borja et le cap Quod il y a deux baies que les Espagnols ont appelées Bahia dos Cimeros , ou baie des Cygnes, et ÏAncon de Tamasco. La première est décrite comme étant bien abritée, mais d'un accès difficile, parce que les montagnes qui l'environnent repoussent le vent dans diverses directions et qu'il faut passer par un goulet de 200 mètres, encore rétréci par un pâté de goémons. Pour y pénétrer, on s'avancera vers le Nord en suivant la côte Est à partir de l'entrée, puis on inclinera vers le N. E., et ou se trouvera dans la partie la plus large, ayant de 3 à 5 encablures, fonds de 10 à 18 mètres. Cette baie est dans le N. E. d'une tache blanche très distincte sur la côte Sud du Crooked reach, au-dessus de la baie Butler.
Malgré le peu de valeur de la baie des Cygnes, l'Ancon de Tamasco lui est encore inférieur.
ROCHE CROOKED ou ROCHE ROUGE. — Cette roche a été découverte par le Dolphin en 1765, puis complètement oubliée. Le Vixen, bâtiment de guerre anglais, et le Vaudreuil, corvette à vapeur française, l'ont successivement étudiée. On y remarque une tête recouverte seulement de m 25 à basse mer des grandes marées; des goémons recouvrent cette tête et l'entourent sur une certaine étendue. La sonde accuse de 4 à 11 mètres sur toute la surface, couverte d'herbes marines. A une encablure dans le Sud de la roche le fond est de
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[chip, ,«.] CROOKED REACII. 95
62 mèlres, puis il saute immédiatement à 71 mètres pas de fond. 11 est extrêmement simple d'éviter ce danger. Le premier moyen consiste à ranger de près la côte Sud du reach, qui est très saine; mais si Ton préfère manœuvrer avec précision, on se servira d'alignements. On veillera à se tenir dans le Sud soit de la ligne qui joint le cap Crosstide au cap Quod, soit de celle qui joint la petite Borja au centre de la grande. Le relèvement du Morion indiquera le moment où tout danger est passe'. Il y avait autrefois sur le sommet de la grande Borja une croix sur laquelle on lisait, en anglais : «Regardez dans le S. 0.; il y a des dangers, n II s'agissait évidemment de la roche Crooked, qui est en réalité dans l'O. q. S. 0.
CAP QUOD. — LES BAIES BARCELO, OSORNO ET LAN- GARA. — Le cap Quod, en espagnol Qucnde, est une pointe élevée se projetant de la côte; il est d'un aspect triste et sauvage et tellement remarquable que le décrire est inutile. Un îlot avec récif extérieur gît dans la partie N. 0. du cap, et au Nord de cet îlot se trouve un rocher à environ 2 encablures de la grande terre. Devant le cap Quod, le flot arrivant du Pacifique se meut avec une vitesse de 1 nœud { dans les grandes marées.
En poursuivant vers le N. 0., nous remarquons trois enfoncements assez profonds que l'on nomme les baies Barcelo, Osorno et Langara. On trouvera sur la carte N° 2987 un croquis de la première. Elle n'offre pas de mouillage sûr. La partie Ouest est trop petite et elle est obstruée par un banc de goémons situé presque au milieu, tandis que la partie Est est trop ouverte et que les sondes y sont trop grandes. Il y a 46 mètres d'eau à toucher la plage, au milieu de paquets de goémons et trop près de terre pour que l'on puisse mouiller. La baie Osorno, étroite et n'ayant que des fonds énormes, ne peut être d'aucun secours; on y serait en perdition. La baie Langara semble bien mieux disposée; les sondes n'y atteignent que 18 à 22 mètres, à bonne distance de terre. Cordova fit examiner le mouillage et y reconnut un bon abri, mais il ajoute que le fond étant de pierre, la baie est inutile. Peut-être y aurait-il lieu de pousser l'étude un peu plus loin; car, en maints endroits, l'expérience a démontré que l'ancre, après avoir travaillé, perce la couche de galets et mord dans d'excellente vase.
CÔTE SUD DU CROOKED REACH. — LE MORION. — Les
quelques baies de cette côte sont absolument biilayées par les vents descendant avec force le Long reach. Nous nommerons très rapidement ces divers enfoncements : 1° la baie Butler, ainsi appelée par Wallis, qui trouva fond de roche par 18 mètres en entrant, puis en dedans 54 mèlres, même fond de roche; 2 e la baie Chance : à première vue elle semble passable, mais les roches et les îlots qui encombrent
«6 DÉTROIT DE MAGELLAN. [cbap. i".]
la partie Ouesl de la baie rendent le mouillage impossible; 3° la baie Mass, sondes de 90 mètres à toucher la plage; 4° la baie White ou Blanche, petite crique au fond de laquelle un cotre ou une goe'lette peut s'amarrer en sûreté'; le plus petit aviso ne pourrait y trouver place.
Dans tous ces parages, le Morion (ou casque) sera d'une grande utilité' pour fixer la position du bâtiment, C'est une masse granitique, aux formes accentue'es, de couleur d'argile claire, visible d'une distance considérable, soit que l'on vienne de l'Ouest ou de l'Est; une grande tache blanche le rend encore plus distinct. La vue N° 17 de la 1™ série montre combien le nom de Morion lui convient. Il s'appelait d'abord Saint-David.
CARACTÈRES GÉNÉRAUX DU LONG REACH. — Le mauvais temps s'y accentue de plus en plus; les bons mouillages manquent; le passage est étroit : c'est une des parties pénibles de la traver-sée. Les infatigables King et Fitzroy et le capitaine Mayne après eux, avec un vapeur, y ont été tellement gênés dans leurs travaux que beaucoup de points indécis restent encore à lever. La baie Swallow, sur la côte Sud, et à l'entrée même du reach, l'anse Playa Parda, sur la côte Nord, à 16 milles de la baie Swallow, et le port Angosto, sur la côte Sud, «ont les seuls mouillages praticables dans l'état actuel des connaissances hydrographiques. La première de ces baies est bonne, même pour de grands bâtiments, mais elle est à l'origine même du reach. Le port Angosto n'est pas mauvais, mais l'entrée n'est pas facile à reconnaître. Nous parlerons plus loin du mouillage de Playa Parda, et nous verrons alors combien il est insuffisant pour de longs navires à hélice. Aussi est-il désirable que l'on explore sans tarder la baie Guirior, à peine connue et peut-être destinée à combler cette grande lacune. Le cap Notch, qui se voit même en temps de brume, serait un amer excellent pour aider les capitaines à reconnaître l'entrée.
