WOMENCLATDRE DES MALADIES, SYNONYMIE, ÉTYMOLOGIE
La pathologie n'a pas suivi , dans les perfectionnemens apportés aux nomenclatures , les progrès des autres sciences; aussi n'en est - il peut-être aucune dont la nomenclature soit aussi défectueuse que la sienne, et ce n'est pas sans raison, sans doute, que l'on en a trouvé les causes dans la lenteur avec laquelle les hommes se sont élevés à la connaissance des maladies. Rien n'est, en effet, si bizarre et si informe que l'ensemble des noms imposés aux diverses affections : désignées tantôt d'après leur siège connu ou présumé, comme la pleurésie, V hystérie; tantôt d'après les causes qui les produisent, comme les coups d'air, les maladies fiatulentes ou venteuses, \ embarras gastrique; elles l'ont été quelquefois d'après le lieu dont elles sont originaires, comme le typhus d'Amérique, la peste d'Orient, la maladie des Barbades , et d'autres fois d'après le nom des peuples qui les ont transmises, comme les dénominations de mal français et de mal napolitain données à la maladie vénérienne. D'autres ont dû leurs noms à la grossière ressemblance qu'on a trouvée entre elles et certains produits de l'industrie humaine, de l'histoire naturelle ou quelques autres substances, comme la tjmpanite, les fistules, les clous, les cancers, les fraises , les polypes, les kjstes, les taupes, les mélicéris , les stéatômes , les athérômes , etc. On a donné encore à certaines maladies le nom des médecins qui les ont fait le mieux connaître, comme le jnal de Pott; quelques-unes ont été nommées d'après la nature de la lésion, comme les fractures, les luxations, les ruptures, les contusions. Les formes, les couleurs, les principaux symptômes, le type, les caractères, des maladies ont encore servi à leur imposer des noms particuliers.
I! est facile de voir de suite les vices, l'incohérence et l'imperfection d'une semblable nomenclature; nous sommes obligés cependant d'adopter ces noms informes pour la plupart , et qui, souvent même , entraînent une idée fausse dans leur acception ; le néologisme qu'introduirait nécessairement dans le langage de la science une meilleure nomenclature , serait peutêtre un inconvénient encore plus grand que la nomenclature actuelle, quel-
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que vicieuse et imparfaite qu'elle soit : vérité bien sentie par Morgagni quand il dit : Si nunc essent imponenda nomina, non dubito quin plura excogitari possint meliora et cum vero magis congruentia; sed prœstaty opinor, verum postea animadversum docere , vetera autetn et usitaia nomina retinere.
Souvent la même maladie a reçu des auteurs plusieurs noms, et le même nom a été donné à des maladies totalement différentes les unes des autres : ainsi les hernies ont été appelées efforts, descentes, ruptures, gréveure , hargne, etc. Uamaurose a été nommée goutte sereine, goutte obscure , suffusio nigra. On a appelé loupes des tumeurs essentiellement différentes dans leur nature, leur marche, leurs terminaisons , telles que des tumeurs graisseuses, fibreuses, vasculaires, cancéreuses, enkystées, etc.
Il est donc nécessaire, pour éviter la confusion, d'ajouter à l'étude de chaque maladie en particulier, les noms variés qu'on leur a imposés et l'acception de chacun de ces noms.
L'étymologie des noms donnés aux maladies est presque toujours empruntée aux langues grecque ou latine. Presque jamais elle ne donne une idée exacte de la chose, et quelquefois elle en donne une idée fausse. « Par « exemple, dit l'auteur des Élémens de pathologie générale j les mots phleg- « mon , phlegjnasie j de (p'X£y((),je brûle, présentent seulement l'idée de la cha- « leur qui n'est qu'un des symptômes de la maladie. Le mot de péripneumonie, « de TcepL, autour, et de rm\)]Lm, le poumon , indique une affection qui a sou « siège autour du poumon , bien que la péripneumonie consiste dans l'in- « flammation de ce viscère lui-même et non des parties qui l'entourent. Ainsi « l'étymologie fournit, dans le premier cas, une image imparfaite de la chose; « dans le second, une idée fausse. »
2° DE l'eTIOLOGIE (i).
L'Étiologie a pour objet la connaissance des causes morbifiques ou de tout ce qui produit ou concourt à produire les maladies.
Les causes des maladies sont très-nombreuses; elles existent partout autour de nous et en nous. Pendant long-temps on s'est attaché à connaître leur nature intime, tandis qu'on ignorait encore quel était le véritable siège des
(i) Hufeland a nommé ceUe partie de la science pathogénie, de iT-âÊof , maladie, et de ylvs^K, génération.
maladies. « Du temps d'Hippocrate, dit avec raison un auteur moderne, on « définissait peu, et l'on décrivait beaucoup; les philosophes des siècles sui- « vans définissaient tout et ne décrivaient rien. »
Pentlant ces siècles d'ignorance, de vains systèmes, produits d'une imagination fantastique, tenaient lieu dans les écoles d'une bonne méthode basée sur l'observation rigoureuse des faits; on se perdait dans des discussions interminables, sur les causes premières des maladies, sur leur essence intime. Les humoristes avancèrent que les humeurs qui jouaient , suivant eux , le premier rôle dans l'économie, étaient toujours primitivement et souvent seules affectées. Ils recherchèrent les causes des maladies dans les altérations du sang, de la lymphe, de la pituite, de la bile, ou même dans la formation de liquides qu'ils avaient imaginés à cette fin, comme Vatrabile; les fluxions humorales, les métastases ou translations des humeurs morbifiques d'un organe sur un autre, les crises humorales, appartiennent spécialement à leur théorie. Ils trouvèrent dans la surabondance ou la pénurie, l'alcalescence ou i'acidité, la crudité, la fermentation, la putridité ou la décomposition des humeurs, les causes de towtes les maladies du corps humain.
Les solidistes, non moins exclusifs que leurs antagonistes de théorie, et cependant leurs compagnons d^erreurs, attribuant tout aux solides dans l'économie, crurent que dans les maladies il n'y avait que tension ou relâchement de la fibre, sthénie ou asthénie, irritation ou débilité, prostration, etc. Aussi dans leur thérapeutique, erronée comme les systèmes qui lui servaient de base, les premiers prétendirent corriger la composition vicieuse des humeurs, neutraliser leur acidité ou leur alcalescence, s'opposer à leur fermentation, détruire leur putridité, chasser, évacuer la matière peccante ; les autres voulurent augmenter ou diminuer la tension des fibres, calmer, détruire firritation , ou la changer de place par des contre - irritations, etc. Certains auteurs virent les causes de toutes les maladies, dans les mouvemens irréguîiers , insolites, dans les dérangemens des esprits animaux qu'ils avaient imaginés pour expliquer les phénomènes de la vie et ceux de l'innervation en particulier.
C'est encore à ces systèmes, purement hypothétiques, qu'on peut rapporter ceux des auteurs modernes qui, profitant des découvertes de la chimie et de la physiologie expérimentale, ont cru trouver les causes des maladies dans l'abondance ou le défaut d'oxygène, d'hydrogène, de carbone oi| d'azote,
L'observation clinique, s'appuyant sur la connaissance des lois de l'organisation et de la vie, et l'examen des phénomènes des maladies, a fait heureusement justice de tous ces faux systèmes , de toutes ces vaines théories qui, pendant des siècles, ont exercé l'influence la plus déplorable sur l'esprit des écoles, l'enseignement et le traitement des maladies.
Tout, en effet, se lie et s'enchaîne dans l'organisme, en prenant ce mot dans son acception la plus étendue. I.es liquides doués d'un principe de vie doivent former les solides qui les renferment et les font circuler; ils doivent renouveler leurs molécules, entretenir leur nutrition. Les solides, à leur tour, redeviendront liquides par le mouvement de décomposition nutritive; ils rentreront dans le torrent de la circulation. Les uns et les autres n'ont donc qu'une existence passagère dans l'état qui les constitue liquides ou solides. Les uns ne sauraient donc être altérés sans que les autres ne s'en ressentent aussitôt, parce que le changement de consistance, l'espèce de métamorphose d'ime forme à une autre, qu'ils éprouvent, est continuelle pendant la vie, comme la nutrition, dont elle constitue le principal phénomène. Aussi, dans le plus grand nombre des maladies , les altérations portent à la fois sur les humeurs et sur les organes , que l'altération ait commencé primitivement par les premières ou par les seconds.
Beaucoup d'affections, comme celles désignées sous le nom de nerveuses , se dérobent à nos moyens d'investigation, et présentent, pour la plupart, dans leur nature et leurs causes premières, autant d'obscurité que les admirables phénomènes du système nerveux dont elles dépendent. Mais n'ayons pas la prétention de remonter aux sources primitives d'une foule d'altérations, de vouloir définir des causes occultes, de tout expliquer. «Il vaut «mieux, disait Gaubius, suspendre sa marche que d'avancer au milieu de « la nuit. » Cette marche nous conduirait infailliblement dans les écarts de la vieille philosophie, nous ramènerait à sa polémique scolastique, à ses sophismes. Contentons-nous d'observer les faits, de les recueillir exactement, de les coordonner et de les grouper d'après leurs différences ou leurs analogies.
