‹ Patagonie. Détroit de Magellan et canaux latérauxChapitre 9 sur 67 · DIFFERENCE · texte numérisé non relu

DIFFERENCE

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SAISONS; CLIMAT; TEMPS. — Le détroit étant dans l'hémisphère Sud, on y a l'automne du 21 mars au 21 juin; l'hiver, du 21 juin au 21 septembre; le printemps, du 21 septembre au 21 décembre; l'été, du 21 décembre au 21 mars. Mais, dans la pratique, les marins ne distinguent souvent que deux saisons : l'hiver, d'avril à septembre; l'été, de septembre à avril.

Gomme partout ailleurs, les mois d'équinoxe sont les plus venteux; mais il y a de très violents coups de vent en dehors des équinoxes. Mars est tempétueux; à la série des mauvais temps qu'il amène succède une période relativement tranquille qui se produit en avril ou mai. Vers le milieu de mai, le temps devient sensiblement plus froid; la neige, qui depuis quelque temps déjà a paru sur le sommet des montagnes, s'avance de plus en plus le long des pentes. Toutefois, la venue de cette neige est très variable. En mars 1867, les montagnes de l'Ouest en étaient déjà couvertes, tandis qu'on ne la vit, dans l'Est, que le 1 er avril. En mars 1868, elle parut, tout au contraire, plus tôt dans l'Est que dans l'Ouest; on n'en vil, au bord de la mer, que le 19 avril. Les documents publiés jusqu'à ce jour n'indiquent pas l'époque de la fonte des neiges, qui est sans doute vers janvier. C'est là une lacune fâcheuse, car celte fonte influe beaucoup sur les cascades, indiquées en plusieurs points comme moyens de reconnaissance. Quelques capitaines ont fait observer que ces cascades diminuent de volume tout le temps que la neige est dure, jusqu'à se distinguer peu ou point.

A l'approche de l'équinoxe du printemps, c'est-à-dire du 21 septembre, les grands vents d'Ouest reprennent. Le temps ressemble à celui de mars; quelques beaux jours, en octobre ou novembre, font pendant à ceux d'avril et mai.

Le climat est plutôt profondément désagréable que réellement

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rigoureux. Juin, juillet et août sont les mois les plus froids. Sur six anne'es, juin a été quatre fois le plus froid, juillet une fois, août une fois. Décembre, janvier et février sont les plus chauds; quand le temps est bien dégagé, le soleil se sent bien. La température moyenne des diverses saisons a été trouvée de: été, -firO; automne, + 6°9; hiver, + 2° 15; printemps, + 7° 7; moyenne générale, -\-T\.

Malgré la différence des saisons, il reste bien entendu que d'un bout à l'autre de l'année on est exposé à des coups de vent d'Ouest, avec rafales violentes et pluie torrentielle. C'est peut-être le pays du monde où il y a le moins de temps franc. A l'Est du cap Froward on jouit encore de beaux jours et de temps sains, tandis que de ce cap au Pacifique le climat est assez malsain. Pendant sa campagne hydrographique de 1867-1868, le Nassau a relevé le nombre des exempts de service particulier à chacune des deux zones: il a Irouvé deux pour la partie Est et neuf fout la partie Ouest et les canaux latéraux (diurnes, bronchites et rhumatismes).

A l'Ouest du cap Froward, les vents d'Ouest et de N. 0. sont toujours accompagnés de grains donnant de la neige en hiver et de la pluie en été. Ces grains nuisent beaucoup à la vue, mais cachent rarement assez les terres pour arrêter le navire; si épais qu'ils soient, la brise les déchire à des intervalles souvent répétés; des éclaircies se produisent. Pour peu que la côte ait été suivie de près, on reconnaît suffisamment sa route; il n'y a plus de bancs à éviter, comme dans l'Est. Le vent n'est pas non plus absolument constant comme force et comme direction; il a ses variations et ses intermittences. La terre donne aussi de temps à autre un peu d'abri par ses pointes. En un mot, hors le cas de coup de vent nettement déclaré, il ne faut pas se laisser influencer par l'aspect sombre du temps: on peut faire roule quand même.

Il résulte de ce qui précède que les navires voulant régler leurs chronomètres feront bien d'observer dans l'Est du détroit ou bien à Punta Arenas; dans les ports de l'Ouest, le soleil est rare.

BRUMES ET GRAINS; ÉCLAIRS ET TONNERRE. — Dans la zone orientale, les brumes ne sont fréquentes qu'en hiver et pendant la nuit; elles se dissipent ordinairement au plus tard vers 10 heures du matin. Parfois elles reprennent dès 3 heures du soir. A Punta Arenas, elles durent des deux et trois jours, mais généralement moins longtemps. Dans la zone Ouest, elles sont très fréquentes. •

Dans toute l'étendue du détroit, les grains soufflent subitement et avec une très grande force. Les voiliers doivent donc toujours serrer les voiles légères. Les embarcations envoyées à l'extérieur seront manœuvrées avec prudence; elles seront toujours munies de deux ou trois jours de vivres et de ce qu'il faut pour camper, car elles peuvent être Palagonie. a

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saisies par la bourrasque el obligées d'aller à lerre. On se rappellera qu'à l'Est on ne trouve, en maints endroits, ni eau ni bois: donc on aura soin d'en munir les embarcations quittant le bord.

Le tonnerre et les éclairs sont très rares; ils n'accompagnent que les temps épouvantables du S. 0. et du Sud. Ils sont annoncés par des masses considérables de nuages, lesquels donnent de la neige et des grêlons énormes.

CARTES; COMPAS; VIGIES; SONDEURS. — L'officier de quart doit avoir constamment sous les yeux une carte où la route sera tracée d'avance. Une autre, bien à l'abri du vent et de la neige, sert à porter les relèvements. D'après quelques rapports, les terres exerceraient sur l'aiguille aimantée une influence magnétique sensible; mais le fait est à confirmer. La variation est N. E. et doit être comptée, pour la pratique, de 21° du cap des Vierges au cap Negro, de 22° du cap Negro au Long reach, de 23° du Long reach au cap Pillar. Elle ne décroit annuellement que de 3' environ, soit de 1° en vingt ans.

