‹ Patagonie. Détroit de Magellan et canaux latérauxChapitre 7 sur 67 · MONTEE DE L'EAU EN MÈTRES · texte numérisé non relu

MONTEE DE L'EAU EN MÈTRES

( Syzygies).

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MONTEE DE L'EàU EH MÈTRES.

( Mortes-eaux).

Mais le tableau ci-dessus induirait gravement en erreur si l'on ne faisait une distinction entre les heures de la haute et de la basse mer et celles où le courant change. En effet, il est prouvé que, sauf de très rares exceptions, le flot et le jusant se maintiennent dans le milieu du chenal, dans la partie où l'on fait route, 3 heures après que la mer a atteint, à la plage, le plus haut et le plus bas niveau. Ainsi supposons un navire mouillé dans la baie Possession et voyant sur le rivage la mer haute à 9 heures du matin. 11 ne croira pas, pour cela, que le jusant se fait dans le chenal : loin de là, mais il saura que le courant de flot doit durer encore 3 heures, c'est-à-dire jusqu'à midi. En un mot, si l'on observe (ou si l'on calcule) le moment de la haute et de la basse mer, les courants de jusant el de flot ne commencent

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que 3 heures plus tard. Nous devons encore noter que l'étalé est à peine sensible, le renversement très brusque.

Depuis l'entrée jusqu'au cap Negro, tous les capitaines s'accordent à regarder comme exacte la différence de 3 heures entre la haute mer de plage et le changement du courant. Il n'y a d'exception qu'entre la pointe Sainte-Catherine et le grand banc Orange, ainsi qu'à la baie Grégory : nous en parlerons, en temps opportun, à l'occasion de ces localités.

Après le cap Negro, il y a quelques divergences dans les opinions pour savoir ce que devient la différence de 3 heures si nette dans la partie Est. A vrai dire, la marée est, dans ces parages, bien moins importante qu'à l'entrée, mais il conviendrait néanmoins que tout navire passant le détroit consignât ses observations. Eu effet, il faut de nombreuses données pour expliquer convenablement les phénomènes compliqués dont on a maintenant notion. Déjà l'on a reconnu (pie le courant de surface et le courant sous-marin diffèrent éuorméinenl en force. Ainsi le Nassau, à l'ancre dans la baie Philippe, étalait un courant de jusant sans faliguer le moins du monde; en même temps, deux plombs de sonde, pesant ensemble 40 kilogrammes et mouillés par 18 mètres, étaient soulevés de sur le fond et entraînés vers l'arrière par le courant sous-marin.

Notons encore des remous que l'on signale particulièrement à la sortie du premier goulet (près des pointes Barranca et Baxa), devant le cap Saint-Vincent; au second goulet, à la baie Lee, entre les îles Elisabeth et Sainte-Madeleine, des deux cotés du haut-fond Waiker et dans le Crooked reach , au point de croisement des deux flots. Mais, en général, ces remous agitent seulement la surface et ne s'emparent pas des navires. Parfois leur apparence ferait croire à l'existence d'un haut-fond; mais le détroit est aujourd'hui si bien connu qu'un capitaine, sûr de ses relèvements, passera outre sans inquiétude.

Nous connaissons maintenant assez la puissance de la marée pour comprendre pourquoi de si grandes recommandations sont adressées à son sujet. Tout navire se présentant devant l'entrée aux enviions de la pleine lune a beaucoup de chance pour arriver d'une seule traite jusqu'à Punta Arenas. Le courant de flot étant dans l'après-midi, il devient aisé d'être devant le premier goulet à temps pour s'y voir saisi par le commencement d'un courant qui varie de 3 à 7 nœuds. Si le navire est un vapeur, il n'est pas de vent qu'il ne remonte avec une pareille poussée; s'il est à voiles, il franchira, même avec des brises debout, soit en louvoyant, soit en se laissant dériver.

