PREMIERE PARTIE
berge, est dû moins à une naturelle sécheresse de cœur qu'aux conditions particulières dans lesquelles son enfance et sa jeunesse se sont développées.
Fils d'employé, il a été dès ses premières années la victime de cette vie nomade d'oiseau sur la branche, de ces multiples changements de résidence, qui font des enfants de fonctionnaires autant de petits <■ sanspatrie ». Trimballé de collège en collège jusqu'au jour de son entrée à l'École forestière, il n'a pas eu à proprement parler de pays natal, et.
par conséquent, il ne connaît pas cette lente et chère accoutumance qui attache l'homme à la province où il est né, à la maison où il a grandi.
aux pierres, aux arbres, aux horizons contemplés chaque jour. Les liens ténus et nombreux qui vont du monde extérieur au monde de notre âme sont autant d'agents créateurs de la sensibilité. La première chaleur du
nid colore rimaginatioii de l'enfant et imprègne son cœur; elle a manqué à Delaberge.
Sa jeunesse s"est passée dans une atmosphère frigide, au milieu des préoccupations d'examens à subir et d'avancements à conquérir à la pointe de Fépée. Il a ignoré la passion qui attendrit l'àme en la meurtrissant.
Tout au plus a-t-il eu à cette époque quelque galante liaison légèrement nouée et rapidement rompue. Séparé de bonne heure de ses parents, qu'il a perdus avant d'avoir atteint sa trentième année, il a peu goûté les joies intimes de la famille. Ne possédant aucun patrimoine, il n'a plus songé qu'à faire vite et honorablement son chemin. Le travail a pris sa vie ; le désir de parvenir a tendu toutes ses facultés vers la réalisation de ses projets ambitieux.
Comme beaucoup de fonctionnaires sans fortune, il a reculé devant l'aléa du mariage, estimant que les obliga-