On recommandera aux hommes de vigie de bien veiller les kelps ou bancs de goémons, qui signalent, la plupart du temps, les dangers; cependant il ne faudrait pas conclure que des roches se rencontreront partout où l'on remarquera des algues. En effet, on trouve des goémons prenant racine par des fonds de 20 mètres ou plus et montant jusqu'à la surface, tandis qu'en d'autres endroits des bancs d'herbes, entraînés en dérive, ont un peu l'apparence d'écueils. Les goémons sur roche sont moins visibles lorsqu'il y a de la mer que par calme. On voit de ces kelps qui atteignent 100 mètres de longueur; ils s'élongent alors dans le sens du courant et forment autant de canaux dans lesquels on voit la mer courir avec rapidité.

11 ne faut pas trop compter sur les indications de la sonde, car la nécessité de se remiser avant la nuit force à naviguer le plus possible à grande vitesse. De plus, les dangers, étant presque tous accores, ne sont pas indiqués de loin par une décroissance du fond. Cependant on ne doit pas manquer de sonder tant à l'approche du mouillage que dans les moments d'hésitation où l'on ralentit la vitesse. Donc on aura toujours à poste deux sondeurs expérimentés; les médiocres seraient inutiles à cause des grandes profondeurs.

INDIGÈNES; ÉTAT POLITIQUE. — La république du Chili revendique la souveraineté de ce qu'elle appelle le Territoire de Magellan et de ce que les géographes désignent sous le nom de Patagonie: c'est l'énorme espace, long de 240 lieues marines, que borne à l'Est l'Atlantique, à l'Ouest le Pacifique, au Nord la province de Chiloé (chilienne) et le Rio Negro (frontière de la république Argentine). Cette dernière république ou confédération el le Gouvernement

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du Chili sont depuis longtemps en contestations au sujet de la délimitation.

L'établissemenfcenlral des Chiliens est à Punta Areuas, dont il sera parlé page 55. Leur gouvernement a pris à sa charge le balisage et l'éclairage du détroit et des canaux latéraux ; il a déjà rendu de grands services en signalant plusieurs bancs et points importants par des bouées et des balises : il en sera l'ait mention au courant de la présente instruction. Un stationnaire à vapeur est attaché au détroit cl prête son assistance à tous les navires qui en ont besoin. Peut-être un service de pilotage sera-l-il un jour organisé. Cependant on doit noter que le percement projeté de l'isthme de Darien éloignerait beaucoup de navires de cette roule australe et pénible.

Les indigènes, peu nombreux, appartiennent à deux races distinctes. Sous le nom de Patagons on a groupé les Indiens Tehuels, Chulilau, Puelches et Moluehes, disséminés entre le détroit et le quarantième degré de latitude Sud ; quelques groupes détachés arrivent même jusque par 19'. En 1851, on estimait leur nombre à 10,000, répartis sur 25,000 lieues carrées terrestres; ils sont en décroissance notable. Ces indigènes sont d'un naturel assez doux et se laissent facilement guider par les aulorilés chiliennes. Essentiellement chasseurs et nomades, ils vivent sous des tentes, qu'ils transportent suivant les nécessités du moment. Leur taille est élevée : d'après AI. de Qualrefages, elle atteindrait un maximum de l m 924, avec une moyenne d'environ l' n 75.

À cette race appartiennent les familles ou tribus dont on aperçoit les feux du cap des Vierges à Froward. Dans cette région, où h guanaco abonde, ou ne rencontre jamais de pirogues, si ce n'est celles avec lesquelles les Fuégiens s'a\enturent parfois au loin : cela prouve que les Patagons tirent leur subsistance de la chasse et non de la pêche. Ils ont deux sortes de llèches : les unes, non empoisonnées, sont pour les animaux; les autres, empoisonnées, pour les ennemis humains.

A l'Ouest du cap Froward on rencontre une autre race, celle des Fuégiens, dont la taille maxima est de 1'" 063, soit m 20 plus faible que celle des Patagons. Les Fuégiens ne sont pas seulement les habitants de la Terre de Feu : ils se sont répandus à petite distance de la mer dans la zone occidentale du détroit et dans les canaux latéraux. Ils n'ont pas le guanaco, mais ils chassent le daim et portent comme vêtements rudimentaires quelques lambeaux des peaux de cet animal ou de celles du veau marin. Mais ils vivent aussi de pêche, ainsi que le témoignent leurs pirogues. Ce sont de misérables barques manœuvrées par des avirons grossiers formés de morceaux de bois informes emmanchés au bout de perches ; elles sont faites avec des planches reliées entre elles par des lianes, quelquefois d'écorces cou-

te»

20 DETROIT DE MAGELLAN. [chap. i".]

sues. H y a un pclil feu au fond de la pirogue, el de chaque côlé du feu six ou bail hommes, femmes et enfanta, suivant la grandeur du bateau. Les uns et les autres vendent pour un peu de biscuit ou de tabac les quelques peaux dont ils sont couverts.

Les Fuégiens cl les Patagons ne se ressemblent pas. La différence de taille est déjà fort remarquable, mais il y en a d'autres très caracte'ristiques. Ainsi les Patagons, quoique doux, sont très enclins à l'ivrognerie. Us boivent autant de liqueurs fortes qu'il leur est possible d'en trouver; près des établissements chiliens, ils sont toujours plus ou moins ivres. Au contraire les Fuégiens, cependant perfides et pillards, n'ont jamais voulu boire ni spiritueux, ni vin, ni bière. On les aperçoit fort rarement en temps ordinaire; mais, en revanche, ils arrivent par centaines lorsqu'ils voient une chance favorable pour attaquer une embarcation, un petit navire ou des naufragés. On pense qu'ils se font des signaux à l'aide de feux allumés sur les sommets. On les dit cannibales. Ils n'ont point de gouvernement et sont toujours en guerre de tribu à tribu. Une mission protestante s'est établie dans le Sud de la Terre de Feu par 54° 53' S. et 70° 32' 0. pour essayer de civiliser ces êtres misérables qui occupent l'un des derniers degrés dans l'échelle de l'espèce humaine.

GÉOLOGIE. — La pauvreté des renseignements obtenus jusqu'à ce jour sur celle, partie de notre globe nous engage à en donner un court aperçu, ne fut-ce que pour susciter des recherches de la part des officiers appelés dans ces parages et connaissant la géologie. Sir John Narborough a le premier fourni quelques indications vagues; après lui, Alexandre de Humboldt, Alcide d'Orbigny et Ch. Darwin ont fourni des renseignements plus précis. Indépendamment des ouvrages de ces savants, on peut consulter sur cette question le journal de la Société géologique de Londres, 1861, le Manuel de géologie de Dana el la Géologie de M. d'Archiac.