La plupart des documents recommandent aux bâtiments n'étant pas parfaitement sûrs d'atteindre un mouillage avant la nuit de battre de bonne heure en retraite et d'entrer dans la baie Swallow. Seul, M. le capitaine Maugue de l'Étang donne un avis opposé dans son remarquable rapport publié par les Annales hydrographiques de 1851. 11 y affirme que, commandant l'Élisa, brick à voiles de 180 tonneaux, et d'autres petits voiliers avec lesquels il traversa plusieurs fois le détroit, il ne mouilla jamais dans le Long reach. Il passait la nuit sous voiles à faire route quand il le pouvait, en travers pendant les rafales, virant de bord lorsqu'il était trop près de terre. Dans un de ses voyages, il eut un mauvais temps si affreux, qu'il mit cinq jours à remonter le Long reach ; néanmoins il ne céda pas et resta cinq jours sans mouiller. Il en agit de même dans le Sea reach, parce qu'il reconnut, dit-il,
[chap. î"'.] DE LA DAIE LANGARA AU GAP NOTCH. 97
que dans ces deux reachs la brise est moins forte et plus variable pendant la nuit que pendant le jour. La frégate anglaise le Fisgard, de 42 canons, commandée par le capitaine de vaisseau Duntze, fit en 1843 un tour de force analogue et peut-être plus remarquable, vu la taille du bâtiment. Il nous paraît probable que ces louvoyages si audacieux se passaient à la clarté de la lune ou pendant la saison des nuits courtes.
Les instructions anglaises, au contraire, recommandent la plus grande prudence; elles insistent pour que les navires n'appareillent qu'avec la possibilité bien établie de se remiser avant la nuit. Elles renouvellent également, et avec une grande insistance, toutes les recommandations relatives à la manœuvre des ancres : ne pas surjaler, ne pas surpatter, se réserver assez d'espace pour filer une longue louée; si l'on affourcbe, avoir un peu de mou dans les chaînes, leur laisser de l'élasticité, sinon l'une d'elles se cassera dans les embardées violentes occasionnées par les rafales.
Malgré le peu de largeur du passage, on éprouvera de telles brumes qu'il arrivera de ne voir, étant au milieu, ni l'une ni l'autre des côtes; néanmoins on pourra continuer à faire roule, car les terres sont fort accores, au moins jusqu'à Playa Paria. A partir de cette anse, quelques rochers se détachent des falaises : on n'approchera pas de lerre à plus de 300 mètres. Les cartes N ' 3397 et 3398 indiquent par des pointillés les endroits dont il faut se défier. Dans tout le Long reach, et encore bien plus dans le Sea reach, la cote est moins verdoyante que dans les reachs précédents. Le haut des montagnes est nu, le bas seul est recouvert d'arbustes et de broussailles. Dans les mois d'hiver, un épais manteau de neige s'étend du sommet à la base; les montagnes se couvrent ainsi entre le 15 mars et le 15 avril, généralement en fin mars. On dit que ce reach est plus froid que les autres, à cause des nombreux glaciers qui le bordent.
Dans tout le Long reach, la mer ne marne que de l m 20. Le jusant est à peine sensible; sous l'influence des vents régnants, le courant de l'Ouest à l'Est prédomine; il est même parfois continu, au moins à la surface. C'est encore un nouvel obstacle pour faire route vers le cap Pillar.
DE LA BAIE LANGARA AU CAP NOTCH. — Cinq anses ou baies sont disséminées sur ce littoral, présentant un développement de 5 milles. A peine est-on fixé sur leurs noms. En voici l'énumération :
1° Ange du t. ion. — Elle a sa partie Ouest formée par un cap élevé, à pic et pointu, auquel Wallis trouva quelque ressemblance avec une tête de lion. Cordova n'a pas admis ce moyen de recon-
y8 DÉTROIT DE MAGELLAN. [<!fcu?s 1".]
naissance; mais, selon d'autres, il est exact. Wallis y mouilla par 26 mètres, mais il était à toucher le rivage.
2° Baie Aree. — Cordova la décrit comme offrant mouillage avec fond de pierre de 11 à 31 mètres. Le fond de la baie se divise en deux bras ayant chacun une longueur de | mille; les pointes extérieures gisent S. E. et N. 0., Tune par rapport à l'autre, et sont distantes de - mille; il y a quelques îlots à l'entrée.
3° Baie Gooil Iiiick. — Cordova nous la dépeint comme très petite et très exposée, avef 47 mètres d'eau, mauvais fonds de galets et de gravier. Les cartes anglaises y portent des fonds de 27 mètres, ce qui est contraire aux instructions. Nous empruntons à la description de Cordova les quelques lignes suivantes :
a An S. E. , dit-il, d'un îlot qui touche la pointe Ouest il existe un récif avec très peu d'eau dessus; les goémons le font reconnaître. Cette bnie possède à son extrémité deux petites criques formées par une pointe qui se projette du milieu du fond de la baie; elle reçoit aussi un ruisseau qui descend d'un ravin dans les monlagues.fl
Cordova désigne dans ses rapports l'anse du Lion par le nom de baie Posadas et la baie Good Luck par celui de Flores; mais les noms donnés par Wallis ont prévalu.
à" L'anse Valions* ou "Willena est la plus petite de toutes et elle est très exposée. Elle présente, d'après ses premiers explorateurs, des fonds de 27 à 37 mètres; mais les cartes anglaises, encore en désaccord avec les instructions, même anglaises, lui assignent des fonds de 13 mètres.
Au résumé, les quatre anses qui précèdent ont pu servir aux premiers navigateurs qui ont franchi les détroits avec de tout petits navires; encore aujourd'hui les caboteurs s'y amarreraient en sécurité, surtout à toueber terre, dans d'étroits réduits, mais les plus petits des vapeurs qui font le long cours y seraient fort mal à l'aise, sinon en perdition.
