‹ Paternité;Chapitre 30 sur 89 · PREMIERE PARTIE II · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE II

— Vous aimez les arbres > — demanda Delaberge, redevenu affable.

— SI je les aime!... — répliqua le jeune homme en s'animant; — je les aime comme des amis avec lesquels on a grandi, comme mon pays dont ils sont la beauté! Songez donc que je suis presque né dans les bois et que depuis ma petite enfance j'ai vécu au milieu d'eux!... Un bel arbre, tenez, comme celui-ci...

Impétueusement il s'élançait vers un des hêtres de bordure et enlaçait avec passion le tronc lisse, argenté et puissant.

— Un hêtre sain et vigoureux, — reprit-il, — mais c'est pour moi comme une personne, comme un frère, et il me prend des envies de l'embrasser! >■

Delaberge, ravi de cet enthousiasme qui jaillissait brusquement comme une eau vive, regardait avec émotion ce svelte garçon de vingt-cinq ans, dont les yeux brillaient au clair de lune. Le hêtre et lui semblaient, en effet, de

Il8 PATERNITÉ

même essence : tous deux avaient une verdeur semblable ; tous deux, robustes et énergiques s'élançaient vers la vie.

— Allons — dit-il en souriant, — voilà au moins un point sur lequel nous nous entendrons... Sur le terrain juridique nous nous battrons à armes courtoises; mais jusque-là concluons une trêve... Voulez-vous r ••

Il tendait la main au jeune homme.

Celui-ci, après un moment de surprise ou d'hésitation, avança la sienne et Delaberge la serra amicalement; puis ils continuèrent leur route en devisant paciiiquement du reboisement des montagnes. Ils ne se séparèrent que dans la cuisine du Soleil J'Or, où la servante, affalée sur une table, les attendait en somnolant.

Delaberge remonta dans la chambre rouL;e, mais les incidents de la soirée

Page 1