L^inflammation , dont la définition ne peut être donnée que par l'exposition de ses principaux symptômes, est, sans contredit, un des phénomènes les plus ordinaires dans les maladies, quand elle ne les constitue pas essentiellement. Mais doit-on en conclure, comme le veulent quelques esprits systématiques, que toutes les maladies résident dans des inflammations, que
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tous les phénomènes morbides ne sont que leurs effets immédiats ou sympathiques? Soutenir une pareille thèse serait encore rentrer dans les systèmes établis à priori^ et embrasser un parti exclusif. Pour éviter ces écueils, n'oublions jamais, comme l'a dit un élégant écrivain, que « nul esprit n'est «plus sophiste que l'esprit de parti : par lui le mal devient le bien, le faux « le vrai. »
L'inflammation est toujours elle-même le résultat de l'action d'une cause morbifique première qui l'a déterminée, quelle que soit la nature de cette cause. Dans un grand nombre de circonstances, cette cause parait agir d'abord sur le système nerveux, y déterminer vme irritation spéciale qui produit l'afflux du sang et occasione soit une hémorrhagie active dans quelques cas, soit le plus souvent le développement des phénomènes ultérieurs de l'inflammation. Le système capillaire sanguin ne fait que répondre à l'appel du système nerveux : ubi stimulus , ihijluxus; la douleur se développe, la fièvre s'allume, et tous les changemens qui surviennent dans l'économie dénotent un trouble général dans les fonctions du système nerveux et des autres organes qui lui sont soumis.
Ce système, en effet, tient sous sa dépendance toutes les fonctions dont il est en quelque sorte le régulateur. Il semble veiller continuellement au maintien de leur libre exercice, et à la conservation de l'intégrité des organes qui les exécutent. Siège de l'inteUigence , des sensations internes morales et affectives, il préside aux fonctions des organes des sens et du mouvement, et joue un des rôles les plus importans dans les phénomènes de la digestion , de la respiration , de la circulation , de la calorification , etc.
Les deux systèmes nerveux sont liés entre eux, comme on sait, par de fréquentes anastomoses, et semblent embrasser tous les organes dans un vaste réseau. Ils envoient à chacun d'eux des expansions qui les pénètrent, et semblent s'identifier avec leur tissu intime. Si le scalpel de l'anatomiste n'a pu suivre les filets du grand sympathique que jusque sur les principales divisions des artères, on n'en peut conclure qu'il s'arrête là où cessent nos moyens de recherche; tout, au contraire, porte à penser qu'il accompagne les vaisseaux avec leur tunique celluleuse jusque dans leurs divisions capillaires et le parenchyme de nos organes.
L'influence nerveuse, dans l'état physiologique, peut déterminer des phénomènes spéciaux dans la circulation de certaines parties, y faire abonder le sang ou en vider leurs vaisseaux capillaires. On connaît les changemens
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subits qui surviennent flans la coloration on la pâleur fin visage, dans le sentiment ineffable de la pudeur, dans la colère ou les autres émotions violentes de l'ame. Les phénomènes de l'érection sous l'influence nerveuse ne sont pas moins remarquables.
Dans l'état pathologique, lorsque ce système est irrité, soit directement, soit indirectement, par la voie des sympathies qu'il entretient entre tous les organes, il réagit également sur la circulation; tantôt il produit les troubles généraux et la fièvre qui précèdent l'inflammation, comme cela s'observe dans la plupart des maladies éruptives, telles que la variole, la rougeole, l'érysipèle de cause interne, etc.; tantôl il agit d'abord localement, en produisant la phlogose de la partie irritée, et consécutivement la fièvre et les autres symptômes concomitans, comme on l'observe après les grandes plaies, dans les panaris, etc. (i).
Je pense que l'on peut admettre , en général , comme cause première de l'inflammation une certaine modification imprimée au système nerveux, lequel détermine, en réagissantsur le système capillaire, les divers phénomènes qui caractérisent cet état pathologique, et qui ont été si bien indiqués par les belles expériences microscopiques de MM. Hastings, Wilson Philipps, Thompson et Leuret.
Si les phénomènes inflammatoires n'ont pas été assez violens pour donner lieu à une sorte de désorganisation de la partie malade, l'inflammation disparaît avec l'action nerveuse qui l'avait déterminée : mors spasmos sohit; on pourrait ajouter et phlogosùn.
Qui n'a vu des organes gonflés, tendus, devenus rouges et chauds pai- le fait d'une inflammation, pâlir, s'affaisser et se refroidir après la mort du malade.'' Qui ne sait que l'action du système nerveux légèrement émoussée, engourdie par l'action des substances narcotiques, du vin, des liqueurs, de l'opium, du tabac, devient moins sensible à l'action raorbifique des agens extérieurs, et que presque tous les gens exposés par leur profession aux intempéries de l'atmosphère , évitent son influence lâcheuse par l'usage modéré de ces narcotiques? Qui n'a été à même d'observer l'influence morale
(i) Aussi dans les êtres chez lesquels l'innervation est profondément modifiée, dans certains animaux des classes inférieures, chez ceux qui sont entièrement privés de système nerveux, comme les végétaux, les ])hénonièncs des maladies sonl-ils bien difFérens de ceux qu'on observe dans l'hoinnic.
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des malades sur la marche et la terminaison des affections dont ils sont atteints ?
Ce n'est pas la surabondance du sang, la pléthore sanguine, comme on l'a nommée, qui produit les inflammations. Les personnes d'un tempérament sanguin, pléthorique, sont plus exposées, sans doute, que les autres individus aux hémorrhagies actives, aux épanchemens sanguins, aux apoplexies du cerveau et des poumons, aux ecchymoses ou sugillations spontanées; mais elles n'offrent pas une tendance manifestement plus marquée aux inflammations, comme semblerait l'indiquer leur coostitution. Certains individus pâles et maigres, dont le pouls est faible et vif, dont la constitution est bien éloignée de celle qu'on attribue au tempérament sanguin, mais chez lesquels l'action du système nerveux prédomine, sont au contraire trèssujets aux inflammations; on dirait qu'ils ressentent plus vivement l'influence des agens morbifiques; ils ont une sorte de constitution infiammatoij'e. Sous l'action des moindres causes ils contractent des rhumes, des pleurésies, des dyssenteries.
Les saignées générales et locales agissent ordinairement d'une manière très-efficace dans la thérapeutique des inflammations; mais elles diminuent, tempèrent aussi l'action du système nerveux, et même la suspendent momentanément, lorsqu'elles ont produit la syncope : une pâleur subite ou une diminution de coloration manifeste annonce cette heureuse influence, si l'organe enflammé est extérieur.
Mais dans une multitude d'inflammations les évacuations sanguines sont néanmoins insuffisantes, et parfois même elles deviennent nuisibles. Les inflammations gangréneuses qui dépendent de l'action d'im principe délétère, celles des sujets scorbutiques chez lesquels le sang paraît modifié dans sa vitalité, en fournissent d'importans exemples. Quelques malades copieusement saignés sont épuisés, et meurent pour ainsi dire exsangues, sans que les symptômes inflammatoires aient rien perdu de leur intensité jusqu'aux approches de la mort. C'est donc en général contre la cause de l'inflammation, contre le stimulus qui l'a produit, l'aiguillon qui en active les progrès, qu'il faut diriger les moyens thérapeutiques; c'est à trouver cette cause qu'il faut mettre tous ses soins : sublatâ causa, tollitur effectus. Ainsi une inflammation est produite par la présence d'un corps étranger, et par l'irritation qu'il détermine sur les parties au milieu desquelles il est accidentellement introduit; l'extraction de ce corps, quand elle est possible.
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est la première chose à faire. Une anse intestinale est étranglée dans une hernie : le débridement de l'anneau ou du collet du sac, est le moyen le plus prompt et le plus efficace poia* faire cesser l'inflammation et prévenir la gangrène. Un malade présente une ophthalmie périodique qui revient régulièrement toutes les vingt-quatre heures; l'antiphlogistique le plus puissant qu'on doive opposer à ce genre d'inflammation est le quinquina convenablement administré. Un malade est atteint d'une inflammation vénérienne, les préparations mercurielles sont en général le meilleur remède qu'on puisse lui donner.
Il m'eût été facile dè multiplier ces exemples; mais ne suffisent-ils pas pour prouver qu'il ne peut exister de système exclusif en médecine? Presque tous les systèmes cependant, il faut en convenir, ont un côté vrai, puisé dans l'observation de certains faits sur lesquels leurs auteurs les ont basés; faits auxquels ils ont voulu rattacher tous les autres, pour en tirer des conséquences générales ou communes. Un médecin éclairé doit employer son bon sens à puiser dans chaque système ce qu'il a de bon, de positif, de bien avéré par l'observation clinique : de cette manière seulement il peut faire la véritable médecine éclectique.
Dans le plus grand nombre des maladies réputées chirurgicales, les causes sont faciles à connaître, on lie sans peine l'effet à la cause, comme nous le verrons en parlant des lésions physiques; mais il n'en est pas toujours ainsi, et dans bien des cas ces causes sont totalement inconnues, ou aussi difficilement appréciables que dans les affections qui sont du domaine de la pathologie interne.
Les auteurs qui se sont occupés de l'examen des causes des maladies, les ont distinguées en un grand nombre d'espèces, en externes et en internes, en principales et en accessoires , en prochaines ei en éloignées, en prédispo' santés et en occasiojielles , en positives et en négatives, en physiques, chimiques eX, physiologiques. On a aussi admis des causes cachées ou occultes, etc.