5° Baie Guirior. — Peut-être, comme nous l'avons dit, la baie Guirior fait-elle exception. Le capitaine Mayne n'est pourlaut pas encourageant, car il dit au sujet de celte baie :
«Le Nassau n'est pas entré dans la baie Guirior, car, au moment où l'on explorait cette partie du détroit, un coup de vent soufflait droit dans la baie. D'après ce qu'on a vu en passant devant l'entrée, il n'a pas semblé qu'elle pût être très utile; elle est tout à fait ouverte aux vents du S.O., comme l'a dessinée Churruca, bien que Cordova dise qu'on peut y entrer avec les vents de celle partie. On aperçut du Nassau plusieurs brisants dans la baie, qui ne parut pas assez engageante pour qu'on y entrât, même avec la possibilité d'y trouver un mouillage quelque part dans l'intérieur, v
[cu.ip. T.] DU CAP NOTCH À PLAYA PARDA. 99
Cordova s'exprime autrement. D'après lui, il y a près de l'entrée une île et plusieurs rochers; en dedans de ceux-ci, sur le côte Ouest, on trouve deux anses avec 27 à 55 mètres, fond de cailloux. En allant plus en dedans on découvre le port, qui a une entrée étroite et dans lequel une rivière tombe d'une hauteur très grande. Le courant de cette rivière a creusé un chenal dans la direction de l'entrée; on mouille dans ce chenal sur des fonds de 37 à 47 mètres. Un récif s'étend, dit-on, à près de 1 encablure de la côte Ouest du goulet. 11 v a, en outre, un banc en dehors du goulet, mais il est signalé par des goémons. Somme toute, le port intérieur est d'un accès difficile. Ajoutons que le navire anglais le Talca a mouillé dans la baie Guirior et l'a trouvée suffisamment bonne pour en faire lever le croquis.
Le cap IVotcli est une projection de rochers grisâtres, élevée de 198 mètres et présentant au sommet une fente profonde qui en fait un amer de premier ordre (voir la vue N° 19 de la i re série). Les montagnes des environs sont très singulières : elles offrent des crêtes aiguës et dentelées comme des scies. Elles sont d'une aridité ahsoluc, tandis que sur le bord de l'eau on rencontre des fouillis d'arbrisseaux et de broussailles à travers lesquels il est extrêmement difficile de se frayer une route. Les ports et les anses du voisinage sont fréquentés par de nombreux petits oiseaux qui voltigent jusqu'à la base des glaciers.
BU CAP NOTCH À PLAYA PARDA. — Sur cette étape de 11 milles 5 nous rencontrons tout d'abord l'anse Notch, qui est assez profonde comme enfoncement dans la terre, mais encombrée de bancs et de rochers, de sorte qu'un petit navire y trouve une place à grand'peine. A 3 milles au delà s'ouvre la baie du Glacier, laquelle tire son nom de l'amas énorme de glace qui exisle tout près d'elle. Le capitaine Mayne, qui l'a explorée, nous la dépeint comme entièrement exposée à tous les vents de la partie Ouest; même en mouillant par de grands fonds, on n'aurait pas l'évitage. La baie est, paraît-il, partagée en deux par un petit promontoire; cependant la carte N°3397 ne fait pas mention de semblable disposition. La parlie Ouest se termine par une petite crique. Dans le fond de la partie Est, le Nassau passa entre deux pointes rocheuses distantes de 1 encablure, puis il entra dans une baie ayant f de mille de diamètre et de très grandes sondes. H y a dans ce bassin plusieurs îlots au milieu desquels h Nassau put faire route, ayant juste assez de place entre l'îlot de l'Ouest et un récif que l'on découvrait sous l'eau. Néanmoins il passa et tomba dans un vrai port ayant 1 mille de longueur et des sondes de 24 à 31 mètres, fond de vase parlout; mais l'entrée est si difficile que ce beau port est absolument perdu. Le capitaine Mayne lit chercher d'autres passages pour y entrer, mais on se heurta à des sondes de 1 à 2 mètres.
4 milles après la baie du Glacier, nous sommes en face d'une petite
DETUOIT DE MAGELLAN.
anse qui abriterait au besoin un caboteur. Au large de la pointe Ouest il y a un récif dont on se défiera.
ANSE PLAYA PARDA. — EAU (plan N° 2987; vue N° 20 de la 1™ série). — L'anse Playa Parda est située dans l'Est du grand enfoncement dit Playa Parda, avec lequel ou évitera de la confondre. L'enfoncement n'a que d'énormes profondeurs y interdisant tout séjour.
L'anse elle-même offre deux mouillages, dont l'un est dit extérieur et l'autre intérieur. Bien des navires, même de très grandes dimensions, ont pris le mouillage extérieur, mais ils s'y sont mal trouvés et conseillent de ne suivre leur exemple qu'en cas de nécessité. Les ruptures d'ancres y ont élé très fréquentes; le fond est médiocre; l'espace est presque insuffisant. La facilité de reconnaissance de l'endroit y amène quelquefois, malgré eux, des navires qui ne peuvent atteindre le port Angosto ou craignent d'en manquer l'entrée. En effet, la petite île Sheller, qui apparaît avec netteté, et trois raies blanches apparentes, qui ressemblent à des routes descendant du haut de la montagne, empêchent toute hésitation.
Les capitaines de gros navires feront bien d'étudier avec soin le plan avant d'accoster le mouillage. En effet, supposons une grande i'régale ayant 80 mètres de long, calant 7 ra 50 et jetant exactement son ancre sur celle du plan N° 2987. Elle ne pourra pas filer moins de deux maillons. Décrivant alors une circonférence avec 140 mètres de rayon, nous verrons que par vent d'Est l'arrière s'engagera sur les bancs de goémons et n'aura que 8 mètres d'eau; avec les vents de Sud, il sera à 50 mètres de la pointe du milieu; avec vents d'Ouest, il y aura un peu plus de marge, mais si la chaîne casse, on talonnera, si vite que l'on ait mouillé une autre ancre. Ainsi ce poste n'est convenable que pour les navires moyens.
