PREMIERE PARTIE II
blait de nouveau les rendre taciturnes.
Tous deux étant par tempérament fort peu conimunicatifs, cette froideur menaçait de s'éterniser, quand Delaberge, agacé, se décida à rompre le silence.
« Monsieur Princetot, — dit-il, — je sais que vous êtes l'adversaire de l'administration queje représente, mais puisque je loge chez votre père et puisque nous venons de rompre le pain ensemble, je ne vois pas pourquoi nous nous traiterions personnellement en ennemis. Pour ma part, soyez-en persuadé, j'apporterai dans l'accomplissement de ma mission l'esprit le plus conciliant, et si vos réclamations me paraissent fondées...
— Elles le sont, monsieur, — interrompit Simon sans se départir de sa raideur; — seules les personnes étrangères au pays et à ses besoins peuvent les méconnaître.
— Permettez, je ne suis pas aussi étranger au pays que vous paraissez le croire... Je l'ai habité avant que
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vous fussiez au monde... Quel âge avez-vousr
— Vingt-cinq ans. bientôt.
— Eh bien, moi, à vingt-quatre ans.
j'étais au Val-Clavin en qualité de garde général... Il n'est pas un canton de vos bois que je n'aie visité et dont je ne connaisse les ressources.
• — En ce cas, monsieur, si vous êtes juste, vous changerez votre projet de cantonnement... Les propositions de l'administration sont inadmissibles:
elles lèsent nos intérêts et nous ruinent.
— Vos intérêts sont respectables, mais nos bois aussi ont droit à quelques égards... Nous sommes chargés de les conserver, et si vous étiez comme moi un vieu.x forestier...
— Sans être foresiier par état, — s'exclama Simon, — on peut avoir de l'amour pour les forêts ! Vous autres.
vous les chérissez pour l'argent qu'elles rapportent au Trésor; nous, nous les aimons pour'ellcs-mêmes.