On doit rapporter toutes les causes des maladies à deux grandes classes; les causes prédisposantes et les causes occasionelles ou déterminantes.
A. Causes prédisposantes.
Parmi ces causes, les unes étendent à la fois leur action sur un grand nombre d'individus, sur toiis les habitans d'une grande ville, d'une province,
d'un empire, quelquefois sur des rassemblemens d'hommes dans les camps , les armées navales , les hôpitaux ; elles préparent le développement d'affections semblables ou analogues chez tous ceux qui sont soumis à leur influence ; les autres n'agissent que sur des individus isolés. M. le professeur Chomel nomme les premières causes prédisposantes générales, et les autres causes prédisposantes individuelles. C'est cette division que nous adopterons comme plus méthodique et plus facile pour l'étude.
1° Causes prédisposantes générales.
La plupart de ces causes se trouvent répandues dans l'atmosphère , ou dépendent du heu qu'habitent les hommes. C'est surtout lorsqu'il offre longtemps les mêmes conditions , que l'air imprime au corps humain des modifications qui le prédisposent aux maladies. « L'air froid et sec , dit M. Chomel , « prédispose aux phlegmasies profondes , aux hémorrhagies actives , et im- « prime à la plupart des affections qui se développent le caractère inflam- « matoire; un air chaud et sec, prépare le développement des phlegmasies c( superficielles, de l'érysipèle, des exanthèmes, et donne un caractère bi- « lieux à presque toutes les maladies aiguës: sous l'influence d'un air chaud et « humide, on voit régner les affections muqueuses et adynamiques; les ca- V tarrhes, le scorbut, le rhumatisme, sont très-communs lorsque l'air est « resté long-temps humide et froid. »
La stagnation de l'air dans les endroits fermés, les cachots, les caves, les souterrains, les gorges profondes des montagnes, et la privation de lumière, prédisposent au scorbut, aux scrophules, aux goëtres, etc.
L'état électrique de l'atmosphère, les changemens qui surviennent dans sa température et ses autres propriétés au renouvellement des saisons, celles-ci elles-mêmes, agissent souvent comme causes prédisposantes des maladies, et doivent être prises en considération avant de pratiquer certaines opérations chirurgicales. Nous avons vu, il y a quelques années, à l'hôpital Saint-Louis, après de violens orages, la gangrène humide se développer en même temps chez plusieurs malades nouvellement opérés.
Les lieux qu'habile l'homme ont une grande influence sur sa constitutiot; et sur la production et le caractère de ses maladies. Ainsi, dans les climats méridionaux, on voit régner la fièvre jaune, le tétanos, les dartres, l'éléphantiasis, et plusieurs maladies presque inconnues dans les climats septentrionaux, tandis que, dans ceux-ci, les affections inflammatoires de certains
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organes internes, la gravelle, la pierre, le rhumatisme, sont bien plus fréquens. Dans les lieux secs et élevés, les hommes sont très-sujets à des phlegmasies aiguës ; les maladies chroniques au contraire régnent dans les lieux bas et humides. L'habitation dans les villes ou dans les campagnes, le séjour dans les hôpitaux, les vaisseaux, les casernes; les changemens d'habitation, la nature des vêtemens, des alimens, des boissons; l'état des affections morales, etc., agissent encore comme causes prédisposantes générales dans la production d'une foule d'affections.
2° Causes prédisposantes individuelles.
Dans cette classe de causes se rangent les diverses conditions propres à chaque individu, comme l'origine, l'âge, le sexe, le tempérament, la constitution, les habitudes, la profession , la fortune, l'état de santé, de convalescence ou de maladie, et diverses circonstances hygiéniques.
L'origine. Etre né de parens atteints de certaines maladies est une condition qui prédispose éminemment à être atteint d'une affection semblable. Ces maladies héréditaires sautent quelquefois , comme on le dit, par-dessus une génération pour atteindre les petits-fils. Beaucoup de maladies peuvent être héréditaires, comme la phthisie pulmonaire, le rachitis, la goutte, la gravelle, la cécité, la surdité, la syphilis, les scrophules, les dartres, le rhumatisme, les hernies, etc. ; on ne doit pas confondre avec elles la plupart des vices de conformation que les enfans apportent en naissant, et qui, bien que congénitaux, ne proviennent pas d'hérédité.
Ages. Les maladies peuvent se développer à toutes les époques de la vie, depuis celle où l'enfant est encore renfermé dans la matrice, jusqu'à l'extrême vieillesse. Chaque âge a des maladies qui lui sont propres ou du moins qui se montrent plus fréquemment pendant sa durée. Ainsi, l'hydrocéphale, l'hydrorachis, les hernies congéniales, les vices de conformation, se produisent pendant la vie intrà-utérine : à l'époque de la naissance, les maladies les plus fréquentes sont l'asphyxie , l'ictère et l'endurcissement du tissu cellulaire des nouveau -nés. De la première à la septième année, l'enfant est surtout exposé aux fièvres éruptives, aux douleurs de la dentition, à la teigne, au croup, au rachitis, aux scrophules, à la pierre, à la chute du rectum, à l'incontinence d'urine, et aux affections vermineuses. L'adolescence devient ime cause prédisposante aux inflammations de poitrine, à l'hémoptysie, à la phthysie pulmonaire; et de plus chez la
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jeune fille, à tous les accidens qui dépendent de la première menstruation. C'est dans l'âge mûr qu'on observe le plus souvent l'hypochondrie, les hémorrhoïdes, les cancers et la pluparl des affections organiques. Enfin, dans la vieillesse , les affections catarrhales chroniques, le ramollissement et l'hémorrhagie du cerveau, la démence, la surdité, la paralysie, la cataracte, la gangrène sèche, les maladies des voies urinaires se rencontrent plus fréquemment qu'aux époques précédentes de la vie.
Sexe. Les deux sexes sont également sujets à la plupart des maladies. Cependant, à raison de la différence de leur organisation, de leur genre de vie, de leurs occupations, les hommes sont plus exposés aux plaies, aux contusions , aux fractures , à la pierre , aux rétentions d'urine, aux affections goutteuses , rhumatismales ; les femmes aux cancers , aux affections nerveuses, aux syncopes, aux convulsions. Les hommes sont plus sujets aux hernies inguinales que les femmes. Celles-ci sont à leur tour plus souvent atteintes de hernies crurales ou ombilicales que les hommes. Enfin , certaines maladies sont propres à chaque sexe, comme celles des organes de la généraîion , le sarcocèle, l'hydrocèle, le varicocèle, pour les hommes; le cancer, la chute de l'utérus, les hydropisies des ovaires , pour les femmes.
Le tempérament prédispose à certaines maladies et imprime à celles qui se développent un caractère particulier. Dans le tempérament sanguin, il y a disposition aux congestions sanguines, aux hémorrhagies, aux inflammations franches; le tempérament bilieux prédispose aux fièvres gastriques, à l'ictère, aux exanthèmes, aux hémorroïdes, au cancer et autres maladies organiques. Les individus d'un tempérament lymphatique sont plus exposés aux scrophules , aux écoidemens chroniques, à l'hydropisie, aux catarrhes, au scorbut, aux tumeurs blanches, à la carie, aux abcès froids, etc. Le tempérament nerveux prédispose surtout aux affections nerveuses , à l'hypochondrie, aux convulsions, aux troubles des sensations et des fonctions intellectuelles, aux contractures musculaires.
La constitution très -forte des individus les dispose aux inflammations et aux diverses lésions physiques, parce qu'il est rare que, sentant leur force, ils n'en fassent pas plus souvent abus que les personnes d'une faible complexion. Celles-ci, au contraire, sont plus exposées aux indispositions habituelles, aux affections chroniques, aux maladies organiques.
La structure, la position et les usages de chaque partie du corps paraissent aussi favoriser le développement de telle ou telle maladie. Ainsi lei)
membres inférieurs sont plus sujets que les supérieurs aux varices, aux ulcères, aux fractures; la faiblesse des ouvertures aponévrotiques des parois de l'abdomen prédispose aux hernies; la structure des os chez les enfans facilite leurs courbures vicieuses et le décollement de leurs épiphyses; les glandes, la peau, les membranes muqueuses sont bien plus sujettes aux affections cancéreuses que la plupart des autres organes; les os courts, spongieux, sont plus fréquemment attaqués de carie que les os longs, et surtout que la partie moyenne de ces os; les individus qui ont les yeux saillans et volumineux sont plus sujets aux amauroses, à la myopie, que ceux qui les ont petits et enfoncés, etc.
Les habitudes qui naissent de la répétition des mêmes actes dans un temps donné, peuvent être placées parmi les causes prédisposantes individuelles, en cela que leur cessation entraîne souvent des dérangemens notables dans la santé. On connaît les inconvéniens de passer d'une vie active à des occupations sédentaires , d'interrompre tout à coup telle ou telle habitude contractée depuis long -temps, celle du tabac, des liqueurs, par exemple.