Aussi le pilote anglais recommande-t-il aux grands navires de ne pas hésiter à affourcher. Nous y lisons : te Faire route sur la pointe du Milieu en la tenant dans les environs du N. N.E. et laisser tomber l'ancre de bâbord dès que l'on trouve le fond par 30 à 40 mètres; lancer alors sur tribord et venir aussi loin que le permettront et la taille et le tirant d'eau du bâtiment, par environ 12 mètres. n II est évident qu'avec des ancres ainsi disposées le navire sera aussi bien que possible avec des vents de la partie Ouest; mais avec ceux du Sud et du S. E. l'arrière s'engagera dans les goémons de la pointe Wooding et risquera de toucher sur les roches.
Des vapeurs, même assez forts, atteignant 50 et 60 mètres de longueur, peuvent prendre le mouillage intérieur, où l'on est en sécurité. Il est évident, seulement, qu'ils auront à bien choisir, suivant le vent régnant, la place où ils jetteront l'ancre : i'évilage est restreint. On ne passera sous aucun prétexte dans l'Est de l'alignement de la poinle
[chap. ,".] ANSE PLAÏA. 101
Est de la passe par la pointe Wooding. Nous désignerons, à l'avenir, tout simplement par pointe Est celle qui se trouve à l'endroit le plus étroit, en face de la colline marquée 17 mètres, à 2 encablures dans le N. q. N. 0. de la pointe du Milieu (plan N° 2987).
Il faut avoir soin de rallier franchement tribord en entrant, car c'est la partie des terres saines. On peut passer à 40 mètres de la pointe du Milieu; quant à la pointe Est, on peut la raser de très près. On évitera bien de tomber sur bâbord, car deux dangers existent, dit-on, de ce côté. La frégate russe la Sveltana a signalé un rocher pointu recouvert de 5 mètres d'eau et existant à mi-canal, en lace de la pointe Est; puis un autre navire est venu appeler l'attention sur une tète de 2 m 70, «à \ encablure de la côte, dans la pasie conduisant dans l'anse intérieure. n Le renseignement de la Sveltana est assez clair; il est évident que cette frégate parle bien d'un danger existant en face de la deuxième pointe à partir du large, de celle que nous avons définie ci-dessus sous le nom de pointe Est. Quant à l'autre avertissement, il est difficile à interpréter. En employant le mot passe, il parait indiquer l'endroit étroit, mais celte passe a précisément une A encablure; en portant cette distance à partir de la pointe Est, il est bien évident qu'on trouvera les rochers de l'autre côte. D'autre part, s'il s'agit de la pointe du Milieu , il est bien étrange de ne pas l'avoir nommée, et pourquoi spécifier passe, puisque c'est l'endroit le plus large? L'indécision subsistera donc jusqu'à plus ample information, et tout danger existant ou non sera paré en ralliant tribord en entrant. Tout cela est à vérifier sur place.
Les deux indications qui précèdent ne sont pas le seul reproche que l'on ait fait au plan du capitaine Mayne ; on y a aussi relevé une erreur de 10° quant à l'orientation. Cette inexactitude, peu compatible avec la valeur de tous les travaux du Nassau, a besoin d'être vérifiée. Si réellement l'orientation est inexacte, il y a lieu de modifier tous les relèvements de 10°. En attendant une solution définitive, et bien que l'on puisse facilement mouiller sans prendre de relèvements, tout navire voulant éclaircir les doutes n'aura qu'à se placer, un peu au large, sur l'alignement de la pointe Est par la pointe du Milieu : c'est le N. 10° O. sur le plan du capitaine Mayne, le Nord vrai, d'après ses critiques.
Les navires à voiles voulant pénétrer dans l'anse intérieure seront obligés, sauf vent largue, de prendre tout d'abord le mouillage extérieur et de se louer ensuite avec des amarres. Ceux qui arriveront avec des brises de N. O. auront soin de gagner bien au vent, afin de pouvoir passer dans le S. E. de l'île Shelter, aussi près que le permettra la prudence; en lolfant, ils pourront alors atteindre le mouillage extérieur sur leur aire. Ils conserveront la toile du temps, pour avoir de la vitesse; mais ils se tiendront prêts à carguer, si les rafales
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tombent des montagnes. Une l'ois dans l'anse, vapeurs et voiliers élongeront un grelin à lerre pour éviter de passer sur leur ancre dans les fréquentes embardées qui sont à redouter. Les amarres seront aussi, le plus souvent, nécessaires à la sortie.
Le plan de l'anse Playa Parda porte, dans le N. E. de la pointe du Milieu, une crique large de 150 mètres et longue de 350, où les plus grands bâtiments pourraient s'amarrer à quatre, s'il existait aux quatre angles des points fixes, préparés d'avance. Ce serait Tort peu coûteux et précieux en cas d'avaries. C'est devant Playa Parda que le vaisseau français le Bayard, désemparé de son gouvernail à l'entrée de Port-Tamar, fit têle en 1862. Il tint 9 jours au mouillage de l'extérieur, y confectionna un gouvernail et le mit en place. Il est vrai qu'il cassa une patte d'ancre, et dut faire marcher sa machine pendant 48 heures pour résister aux grains du S. 0.
Les instructions publiées immédiatement après les travaux de King et de Fitzroy parlent d'un ilôt presque à fleur d'eau existant à 1 encablure ~ de la pointe Nord de l'ile Shelter, entre elle et la grande terre. La dernière édition du Pilote anglais ne signale qu'un petit banc de goémons, à peu près à mi-chenal; c'est peut-être du même danger qu'il s'agit. Ce dernier ouvrage parie, en outre, d'un grand banc d'herbes marines s'étendant à deux encablures au large de la pointe N. 0. de la même île.
Il y a à Playa Parda beaucoup d'eau , mais pas de bois.
DE PLAYA PARDA À L'ÎLE SAINTE-ANNE. — Cette partie du Long reach est dénuée de mouillage pour les navires importants; mais nous y trouvons deux anses utilisables pour les goélettes, à la rigueur pour les canonnières. La première se nomme l'anse Marion (plan N° 3170); l'abri est assez bon, mais il faut jeter l'ancre par 50 mètres et envoyer une amarre à terre, car il n'y a pas de place pour éviter. L'anse Pollard (plan N° 2986) est plus étroite encore, mais plus longue, et d'un meilleur abri; les fonds y sont moins considérables. Elle est en tous points supérieure à la précédente, mais il faut aussi s'y amarrer l'arrière à terre. La baie Hannant, qui se présente ensuite, est tellement mauvaise, que les plus petits navires la fuiront; la mer du Sea reach y entre avec force.
