‹ Paternité;Chapitre 28 sur 89 · PREMIERE PARTIE I Of · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE I Of

— Presque autant qu'à nmnsieur Simon Princetot! — interrompit plaisamment Delaberge.

— Vous croyez rire?... Eh bien, monsieur Simon vous ressemble au moral et même un peu au physique... Ne trouvez-vous pas>

— Je ne l'ai pas vu assez longtemps pour constater la ressemblance... ■■

Ils contournaient les allées du parc, et, comme le chemin devenait plus accidenté, il crut devoir courtoisement offrir son bras à Mme Liénard. Elle l'accepta sans façon et le garda jusqu'au moment où la cloche du dîner les ramena vers la terrasse, et où ils trouvèrent Simon Princetot qui les attendait.

Envoyant la jeune femme au bras de Delaberge attentif et souriant, Simon sembla impressionné désagréablement.

Son visage se rembrunit, et ce fut avec une froide raideur qu'il salua de nouveau l'inspecteur général. On passa dans la salle à manger et on s'attabla.

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Au début, il y eut une certaine gène réfrigérante. Les deux hommes s'observaient sans s'adresser la parole ; mais ce n'était point l'affaire de Mme Liénard, qui désirait au contraire servir de trait d'union entre ses deux convives. Elle s'efforça de mettre Simon sur un terrain qui lui était familier. Elle loua son amour pour les choses de la campagne, le questionna sur ses études de sylviculture, sur ses projets d'avenir... Le jeune homme répondait simplement et sobrement. Lorsqu'il parlait économie rurale ou forestière, on sentait qu'il connaissait son sujet à fond.

Parfois, dans la conve'-sation, il lui arrivait d'effleurer des questions scientifiques ou sociales, et sa façon de les discuter dénotait une culture solide et variée. Tout en le contredisant et en lui poussant des objections embarrassantes, Delaberge était surpris de la netteté et de la justesse de ses répliques : Mme Liénard ne l'avait pas

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surfait. Chaleur de cœur, sûreté de JLi.q-emcnt, générosité, on devinait tout cela en l'entendant causer. Cliez un garçon né et élevé au fond d'une auberge de village, cet affinement de l'esprit et des manières était étonnant.

A mesure qu'il développait ses idées, fréquemment opposées à celles de l'inspecteur général, celui-ci étudiait la physionomie de son adversaire et cherchait vainement à y retrouver quelque ressemblance avec le couple Princetot.

De fait, le jeune homme n'avait ni paternisé ni même matcrnisé. Il n'avait dans les yeux ni la somnolente roublardise du Prince, ni la langueur indolente de sa mère. Seuls, ses cheveux châtains, épais et légèrement frisottants rappelaient l'opulente chevelure crépelée de Mme Micheline.

Son ton était un peu brusque et âpre.

Cette âpreté de pomme sauvage ne s'adoucissait que lorsqu'il répondait aux questions de Mme Liénard. Pour

elle, sa voix prenait soudain des intonations affables et presque tendres.

Avec un mélange d'intérêt, d'envie et de regret, Delaberge contemplait ce garçon solide, bien découplé, au regard profond et franc, aux manières simples et aisées, et ne pouvait s'empêcher de songer : « Voilà un fils comme il m'en aurait fallu un ! •• Puis, ramené sur la pente de ses rêves matrimoniaux, il ajoutait intérieurement :

'< Après tout, je suis encore en âge d'avoir des enfants, tout espoir n'est pas perdu ; il ne manque que la femme, et j'en sais une, non loin d'ici, que j'épouserais volontiers... »

Ses yeux se dirigeaient avec plus de complaisance vers Mme Liénard. Il se disait que la veuve courait sur ses vingt-sept ans, qu'elle unissait à un esprit charmant un cœur honnête, beaucoup de jugement et de sensibilité; qu'elle serait à la fois une excellente .ménaLrère et une

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compagne très désirable. Et comme s'il continuait tout haut cette conversation intérieure, il se penchait avec attendrissement vers sa voisine, lui prodiguait de menues attentions, tournait en son honneur des compliments fleuris dont la forme un peu surannée révélait qu'ils n'avaient pas servi depuis le temps de sa jeunesse.

Dans son empressement, il ne s'apercevait pas que ces galantes prévenances mettaient une lueur chagrine dans les yeux de Simon Princetot et assombrissaient son humeur.

On se leva de table et on passa sur la terrasse au moment où le soleil disparaissait derrière les bois de IMontgérand . Mme Liénard se fit apporter une cafetière russe et prépara elle-même le café. Lorsqu'elle offrit le sucrier à l'inspecteur général, celui-ci la "remercia, déclarant qu'il buvait son café sans sucre.

" Tiens! — dit étourdiment la veuve, — c'est comme M. Simon!... ■■

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Cette similitude de goûts avec un garçon qui, pendant tout le diner, lui avait marqué plus d'hostilité que de sympathie, laissa Delaberge fort indifférent. Il en voulait à Simon de son attitude combative et méfiante. On devisa quelque temps encore sur la terrasse, où, dans le crépuscule, les chèvrefeuilles répandaient leur odeur vanillée; puis, la nuit étant tout à fait venue et le croissant de la lune se montrant au-dessus des bois, Delaberge se leva pour prendre congé, et Simon Princetot l'imita.

« Bonsoir, messieurs ! — dit Mme Liénard, — vous ferez route ensemble...

Monsieur Delaberge, puisque vous restez encore une semaine au Val- Clavin, j'espère que vous n'oublierez pas le chemin de la Roselière ! -

Une fois hors de la grille, les deux hommes marchèrent un bon moment sous la voûte des frênes sans s'adresser la parole. La même gêne qui avait clacé le commencement du diner sem-

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