Orographiquement parlant, l'Amérique méridionale présente de vastes plaines et des plateaux bas, ouverls à l'Est et protégés à l'Occident par le prolongement des Andes, longue arête montagneuse qui n'est séparée du Pacifique que par une étroite terrasse.

Géologiquement, les traits principaux sont : le grand développement des roches granitiques et métamorphiques dans les hautes chaînes; la pauvreté relative des terrains de transition et des formations secondaires, généralement très incomplètes; enfin, la vasle extension des terrains tertiaires et des dépôts quaternaires.

Les schistes et les quartzites siluriens, recoupés par les granités aurifères, les porphyres, les trapps et les laves volcaniques constituent la chaîne des grandes Andes. Les grauwackes à Choneles Falklandica et les grès blancs arénacés ou cristallins représentent les formations dé-

[cHAP.

DE L'ENTREE AU PREMIER GOULET

voniennes dans les couches fortement plissées des iles Falkland. C'est à peine si les de'pôts des époques carbonifère, permienne, triasique et jurassique ont été' reconnus en quelques points, au midi de la Bolivie et du Chili; mais les assises crétacées dessinent les escarpements de la partie S. 0. de la Terre de Feu.

Les sédiments tertiaires recouvrent le vaste espace compris à l'Est des Cordillières, depuis les provinces d'Enlre-Hios et de Corneilles jusqu'au détroit de Magellan, c'est-à-dire environ de 17° à 52° de latitude Sud, sur une surface de 128,000 lieues carrées. Ce sont des sables avec caiiloux, des marnes et des grès, soulevés sans dislocation, plus anciens vers le Nord, plus récents vers le Sud, mais dont la distinction méthodique n'a guère été tentée que sur la côte occidentale. Les coquilles que renferment ces assises diffèrent complètement de celles qui peuplent aujourd'hui les parages voisins; au contraire, dans les dépôts quaternaires qui leur succèdent, on reconnaît les précurseurs de la faune actuelle.

Les phénomènes de l'époque glaciaire se sont produits dans ces régions comme ailleurs, en diminuant d'intensilé du pôle vers l'équateur. Ils s'accusent, sur les rivages des deux océans, par des amas de coquilles et des plages soulevées parfois jusqu'à 300 ou 400 mètres. D'énormes masses de roches fragmentées s'allongent, entraînées, ou s'étalent en nappes sur les iles Falkland et sur l'extrémité de la Terre de Feu. On évalue à 800 milles la superficie occupée par le gravier quaternaire, composé de terre, de sables ou de cailloux de porphyre, et parsemé de blocs erratiques, qui recouvre la Patagonie, eu s'épaississant vers le pied des Cordillières. Celte immense formation se prolonge vers le Nord par le limon des pampas, sorte de terre argileuse brun rouge qui s'étend loin encore au Nord de la Plata et renferme des ossements de mammifères célèbres par leur variété, leur abondance et l'étrangeté de leurs types; les édentés y dominent.

DE L'ENTREE AU PREMIER GOULET

ROUTE À FAIRE EN VENANT DU NORD (cartes N os 1466, I0'.)5 et 1263). — Qu'il ait relâché sur la côte orientale de l'Amérique du Sud ou qu'il vienne directement de la Ligne, un bâtiment voulant donner dans le détroit de Magellan doublera le cap Corrientes à une cinquantaine de milles dans l'Est; de là il gouvernera sur le centre du golfe Saint-Georges, jusqu'à se placer à peu près en longitude de la pointe Delgada, au Sud de la péninsule Valdes ou San Josef. Ensuite on reconnaîtra le cap Blanco ou Blanc, afin de vérifier ses chronomètres; puis, lorsqu'on aura paré le danger douteux Strias. on inclinera un peu sa route vers l'Ouest, afin de gouverner, non

M DÉTROIT DE MAGELLAN. [ciiap. i".]

pas exactement sur le cap des Vierges, mais un peu dans l'Est de ce cap.

On ne saurait trop insister sur la nécessite' de rester près de terre. Un bâtiment à voiles ou un navire mixte à la voile fera même très bien de courir de temps en temps un bord à terre si le vent prend une direction qui ne lui permette plus de l'aire route parallèlement à la côte. Tant que la brise ne tournera pas à l'Est du Sud, la mer restera belle et l'on pourra porter plus de toile que si l'on était loin de terre. Quant aux navires à vapeur, s'ils se laissaient drosser au large, il leur faudrait un ou deux jours de chauffe, pénibles et dispendieux, pour refaire, sur le parallèle du cap des Vierges, l'Ouest qu'ils auraient imprudemment perdu.

Pendant les mois de juin et de juillet, il n'est cependant pas aussi absolument indispensable de rallier la côte d'Amérique. En eflfet, on rencontre pendant ces mois, non pas toujours, mais souvent, des brises d'E. S. E. et de S. E. , qui pourraient devenir gênantes pour un bâtiment trop près de terre. Tant que régnent ces brises de la partie Est, le temps est couvert et il ne faut pas compter sur des observalions. La pluie est battante, la mer très grosse, et le vent, toujours grand frais, souffle parfois en tempête. Quant aux vente de la partie Ouest, si violents qu'ils soient, ils amènent toujours un temps clair.

En examinant les cartes donnant les latitudes limites des glaces flottantes sur les différents méridiens, on verra que la route indiquée ci-dessus en est absolument exemple. Les abords du détroit seraient donc nets de danger et de toute crainte de danger si le navire la Gipsy n'avait signalé un écueil à 20 milles dans l'Est du cap des Vierges. Le capitaine du vapeur de guerre américain Lackwunna l'a vainement cherché en 1867 : il y a donc lieu de croire que ce danger n'existe pas. Néanmoins ; la prudence commande de veiller tant que de nombreuses observations n'auront pas permis de supprimer des cartes cet écueil douteux.

PORT ET RIVIÈRE GALLEGOS (croquis sur la carte N° 1263). — On distingue dans le port Gallegos un mouillage extérieur accessible aux plus grands bâtiments et un mouillage intérieur que les navires moyens et petits sont les seuls à pouvoir gagner. L'entrée du port est formée, du côté INord, par les falaises du cap Fairweather et, du côté Sud, par une terre basse visible seulement d'une douzaine de milles. Entre les deux prend naissance une série de bancs s'étendant au large jusqu'à 10 milles dans le S. E.