Les professions peuvent disposer aux maladies par le concours des circonstances dans lesquelles se trouvent placés ceux qui les exercent. Ainsi les gens de cabinet sont sujets aux affections nerveuses, à l'hypochondrie, à l'apoplexie, aux hémorroïdes; les crieurs publics, les chanteurs, les avocats, aux angines, à la phthisie laryngée; les cavaliers, aux hernies, au varicocèle, au sarcocèle; les maçons, les couvreurs, les charpentiers, les plombiers, les charretiers, aux fractures, aux luxations, aux plaies; les moissonneurs, les horlogers, les lapidaires et graveurs, aux maladies des yeux, aux ophthalmies, et à la cataracte en particulier ; les militaires, aux plaies faites par des instrumens tranchans , piquans , ou produits par des armes à feu; les blanchisseuses, les ouvriers des ports, aux varices, aux ulcères atoniques; les filles publiques, aux affections vénériennes ; les ramoneurs en Angleterre, à une espèce particulière de cancer qui se manifeste dans le scrotum , etc.
ISàtat de la fortune, et par conséquent toutes les habitudes de la vie qui en dépendent, ont une grande influence sur la production des maladies. Ainsi , dans la classe riche de la société , la plupart des affections nerveuses sont plus fréquentes. Dans la classe indigente, on observe bien phis communément les ulcères, les plaies, les scrophules, le scorbut, la gale, la teigne et quelques autres exanthèmes. La goutte ne se présente guère que
chez les gens qui jouissent de toutes les commodités de laYie;ellee&t presque inconnue aux pauvres, chez lesquels les rhumatismes sont si fréquens.
Uétat de santé, de çonvalescence et de maladie, influe sur la facilité avec laquelle se développe telle ou telle affection. L'état de maladie ou de convalescence doit presque toujours être considéré comme une cause prédisposante à contracter d'autres affections. Dans la peste de Nimègue, suivant Diemerbroek, tous ceux qui étaient pris d'une maladie quelconque furent presque aussitôt après frappés par la contagion. On a fait la même remarque dans beaucoup d'épidémies, bien que dans quelques-unes on ait observé le contraire.
L'état de grossesse est aussi une cause prédisposante de maladie, et les femmes, pendant cette période ou après l'accouchement, sont plus exposées à certaines affections, aux hémorroïdes, aux varices, aux accidens des chutes, qu'aux autres époques.
Les vêtemens trop serrés, les liens circulaires dont on se sert dans l'habillement, comme les corsets, les cravates, les jarretières, etc., en agissant sur les parties qui leur sont soumises, les compriment, y gênent le cours de la circulation dans les veines, les artères et les vaisseaux lymphatiques, et agissent comme causes prédisposantes à plusieurs affections, tels que les engorgemens sanguins et lymphatiques, la phthysie pulmonaire, l'apoplexie , les varices , plusieurs espèces d'atrophies, etc. La pelotte trop serrée d'un bandage herniaire détermine souvent l'inflammation, l'excoriation des tégumens, le varicocèle, etc.; la pression prolongée du corps sur un lit dur, amène fréquemment l'inflammation et la gangrène des parties comprimées; les chaussures trop étroites produisent à la longue la difformité des orteils, ou ces endurcissemens de l'épiderme appelés cors.
D'autres fois la compression est opérée par des tumeurs qui se développent à l'intérieur du corps, et qui agissent de la même manière sur les parties voisines, comme on le voit dans la grossesse, lorsque l'utérus distendu comprime les vaisseaux de l'abdomen , et devient une cause prédisposante aux hémorroïdes , aux varices , à l'engorgement des membres inférieurs. Il en est de même des tumeurs qui se développent dans l'intérieur du crâne, du canal vertébral, de la poitrine, ou dans l'épaisseur des membres.
Les alimens , les boissons peuvent devenir causes prédisposantes individuelles des maladies, lorsqu'ils sont de mauvaise nature, altérés, ou qu'on n'en fait pas l'usage convenable.
Les évacuations peuvent offrir des variétés assez nombreuses sans que la santé en soit troublée; ordinairement quand l'une augmente, l'autre diminue, de sorte que l'équilibre général n'est pas détruit. Lorsque la disproportion entre les matières excrétées et les moyens réparateurs devient considérable, elle agit sur la constitution, et la modifie de manière à la prédisposer à diverses affections; ainsi des sueurs excessives, un flux copieux de salive, l'écoulement trop abondant des règles, du lait, l'excrétion trop fréquente du sperme, etc., jettent le corps dans Te'puisement et le disposent à beaucoup d'affections. Le contraire arrive lorsque les évacuations sont retenues ou insuffisantes; il en résulte de la pléthore, ou une tendance manifeste à l'inflammation.
La suppression des évacuations habituelles, l'omission des saignées, des purgatifs accoutumés, peuvent disposer à plusieurs maladies; mais elles agissent plus généralement comme causes occasionelles que comme causes prédisposantes.
Les exercices immodérés du corps épuisent la santé et jettent l'homme dans un état d'accablement qui le dispose à diverses espèces de maladies, ou rendent plus graves celles qui se manifestent sous l'influence d'autres causes. Le défaut d'exercice, le repos trop prolongé a des inconvéniens encore plus graves. Un long repos ^ celui de la vie sédentaire, produit d'abord la faiblesse des organes locomoteurs, puis les dérangemens de la digestion; le corps augmente en volume et perd de sa force; la poljsarcie, les écouîemens muqueux, les scrophules, l'œdème, la gravelle, les ankjloses, l'atrophie de quelques parties peuvent résulter de cette cause portée au plus haut degré. A la suite des veilles prolongées, il se manifeste souvent des fièvres ataxiques, des affections nerveuses; un sommeil trop long détermine souvent un engourdissement général, et prédispose à la pléthore et aux congestions cérébrales.
Les sensations, les affections de l'ame, les passions, les travaux de l'esprit portés au-delà de certaines bornes, deviennent encore des causes prédisposantes de maladies.
B. Causes déterminantes.
Ces causes, que l'on a aussi nommées efficientes^ prochaines ^ conjointes , matérielles , formelles , spécifiques , 2i^\ssen\ à'une manière évidente, et constamment produisent le même effet. Nous les distinguerons en causes dé-
PATHOLOGIE CHinUKGICALE. ^3
terminantes ordinaires, et en causes déterminantes spécifiques. Ces dernières donnent lieu aux maladies contagieuses, et sont tout-à-fait différentes des premières.
i<» Causes déterminantes ordinaires.
Elles peuvent être répandues dans l'atmosphère, mises en contact avec notre corps, ou être introduites dans nos organes; elles peuvent exister en nous, et dépendre du trouble des évacuations, des mouvemens ou des perceptions. Nous les examinerons selon cet ordre, qu'on suit en général dans l'exposition de la matière de l'hygiène, et que nous avons adopté pour l'exposition des causes prédisposantes.
1° Circumfusa. L'air atmosphérique chargé de gaz délétères, d'oxyde de carbone, d'acide carbonique, d'hydrogène carboné, d'acide hydro-sulfurique gazeux, peut devenir cause déterminante d'asphyxie et d'empoisonnement lorsqu'on le respire, de certaines ophthalmies, etc. L'air chargé de vapeurs animales , ou venant de malades entassés dans un espace trop resserré, devient la cause déterminante du typhus et d'autres hèvres de mauvais caractère , de gangrène d'hôpital. Les matièi^es animales ou végétales en putréfaction dégagent des gaz, des miasmes qui, agissant d'une manière fâcheuse sur l'économie , ont souvent produit des épidémies de divers genres.
Les émanations odorantes des végétaux, les vapeurs métalliques répandues dans l'air comme celles du plomb et du mercure, la température très-froide ou très-chaude de l'atmosphère, l'éclat d'une lumière vive ou l'absence prolongée de ce fluide, sont encore des causes déterminantes d'une foule d'affections.
2° Applicata. On trouve dans cette classe d'agens de nombreuses causes déterminantes de maladies, et spécialement de celles qui appartiennent à la chirurgie; comme les plaies faites par les instrumens tranclians, piquans ou contondans; les plaies d'armes à feu simples ou compliquées de corps étrangers ; les divers dérangemens qui peuvent s'opérer dans la situation , les rapports ou la texture de nos organes par l'effet des coups, des chutes; les inflammations, la gangrène produites par une forte compression, par l'application de liens très-serrés qui arrêtent la circulation et l'action nerveuse dans les parties qui les supportent : la vie cesse dans ces parties , comme
s'éteint la flamme d'une lampe, lorsque les matériaux qui l'alimentaient cessent d'y aborder.
D'autres fois, ces causes de maladie peuvent agir d'une manière physique ou chimique sur nos tissus; ainsi le froid produit l'engourdissement, puis une réaction inflammatoire des parties, et, s'il est excessif, leur congélation et leur gangrène : les corps surchargés de calorique, comme les métaux incandescens, l'eau, l'huile bouillantes, produisent des lésions plus ou moins profondes des organes sur lesquels ils sont appliqués ; souvent ils les détruisent et produisent leur sphacèle; les acides, les alcalis concentrés, certains sels métalUques, se combinent avec les tissus qu'ils touchent et les convertissent en escarres gangréneuses : quelques-uns de ces corps , empruntés à la chimie, comme les oxydes d'arsenic, le nitrate de mercure, peuvent, après avoir agi comme escarrotiques , être absorbés, portés dans le torrent de la circulation, et produire un véritable empoisonnement. Il faut encore rapporter à ce genre de causes les topiques acres, rubéfians, vésicans, etc.