Ainsi que nons l'avons fait observer déjà, cette partie de côte est moins saine que celle que nous côtoyions avant Playa Parda; la roche Noire est de tous les dangers celui qui s'écarte le plus de la terre.
ÎLE SAINTE-ANNE; GOLFE DE XAULTEGUA. — Un canal navigable sépare la pointe Havannah de l'ile Sainte-Anne, puis uu énorme bassin s'étend jusqu'à 28 milles clans l'Est; l'une de ses anses n'est séparée que par un isthme de 2 milles du Sulivan Sound, sur le canal Jérôme. Fitzroy a parcouru en embarcation tout le golfe
fou» ."•] LONG BEACH. - BAIES SWALLOVV ET CONDESA. 103
de Xaullegua. Le dessin qu'il en a l'ait figure encore sur nos cacGesj c'est, non'pas un levé hydrographique, niais un simple croquis, ce qui esL,du veste, parfaitement suffisant; En effet, Filwoy n y a reconnu aucune apparence de mouillage, et il recommande aux navires qui seraient poussés dans le golfe d'y rester sous voiles ou vapeur, sans chercher à jeter l'ancre.
CÔTE SUD DU LONG REACH. — Nous reportant sur la côte Sud nous en reprendrons la description au Snow Sound, point ou commence le Long rcacb. Jusqu'aux travaux de Fitzroy, on croyail que le Snow Sound communiquait avec le VVliale Sound, mais il n'en est rien : au bout de 10 milles, l'hydrographe anglais en avait trouvé le fond dans deux havres entourés de rochers noirs et escarpes. Dans tout ce long parcours, il n'existe que deux anses pouvant servir de mouillages : elles sont toutes deux sur la cèle Ouest du Sound; l'une est à 1 mille de l'entrée et l'autre à 2 milles. Seuls de petits navires peuvent en user, et comme ils seront mieux a la baie Swallow , le Snow Sound doit être évité par tous.
BAIES SWALLOW ET GONDESA ( plan N° "2986). — Ces deux baies sont séparées par l'île Carlerel. La première, autrement dit la plus Sud, est très supérieure à la baie Condesa, et est la seule fréquentée ; la vue N° 18 de la première série aidera à reconnaître l'entrée, que signale une grande cascade. Le navire fera roule entre les îlots Waliis et°le rocher Fitzroy, couvert à mer haute, mais signale par des goémons; puis il aura devant lui les rochers Fisgard, indiqués égale ment par des goémons. Les très grands navires mouilleront a environ 1 encablure! en dedans de ces rochers; les moyens et les petits se rapprocheront davantage. L'abri est complet dans ces divers mouillages, et le seul inconvénient de la baie est de n'avoir pas un bon foud; elle est parsemée de têtes de roches sur lesquelles, à l'évilage, on entend la chaîne grincer. Cependant on n'y mentionne pas de gros accidents d'ancres, comme à Playa Parda. Pour mémoire, nous reproduisons, avant de quitter la baie Swallow, la phrase suivante, extraite d'un document nautique publié récemment : « 11 y a encore un autre rocher un peu en dedans des îlots qui forment le coté Est de l'entrée; il ne découvre qu'à basse mer, mais il est signalé par des varechs.» Malgré le défaut de précision de ce texte, il est probab e qu'il s'agit des rochers Fisgard, qu'il eût été beaucoup plus simple de nommer. Néanmoins, nous reproduisons textuellement cette phrase obscure pour les marins qui pourraient penser qu'elle signale un danger nouveau.
La baie Swallow est celle que les Espagnols avaient appelée bahia
Varonesa.
[CIIAP. l".]
La baie Condesa est remplie d'ilôts et de rochers; elle est moins grande que sa voisine. Il n'en existe pas de plan. Néanmoins, il est probable que des petits navires trouveraient à s'y loger. L'abri n'y est bon qu'avec les vents à l'Ouest du N. 0. Il est impossible de communiquer par navire d'une baie dans l'autre par je Sud de l'île Carteret; le passage est rempli de grandes roches et presque à sec à mare'e basse. Seules les embarcations passeront.
BAIE STEWART; canal SNOWY. — La première est la baie Stuardo des Espagnols ; elle est encore peu connue et aucun plan n'en a été levé'. Ce n'est pas à regretter du reste, à en croire les quelques renseignements publiés au sujet de cet endroit. Cordova nous dit : «On y remarque un îlot, entre plusieurs bancs de goémons indiquant de nombreux dangers. Le meilleur chenal est luimême étroit et sinueux; la profondeur y varie de 22 à 29 mètres, fond de pierre. Arrivé dans le fond de la baie, on verra un petit îlot séparant deux canaux étroits , lesquels conduisent tous les deux à un petit port ou bassin large de 2 encablures, et ayant dans sa partie Est des sondes de 11 à 16 mètres, fond de vase. Le canal de l'Est est le plus profond; il a de 27 à 37 mètres d'eau. Un récif s'étend à ± encablure dans l'Ouest de l'extrémité Sud de l'ilol formant les deux passes. Il serait difficile et dangereux de vouloir entrer dans ce petit bassin.»
Le capitaine Stokes dit, de son côté : «Nous y passâmes une nuit tranquille, mais néanmoins ce mouillage n'est pas à recommander. H est assez bien abrité du vent et de la mer, mais parsemé de tant de rochers que les manœuvres y sont dangereuses. Les rochers sont indiqués par les goémons, mais ils sont si près les uns des autres que l'on court des risques sérieux en évoluant au milieu d'eux. » Le capitaine Mayne, avec le Nassau, vint aussi reconnaître l'entrée; mais il la trouva si bien barrée par les rochers, qu'il ne voulut pas s'y engager. De plus il ventait beaucoup, de sorte. qu'il fut impossible d'envoyer les emharcations en reconnaissance.