Pour prendre le mouillage extérieur, on contournera les grands bancs en en passant dans le Sud; puis on fera route parallèlement à la côte entre ces bancs et la terre, se guidant par les relèvements du cap Eainveather, par la sonde et par la dislance de terre. Lorsqu'on

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relèvera le cap au N. N. 0. et que Ton verra la plage de galets de la pointe Sud (pointe Loyola) s'arrondir en tournant vers l'Ouest, on sera en bonne position pour laisser tomber l'ancre à 1 mille { de terre. L'abri est très suffisant contre les vents habituels et la mer.

Le navire voulant pénétrer dans l'intérieur du port mouillera d'abord à l'extérieur, comme nous venons de le dire; puis il reconnaîtra la passe avec ses embarcations et attendra, pour appareiller, que la marée soit basse. Alors beaucoup de bancs découvriront et la manœuvre sera plus facile. En l'état actuel des choses, on rangera de près la pointe Sud pour donner dans le bassin intérieur. Cependant il existe au centre une passe qui est peut-être plus large, mais dont le débouché sur la mer n'a pas été étudié; on ne peut donc la conseiller. Comme les bancs de cette partie sont toujours extrêmement changeants, la carte ne donnera jamais des indications bien précises; il sera toujours préférable de faire un mouillage d'étude.

La mer marne de 14 mètres; le couraul atteint 5 nœuds dans les passes. L'eau de la rivière n'est douce quà 25 milles de l'entrée.

DU CAP FAIRWEATHER AU CAP DES VIERGES. — Le cap

Fairwealher ressemble beaucoup à celui des Vierges; il a causé, parait-il, quelques méprises à des bâtiments venant du large. Comme il y a entre les deux points 50 milles de différence en latitude, on conçoit diflicilement la confusion, hors le cas de longs temps sombres empêchant les observations. Ce qui tend aussi à occasionner l'erreur, c'est que pendant l'espace d'environ '25 milles, au Sud du port Gallegos, la terre est aussi basse que possible et recouverte seulement de fougères. On peut donc ne pas l'apercevoir du tout, tandis qu'on distingue très bien, au Nord, les falaises de port Gallegos, au Sud. celles qui précèdent le cap des Vierges : alors on prend pour l'entrée l'espace vide où rien ne se montre.

Évidemment dans les cas, extrêmement rares, où cette erreur se produit, il suflit de s'approcher de terre pour reconnaître la méprise: les sommets des Moines (ou Friars) apparaissent bientôt au milieu de ce qu'on a cru le détroit. La sonde donne aussi des avertissements utiles. A distance égale de terre, les fonds sont bien moindres sur le parallèle du cap Fairwealher que sur celui du cap des Vierges; leur nature est essentiellement différente dans l'un et dans l'autre de ces endroits. On a de la vase devant le premier des deux promontoires, du sable ou du gravier devant le second.

A 20 milles dans le N.N. 0. du cap des Vierges reparaissent les hautes falaises interrompues depuis le port Gallegos. Elles continuent jusqu'à l'épi Dungeness, avec deux petites coupures seulement; dans celle qui se trouve à 8 milles du cap des Vierges, il existe un point d'accostage pour les embarcations. De plus on sera très bien, tout le

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long de la côte, pour attendre la fin d'un vent d'Ouest empêchant d'entrer dans Je détroit. On recommande particulièrement la partie situe'e entre le cap des Vierges et la falaise Condor. Si l'on est pris par le mauvais temps, avec vent poussant en côte, on se tiendra prêt à prendre les meilleures amures en cas de rupture de chaîne.

CAP ET RÉCIF DES VIERGES (vues sur les cartes N os 1263 et 2869). — Ce cap est haut de 42 mètres et commode pour atterrir. Il est visible par temps clair de 20 à 25 milles et est prolongé par l'épi Dungeness, longue pointe de galets s'étendant à 5 milles dans l'O. S. 0. A mer haute, l'épi n'est pas visible de loin, mais à mer basse il découvre complètement; on peut alors le voir de 10 milles du pont d'un grand bâtiment, indépendamment de la balise dont il sera parlé plus loin.

Le cap des Vierges a quelque ressemblance avec le cap Espiritu Santo, qui lui fait face de l'autre côté de l'entrée. Us sont tous les deux signalés par leurs falaises blanches formant, du côté de la mer, la parlie déclive d'une série de collines un peu plus élevées s'étendant vers l'intérieur. La couleur blanche est générale, mais non pas absolue: avec certains effets de lumière, ces falaises noircissent. Les deux caps ont des pointes de galets très basses qui leur font suite et réduisent l'entrée du détroit à 14 milles de pointe en pointe; mais le cap Espiritu Santo est plus sain que celui des Vierges. En effet, à un peu moins d'un mille dans l'E. q. S. E. du premier, on rencontre le récif des Vierges, à peine visible à mi-marée, mais asséchant à mer basse. 11 y a de 7 à 9 mètres d'eau près et en dehors du récif; mais il serait imprudent d'essayer de le ranger lorsqu'il est couvert, parce qu'on n'a pour se guider que l'appréciation de la distance à la côte.

Un phare, dont la construction est annoncée, servira plus tard de point précis de reconnaissance de jour comme de nuit: ce sera un feu fixe de premier ordre. D'après les instructions anglaises, c'est sur la pointe Dungeness qu'on l'établira.

BANC SARMIENTO. — En prenant la ligne des fonds de 18 mètres pour la limite de ce banc , on. voit qu'il s'étend du cap des Vierges jusqu'à 20^ milles dans le S. E. ; sa plus grande largeur sur la perpendiculaire à sa direction générale est d'environ 5 milles. Il se trouve divisé en deux parties inégales et distinctes par la roche Nassau, écueil signalé en 1868 par le navire de ce nom : c'est une aiguille recouverte seulement de 90 centimètres d'eau aux basses mers des grandes marées ordinaires, avec 5 ra 5 et 11 mètres tout autour. Ce danger est à 3 milles 5 au S. 59° E. du cap des Vierges; il pousse un peu de goémon dessus, mais pas assez pour l'annoncer.

La partie la moins profonde du banc se trouve entre le cap des

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Vierges et le rocher Nassau. On y rencontre un plateau n'ayant que 5 m 5 et gisant à 2 milles 6 dans le S. S. E. du cap des Vierges et à U milles 3 dans le N. 74° E. de la pointe Dungeness. Maigre' ces petits fonds et la présence du récif des Vierges, un grand bâtiment peut passer entre la roche et le cap, à la condition de ne pas se présenter à marée basse et d'avoir des vents dépendants de l'Ouest qui donnent une mer plate. Pour faire cette passe, on gouvernera au S. 59° 0., sur la balise Dungeness, jusqu'à relever le cap des Vierges au Nord; alors on viendra légèrement sur bâbord pour courir parallèlement à la côte, et l'on contournera l'épi Dungeness à distance raisonnable, environ

1 mille.