Au contraire, pendant les marées de quartier, les jusants seront de jour, et si l'on se suppose en hiver, on peut être fort gêné. En effet . si le jusant commence aux environs de 10 heures du malin, il durera jusqu'à t\ heures du soir, c'est-à-dire jusqu'au moment où la nuit se

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fera: autrement dit, si l'on n'est pas avant 10 heures devant le premier goulet, on devra le passer avec le courant contre soi. Or, on n'appareille, en plein hiver, que vers 8 heures du matin, d'où il résulte que si l'on est retardé par le vent, par la brume ou par toute autre cause, on n'arrivera sous la colline Direction que le jusant déjà fait. En cas de brise fraîchissant beaucoup, les vapeurs puissants pourront seuls faire route, et encore se fatigueront-ils. Fréquemment les navires mixtes seront arrêtés, ou bien ils devront se contenter du mouillage de San Yago; les voiliers ne feront rien.

Dans le N. 0. du détroit, du Crooked reach au cap Pillar, aucune de ces particularités ne se rencontre. Le flot arrive tranquillement du Pacifique, se répandant presque partout à la fois. Les courants s'établissent et cessent dans les conditions ordinaires, c'est-à-dire que leur changement coïncide invariablement avec les hautes et basses mers de [ilage. On suivrait presque sa route au loch, tant l'eau se déplace lentement. Le courant de flot est le plus sensible et n'atteint pourtant qu'un demi-nœud.

Il peut être utile de remarquer encore qu'un navire arrivant de l'Est, et se trouvant au Crooked reach au moment de la haute mer, aura eu le courant favorable pour venir du cap Froward et le conservera de même en continuant vers le cap Pillar.

VENTS. — Les vents de la partie Ouest sont les plus communs, d'un bouta l'autre de l'année. En arrivant au cap des Vierges on trouve généralement une forte brise venant d'un des rumbs compris entre le N. 0. et le S. 0. Avec toute brise au Nord de l'Ouest on aura ciel bas, très couvert, avec pluie presque certaine. Toute varialion au Sud de l'Ouest donne un temps clair, même du soleil.

Dans n'importe quelle saison, étant donné qu'on part du calme, on verra toute brise devant fraîchir se lever entre le Nord et le N.E. , avec des brumes ou de la pluie. Puis le vent gagnera rapidement le N. 0. el fraîchira; le baromètre baissera. Le vent ne mollit jamais tant qu'il est entre le Nord et l'Ouest. Préalablement il passe toujours au S. 0. (ce qu'indique la hausse barométrique), et c'est seulement dans cette direction qu'on peut espérer le voir mollir. Tout ce qui précède est aussi certain que peut l'être chose du temps.

En été, le vent de S. 0. , faisant suite aux séries de N. 0. et d'Ouest, dure plus ou moins longtemps et finit par tomber à calme; puis, avant que l'on ressente de nouveau les vents du Nord au N. 0., on a, ne fût-ce que pendant une heure, de petites brises de l'Est au N. E. , qui témoignent de la giration régulière, en sens inverse des aiguilles d'une montre. Plus l'été s'avance, plus le vent tourne vers le Sud avant de tomber. Aux premiers jours de l'hiver on le voit se maintenir pendant deux et trois jours entre le S. S. 0. et le S. S. E. , ca qui occasionne une

[chap. .".] VENTS. ].'}

très grosse mer clans la baie Possession. En plein hiver, on constate quelquefois le tour complet jusqu'à l'Est et le N. E. sans que l'intensité du vent diminue; l'atmosphère reste humide, la pluie continue; on n'a pas cet intervalle de beau temps qui se remarque plus au Nord, sur la côte orientale de Palagonie, avant les coups de vent d'Est. Il convient de répéter que le tour entier du vent restant fort est rare et ne se produit qu'en hi\er. C'est la possibilité de le rencontrer que King et Fitzroy considèrent comme si avantageuse aux voiliers et aux mauvais vapeurs.

En moyenne, le S. 0. est plus fort que le N. 0.; les grains sont plus violents de la première que de la dernière direction. Tantôt le vent passe par gradation du N. O.au S. 0., tantôt il y a saute brusque, qu'on ne saurait prédire d'une manière certaine; il arrive que la hausse barométrique la précède, mais généralement elle ne fait que l'accompagner. Parfois on verra monter, soit dans le S.O., soit dans le Sud, des bancs épais de gros cumuli blancs, aux contours tranchés, à l'apparence solidifiée. Si les vents sont au N. ()., c'est que la saule au S. 0. va très probablement se produire; s'il fait calme ou petite brise, c'est que, par exception, le vent s'élèvera fort du point où les nuages moulent.