C'est dans cette classe de causes qu'il faut ranger les venins produits d'une sécrétion spéciale chez certains animaux qui les déposent dans les blessures qu'ils font. Les effets que les venins produisent sur l'économie sont toujours semblables; cependant ils se distinguent des virus, parce que leur production n'est jamais accidentelle, ni due à une altération morbide, et qu'ils ne se reforment pas dans les affections qu'ils déterminent.
3° Ingesta. Les substances introduites dans l'intérieur du corps deviennent souvent causes efficientes de maladies : les poisons appartiennent presque tous à cette classe , quel que soit leur mode d'action, qu'ils soient corrosifs , astringens , acres , narcotiques ^ narcotico-âcres ou septiques.
C'est encore à cette classe qu'on doit rapporter les corps étrangers de diverse nature qui agissent, par leurs propriétés physiques, sur nos organes dont ils peuvent altérer les fonctions : tels sont les corps étrangers introduits sous les paupières, dans le conduit auriculaire, les fosses nasales, le pharynx, le larynx, la trachée-artère, l'œsophage, l'estomac, le rectum, le canal de l'urèthre, la vessie et le vagin chez les femmes , etc.
4° Excréta , gesta , percepta. On rencontr e également des causes déterminantes de maladies dans ces classes de l'hygiène: ainsi, la rétention des urines dans la vessie peut produire la paralysie, l'inflammation, la rupture de ce viscère : l'accumulation des règles dans la cavité de la matrice détermine la distension douloureuse de cet organe, et souvent d'autres accidens graves:
la rétention des matières fécales dans le rectum ou dans quelques autres parties du canal intestinal peut donner lieu au gonflement douloureux de ces organes, à leur inflammation, à des vomissemens, etc. La rétention de la bile dans ses canaux excréteurs et dans la vésicule, produit souvent l'ictère et d'autres accidens, tels que des abcès, des fistules biliaires internes ou externes, etc.
Les violentes contractions des muscles peuvent produire leur rupture , celle de leurs tendons, ou même des os auxquels ils s'insèrent, comme on l'observe dans certaines fractures de la rotule, du calcanéum , de l'olécrâne et de plusieurs autres parties du système osseux. Les efforts peuvent produire le déplacement des organes, des luxations, des hernies de l'abdomen et du thorax, des chutes de l'utérus et du rectum; d'autres fois ils occasionent la rupture des artères eu de veines, et déterminent des hémorrhagies internes, des apoplexies; les conduits aérifères des poumons peuvent se rompre sous l'influence de violens efforts et donner lieu à diverses espèces d'emphysème. J'ai rapporté dans un opuscule plusieurs observations de ce genre (i).
Il arrive très-souvent cpi'une ujaladie agit comme cause déterminante d'une autre : ainsi le développement de certaines tumeurs du col, en comprimant la trachée-artère, a quelquefois produit l'interruption du passage de l'air et l'asphyxie ; les ruptures ou les plaies de l'estomac et des intestins , de la vessie, de l'utérus, de la vésicule biliaire, en permettant aux matières renfermées dans ces organes de s'épancher dans la cavité du péritoine, sont autant de causes de l'inflammation de cette membrane séreuse; une fracture, une luxation, une plaie d'arme à feu, peuvent occasioner le tétanos, la formation de vastes abcès dans le tissu cellulaire des parties voisines, être suivies d'ankylose, de nécrose, de carie, etc.
On peut ajouter aux causes déterminantes, ci-dessus indiquées , la présence des corps étrangers inanimés, les concrétions qui se développent dans nos organes aux dépens des liquides qu'ils renferment, comme les calculs urinaires, biliaires, stercoraux, salivaires, pancréatiques, les phlébolithes , etc.; c'est encore à ces causes qu'on joindra la présence de certains animaux parasites dans le corps humain , comme les tœnia, les ascarides, les hydatides.
(i) Mémoire sur rinilueiue des efforts sur les organes renfermés dans la eavité tlioracique } 1820.
2° Causes déterminantes spécifiques .
Certaines maladies peuvent se transmettre d'un individu malade aux personnes saines qui ont quelques rapports avec lui; ce mode de transmission a été nommé contagion , et les maladies qui en sont susceptibles sont dites contagieuses. On admet généralement que la contagion est produite par un agent matériel dont on ne peut guère révoquer en doute l'existence, bien qu'il échappe à nos sens. Cet agent a été nommé principe contagieux ou virus.
Quelques maladies contagieuses n'attaquent ordinairement qu'une seule fois la même personne pendant tout le cours de sa vie, comme la variole , la scarlatine, la rougeole; d'autres peuvent reparaître au bout de plusieurs années, comme le typhus et la fièvre jaune; d'autres enfin paraissent augmenter chez les malades la susceptibilité pour en être affecté de nouveau , comme la syphilis.
La contagion peut se faire d'une manière immédiate ou avoir lieu par un corps intermédiaire.
La contagion est immédiate ^ lorsque le principe contagieux est transmis directement de l'individu malade à celui qui est sain. Elle peut avoir lieu de plusieurs manières : i° par le séjour dans la chambre du malade , lorsque l'air y est chargé de principes contagieux , comme cela paraît avoir lieu dans la transmission du typhus et peut-être de la variole; 2° par le contact immédiat du corps malade, comme on l'observe dans la plupart de ces maladies et dans la gale ; 3° par le contact du virus avec les membranes muqueuses les plaies ou les parties excoriées de la peau , comme on le voit pour la syphilis, la rage et la vaccine; 4° enfin, la ti-ansmission peut avoir lieu immédiatement par le contact des dépouilles d'animaux morts de la maladie qui engendre la contagion ; ainsi , la pustule maligne est souvent transmise aux ouvriers qui apprêtent les peaux, les crins, les laines d'animaux morts d'épizoolies gangréncuses.
La contagion médiate a lieu au moyen des substances qui ont été en contact avec le corps du malade, comme ses vêtemens et tous les objets dont il s'est servi; on a remarqué que les étoffes de laine, de soie, de coton, de chanvre, sont les matières qui reçoivent et transmettent le plus facilement les principes contagieux.
5° SYMPTOMATULOGIE.
On nomme ainsi la partie de la Pathologie qui s'occupe de l'étude des symptômes des maladies.
Les Symptômes peuvent être définis, tout changement perceptible aux sens, survenu dans quelque organe ou dans quelque fonction , et lié à l'existence d'une maladie. Ce dernier caractère est essentiel, car un changement survenu dans le corps sain ou malade , et qui n'est pas dépendant de la maladie, n'est point un symptôme ^ mais seulement un phénomène; ce qui faisait déjà dire à Galien que « le symptôme suit la maladie comme l'ombre a suit le corps. »
Le symptôme doit être également distingué du signe , lequel résulte de tout ce qui peut conduire à la connaissance de ce qu'il y a de caché sur l'état passé, présent ou futur d'une maladie.
Si tout symptôme peut être un signe, tout signe n'en est pas pour cela un symptôme, car les diverses circonstances des causes, de la marche, de l'influence du traitement peuvent fournir des signes précieux. « Le symptôme, « dit M. Chôme! , est simplement une sensation qui ne devient signe que par « une opération particulière de l'esprit de l'observateur : l'un appartient « par conséquent au jugement, l'autre aux sensations. »
Les symptômes ou changemens que les maladies impriment aux organes et aux fonctions , sont fort nombreux , et doivent être étudiés dans un ordre qui les rapproche suivant le degré de l'analogie qu'ils ont entre eux'.
De toutes les méthodes qui ont été proposées , la meilleure est, sans contredit, celle qui, basée sur la physiologie, consiste à examiner successivement les symptômes dans les organes et les fonctions de la vie de relation , de la vie nutritive et de la génération. Méthode excellente en cela qu'elle permet d'apprécier l'importance relative des divers symptômes , de conduire plus sûrement à connaître les lésions dont ils dépendent , de saisir avec exactitude les rapports qui les enchaînent entre eux, et surtout d'habituer l'esprit à un mode d'observations qui favorise la mémoire. C'est l'ordre qu'adopte M. Chomel dans son ouvrage de Pathologie générale. Je ne ferai qu'indiquer sommairement les sujets de cette «^immense partie de la science, de plus longs détails appartenant aux ouvrages spéciaux de Pathologie générale.
PATHOLOGIE CHIBURGICALE.
A. .Symptômes fournis par les fonctions de relation.
Dans l'examen des symptômes fournis par les fonctions de la vie de relation , on doit successivement étudier les changemens survenus dans Thahitude extérieure du corps et de ses diverses parties , la locomotion , la voix , la parole , les sensations, les sentimens affectifs , les fonctions intellectuelles , le sommeil et la veille.
I o Habitude extérieure générale.
Dans l'habitude extérieure, on doit examiner tout ce qui tient i° à l'attitude générale du corps et de ses diverses parties, au décubitus sur l'un ou l'autre côté, sur le dos ou sur le ventre , à l'état d'extension ou de flexion des membres, etc.; 2" au volume du corps qui peut augmenter ou diminuer; 3° à la fermeté ou à la flaccidité des chairs; 4° i la couleur de la peau qui peut devenir pâle, blafarde, jaune, livide, rouge, sale ou terreuse, violette, verdàtre et même noire; 5° aux éruptions de diverses natures qui peuvent se rencontrer sur la peau, telles que les pustules varioliques, les plaques ortiées, les dartres; 6° aux plicatures de la peau qui peuvent être profondes, durables, livides, bleuâtres, etc.; 7° aux tumeurs, phlyctènes , gerçures, plaies, ulcères, fistnles, cicatrices de la peau.