Cette route fait un instant côtoyer des fonds de 6 mètres à basse mer des grandes marées; mais comme la montée varie de 1 1 à 13 mètres, il suffira d'attendre la mi-marée pour avoir 11 mètres : c'est plus qu'il ne faut pour un navire moyen lorsque la mer est belle. On remarquera que la direction ainsi tracée fait passer à mi-dislance entre le récif des Vierges et le rocher Nassau, et qu'il faut se tenir au moins à 1 mille £ du cap des Vierges pour éviter le récif qui le prolonge, et pas à plus de 3 milles pour parer le rocher.

Dans le S. E. du rocher Nassau les fonds sont beaucoup plus grands qu'entre la terre et lui; donc on fera roule par le Sud dans les trois cas suivants : 1° si l'on est sur un très grand bâtiment dont on ait à se défier; 2° si l'on arrive par l'Est et non par le Nord; 3° enfin si les vents du Sud à l'Est occasionnent de la grosse mer entre la roche Nassau et la terre.

Pour faire sûrement la route par le Sud, on se placera le plus tôt possible de manière à relever la balise Dungeness à l'Ouest ou à l'Ouest j Nord, puis on gouvernera dessus jusqu'à n'en être plus qu'à

2 ou 3 milles, moment auquel on rondira. Le plus petit fond que l'on rencontrera sur ce parcours est de 10 mètres. Si le capitaine juge que la mer est trop grosse pour passer par cette profondeur, il s'avancera encore plus au Sud , de manière à relever le mont Dinero au N. 66° 0. ; alors il fera route sur lui jusqu'à avoir complètement paré le banc. Le plus petit fond rencontré de la sorte est de 15 mètres. La carte 2869 donne une excellente vue pour aller prendre celte route.

La nature des fonds n'est pas la même dans les diverses parties du banc. En prenant le cap des Vierges pour centre et en décrivant une circonférence avec 3.5 ou à milles de rayon (distance du cap des Vierges au rocher Nassau) on fait les observations suivantes sur la circonférence. En partant de terre, dans le N.N.O., on trouve de la vase à un demi-mille des falaises et des galets à 1 mille. Dans le N. E. du cap des Vierges, sable très foncé, comparable à la limaille d'acier; dans l'Est, sable fin, brun ou gris-brun; dans le Sud, vase bleue, ferme, recouverte d'une légère couche de pierre.

Du rocher Nassau à l'extrémité S. E. du banc, voici ce que l'on remarquera. En se supposant partant du Nord et se dirigeant vers le Sud. pour couper par le milieu la seconde partie du banc, on aura du sable fin et foncé tant que les fonds seront supérieurs à 35 ou 40 mètres; au-dessous de ces profondeurs on tombe dans de gros sable, de couleur ardoisée, mélangé de petites pierres d'ardoises et de galets. La ligne des plus petites profondeurs est formée de galets seuls. On observe donc là, comme en beaucoup de parties du détroit, que plus la profondeur est faible, plus les éléments formant le lit de la mer acquièrent de volume. A l'Est et au S. E. du banc, le plomb ramène sable et gravier, sable et coquille ou sable seul, noir et gris; ces mêmes éléments se rencontrent entre le banc et la Terre de Feu, avec quelque mélange de sable et de pierre par endroits. Enfin lorsqu'on approche des petits fonds qui s'étendent du cap Nombre à la pointe Sainte-Catherine on trouve, contrairement à la règle générale, les pierres plus petites, le sable plus fin et mélangé de vase.

Il est impossible de déduire de ce qui précède des règles permettant de marcher à la sonde seule en temps de brume. Cependant plusieurs coups de plomb donnant de suite du sable fin foncé indiquent que le navire est dans le Nord du banc, tandis que sable et gravier ou sable et coquille veulent dire que le bâtiment est dans l'Est du Sarmiento, ou bien entre lui et la Terre de Feu.

On peut jeter un pied d'ancre sur le banc pour attendre le courant favorable; mais comme le fond y est médiocre, et l'abri nul, il sera loujours préférable de pousser jusqu'à Dungeness.

MARÉES A L'ENTRÉE. — Elles sont très complexes. Au Nord du cap des Vierges le courant de flot porte au N. N. 0. ou , autrement dit. remonte la côte et le jusant à l'O. S. 0. ; il en est de même à l'accoredu banc, du côté du large, et tout à fait en dehors de lui. 11 semble que le flot arrive du Sud, lèche la Terre de Feu, et que de là il aille se jeter sur la pointe Sud du Sarmiento, où il se divise en deux branches : l'une d'elles donne dans le détroit et l'autre suit l'accore extérieur du banc pour se diriger vers le Nord. Puis, lorsque le jusant sort du détroit, il rencontre le courant 0. S. 0. venant du large et se trouve dévié par lui vers le Sud. H importe de bien noter que dans la partie Nord du Sarmiento le courant de flot semble sortir du détroit et qu'il faut se trouver au Sud de Dungeness, ou encore entre le banc Sarmiento et la Terre de Feu , pour le ressentir entrant en dedans. Sur le Sarmiento lui-même le flot porte dans le Nord, comme direction générale, mais avec de grandes inflexions, suivant le moment de la marée, parfois au N. E.

Indépendamment de ces particularités il y a lieu de rappeler encore que le courant de flot persiste pendant 3 heures après le mo-

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ment où la mer commence à descendre, et le courant de jusant pendant 3 heures après que la mer a commencé à monter.

POINTE DUNGENESS; SA PYRAMIDE; SES DEUX MOUIL- LAGES ET SA CRIQUE. — On désigne sous le nom de pointe Dungeness un épi 1res bas et très plat qui s'étend jusqu'à 5 milles du pied des petites collines (hautes de 50 à 75 mètres) reliant le cap des Vierges au mont Dinero. Ce nom provient de la ressemblance du promontoire en question avec un épi voisin de la baie West, près de Douvres, en Angleterre.

Balise. — Une pyramide triangulaire en bois est établie sur l'extrémité de la pointe. Celte balise est élevée de 12 mètres au-dessus du sol et de 18 mètres au-dessus du niveau des plus hautes mers; elle est peinte par bandes alternativement rouges et noires et visible de 12 milles. En venant du Nord, on ne l'aperçoit que lorsqu'elle est démasquée du cap des Vierges.