La saute à contre, ou autrement dit du S. 0. au N. 0., se produit aussi quelquefois. Avec vent du S. 0. ne tombant pas et baromètre descendant, on peut la considérer comme sûre; avec baromètre slationnaire on veillera, mais sans préjuger, car 1 arrêt de la hausse peut être simplement l'indice de la Cn du vent et du calme prochain.

Si la brise, bien faite, tourne franchement du Nord au N. E., il faut s'attendre à des temps sûrement très sales et peut-être très mauvais, même si le baromètre ne baisse pas. Veiller en conséquence.

Les brises du Nord sont fréquemment indiquées par un double plan de nuages; les uns sont bas et courent vite, les autres sont grisâtres et extrêmement élevés. Ils laissent entrevoir le soleil, qui [tarait rougeâtre, sans que les bords eu soient assez nets pour qu'on puisse prendre la hauteur. Gomme nous l'avons dit, ces brises fraîchissent presque aussitôt qu'elles paraissent; mais, par très grande exception, on peut les conserver faibles pendant deux ou trois jours entre le N. N. E. et le N.N. 0. Alors on aura du beau temps, et c'est là une circonstance si rare qu'on devra la regarder comme une véritable bonne fortune. Il est d'ailleurs impossible de la prévoir, puisqu'elle se produit aussi bien avec bas que haut baromètre.

Ce qui précède s'applique seulement à la partie Est du détroit. Au cap Froward on éprouve généralement du N. 0.; si l'on y arrive avec du S. 0. on s'attendra à la saute brusque. Entre les caps Froward et Pillar les vents suivent, la plupart du temps, la direction du chenal. On y rencontre des grains appelés par les Anglais mUUwaws et qui

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soufflent vraiment en tempête , couchant les navires sur le flanc. Nous ferons connaître, en temps voulu, les endroits où ces williwaws sont le plus fréquents.

On dit que les coups de vent durent ordinairement deux ou trois jours.

BAROMÈTRE ET THERMOMÈTRE. — Nous avons dit ci-dessus , à l'article Vents, le parti que l'on peut tirer du baromètre dans l'Est du détroit. Là, les indications de cet instrument sont utiles; mais plus on avance du côté de l'Ouest, plus l'atmosphère est gênée par de hautes terres et des gorges étroites, plus les indices à tirer de la pression ont d'incertitude. Puis, en se rapprochant du Pacifique, à la fin du Long reach et dans tout le Sea reach, il redevient indispensable de suivre attentivement les variations de la pression. La colonne mercurielle baisse avec les vents de Nord et d'Ouest; elle monte avec ceux du Sud. Les mouvements très prononcés indiquent des bourrasques de peu de durée; les oscillations lentes et persistantes annoncent, au contraire, la continuité du mauvais temps.

Le capitaine King, étant à Port-Famine, étudia consciencieusement pendant un an la marche du baromètre, et il acquit la persuasion que dans le centre du détroit il n'y a pas grande confiance à lui accorder, que ît la hausse et la baisse précèdent quelquefois le changement de temps, mais qu'elles l'accompagnent encore plus souvent». Le même officier cite un exemple curieux d'indications anormales dans les parages en question. Un jour le baromètre descendit jusqu'à 715 et remonta d'une seule traite jusqu'à 774 sans qu'il y eût eu du vent; l'unique changement atmosphérique lut un grand froid : le thermomètre marqua — 11°.

Le capitaine Mayne suivit également avec beaucoup de soin les variations de pression pendant les années 1867 et 1868; de plus, il compulsa tous les journaux météorologiques tenus pendant 10 ans par ordre du gouverneur de Punta Arenas. Les conclusions de Mayne sont dans le même sens que celles de King, mais encore plus accentuées comme nullité des indications. Il y a, d'ailleurs, une différence nolable entre les observations de 1828 et celles des autorités chiliennes. Il est vrai que les premières sont de Port-Famine et les secondes de Punta Arenas; mais la faible distance (30 milles) qui sépare les deux localités ne saurait expliquer les différences que l'on verra ci-après :

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