‹ Paternité;Chapitre 41 sur 89 · PREMIÈRE PARTIE I · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE I

cerveau de Francisque. Le Prince n'était peut-être pas le seul à qui Micheline

désirât cacher ses fautes de jeunesse >... La sympathique figure de Simon se dressa subitement devant les yeux de l'inspecteur général. Mme Princetot devait évidemment tenir à ce que son lils ignorât sa conduite coupable, et c'était avant tout pour lui qu'elle s'alarmait.

Comment Dclaberge n'avait-il pas pensé à cela plus tôt? Maintenant une tendre pitié le saisissait en songeant au coup ^.\c poignard qu'une pareille révélation pouvait porter à ce jeune et loyal creur si imprégné d'amour filial... Pour la première fois, il comprenait de quel poids les anciennes fautes que nous croyions vénielles pèsent plus tard sur nos destinées.

Ces amourettes que nous traitons si légèrement au temps de notre jeunesse laissent des semences éparses qui peuvent, dans l'âge mùr, devenir autant de plantes envahissantes et meurtrières.

11 Iripsonna en pressentant dans l'ombre le vol de cette mystérieuse Némésis qui reporte à nos lèvres la coupe que nous avons nous-mêmes empoisonnée.

II avait conscience que déjà cette fatale loi du talion était en train de se vérifier pour lui. L'opération du cantonnement le ramenant dans ce Val- Ciavin qu'il pensait ne jamais revoir:

l'auberge du Soleil d'Or où il se retrouvait face à face avec ses anciens hôtes, et où son arrivée réveillait comme autant de vipères assoupies les médisances d'autrefois; sa rencontre enfin avec le fils de son ancienne maîtresse, avec ce Simon dont il risquait de troubler le repos et de gâter à jamais la vie; — n'étaient-cc pas autant de signes avant-coureurs de quelque fâcheuse disgrâce >

Sa loyauté, sa générosité, se révoltèrent. 11 fallait à tout prix empêcher que le châtiment (si châtiment il y avaitl ne frappât par ricochet une tête

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innocente. Car enlin il n'était pas juste que Simon payât pour les fautes commises par sa mère et par un étrant,'-er, pour une faiblesse qui n'avait pas laissé de trace!... Delaberge n'était pas un Lirand casuiste. Pendant le cours de sa carrière administrative, la nature de ses occupations l'avait plutôt porté à s'intéresser aux phénomènes extérieurs qu'à s'étudier luimême. Il était peu enclin à scruter à fond sa conscience et à en peser ritroureuseraent les scrupules. Toutefois l'état d'anxiété où il se trouvait depuis son entrevue avec Mme Princetot le prédisposait à pénétrer plus plus avant dans cette obscure région de l'âme, où nos plus secrètes pensées demeurent blotties comme des insectes peureux dans l'eau trouble d'une mare.

Dès qu'on agite ces équivoques profondeurs, on est tout effrayé d'en voir émerger un monde étrange d'appréhensions mystérieuses, de remords

confus et de doutes non encore pressentis. A mesure que l'inspecteur général descendait en lui-même, une lumière soudaine éclairait les replis ténébreux de son âme et il entrevoyait la possibilité de certaines hypothèses auxquelles il n'avait jusqu'alors accordé aucune attention.

Tout à l'heure il lui avait semblé inique que Simon supportât les conséquences d'une faute commise par un étranger, d'un péché de jeunesse qui n'avait laissé aucune trace; et maintenant sa conscience devciiuc plus timorée et plus scrupuleuse se posait de nouvelles et troublantes interrogations : — un étranger?... Aucune tracer... En était-il bien sîir>...

Il tressaillit, la respiration lui manqua comme s'il eût reçu un formidable choc. Puis, secouant la tête pour chasser la pensée qui venait de lui donner une si violente commotion, il se remit à marcher. — •■ Non, ce n'était pas possible...' 11 l'aurait su...

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