De chaque côté de l'avancée il y a une plage de galets; puis, audessus de la laisse de haute mer, le sol est couvert d'une herhe longue et épaisse, ainsi que de broussailles serrées formant, avec de longs varechs desséchés, un réseau inextricable. La présence de ces varechs , et celle de grosses épaves que l'on rencontre quelquefois à plus d'un mille des plages, indique que la mer déferle parfois sur toute l'étendue du plateau. 11 est probable que les grosses lames venant de l'Atlantique , avec les coups de vent d'Est, sont seules à produire cet effet, car on a vu de grosses tempêtes d'Ouest qui n'ont cependant pas causé d'envahissement par l'eau.

Mouillages. — L'épi Dungeness est accore et offre deux mouillages qu'on est libre de choisir suivant les circonstances. Dans le cas où un navire arrivant du large doit attendre le jour suivant, la marée ou la fin d'un coup de vent d'Ouest, il sera très bien au mouillage de l'Est. Au contraire, si, venant du détroit, 'on a contre soi de forts vents d'Est, on prendra, à l'Ouest, le mouillage dit du ZeaJous à cause des grands mauvais temps qu'y supporta sans avaries le cuirassé anglais de ce nom.

Lorsqu'on sera au mouillage de l'Est avec des vents du N. 0. au S. 0., les rafales arriveront violentes par-dessus la pointe, mais il n'y aura de mer que quand le vent passera au Sud du S. 0. ; alors on appareillera et l'on aura vent traversier pour gagner le mouillage Spileful. A l'Est de Dungeness, l'endroit le plus recommandé est par 16 à 18 mètres d'eau en relevant la pointeau S. 61° 0. et le cap des Vierges au N. 24° E. Ce point est plus à terre que l'ancre marquée sur les caries, mais il est meilleur, parce qu'il est plus au vent, de sorte qu'en cas de rupture de chaînes on aura plus de chance pour

H .'âJÉJ^i

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doubler la roche Nassau dans le Sud, si l'heure de la marée et le tirant d'eau du bâtiment le commandent. Pour un voilier, l'avantage est encore plus grand : on lui conseille même de ne mouiller qu'à 1 mille delà pointe Dungeness, tandis que le mouillage précédent en est à 2. Il faudrait, dans ce cas, pour avoir les mêmes fonds, relever la pointe au S. 70° 0. et le cap des Vierges au N. 29° E. On serait à 1,000 mètres du point de la plage le plus près. La tenue est bonne au mouillage de l'Est; vase bleue dure couverte d'une légère couche de cailloux.

Tout grand bâtiment voulant prendre le mouillage de l'Ouest, ou du Zealous, ne devra pas s'avancer en dedans de la ligne qui va du mont Dinero à l'extrémité de l'épi (N. 49° O. et S. 49° E.).

On remarque sur les falaises faisant suite au cap des Vierges deux taches de sable qui paraissent comme des routes. Celle de l'Est est dans le N. 35° E. du mouillage. Il faut s'assurer de 11 à 15 mètres d'eau à marée basse, en n'oubliant pas que la mer marne de 13 mètres. Tant qu'on sera dans les parages à grandes marées, ou autrement dit jusqu'en dedans du second goulet, le capitaine n'oubliera pas de corriger les sondes suivant l'heure de la marée et le tableau des hauteurs donné page 10 pour chaque localité.

Par coup de vent de S. E. et d'Est le mouillage du Zealous est excellent, mais il laisse à désirer avec des vents de l'O.N. 0. au Sud par l'Ouest; cependant, avec de bonnes ancres, il est possible d'y essuyer du mauvais temps de cette direction, à moins que ce ne soit une tempête exceptionnelle. En effet, la vase bleue dure, sans pierres, qui y forme le fond donne une excellente tenue. De plus, si l'on prévoit des mauvais temps durables de la partie dangereuse, il faudra appareiller de bonne heure et gagner le mouillage Spiteful, qui est abrité des vents et de la mer de l'Ouest, du S. 0. et du Sud.

Crique du Requin. — A 1,500 mètres de la pointe extrême et sur la partie Ouest de l'épi s'ouvre une crique, dite du Requin, qui remonte 2 milles au Nord presque parallèlement à la plage. L'entrée est à sec de mer basse; mais la marée est si forte, qu'un petit navire y pénétrerait aisément et pourrait ensuite s'échouer et se caréner. L'entrée n'a que 18 mètres de largeur, mais elle augmente, à mesure qu'on avance, jusqu'à 40 et 50 mètres. La profondeur est également plus considérable à quelque distance en dedans.

DE DUNGENESS AU PREMIER GOULET OU BASSIN DE L'ENTRÉE. — La route est facile en cet endroit. On reconnaît sans aucune peine les points les plus remarquables, tels que le mont Dinero, le cap Possession , signalé par une pyramide, et le mont Aymond. Avec ces sommets, la balise Dungeness et les deux bouées des bancs Narrow et Orange, il est facile de rectifier constamment la position du

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bâtiment. Quant aux terres de la cote Sud, elles servent peu, parce qu'elles manquent de points saillants et que ceux qui peuvent exister sont à une dizaine de milles du rivage, à plus de 20 milles de la route usuelle.

Si l'on est pris par la bruine, sans, vent, il suffit de se rapprocher au hasard de Tune ou de l'autre côte pour pouvoir jeter un pied d'ancre : hors le plein milieu du chenal, les fonds sont très modérés. En cas de mauvais temps, la côte Nord offre des abris contre les vents de l'Est à l'Ouest par le Nord, et la côte opposée, des refuges contre les mauvais temps de la partie Sud. Nous décrirons successivement chacune d'elles en commençant par la première. Il n'existe aucun plan particulier pour les divers mouillages antérieurs au premier goulet, parce la carte N° 2869 est très détaillée et suffit à tous les besoins.

Les bâtiments naviguant dans le bassin de l'Entrée se rappelleront que les vents d'Ouest sont le plus frais au commencement du flot, et que très généralement ils mollissent plus ou moins longtemps lorsque le soleil est près de se coucher. Un vapeur bien posté près du premier goulet, soit au mouillage Spiteful , soit au mouillage du Plumper(ce dernier dans les très beaux temps), pourra quelquefois saisir cet instant au passage et franchir le premier goulet avant que la nuit soit close.

