CONCLUSION
L'étude des causes et celle des lésions nous avaient laissés dans l'incertitude ; celle de la phiisiologie pathologique a mis en présence deux opinions rivales. L'une repose sur une idée ingénieuse, très-souvent
(1) Dictiimn. encyd. des sciences médic, art. Moelle, p. 454.
(2) Société de Mol., 1872, M. p. 17.
plausible, jamais démontrée ; on aurait tort de la rejeter sans examen, mais les objections qu'elle soulève, et qui n'apparaissent pas d'abord, semblent irréfutables. Dans cette opinion, V hypothèse pure est souveraine, et cela seul doit suffire pour nous mettre en défiance. L'autre, malgré ses desiderata, s'appuie sur des arguments positifs, sur des faits qui sans elle demeurent inexpliqués. Aussi, tout en avouant que nous sommes loin de tout savoir, semble-t-il nécessaire de rejeter la première et d'adopter la seconde.
Je suis pour les névristes contre les humoristes, et je pense que, s'il nous est donné de pénétrer plus avant dans la solution du problème pathogénique, c'est dans la voie ouverte par nos maîtres à la Société de chirurgie qu'il faut multiplier nos efforts. J'avais pour guide, dans la recherche de cette vérité, quelques phrases remarquables qui posent nettement la question :
« La somme des inconnues l'emporte sur celle des notions certaines. La seule étiologie est composée d'une foule d'assertions banales ou contradictoires, plus ou moins vraies, sans doute, mais trop générales et qui ne servent guère dans un cas donné. On nous dit bien que le tétanos succède le plus souvent aux plaies contuses, que son apparition est favorisée par le froid ou le refroidissement, que certaines races y sont particulièrement prédisposées. Mais que penser de ces généraUtés, quand nous voyons la maladie ne respecter aucun âge, aucune constitution, aucune
blessure ; — sévir depuis le premier jour jusqu'au moment où la plaie est presque fermée ; — apparaître même en l'absence de toute violence externe ;
— se montrer avec une égale fréquence en Islande et sous l'équateur; — décimer aussi bien les Espagnols du nouveau monde que les nègres africains et les pâles naturels du Groenland, et même, car il n'est pas nécessaire de sortir de France pour trouver des faits inexpliqués, attaquer beaucoup plus souvent les habitants de nos campagnes que les blessés reçus dans les grands hôpitaux des villes...
cr Sceptiques, indécis et résignés, voilà, si je ne me trompe, oii en sont les praticiens pour la plupart. Quelques-uns cependant, et je me range de leur côté, n'acceptent qu'avec peine ce fatalisme. Ils cherchent, sinon avec succès, du moins avec ardeur, une voie moins stérile... En ce qui touche la nature du mal, ils ont, de concert avec les physiologistes, promulgué une très-importante vérité en assimilant le tétanos aux névroses (Tordre réflexe, telles que l'hystérie, l'épilepsie, l'éclampsie, dans lesquelles, d'un point d'irritation primitive caché ou découvert, mais plus ou moins circonscrit, partent des irradiations centripètes parvenant jusqu'à la moelle épinière, et l'excitant de telle manière qu'elle envoie à son tour, dans la direction centrifuge, des ordres violents et tumultueux aux muscles les plus divers.
« De cette donnée découlent des indications nombreuses et utiles : chercher le point irrité en question,
— découvrir la lésion matérielle qu'il présente, —
étudier cette lésion dans ses causes, son origine, sa durée, sa curabilité possible, difficile ou impossible, — savoir pourquoi et dans quel cas l'irritation locale excite si spécialement la moelle épinière, — quelles modifications temporaires ou durables elle amène dans la constitution histologique de ce centre nerveux, — par quels motifs les décharges périphériques ont des sièges d'élection, tantôt limités à certains districts musculaires, tantôt se généralisant à la musculature tout entière, ne respectant guère plus la fibre lisse que la fibre striée... Irritation locale, lésions médullaires et contractures, telles sont les trois sources de danger qu'il faudra toujours surveiller, et que la thérapeutique a la triple mission de combattre (1). »
(1) Verneuil, Gaz. deshôp., 1874, p. 773.