II faut aussi étudier ce qui tient aux altérations survenues dans l'habitude extérieure des diverses parties du corps, comme dans le volume et l'attitude de la tête; dans les traits du visage ou de la physionomie, dans la couleur, les mouvemens de la face, l'expression des yeux, l'état du nez, de la bouche, des lèvres, des cheveux mêmes, etc. C'est de la même manière qu'on doit explorer successivement l'état extérieur du col, de la poitrine, de l'abdomen et des membres, des mains, des pieds, des ongles, des organes de la génération, etc.
1° Organes de la locomotion.
Les organes passifs de la locomotion ou les os fournissent des symptômes spécialement dans les cas où ils sont altérés; il suffit d'énoncer la difformité qui accompagne les luxations, les fractures, les exostoses; la gêne ou l'impossibilité des mouvemens dans les ankyloses incomplètes ou complètes; la mobilité contre nature, les changemens de forme , de direction , de Ion-
gueur , la crépitation dans les membres fracturés ; les exfoliations, l'existence d'un séquestre dans les nécroses, etc.
Les muscles ou les organes actifs de la locomotion offrent dans les maladies des changemens ou symptômes beaucoup plus nombreux que cevix fournis par les os. Leur action peut être exaltée, diminuée, abolie ou pervertie de diverses manières.
L'exaltation de la force musculaire se remarque dans quelques maladies nerveuses, et en particulier chez les maniaques; cette force peut être diminuée, accompagnée d'un sentiment de fatigue, de lassitude; alors les mouvemens deviennent faibles , incertains , vacillons ; d'autres fois la contraction musculaire est anéantie momentanément ou pour toujours , comme on l'observe dans les syncopes, les asphyxies, les paralysies ; après de violentes compressions ou la section des nerfs, etc. Enfin la perversion de la contractiUlé musculaire offre de nombreuses variétés, telles que le tremblement, la roideur, les crampes, les soubresauts , les contractures, la carpologie ou carphologie , les convulsions, et celles-ci peuvent être cloniques, toniques ou tétaniques; enfin l'action des muscles peut présenter encore d'autres altérations, comme on le remarque dans la catalepsie, la chorée.
Les fibres musculaires du cœur, de l'estomac, des intestins , de la vessie, offrent aussi plusieurs des symptômes qu'on observe dans les muscles de la vie de relation , tels que des contractures , des convulsions , des paralysies , etCc
3° La voix et la parole.
La voix et la parole présentent de nombreuses altérations dans les maladies.
La voix peut devenir plus forte, plus faible, ou se perdre, ce qui constitue Yaphonie, qu'on observe, par exemple, dans les grandes plaies delà trachéearlère, lorsque toute la colonne d'air venant du poumon passe par l'ouverture accidentelle, ou lorsque les nerfs laryngés ont été blessés; ou paraître claire, aiguë, sifflante, discordante, rauque ou enrouée, comme dans les cas d'angine, de corps étrangers dans les ventricules du larynx; nasonnée dans les perforations de la voûte palatine, la destruction ou la division du voile du palais. La parole peut aussi être altérée, devenir lente, prompte, brève ou tremblante. Les malades peuvent être pris de bégaiement, de mutisme ou d'impossibilité de produu-e des sons ariicidés, comme dans diverses maladies de la langue, la grenouillelte, les luxations de la mâchoire, etc.
4° Sensibilité et sensations.
La sensibilité, dans l'état naturel, s'observe clans un grand nombre de nos organes; dans l'état de maladie elle peut se développer accidentellement dans tous les autres, dans les ligamens et les os, par exemple, à l'exception de l'épiderme et des poils.
La sensibilité ordinaire se change souvent, par le fait des maladies, en douleur^ et celle-ci présente des caractères extrêmement variés. Ainsi, suivant la sensation qu'elle fait éprouver, elle peut être tensive, gravative, pulsative, lancinante, térébrante, contusive, brûlante, pongitive, déchirante, prurigineuse, formicante, etc. La douleur offre une foule de variétés sous le rapport de son intensité, de son siège, de son type, etc. C'est encore à la doideur qu'il faut rapporter les inquiétudes , le malaise général, les angoisses, etc.
La sensibilité est tout-à-fait abolie dans les cas de paralysie dépendant de la compression du cerveau ou de la moelle épinière, par des exostoses, des esquilles osseuses; après la section, la ligature des nerfs, etc.
Les sensations extérieures n'offrent pas des altérations moins nombreuses ni moins remarquables que celles de la sensibilité générale. Ainsi la vue , l'ouïe, l'odorat, le goût, le toucher, peuvent offrir chez l'homme malade les mêmes troubles que les autres fonctions du système nerveux. Ces sensations dans les affections de leurs organes, peuvent être exaltées, diminuées, éteintes ou perverties.
5° Sentimens affectifs.
Les affections morales qui, dans l'état de santé, offrent tant de variétés chez les divers individus, peuvent j)résenter des changemens très -remarquables dans les maladies. Les malades éprouvent fréquemment de l'impatience, de l'ennui, de la tristesse; les uns deviennent irritables; d'autres sont dans un attendrissement continuel; quelques autres sont dans une indifférence complète sur leur propre situation ou sur celle des personnes qu'ils chérissent; quelquefois la sensibilité morale est tout-à-fait abolie, etc. Il est peu de maladies graves dans lesquelles le caractère habituel ne soit plus ou moins changé.
6° Fonctions intellectuelles.
Le plus ordinairement les fonctions intellectuelles sont plutôt affaibHes
PATHOLOGIE CHIRUKGICALE. 3r
qu'exaltées chez les malades; dans quelques cas néanmoins elles sont manifestement exaltées, comme on l'observe à la suite de quelques plaies de tête et chez certains mélancoliques. Elles peuvent aussi n'être que partiellement dérangées.
Dans quelques circonstances l'attention et la mémoire ne sont pas troublées, tandis qu'il y a perversion du jugement et de l'imagination; dans d'autres la mémoire seule est affaiblie ou abolie complètement, comme on le voit assez souvent après les plaies de tête et les épanchemens dans le cerveau. Toutes les fonctions intellectuelles sont abolies dans l'idiotisme complet et dans les affections où toutes les fonctions de relation sont suspendues, comme l'apoplexie, les violentes commotions cérébrales, les plaies profondes de l'encéphale, la syncope, etc.
La perversion d'une ou de plusieurs facultés intellectuelles constitue le délire, qui offre une infinité de variétés. Il peut être incomplet ou complet, constant ou passager, doux, tranquille ou furieux, etc.
•7° Le sommeil.
Le sommeil, dans l'étal de maladie, peut être pi olongé, diminué, interrompu ou troublé de diverses manières, et ne point servir alors à la réparation des forces. Quelquefois il est complètement suspendu , ce qui constitue Vinsomnie ou ïagjjpnie ; il peut être troublé par le cauchemar, les rêves de diverses natures; il peut cesser subitement, et les malades se réveillent en sursaut. C'est encore aux altérations du sommeil qu'on doit rapporter la somnolence ou l'assoupissement, le coma, le carus, qu'on observe dans beaucoup de cas de violentes commotions du cerveau ou de plaies de tête.
On peut encore rapporter aux symptômes fournis par les fonctions de relation la lipothymie, la syncope et les vertiges.
B. Symptôme fournis par les fonctions intérieures ou assimilatrices.
Nous allons énoncer succinctement les principaux symptômes que peuvent présenter les fonctions de la digestion, de la respiration, de la circulation, de la calorification , des sécrétions et des exhalations, principalement dans les maladies chirurgicales.
j° ha digestion.
Dans l'état de maladie tous les actes de la digestion , et les organes qui
concourent à son exercice, peuvent offrir des troubles plus ou moins remarquables.
La faim est rarement augmentée dans les maladies, excepté dans quelques cas, comme dans la manie, les affections vermineuses: le plus ordinairement elle est diminuée ou totalement perdue. Dans le premier cas on nomme ce symptôme djsorexie , et dans le second anorexie ou inappétence. Dans d'autres cas elle est dépravée, comme lorsqu'il y a dégoût, pica, malacia : la bouche peut offrir la sensation d'amertume, d'empâtement, de sécheresse.
La soif est plus souvent augmentée que diminuée dans les maladies, et spécialement dans celles qui ont un caractère aigu ou sont accompagnées d'évacuations excessives. Elle devient quelquefois très-vive pendant ou après les grandes opérations, dans la fièvre traumatique, lediabétès, etc.
L'examen des diverses parties de la bouche fournit des symptômes trèsimportans. Ainsi \q?, dents peuvent s'ébranler, sortir de leurs alvéoles, être recouvertes d'enduits de diverse nature, être agacées ; elles peuvent glisser les unes sur les autres ou se heurter pour produire les bruits nommés grincement, claquement des dents.
Les gencii'es peuvent pâlir, devenir rouges, gonflées, livides, etc.