Iflont Dinero. — Dès que le bâtiment a quelque peu dépassé, dans le Sud, le parallèle du cap des Vierges, il aperçoit le mont Dinero s'en détachant sur la gauche, sous la forme d'un petit mamelon. Malgré sa dénomination de mont, cet amer n'est haut que de 84 mètres : la carte N° 2869 en donne une vue prise à 6 milles 5 dans le Sud de Dungeness. Du mont à la pointe Daniel s'étend une chaîne continue, sans sommets bien déterminés, dont la hauteur est variable de 61 à 122 mètres; à ladite pointe, la chaîne prend la direction duN. 0.

Les collines en question sont couvertes d'herbes et de broussailles, de même que celles qui s'étendent de la pointe Daniel au cap Possession. Cependant on aperçoit à 3 milles E.q. S. E. de ce dernier une tache de sable blanc très remarquable; elle est portée sur la carte et par suite peut servir pour les relèvements. La plage est de vase et de pierre , avec des récifs de roches faisant saillie au bout des pointes ; elle découvre de j de mille à j mille.

Le banc Wallis, avec 2 m 70 dans sa partie la moins profonde, est le seul danger à veiller sur toute cette partie de la côte. Il se relie presque à la terre, de sorte qu'aucun bâtiment, sauf les goélettes, ne saurait en passer au Nord; encore ces dernières feront-elles bien de prendre par le Sud. Le centre du haut-fond est à 10 milles dans le N. 76° 0. de la pointe Dungeness. On pare tout en se tenant

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au Sud de la ligne qui, du cap des Vierges, va dans le S. 80° 0. oir, autrement dit, en ne relevant pas ce cap plus Est que le M. 80° E. On peut aussi remarquer que le ClifT Hill doit être tenu très ouvert du mont Dinero pour que l'on passe au large du danger. (Voir sur la carte N° 2869 la petite vue A.)

LA BAIE POSSESSION; AIGUADE. — PYRAMIDES DU CAP POSSESSION ET DE LA COLLINE DIRECTION. — LE BANC NARROW ET SA BOUÉE. — Le banc Wallis dépassé, on devra faire huit milles vers l'Ouest avant d'être Nord et Sud avec le cap Possession. C'est une pointe escarpée s'élevant perpendiculairement de 116 mètres au-dessus de l'eau; la partie qui regarde la plage est sillonnée de profondes rainures. C'est le point le plus haut d'une ligne de falaises à ondulations prononcées ; il se distingue par sa base, plus foncée que celle des endroits voisins. Du reste, il ne saurait y avoir d'hésitation dans la reconnaissance, puisque le sommet du cap est surmonté d'une pyramide de 13 mètres de hauteur et de 8 mètres de base; une face de cette balise regarde les monts Direction et le premier goulet, l'autre la poiule Dungeness. En temps clair, on peut distinguer la pyramide à vingt milles de chaque côté, c'està-dire de Dungeness, en venant de l'Atlantique, du premier goulet, en venant du Pacifique. La terre s'abaisse rapidement en arrière du cap, de sorte que de loin il apparaît comme une ile.

A peine a-t-on dépassé le méridien du cap Possession que l'on aperçoit la colline Direction, formant l'autre extrémité de la baie : on compte 20 milles de pointe en pointe. La colline Direction porte une pyramide de mêmes dimensions que celle du cap et élevée sur le point culminant de la chaîne, à 68 mètres au-dessus de l'eau (certains renseignements disent 62 mètres, différence insignifiante); l'une des faces regarde le premier goulet et l'autre le cap Possession. Au dire d'un rapport récent, la pyramide serait sur le sommet de la plus J\ : ord des hauteurs. Les terres voisines des collines étant très basses, les sommets semblent d'abord être des îles, remarque déjà faite ci-dessus pour l'extrémité Est de la baie.

IHouillages. — Depuis le cap Possession jusqu'au banc Narrow et à la pointe Tandy, partie Est de la baie Possession, on peut mouiller à peu près partout, pourvu qu'on ne reste pas dans le lit du grand courant. Cependant on a coutume de distinguer des mouillages particuliers que nous allons définir.

Le premier, ou le plus à l'Est, est généralement appelé le mouillage du Stonewall, parce qu'un bâtiment cuirassé de ce nom, acheté par les Japonais au Gouvernement des Étals-Unis, y passa toulc une semaine et put y renouveler son combustible. Il accosta le long de son bord un trois-màts charbonnier auquel il avait donné rendez-

[cm ai>. i".J BAIE POSSESSION. 31

vous : ce l'ait prouve combien la mer était belle et les courants maniables.

Du point indiqué par ce navire, on relève :

Cap Possession S. 76° E.

Mont Ayraond N. 61° 0.

Pointe Tandy N. 8a° 0.

Colline Direction S. 66° 0.

On est, sur ces relèvements, juste au centre de la baie secondaire s'é tendant du cap Possession à la pointe Tandy, à environ 900 mètres à terre de la ligne qui réunit ces deux points. Le fond est bon (vase bleue dure), les courants faibles, l'abri très sûr contre les vents de l'Est à l'Ouest par le Nord. Un très grand bâtiment se tiendra plulôl à une ou deux encablures plus au large.

Le mouillage du Stonewall ne laisse rien à désirer avec les vents de l'O. N. 0. à l'E. S. E. par le Nord; mais avec de forts vents de l'O. N. 0. à l'O. S. 0. les navires seront d'autant mieux qu'ils se rapproeberont davantage du méridien de la pointe Tandy. L'instruction anglaise recommande aux grands bâtiments manœuvrant pour mouiller ainsi de ne pas amener le mont Dinero à l'Ouest du N. 52° 0. et la colline Direction au Sud du S. 08° 0. Ces limites sont données pour parer, d'une part, l'accore Est du banc Narrow et, de l'autre, la ligne des petits fonds s'étendaut au large de la côte. En portant sur la carte les deux relèvements précités, on conclut qu'il y a peut-être exagération de prudence, car le point de croisement des deux lignes est à 1 mille 6 des sondes de 8 jnèlres de ebacun des hauts fonds que l'on entend parer; de plus, l'ancre se trouverait par trente mètres de basse mer, ce qui en fait quarante de haute mer et peut-être plus, car l'Astrée a trouvé dans ce voisinage des fosses de 60 mètres de profondeur : c'est défavorable à la tenue. La seule inspection de la carte prouve qu'un bâtiment de la plus grande taille peut facilement s'avancer à 2 milles j dans l'O. q. N. 0. du mouillage limite des instructions anglaises. Le banc Narrow procurera plus d'abri contre les lames du Sud.

