TROUBLES URINAIRES CHEZ LES ATAXIQUES
Les troubles urinaires, dans l’ataxie locomotrice, peuvent apparaître dès le début de la maladie.
Fournier (1) a longuement étudié non pas seulement les symptômes génito-urinaires, mais tous les autres symptômes à la période prœataxique du tabes. « La période prœataxique, c’est-à-dire antérieure à l’apparition de l’ataxie dans la scène morbide, c’est, à vrai dire, la période « d’ataxie sans ataxie ». Pour lui, assez souvent ces troubles constituent la première manifestation, l’exorde même du tabes, à une époque où cette maladie dont ils dérivent est encore latente. Il les nomme « symptômes révélateurs »,
(4) Fournier. Leçons sur la période préataxique du tabes d’origine syphilitique.
Voici le tableau qu’il donne de la proportion (dans cette période prœataxique) des troubles vésicaux par rapport aux autres symptômes.
Troubles de la sensibilité générale........... 193 — de l’innervation motrice oculaire... 107
— DÉSICUUR Een es cemssrt be RER SARA — BÉDIÉRUX 6e PAS M ANR AT ARR — de la vision ...... SORT DER Hat RUE Vertiges ..... RÉ M Sas tee tnt REV A 0) Troubles cérébraux............. RSR DEN A SOS —— OS PAUGITON. Sesceencoe PS2 5e EG Parésies partielles, ou paralysies partielles... 32 - Troubles gastriques ou intestinaux........ AE 5 Phénomènes rectaux.......... ARS PT ER EL:
Froubiés-laryneés rm emp Rs Soon \ 7 Arthropathies..... ENS M AO SOC : 3 Troubles trophiques divers.......... nee 6 DAVOLS SERRE Re et Eee AN er LD)
On voit que la proportion est déjà sérieuse, 98, alors que les troubles de l’innervation motrice sont de 107, le tout sur 224 cas.
Parmi ces troubles vésicaux, voici dans quelle proportion il classe leurs diverses variétés :
Symptômes de paresse vésicale (sans rétention) .... 46 Rétention 08e rue ses sb SES Incontinence... 7 ne et eee TS Ce ee NN Pollakisurie, besoins fréquents, ténesme vésical.... 15 Symptômes d’anesthésie vésicale., ,.,........,:... 6 Cystalgie, colique vésicale............. TO) cr Se) Douleurs uréthrales pendant la miction. 3
En somme, ces quatre premières classes ont pour cause commune la rétention, qui produit soit l’incon-
tinence par regorgement, soit d’autres variétés d’incontinence se rapprochant de ce symptôme classique et que nous étudierons tout à l’heure.
Parmi les troubles que Fournier classe comme « Symptômes de paresse vésicale, sans rétention », il est fort probable, les malades n’ayant été que rarement sondés, qu’une rétention partielle peut exister, tout en restant ignorée ; la cause peut en être aussi, non pas dans la paresse vésicale, mais dans l’obstacle qu'oppose à l'issue de l'urine l’incoordination, sous forme de spasme, du sphincter uréthral.
Quant à la pollakisurie, aux besoins fréquents et impérieux d’uriner, au ténesme vésical, ils se comprennent aussi bien et pour les mêmes raisons, le sphincter antérieur, muscle strié, étant frappé d’incoordination, tandis que le sphincter interne, muscle lisse, ne peut s'opposer au passage de quelques gouttes d'urine, se répétant à des périodes très rapprochées.
Les observations publiées par M. ©. Berger (1) concordent avec les dires de M. Fournier ; elles ont trait à des malades chez lesquels le tabes, pendant deux années entières, ne se traduisit que par des troubles de la miction, ischurie, incontinence nocturne. 0. Berger a insisté à ce propos sur ce que les troubles urinaires peuvent constituer pendant une période de temps fort longue (de 8 mois à 7 ans), les seules manifestations apparentes du tabes (tabes dysurica).
(1) Dictionnaire Dechambre. — Troubles des fonctions génito-
urinaires dans le tabes,
RS
Mais ce n’est pas Seulement à la période prœataxique que se. produisent les troubles urinaires. Ils peuvent apparaître quelquefois avec les douleurs fulgurantes; mais souvent ils se font attendre jusqu'à la période confirmée du tabes.
D'après Féré (1), « le plus souvent, ils s'installent graduellement, progressivement; mais ils peuvent apparaître brusquement : le malade peut se réveiller avec une rétention complète.
.…, Souvent, dans les deux premières périodes, ces troubles sont. transitoires au même degré que les paralysies oculaires, les phénomènes laryngés, etc. Il peut arriver toutefois qu'un malade qui a eu, tout d'abord des difficultés de la miction, en reste affecté d’une manière continue pendant des années et même définitivement. Les troubles d’excrétion qui arrivent à Ja troisième période sont plus ou moins permanents et finissent par déterminer.des troubles inflammatoires de la vessie et du rein qui constituent les causes de mort les.plus fréquentes ». (Ceci n’est pas étonnant, étant donné le défaut d'évacuation, alors ‘qu’on laisse l'urine stagner dans la vessie, faute de -sonder lés malades.) = D'après les statistiques de M. le D' Simerka (2) ce ‘sont les douleurs qui figurent le plus souvent parmi “les premiers signes .de la maladie, puis viennent les troubles de la vessie, le sentiment de faiblesse dans les jambes, l’ataxie, les paresthésies, les paralysies partielles des muscles des yeux. S x
(1) F£ré. Archives de neurologie, t. VIL,,4884, p. 224. (2?) Revue neurologique, juillet 1896.