Le canal Snowy, voisin de la baie Stewart, s'étend à 5 ou 6 milles dans le Sud. Plusieurs criques sont découpées sur sa côte Ouest, mais le fond y est tellement grand qu'on ne saurait y mouiller.
DE L'ABRA AU port angosto. — Le nom d'Abra, en espagnol ouverture, fut donné par Sarmiento à un long canal dont il ne put voir la fin et sur lequel l'indécision a longtemps régné. Le capitaine King le visita et conclut qu'il ne pouvait être d'aucune utilité comme point de relâche; il estima que ce bras de mer pouvait bien aller rejoindre le Dynevor Sound jusque sur le Pacifique. 'Le capitaine Mayne entra dans l'Abra avec le Nassau, en passant dans le S. E. de
[chip. [".] BAIE STEWART. — PORT ANGOSTO. 105
l'ile qui en esta l'entrée; il croyait trouver un mouillage sur la grande terre, en face de l'ile, mais n'y observa que des fonds énormes. Sur la côle opposée, dans l'Ouest de l'ile, il n'y a qu'une échancrure à peine sensible, et encore est-elle fort encombrée de goémons. Comme ses prédécesseurs, Mayne pensa que l'Abra faisait vraisemblablement communiquer le détroit au Dynevor Sound, mais il ne put le vérifier par lui-même.
Pour la première fois, en 1871, l'existence de la communication fut non plus soupçonnée, mais hautement affirmée. M. Louis Bueno, capitaine d'une goélette chilienne, faisaut ordinairement la pèche des phoques, apprit qu'un navire venait de faire naufrage aux îles Week, sur la côte du Pacifique. 11 se mit en devoir de se rendre sur le lieu du naufrage et voulut remonter le Long reach, pour prendre le chenal Cordova. Rencontrant des rafales furieuses, et ne sachant plus que faire, la goélette se jeta dans l'Abra, y trouva un temps tolérablc et sortit sur le Pacifique sans avoir fait d'avaries. On appelle canal Sea Shell le bras de mer faisant suite à l'Abra. Le capilaine Bueno parle du chenal comme d'un endroit parfaitement sain , praticable à tout navire. Les terres que l'on traverse sont bosses et légèrement ondulées. Ces nouveaux renseignements proviennent d'un pratique du pays; ils semblent donc devoir inspirer confiance.
En dépit des apparences, souvent contraires, il n'y a pas de mouillage réel entre l'Abra et port Angosto. Le Nassau visita toutes les ouvertures et trouva partout des profondeurs exagérées. L'anse Rocheuse, qui semble si avantagée, rentre dans cette catégorie. Seule, la baie du Cormoran ferait à la rigueur exception. De petits navires s'enfonçant dans l'un de ses trois bras trouveraient non pas à mouiller, mais à s'amarrer à des arbres. Cependant, comme Playa Pardaet le port Angoslo offrent beaucoup plus d'aisance, il est probable qu'aucun capitaine ne profitera de celte possibilité.
PORT ANGOSTO. — EAU (plan N° 2086). — Ce port devra toujours être préféré à Playa Parcla par les grands bâtiments. Il est exposé à de très fortes rafales descendant des montagnes, mais la mer reste complètement plate; on n'y connaît pas d'accidents dans les ancres. Le fond est de vase dure donnant une bonne tenue. Le seul inconvénient du port est d'avoir une entrée délicate à reconnaître pour les marins qui ne sont pas très habitués à analyser les terres; cependant, avec les vues N os 21 et 22 de la première série, il devient beaucoup plus facile de ne pas commettre d'erreur : ces vues sont, en réalité, le meilleur des renseignements, car les rapports écrits sont pleins d'obscurités et de contradictions. Nous en détachons cependant les quelques conseils suivants, qu'il serait lort utile de contrôler et d'améliorer.
ICUAV. l".]
1° On veillera, venant de l'Est, l'entrée de la baie du Cormoran, facile à reconnaître à ses nombreux îlots; on y prendra un point de départ, sachant que 3 milles | plus loin on sera devant le port Au goslo; 2° On cherchera dans les terres voisines du port Angosto une montagne conique ayant 300 mètres de haut, et se trouvant sur la côte Sud du port, près de la mer, ou autrement dit sur la partie Est de l'entrée; de cette montagne tombe une cascade qui se jette non point dans le port Angosto, mais dans une petite baie qui est la première avant lui; la cascade est très apparente après les grandes pluies et la fonte des neiges; elle l'est moins dans les temps secs; 3° On s'attachera à découvrir le mont Knob (bouton), au milieu des nombreux sommets formés par les terrains grisâtres de cette partie de la presqu'île Cordova : c'est un rocher rond, ressemblant, suivant certains, à un bonnet de mandarin chinois surmonté de son boulou; le relèvement passant par le mont et l'entrée du port est le S. 70° 0. N. 70° E., et le mont est alors parle fond de la baie Hannaul; 4° Lorsqu'on vient de l'Ouest, on verra une raie blanche remarquable placée sur le côté de l'une des collines qui sont à l'Est du port : cette marque n'est pas visible lorsqu'on vient de l'Est. En résumé, les navigateurs seraient certainement reconnaissants au Gouvernemenlcbilien d'établir à l'entrée du port Angosto une pyramide ou quelque signe dislinclil empêchant l'hésitation.
Le port est si sain, qu'une fois l'entrée reconnue on ira sans peine au mouillage. On choisira de préférence le poste de l'Ouest, en face des cascades; on y est comme dans un bassin. C'est peut-être le port où il y a lieu de veiller le plus à ne pas mouiller trop tôt : on se croit sous les falaises, alors qu'on en est encore loin.
L'eau se l'ait aisément aux cascades; les moules abondent et sont excellentes.
DU PORT ANGOSTO AU CHENAL CORDOVA. — Immédiatement après le port Angosto on rencontre une petite échancrure uommée Half-Port, dans laquelle on a trouvé une profondeur de 29 mètres à | encablure de la pointe N. O. Un navire très court peul y jeter de beau temps un pied d'ancre. Cette ressource, si bornée, n'existe ni dans le Canoë ni dans l'Indian Inlet.
