DÉTERMINISME PHYSICO-CHIMIQUE
Les calculs biliaires sont au point de vue chimique formés par tous les éléments solides de la bile qui s'associent en plus ou moins grand nombre.
Les analyses chimiques de calculs ont, nous l'avons déjà vu, permis de subdiviser les calculs en groupes nombreux. Il y a intérêt, à notre avis, à simplifier la classification et à considérer seulement trois groupes :
Les calculs de cholestérine ;
Les calculs pigmentaires;
Les calculs mixtes.
I. — Les calculs de cholestérine sont formés presque uniquement de cholestérine. Cette substance se présente
dans la bile sous une double forme :
1° Éthers de la cholestérine. — On voit de petites masses amorphes, arrondies. C’estce que les anciens auteurs appelaient les masses de myéline. En regardant au microscope polarisant une goutte de bile, on voitdes gouttelettes brillantes bi-réfringentes, qui par addition de Nilblau, se colorent en rose pâle. Ce sont là des
caractéristiques des éthers de la cholestérine. . Ces gouttelettes d’éthers de cholestérine existent, com-
me nous l'avons vu, avec Guy Larocxe, dans toutes les biles.
2 Cholestérine cristallisée. — Les cristaux de cholestérine ont un aspect très facile à reconnaitre : ils se présentent sous forme de tablettes rhomboïdales écornées, généralement superposées en piles inégales. Il suffit de les avoir vus une fois pour ne plus s’y tromper. Ils forment de petits amas d’un blanc brillant.
En général, le gros calcul de cholestérine est à la fois formé de cristaux et de masses amorphes. Le centre est le plus souvent amorphe. La cristallisation secondaire se fait suivant les rayons qui partent du centre, ce qui donne au calcul un aspect radiaire formé de lignes brillantes où on retrouve par l'analyse microscopique la structure cristalline.
C'était déjà l'opinion de Meckez von HEMsBACH qui chercha à identifier la formation des calculs de cholestérine-à celle des pétrifications géologiques.
Enfin, il existe souvent une couche périphérique formée de dépôts de cholestérine amorphe.
Quoi qu'il en soit, la cholestérine des calculs biliaires présente les caractères généraux physiques et chimiques de cette substance. Elle est soluble dans l'alcool à 95, dans l’acétone, dans l’éther, dans le xylol, dans le chloroforme à chaud. Lorsque, dans une solution de cholestérine et de chloroforme, on ajoute deux gouttes d’anhydride acétique pur et une goutte d’acide sulfurique pur, il apparaît une belle fluorescence verte caractéristique : c’est la réaction de LIEBERMANN. La cholestérine des cal-
culs se colore en rouge orangé par le Sudan IT, en gris par l'acide osmique, en rose pale par le Nilblau, en rouge par le rouge neutre. Après passage dans l'alcool à 70° la coloration grise de l'acide osmique vire au noir.
Si on dissout avec précaution un calcul de cholesté rine dans l’éther ou l’acétone, on obtient une très jolie formation un peu analogue en petit à un nid d’épinoche ou à une très fine éponge. Voici comment il faut pro céder pour avoir cette préparation :
On prend un calcul de cholestérine pure; à l’aide d une très fine aiguille chauffée, on le traverse d’un fil et on le suspend grâce au fil tendu horizontalement dans un bain d'acétone qu'on renouvelle souvent et qu’on chauffe à 50 ou 60° au bain-marie. La cholestérine met longtemps à se dissoudre. Grâce aux sels calcaires qui existent toujours même dans les calculs de cholestérine pure en apparence il n’y a pas d’affaissement du stroma squelettique. Plus simplement on peut se contenter de monter une coupe de calcul dans le xylol et de labandonner quelques jours; lorsqu'on la reprend, on voit alors la coupe d'un des plans constituants. Si ensuite on fait agir un acide — l'acide chlorhydrique par exemple — on détruit les sels calcaires etil ne reste que le substratum albuminoïde qui ne manque dans aucun calcul.
Sur des coupes passant exactement par le centre du calcul, BoysEN a pu de cette façon isoler le noyau qui constitue le centre de cristallisation. Il le considère comme formé constamment de pigments. Des recherches plus récentes ont montré que c'était une conclusion erronée et qu'au point de vue chimique, le calcul de cho-
Us
l'estérine pure n’est formé en dehors de cette substance essentielle que par des sels calcaires en plus ou moins grande quantité, par un stroma albuminoïde et que le centre est constitué par un amas albuminoïde généralement formé par un mélange de mucine et de cholestérine amorphe, quelquefois par une agglomération de débris épithéliaux, très rarement par des corps de. bacilles morts et plus ou moins incrustés de sels calcaires.
Il. — Les calculs pigmentaires. — Les calculs pigmentaires sont constitués par les pigments de la bile associés à des matières albuminoïdes et à des sels de chaux. Il n'y à pas à proprement parler par conséquent de calculs formés uniquement de pigments biliaires.
Ces calculs, noirâtres lorsqu'on les prend dans la vésicule, verdissent à l'air. Ils sont formés par du bilirubinate de chaux associé à du glycocholate et à du taurocholate de chaux. Par la réaction de Gmelin, on voit qu'il existe également d’une façon constante le biliverdine.
Minkowski, au cours d'une autopsie d’ictère congénital splénomégalique, à trouvé dans la vésicule des calculs et dans les voies biliaires intra-hépatiques des amas formés d'hématoporphyrine, même pigment que celui mis en liberté par le processus hémolytique dans le sang de ces malades. Il y a là une classe à part.
III. — Les calculs mixtes. — Les calculs mixtes ne présentent pas au point de vue chimique un grand
Ne en
intérêt. Ils contiennent en proportion variable les éléments constitutifs des calculs précédents.
L'examen chimique simple des calculs nous donne les résultats suivants : surtout cholestérine et pigments, puis sels biliaires, chaux, matières organiques.
Il sembie que le déterminisme chimique du caleul biliaire pivote autour de ces deux termes : cholestérine et pigments biliaires. Il nous faut donc voir comment ces deux substances se précipitent.
Quel que soit le facteur déterminant de la précipitation, — l'expérimentation nous en décèlera quelques-uns — l'idée la plus simple est que la cholestérine forme les calculs, parce qu'elle cesse d’être soluble dans la bile.
Pendant longtemps, à la suite des travaux de Nauxyx, surtout on a considéré que la bile avait une teneur constante en cholestérine et que ni l'alimentation, ni le travail digestif, ni les maladies n’avaient d'influence sur Son taux.
Récemment, on a vu que cette notion qui se retrouve acceptée comme un dogme par la plupart des auteurs qui traitent de la pathogénie de la lithiase biliaire était
erronée.
BacueistTer étudiant les chiffres d'élimination biliaire sur quatre individus porteurs de fistules bihaires a
trouvé les chiffres suivants. Il s'est servi pour ces
dosages de la méthode à la digitonine de Wixoaus.