La langue offre chez l'homme malade des changemens remarquables et relatifs à ses mouvemens, à son volume, à son état de sécheresse ou d'humidité, à sa couleur, aux enduits et aux éruptions diverses qu'on y observe. Elle peut être tremblante, déviée à gauche ou à droite, immobile; elle peut rester humide ou devenir sèche, lisse, hérissée de papilles saillantes ou sillonnée par des gerçures plus ou moins profondes. Elle peut devenir pâle ou livide, rouge foncée, brune, noire. L'enduit qui la couvre, de couleur variable, est plus ou moins épais; il est tenace ou se détache facilement; d'autres fois elle est couverte d'aphtes, de pustules, etc.
IjCS parties de V arrière-bouche , le voile du palais, la luette, les amygdales , sont aussi le siège de symptômes de nature différente , qu'il est important d'étudier dans les maladies , et surtout lorsque l'affection porte spécialement sur ces organes, comme dans le gonflement, l'ulcération des amygdales , les chancres du pharynx, du voile du palais, les abcès de ces parties.
mastication est douloureuse, difficile, et souvent même impossible, dans plusieurs maladies , par exemple dans le trismus, les abcès des parois de la bouche , les fractures, les luxations de la mâchoire.
La déglutition semble être ac'célérée dans quelques affections ; dans d'autre».
elle est lente, imparfaite, difficile, ou même impossible, comme dans les abcès, les polypes du pharynx; lors de l'introduction de corps étrangers dans l'œsophage , et dans les cas où ce conduit est comprimé par le développement de quelque tumeur. Quelquefois elle peut laisser passer les alimens solides, et refuser le passage aux liquides; dans d'autres cas, on observe des phénomènes inverses. Dans les plaies de l'œsophage, les alimens et les boissons peuvent s'échapper au-dehors, ou s'épancher dans les parties voisines,
La digestion stomacale devient rarement plus active dans les maladies : le plus souvent elle est affaiblie ou pervertie. C'est aux troubles des fonctions de l'estomac qu'on doit rapporter les nausées, qui consistent dans de simples envies de vomir; les vomituritions ou les efforts inutiles pour débarrasser l'estomac; les soubresauts de l'estomac, produits par de violentes secousses convulsives de cet organe, qui ne peut ni admettre de nouvelles substances , ni expulser celles qu'il contient; la régurgitation dans laquelle certaines matières solides, liquides ou gazeuzes, remontent par goigées de l'estomac ou de l'oesophage dans la bouche, sans être accompagnées des efforts du vomissement ; le vomissement , ou l'acte par lequel les substances renfermées dans l'estomac sont rejetées par la bouche avec efforts; les douleurs épigas triques , les crampes destomac, \% gargouillement des gaz contenus dans ce viscère; on observe la plupart de ces symptômes dans les étranglemens intestinaux , dans les obstructions du canal digestif, dans les plaies de l'estomac ou des intestins, dans les affections calculeuses des reins.
Le canal intestinal est aussi le siège de nombreux symptômes dans les maladies ; les gaz renfermés dans ce conduit peuvent produire les bruits connus sous les noms de borborygmes et de gargouillement: ces bruits deviennent sensibles par la pression de la main dans les cas de hernies intestinales. Le cours des matières fécales peut être accéléré , comme dans le dévoiement ; retardé, et alors il y a constipation; empêché, interrompu, comme on l'observe dans les hernies étranglées, les volvulus, les concrétions stercorales , etc.
La défécation ou l'excrétion alvine peut être plus fréquente ou plus rare, et ces deux états maladifs , dans plusieurs affections , peuvent se succéder. L'excrétion des matières fécales peut être douloureuse, impossible, involontaire, comme dans les cas d'hémorrhoïdes, d'abcès au voisinage de l'anus, de corps étrangers introduits ou formés dans le rectum, de cancers de cet intestin, de paralysie du sphincter de l'anus, etc. Le besoin qui l'annonce peut être vif, répété , accompagné de chaleur et de cuisson , sans
résultat; d'où proviennent les épreintes ou le ténesme. Dans quelques cas, les matières fécales peuvent passer par des voies accidentelles, comme dans la vessie, le vagin, à travers les parois abdominales, ainsi qu'on le voit dans les fistules recto-vésicales ou vaginales, les anus contre nature, les fistules stercorales.
Les matièi'es excrétées ou les fèces offrent, dans les maladies, des altérations très-nombreuses , relatives à leur nature, à leur consistance , à leur quantité , à leur couleur, à leur odeur, aux corps étrangers qui peuvent s'y rencontrer, etc. Elles doivent donc être examinées avec soin, et peuvent fournir des renseignemens sur la nature et le siège de l'affection.
2° La Respiration.
La respiration, dans les maladies, fournit de nombreux symptômes provenant des altérations qu'elle peut éprouver dans ses mouvemens, dans la quantité d'air inspiré et expiré, dans le bruit qui l'accompagne, etc.; ainsi elle peut être fréquente ou rare, vite ou lente, grande ou petite; elle pejit se faire avec difficulté, et on l'a nommée dyspnée; suivant le genre de difficulté des mouvemens respiratoires, elle est laborieuse suffocante, anhéleuse , haute ou sublime; quelquefois ses mouvemens sont suspendus, ce qui constitue V apnée ; suivant le rhythme de ses mouvemens, elle devient inégale, irrégulière, intermittente, interrompue, entrecoupée, etc. Le bruit qui l'accompagne éprouve aussi des modifications remarquables, et, suivant ces modifications, la respiration ç,9X sifflante , suspirieuse , plaintive ou luctueuse , slertoreuse , râlante. L'air peut aussi s'échapper au dehors par les plaies du larynx ou de la trachée-artère, et ces ouvertures accidentelles le laissent alors passer dans l'inspiration et dans l'expiration.
L'air expiré peut être plus chaud ou plus froid que dans l'état naturel. Son odeur peut devenir douceâtre, acide, fétide, nauséeuse, cadavéreuse, etc.; probablement aussi sa composition chimique doit être changée dans beaucoup d'affections , et spécialement dans celles de la poitrine.
L'exploration de la poitrine et des poumons par la percussion et l'auscultation fournit encore des symptômes fort iraportans; ainsi la poitrine percutée peut rendre un son clair, sonore, caverneux, comme dans le pneumothorax, ou un son mat et plein, comme dans l'empyème, les épanchemens de sang, de sérosité dans la cavité des plèvres, dans diverses affections des poumons.
U auscultation immédiate, c'est-à-dire pratiquée par l'application de l'oreille sur les parois de la poitrine, ou médiate, lorsqu'on se sert du stétho-
scope (i), nous fait connaître les résonnances de la voix dans la poitrine, que l'on a nommées pectoriloquie et égophonie , et les changemens survenus dans le bruit respiratoire qui peut diminuei-, augmenter, cesser, ou être remplacé par d'autres bruits trcs-différens , tels que les râles crépitans, muqueux, secs^ sonores ou ronflans. sibilans^ ou le tintement métallique^ etc. Ces moyens d'exploration sont d'un grand secours pour établir le diagnostic des divers épanchemens de poitrine, des adhérences des poumons ; et lorsqu'il s'agit de constater l'état de ces derniers organes dans les cas où l'on doit pratiquer certaines opérations.
C'est encore aux symptômes fournis par la poitrine qu'on doit rapporter le rire, le bâillement, l'éternuement, le hoquet, la toux, l'expuition et l'expectoration que l'on observe dans beaucoup des maladies dites chirurgicales.
3° La Circulation.
Les principaux symptômes fournis par les organes de la circulation doivent être indiqués successivement dans chacun de ces organes , comme le coeur, les artères, le système capillaire, et les veines pour la circulation du sang; les vaisseaux et les glandes lymphatiques pour la circulation lymphatique.
A. Circulation du sang. Le cœur offre, pendant les maladies, des troubles remarquables dans ses battemens, qui peuvent être plus forts ou plus faibles, plus ou moins irréguliers, se faire entendre dans une étendue plus ou moins grande sous les parois de la poitrine, et même de l'abdomen; ils peuvent donnera l'oreille qui les explore des bruits plus forts ou plus faibles, ou même différens de ceux qu'on observe dans l'état de santé, tels que le frémissement cataire^ le bruit de râpe, etc.
Les artères éprouvent un battement produit par l'afflux du sang que le cœur y pousse chaque fois qu'il se contracte; ce battement, qui est suivi d'un moment de repos, a reçu le nom de pouls [pulsus). Le pouls fournit des symptômes très-nombreux qui sont relatifs à sa promptitude, à sa force, à sa plénitude, à sa dureté ou à sa mollesse, etc. Il peut être fréquent ou rare, régulier ou irrégulier, égal ou inégal, confus, insensible, etc. : telles sont les principales variétés qu'il présente dans les maladies, soit internes, soit externes. Les artères fournissent encore d'autres symptômes qui ont plus spécialement rapport aux maladies chirurgicales, comme leur dilatation ou leur rup-
(i) Laënnec, de l' Auscultation médiate.
tare dans les anévrysmes, leur oblitération, leur ossification; les battemens qui se font sentir dans ces vaisseaux dilatés, ou dans les tumeurs qui les avoisinentou les entourent. Les hémorrhagies qui suivent les plaies, les ruptures des artères, présentent aussi des caractères particuliers.