Byron put essuyer un coup de vent sous le cap Monday, mais il avait un navire très court. Le Nassau, qui cependant n'était pas un grand navire, trouva qu'il lui eût été nécessaire de mouiller par 55 mètres pour avoir son évitage. Pour un caboteur, il y a vraiment bon abri.
La liaie niedal est fort peu connue, mais elle doit cire cxcellenle pour les pelils navires, à en juger par sa forme et par les quelques
[chai., i".] PORT ANGOSTO. — SEA REACH. 107
renseignements que nous donnent Churruca et Uriarte. Us en levèrent un croquis pendant leur campagne en canots dans l'Ouest du détroit ete'crivirent : k II y a 11 mètres d'eau, sur fond de sable, dans l'entrée et pas moins de 7 m 30, même dans les endroits recouverts de goémons; dans l'intérieur, la sonde accuse de 12 à 16 mètres, sable ou vase; sur les bords, le fond est de galets et la profondeur tombe à 8 mètres, -n Nous ajouterons que le rapport écrit donne 59 mètres de large à l'entrée, et le croquis 90.
Trois milles après la baie Medal nous trouvons l'île Cordova, qui divise en deux canaux l'entrée du chenal Cordova. Le Nassau a exploré les deux entrées et le commencement du chenal, pour y chercher des mouillages, mais il n'en a pas découvert; il lui est même arrivé d'avoir son beaupré au-dessus de la terre, la sonde accusant encore 55 mètres à l'avant. Le capitaine Maync parle seulement d'une petite anse existant sur la côte Est de l'île Cordova, et ayant 3 encablures de longueur sur \ de largeur; il y a 18 mètres de fond à l'entrée de l'anse, 36 mètres au milieu et 26 à toucher son extrémité. Le canal de l'Ouest présente, le long des cotes, des îlots et des rochers qui excluent toute idée de bon mouillage; mais le milieu du chenal est parfaitement sain. En donnant ces renseignements d'après le capitaine JMayne, nous devons ajouter qu'il existe sûrement un mouillage dans le clieual Cordova, puisque le brick français l'Entreprenant y fit un long séjour. En consultant l'édition 1865 de la carie N° 877, on y verra, à 2 milles dans l'Est du cbenal Cordova, une baie appelée baie de F Entreprenant et présentant divers mouillages, dont le dernier est à 7 milles du détroit. Il a été reconnu, depuis, que l'Entreprenant n'était pas dans une baie, mais bien dans le chenal Cordova. La baie faussement indiquée par le brick français a été supprimée sur l'édition de 1867, mais il n'en résulte pas moius qu'un bâtiment assez important a séjourné pendant longtemps lorL loin delà côte du détroit : c'est là une indication qui peut guider les recherches ultérieures.
CARACTÈRES GÉNÉRAUX DU SEA REACH. — Commençant à l'île Sainte-Anne, finissant au cap Pillar, ce reach ne mesure pas moins de 52 milles de long. Sa largeur est de 6 milles jusqu'à l'île Tamar et de 12 au delà. Celte grande largeur faciliLe la navigation, surtout aux louvoyeurs, mais en même temps ils ressentent la houle du large, qui cesse complètement du cap Negro à l'île Sainte-Anne, parages où les plus fortes brises n'occasionnent que des mers courtes. La force de la boule est même, dans le Sea reach, un des meilleurs guides pour juger le temps au large. Le capitaine Stokes, premier commandant du Beugle, cslimait que rien ne devait empêcher les navires de rester, pendant la nuit, sous voiles ou sous vapeur; il
108 DÉTROIT DE MAGELLAN. [obap. i".]
le fit lui-même par temps obscur et venteux. 11 manœuvra pour se tenir sur la ligne des caps Upright et Providence, qu'il vit toujours au moins à 1 mille, Lien à temps pour virer de bord. Les inslructions récentes conseillent beaucoup de prudence : elles engagent les capitaines à se réserver la journée entière pour faire cette dernière étape. Partant de Playa Parda, ou mieux encore du port Angosto, ils appareilleront au petit jour. S'ils ont fort vent debout, et ne gagnent que très lentement, ils n'essayeront pas de sortir, mais relâcheront aux ports Churruca ou Tamar, à la baie Sholl ou bien à celle de Tuesday, et là ils attendront un temps maniable. Sous aucun prétexte on ne dépassera le cap Pillar, à inoins d'avoir devant soi plusieurs heures de jour, et la persuasion qu'on pourra s'élever d'une bonne distance au large de la côte avant le coucher du soleil. Forcé de battre en retraite, on le fera de bonne heure, se souvenant que, la nuit faite, on ne trouverait plus l'entrée des ports. Ces précautions sont commandées par la soudaineté avec laquelle se déclarent les vents d'Ouest et de N. 0.; en hiver, elles sont de rigueur. En toute saison on restera au port avec baromètre descendant.
Le Sea reach n'a pas, comme hydrographie, l'exactitude qui se remarque dans les cartes de la partie Est. Le mauvais temps a toujours empêché des travaux vraiment réguliers; les rectifications se sont plutôt opérées détails par détails. Aujourd'hui, les caries sont parfaitement suffisantes, pour peu qu'il y ait de la vue; seulement on ne répond pas absolument des relèvements de cap à cap. En conséquence, il serait imprudent, par temps de brume, de trop se fier à la route au compas.
Nous donnerons d'abord la description de la côte Nord, que forment la Terre du Roi Guillaume IV et la partie méridionale de l'archipel de la Reine Adélaïde.
DE L'ÎLE SAINTE-ANNE AU CAP PROVIDENCE. — Passé le golfe deXaultegua, le levé de la côte est extrêmement indécis; on évitera soigneusement les nombreuses îles s'en détachant, jusqu'à 2 ou 3 milles. Au contraire, le cap Providence (vue N° 23, l™ série) est exactement placé et bon pour les relèvements. C'est une montagne rocheuse, beaucoup plus élevée que les terres adjacentes, et dont le sommet est profondément entaillé. Vu du Sud, le cap se divise en deux parties : celle de l'Ouest présente une courbe en forme de voûte, tandis que l'autre est un pic.