Qua.nt aux petits bâtiments, ils peuvent contourner par le Nord le haut fond précité et venir jeter leur ancre à G milles ~ dans l'O. q. S. 0. du mouillage du Stonewall, relevant la colline Direction dans les environs du S. 50 0. et la pointe Tandy vers le Nord, un peu à l'Ouest ou un peu à l'Est suivant la taille du bâtiment. Cette dernière pointe se reconnaît aisément à un rocher noir et rond situé sur la plage, à 300 ou 400 mètres dans son Est.

Aiguade. — Cet endroit est bien abrité, mais les courants y sont plus violents qu'au mouillage du Stonewall. Le bâtiment est à moins de 2 milles de l'aiguade, étang de très bonne eau qui se trouve juste

32 DETROIT DE MAGELLAN. [mm i".]

en dedans de la partie éleve'e de la plage, à 1 mille y- Ouest de la pointe Tandy. Mais si l'eau est excellente, elle est 1res difficile à faire à cause du ressac presque constant à la plage et de la quantité dont elle découvre à basse mer. Les embarcations ont aussi à traverser une ceinture de goémons courant parallèlement à la côte et ayant jusqu'à 600 mètres de large. En dedans de la ceinture, on trouve de l'eau libre à quelques encablures de terre, mais on a de la peine pour traverser les berbes. Donc, à moins de nécessité, on atteindra la baie San Yago, ou d'autres points plus à l'Est, pour y faire le plein des caisses. A basse mer, on peut recueillir sur la plage quantité de moules, dont viennent se nourrir, en grand nombre, des canards, des oies et autres grands oiseaux.

Dans toute la partie de la baie dont il vient d'être question, le retard de la marée est peut-être encore plus accentué qu'ailleurs. On a vu, accidentellement il est vrai, le courant vers l'Ouest ne se faire sentir qu'une heure après la pleine mer de plage.

Banc Sfarrow. — Ai milles -^ dans le S. q. S. E. de la pointe Tandy, on trouve une sonde de h mètres qui est la plus faible du banc Narrow, haut-fond ayant à milles ■— de longueur, si l'on prend pour sa limite les sondes de 8 à 9 mètres. Hors le très petit plateau n'ayant que h mètres , on peut traverser le banc à mi-marée. Cependant on recommande de ne le faire qu'en cas de nécessité, surtout avec le jusant, car la mer ne baisse pas régulièrement, mais bien par à coups; à certains moments de la marée, le courant porte en travers avec force et l'on serait gêné si l'on ne se méfiait d'avance.

Bouée. - — Le danger est indiqué par une bouée peinte en rouge et portant une boule de même couleur avec les mots Banco Narrow Num. 2, écrits en caractères noirs. Elle est visible de h à 5 milles dans des circonstances favorables de vent et de mer. Pour elle, comme pour toutes celles du détroit, quelques capitaines se sont plaints des boules parce que, par grands vents, elles couchent les flotteurs sur le côté et les rendent moins saillants. La bouée du Narrow est mouillée par 12 m 70 , à \ mille dans le Sud du fond de 4 mètres M. On recommande de lui donner un bon tour (quelques-uns disent jusqu'à 1 mille), afin d'avoir toujours le temps de manœuvrer si l'on est pris par les violents courants dont nous avons parlé.

Un canal large de \ mille et profond de 20 à 30 mètres sépare le banc Narrow d'un autre banc qui occupe tout l'Ouest de la baie et dont le sommet assèche. Ce bas-fond n'est que la suite du grand

(1) Malgré le soin apporté par le Gouvernement chilien dans le balisage, on ne peut garantir constamment la position exacte des bouées dans la partie Est du

détroit; les courants les déplacent quelquefois. On ne devra donc pas cesser de prendre des relèvements après les avoir reconnues.

DE L'ENTREE AU PREMIER GOULET

banc Direction, lequel s'étend entre la pointe Delgada et la colline Direction.

mouillage du Plumper. — Dans le S. E. de la partie qui assèche et dans le S. 0. du Narrow existe un mouillage dit du Plumper par les Anglais. Longtemps il a été recommandé pour venir se poster à porlée du premier goulet, prêt à profiter de tout moment favorable. Une étude récente a montré que l'emplacement des bancs a nolablement changé : c'est l'effet des courants violents remontant vers la pointe Tandy, après leur sortie du goulel. On ne saurait donc garantir l'exactitude constante des cartes, et, tant à cause de cela que de la violence des courants, les capitaines manœuvreront prudemment en venant chercher le mouillage, se rappelant que les bancs de l'Ouest sont accorcs, que le fond saute brusquement de 30 à 2 mètres. On corrigera les sondes avec soin, on se ménagera sûrement l'évitage à marée basse.

En l'état actuel des choses, on considère le mouillage comme pouvant être utilisé pour attendre pendant quelques heures un changement de circonstances, mais comme devant être évité pour un séjour un peu long. Sous réserve du déplacement possible des bancs, on donne les indications suivantes pour aller prendre le mouillage : gouverner sur le mont Aymond, au N. 18° 0., et jeter l'ancre au moment où la colline Direction se relève à l'Ouest par 24 mètres de basse mer; ne pas tarder davantage, autrement on pourrait être gêné par les hauts-fonds.

Les divers mouillages de la baie Possession laissent à désirer comme abri contre les vents du S. 0. au Sud, qui donnent cependant de fortes bourrasques, ainsi qu'il a été dit à l'article Vents. Tout bâtiment les prévoyant fera bien d'appareiller immédiatement pour le mouillage Spiteful. Les vapeurs y arriveront presque toujours. Quant aux voiliers, s'ils étaient surpris et cassaient leurs chaînes, ils n'auraient d'autres ressources que de rétrograder et d'aller, suivant les circonstances, ou mouiller dans l'Est de Dungeness, ou prendre la cape au large du banc Sarmiento.

LE MONT AYMOND. — C'est un sommet très distinct et utile pour porter les relèvements dans toute la baie Possession. Sa hauteur est de 264 mètres, et il y a près de lui quatre sommets aigus et rocheux que l'on nomme les Oreilles d'àne. Leur aspect varie beaucoup avec leur relèvement; tantôt on les voit toutes les quatre, tantôt on en distingue qu'une seule.

Ayant maintenant décrit la côte septentrionale du bassin de l'entrée, nous attaquerons celle du Sud en nous transportant, dans l'Est, au cap Espiritu Santo, qui fait face à celui des Vierges.

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