‹ Pathogénie des néphritesChapitre 29 sur 58 · Decaudin, Thèse citée, 1878, p · texte numérisé non relu

Decaudin, Thèse citée, 1878, p

PATllOGÉNIE DES NÉPHRITES. 73

était l'action sur le rein de ces produits de désassimilation incomplète, leucine, tyrosine, matières extractives. J'ai expérimenté la tyrosine, qui m'a donné des résultats concluants.

Le 19 janvier, à onze heures du matin, je fais à un cobaye, pesant 570 grammes, deux injections sous-cutanées, de un centimètre cube chacune, de solution saturée à chaud de tyrosine. Je dis immédiatement que ces injections, pratiquées sur les parties latérales du dos, n'ont déterminé ni abcès ni induration inflammatoire.

Le lendemain matin, l'urine renferme une quantité notable d'albumine rétractile; je fais une troisième injection de un centimètre cube de la même solution saturée de tyrosine.

Le 21 janvier (troisième jour de l'expérience) l'urine des vingt-quatre heures renferme de l'albumine rétractile en plus grande quantité que la veille. L'animal est triste, abattu ; tout à coup, vers dix heures du matin, il est pris de convulsions tétaniformes, avec raideur générale et opisthotonos ; il meurt au bout d'une heure.

L'autopsie, pratiquée immédiatement, ne montre aucune lésion du cœur, du poumon, du foie, etc. La vessie est pleine d'urine; cette urine, examinée aussitôt, est acide (on sait que l'urine des herbivores est toujours alcaline à l'état normal), elle est pâle et limpide et renferme de l'albumine. Les reins sont pâles, sans lésion appréciable à l'œil nu.

L'examen histologique de fragments de rein, traités par l'acide osmique à 1/100% montre que les épithcliums des tubes contournés sont confondus, granuleux, en partie dégénérés; leur noyau est invisible.

Il faudrait répéter celte expérience et employer d'autres

substances analogues, la leucinepar exemple; mais l'expérience précédente semble bien montrer déjà que la tyrosine, en excès dans le sang, peut déterminer des altérations épithéliales du rein et provoquer une néphrite.

Il est possible aussi que les produits toxiques des fermentations gastriques et intestinales, particulièrement dans la dilatation de l'estomac, donnent naissance à des lésions rénales, par leur passage à travers le rein.

D'après Wagner*, Fûrbringer, les substances toxiques élaborées par le tube digestif., absorbées et éliminées parle rein peuvent déterminer de l'albuminurie, et peut-être une néphrite. M. le professeur Bouchard a décrit une forme rénale de la dilatation de l'estomac, dans laquelle on observe de l'albuminurie, conséquence d'une néphrite ^ Mais cette albuminurie est souvent dyscrasique. J'ai eu l'occasion d'examiner récemment l'urine d'une malade dyspeptique, en traitement dans le service de M. Bouchard; cette urine contenait 30 centigrammes d'albumine par Htre, mais ne renfermait pas de cylindres ; dans ce cas il s'agissait évidemment d'une albuminurie sans néphrite.

Enfin, d'après certains auteurs, d'autres causes agiraient encore sur le rein par une sorte intoxication secondaire. C'est ainsi qu'il faudrait interpréter les néphrites consécutives à Vaction du froid et aux brûlures étendues des téguments. On a dit que la néphrite a frigore pouvait résulter de l'irritation inflammatoire des éléments du rein par les substances excrémentitielles retenues dans le sang. On a dit, d'autre part (Falk, Fischer), que, dans les brûlures, la né-

1. Wagner, Morbus Brifjhlii, in Z iemsxen's Ilandbttch, p. 175.

2. Soc. mécl. des hôpitaux de Paris, 13 juin 1884. Communie, de M. Bouchard.

plirite était également due à l'irritation du rein par les produits de décomposition chimique, provenant des globules rouges altérés et détruits sous l'influence du calorique. Ces néphrites seraient donc aussi des néphrites toxiques ; mais une semblable opinion est contestable, et l'on peut tout aussi bien attribuer, dans ces cas-là, l'altération rénale à une congestion sous la dépendance de troubles nerveux réflexes. La discussion de cette question trouvera sa place dans l'exposé de la pathogénie des néphrites par irritation cutanée.

J'aurais aussi à parler du rôle pathogénique d'un grand nombre à' intoxicatio?is latentes, de nature diverse, et à' autointoxications, qui peuvent, sans doute, par l'élimination des produits toxiques, donner naissance à des néphrites chroniques ou subaiguës; mais l'examen de ces questions encore mal élucidées sera mieux placé dans l'étude pathogénique du mal de Bright.

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