D'après Hawkesworth (livre des voyages), il y aurait un mouillage dans le N. E. du cap Providence. Le Nassau, en allant le chercher, trouva tant de goémons sur la côte qu'il ne crut pas à son existence; en tout cas, il est certain qu'on n'y aurait aucun abri contre les vents du Sud. Un navire anglais pris par de grands vents du Nord a mouillé
[cap. i".J SEA REACH. — PORT TAMAR. 109
sous le cap lui-même par 36 mètres, fond de roche , et s'y esl fort bien trouvé.
ÎLE RONDE; PORT, CAP ET ÎLE TAMAR (plan N° 2972). — L'île Ronde est très facile à reconnaître parmi toutes celles qui l'avoisinent, et c'est un excellent amer pour prendre des relèvements dans cette partie du reacli. On dit qu'il y a un mouillage bien abrite', mais avec un très grand fond, dans une baie qui est au N. N. 0. de l'île et que la carte N° 3397 indique très suffisamment. Le meilleur endroit pour jeter l'ancre serait juste à l'entrée de la baie, sur la côte Ouest, au Nord de l'îlot qu'on laisse par bâbord en entrant; il y a là un plateau avec sondes de A3 mètres, fond de sable. Le capitaine Mayne n'est pas entré dans cette baie , qui de l'extérieur paraissait trop encombrée d'îlots et de rochers pour être utile à un grand navire et à laquelle le voisinage du port Tamar enlève toute importance.
Le port Tamar a reçu le nom d'un navire de guerre anglais qui se trouvait sous les ordres de Byron pendant son passage de 17G4. Mouat, nom des îlots situés à l'Ouest du port, est celui du capitaine du Tamar.
Ce port a été fort souvent attaqué à cause des nombreux naufrages dont il a été le théâtre; c'est là que le vaisseau français le Bayard fut désemparé de son gouvernail et faillit se perdre complètement. Tous ces sinistres étaient dus à des fautes d'hydrographie, à la croyance invétérée dans l'existence d'une passe profonde entre les îlots Mouat et la terre du cap Tamar. Deux navires américains se brisèrent l'un après l'autre sur le récif du Plumper, avant que l'on se décidât à renoncer à cette fausse passe, qui semblait la meilleure, parce qu'elle était plus au vent. Aujourd'bui, l'exactitude du plan ayant été éprouvée, le danger des roches inconnues n'est plus à redouter; mais un autre inconvénient subsiste, celui d'une tenue très .médiocre : les fonds de roche sont fréquents.
Néanmoins on pourrait faire une longue liste de bâtiments ayant essuyé au port Tamar des mauvais temps sérieux et s'en étant bien tirés. La mer reste belle, quelle que soit la force du vent. Ajoutons que l'opinion des marins tend, en ce moment, à recommander la baie Sholl de préférence au port Tamar. Il est certain que la baie Sholl est très bien située comme poste d'observation.
Il reste bien entendu qu'il n'existe pas de passe dite de l'Ouest entre les îles Mouat et la terre du cap Tamar; le récif du Plumper et d'énormes bancs de goémons encombrent le passage, qui n'est vraiment praticable que pour les caboteurs. Les véritables navires passeront, les uns entre le rocher Sunk et le banc de goémons qui en est à l'Est, les autres entre ce banc et l'île Dauphin (Dolphin); d'autres viendront le long de la côte Nord et passeront entre l'île Dauphin et
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la pointe Hyron, puis dans le Nord du banc de goémons, et de là au meilleur mouillage, entre l'île Spencer et la pointe John. Il est évident qu'avec les vents dominants les voiliers oui avantage à prendre la première de ces routes, qui esL la plus au vent. Pour les vapeurs, le passage entre l'île Dauphin el la pointe Byron est très recommandé; il n'y a pas de goémons , on pare sans peine le récif l'erceval, très indiqué par les herbes : en un mot, on n'éprouve réellement aucune difficulté.
En manœuvrant, on tirera très bon parti, pour connaître sa position, d'une marque blanche ressemblant à un tombeau el se détachant sur un fond vert. Le Beugle, donnant dans le port Tamar, toucha sur une roche de 2 m 75, qu'il dit être dans le S. 53° E. de la tache blanche et qu'il nomma rocher Sunk. Le Nassau ne trouva pas cet écueil, mais il en découvrit un analogue dans le S. 47° E. delà tache blanche; on lui a conservé le nom de Sunk. Ce danger, étant Nord et Sud avec le plus Est des ilôts Mouat, est très facile à éviter. Seuls, les petits navires passeront sans inconvénient entre la terre et l'île Spencer. Cette dernière ile est verdoyante, tandis que l'île Dauphin est nue et ressemble à un rocher n'ayant que 6 mètres de hauteur.
Le cap Tamar n'a rien de remarquable. Lorsqu'on vient de l'Est, l'île Tamar le déborde , à moins que l'on ne soit très près de terre. Cette dernière ile est fort élevée et séparée des terres du cap par un canaj très étroit mais entièrement sain.
ROCHES ASTRÉE ET DIAMANT. — Le Diamant, aviso de la marine française, passant le détroit en 1802, entendit parler d'un rocher situé à 2 milles, clans le Sud du cap Tamar. Arrivé à Valparaiso, le capitaine prit de nouveaux renseignements qui semblèrent conlirmer les premiers : sur leur foi, une roche dite Diamant fut alors portée sur les cartes.
En octobre 1868, la frégate française l' Astrée, arrivant de l'Est, elgouvernant pour donner dans .les canaux latéraux, prit ses précautions en vue de parer la roche Diamant. En ayant dépassé le méridien, elle vint sur tribord pour ne point perdre de route, el tomba inopinément sur une roche encore inconnue, que l'on appela la roche Astrée et qui gît à 1 mille -^ dans le S. 0° 0. de la pointe Ouest de l'île Tamar. On estime qu'elle a 50 mètres de long du Nord au Sud, et pas plus de 20 mètres de large. La plus petite sonde trouvée a été de 4™ 25 (marée basse); mais il y a peut-être des têtes s'élevant davantage.
En remarquant que la roche Astrée est siluée, par rapport à la pointe Ouest, de l'île Tamar, exactement comme la soi-disant roche Diamant par rapportai: cap Tamar, l'idée vient immédiatement que la seconde de ces roches n'existe pas, et que les marins qui l'ont in-