Le système capillaire sanguin. On peut rapporter aux changemens survenus dans ce système plusieurs des symptômes locaux des inflammations; la couleur rouge, violette, bleue, noirâtre, que prend la peau dans certaines maladies; les marbrures, les taches sanguines ou livides, les ecchymoses; la pâleur de certaines parties; les hémorrhagies spontanées et quelques hémorrhagies traumatiques, etc.
Les veines , organes de la circulation à sang noir, fournissent des symptômes nombreux; elles peuvent être dilatées par le sang, comme on l'observe dans la pléthore ; elles disparaissent au contraire dans le froid qui marque l'invasion des maladies aiguës ou des accès de fièvre intermittente. D'autres fois elles sont rouges, tendues, douloureuses, se dessinent à travers la peau, comme dans le cas où elles sont enflammées. Elles se dilatent d'une manière permanente et deviennent variqueuses, lorsque le cours du sang ne s'y fait qu'avec difficulté , ou se trouve arrêté dans un de leurs troncs par une compression prolongée; elles peuvent présenter des pulsations, lorsque le sang reflue de l'oreillette droite dans leur cavité, comme on le voit pour les veines j ugulaires, dans certaines affections du cœur, dans l'anévrysme variqueux. Ces pulsations veineuses dépendent du passage du sang d'une artère blessée dans la cavité de la veine qui lui est contiguë. Les hémorrhagies veineuses ont des caractères qui leur sont propres, et servent à les distinguer de celles qui sont fournies par les artères.
Le sang offre aussi des altérations dans son apparence, sa consistance, les proportions dans lesquelles se trouvent entre eux le sérum et le caillot qui se séparent lorsqu'on l'a mis en repos. Ces diverses qualités du sang extrait des artères ou des veines, fournissent des symptômes précieux dans l'étude de plusieurs maladies.
B. Circulation de la lymphe. Il est souvent difficile d'apprécier les phénomènes morbides qui se passent dans les vaisseaux et les ganglions lymphatiques. Les vaisseaux lymphatiques s'enflamment dans certaines maladies , à la suite de quelques anthrax ou furoncles, de certaines plaies siège d'une grande irritation; et s'ils sont superficiels, ils se dessinent sous la peau par des lignes élevées, rouges, douloureuses, quelquefois tendues comme des
PATHOLOGIE CHIEURGICALE. .^'J
cordes. Dans les cas où la circulation de la lymphe est gênée par la compression ou toute autre cause, ils se dilatent, peuvent devenir variqueux ou même donner lieu à des tumeurs assez volumineuses, ainsi que j'en rapporte un exemple dans les observations placées à la fin de cet opuscule : blessés^ ils peuvent donner lieu à des fistules séreuses. Quelquefois ils s'ossifient comme les artères, ou renferment des concrétions dans leur cavité. I^es ganglions lymphatiques peuvent s'enflammer, suppurer, tomber en gangrène. Dans quelques cas ils sont aussi le siège de fistules séreuses, ce qu'il n'est pas rare d'observer dans les ulcères scrophuleux de ces organes et dans les bubons abscédés. Les altérations de la lymphe sont peu connues.
4° La Calorificalion .
La chaleur du corps, dans les maladies, peut être augmentée, diminuée, abolie ou pervertie. Ainsi elle peut devenir brûlante, sèche, halitueuse, acre et mordicante; elle peut être générale ou partielle: d'autres fois elle est diminuée, et les malades ont la sensation du froid, des horripilations, des frissons; d'autres fois la chaleur est pervertie, lorsque le malade, par exemple, accuse une sensation de froid dans une partie évidemment chaude, ou un sentiment de chaleur dans ime région qui est froide : on observe ces changemens de la chaleur dans les diverses inflammations, le phlegmon , l'anthrax, l'érysipèle, les affections fébriles, la gangrène, etc.
5° Les exhalations.
On peut , avec M. Chomel , diviser en trois groupes les symptômes qui appartiennent aux exhalations : au premier se rattachent les divers changemens qui surviennent dans les exhalations naturelles ; au second, les phénomènes propres aux exhalations morbides et au troisième tout ce qui a rapport aux exhalations artificielles.
A la première série appartiennent les exhalations cutanée, muqueuse, séreuse, synoviale, graisseuse, les menstrues, et quelques hémorrhagies analogues; à la seconde l'exhalation du pus et de plusieurs autres fluides; l'exhalation fournie par la plaie des vésicatoires, des cautères, trouve sa place dans la troisième série.
A. Exhalations naturelles. \J exhalation cutanée ou la perspiration peut être augmentée, et produit d'abord la moiteur, puis la sueur. Celle-ci peut être générale ou partielle, chaude ou froide, épaisse , visqueuse , gluante ou ténue; elle peut être très-abondante, épuiser le malade, et porte alors le nom
de sueur colliqualive. Elle peut ùi^y^vàv jaune , verte ^ rouge; son odeur peut èlre douce , fade , acre, aigre , fétide , urineuse , alliacée, etc.
^exhalation muqueuse offre dans les maladies des troubles très-nombreux; le mucus qu'elle fournit peut être augmenté ou diminué; sa sécrétion peut être suspendue ou viciée; il peut devenir plus ou moins consistant, prendre une couleur verte , Jaune , rouge, noire, blanche; whq odeur fétide , nauséabonde.
\Jexhalation séreuse peut aussi être augmentée, diminuée, altérée ou suspendue dans les maladies. L'accumulation de la sérosité dans les membranes sans ouverture qui la contiennent donne lieu à des symptômes auxquels on reconnaît les diverses espèces d'hydropisie.
Les exhalations synoviales , graisseuses , sanguines, gazeuses, offrent aussi, dans les maladies , des altérations qui fournissent des symptômes importans.
B. Exhalations morbides. Elles consistent dans la formation et l'exhalation de liquides nouveaux, qui n'ont point d'analogues dans le corps sain, comme le pus, la sanie. La formation du pus ou p uo génie , offre un grand intérêt aux médecins et surtout aux chirurgiens. D'autres fluides morbides sont exhalés dans certaines éruptions, comme les dartres, la teigne, etc. Le pus offre de grandes différences sous les rapports des organes qui le fournissent, de sa quantité, de sa consistance, de sa coideur, de son odeur, et suivant qu'il s'écoule librement au dehors ou se trouve retenu dans les organes , etc.
C. Exhalations artificielles. On doit faire une attention spéciale à la quantité et aux qualités du pus fourni par les cautères, les vésicatoires , les moxas, les sétons, et à l'état des surfaces exhalantes qui le fournissent.
6° Sécrétions proprement dites.
Les sécrétions peuvent éprouver des troubles généraux dans les maladies; chacune peut aussi présenter des altérations spéciales.
Les larmes, la salive, la bile, V urine , offrent des altérations dans leur quantité, leurs qualités, leur consistance, leur couleur, leur odeur, leur saveur , leur composition chimique : ces liquides peuvent s'écouler involontairement, comme on l'observe dans l'incontinence d'urine, la salivation; d'autres fois ils peuvent être retenus dans leurs canaux ou leurs réservoirs, produire des accidens graves , ou s'échapper par des voies accidentelles, et donner lieu à diverses espèces defistides; dans d'autres cas, les matériaux qui les constituent se concrètent et sont l'origine de calculs de diverse nature.
PATHOLOGIE CHIRURGICALE. 3q
'7° Les Absorptions.
Il est souvent difficile de distinguer les troubles des absorptions de ceux des exhalations ; ainsi dans les hydropisies l'accumulation de la sérosité peut dépendre de l'augmentation de l'exhalation, ou de la diminution de l'absorption : du défaut d'équilibre entre ces deux fonctions, l'une qui apporte le liquide et l'autre qui le reprend. Pour lever cette difficulté quelques pathologistes ont admis que l'exhalation était augmentée dans les hydropisies actives , dans celles qui coïncident avec une excitation générale ou locale, tandis que dans les hydropisies dites passives, accompagnées de langueur, de faiblesse , la maladie serait due à une diminution de l'absorption. Mais cette opinion n'est démontrée par aucune observation rigoureuse.
Il est beaucoup de cas dans lesquels on ne peut s'empêcher d'attribuer à l'absorption les phénomènes que l'on observe dans les maladies, tels que la disparition spontanée i" du sang dans des cas d'épanchemens considérables de ce liquide, dans les ecchymoses ; S4°du liquide des membranes séreuses, du tissu lamineux, dans les hydropisies et les œdèmes; 3° du pus dans les empyèmes, les abcès, certains phlegmons ou bubons, par exemple. La présence du pus constatée dans les vaisseaux lymphatiques et les veines qui viennent de parties en suppuration, démontre la réalité de ces absorptions morbides: il en est de même des faits bien avérés de métastases purulentes sur des organes intérieurs, tels que les poumons, le foie, la rate, le cerveau, les reins, les membranes séreuses; quelquefois on trouve, après la mort, des foyers de pus dans les organes qui sont le siège de la métastase, sans aucune trace d'inflammation dont au reste ils n'avaient point, ou à peine, offert de symptômes pendant la vie.
Ce serait ici le lieu de discuter la question des résorptions purulentes : si l'espace dans lequel j'ai dû limiter ce travail me le permettait, je pourrais faire voir, par des observations et des faits d'anatomie pathologique, i°que les abcès consécutifs dans les organes éloignés n'appartiennent pas j/^ma/e/^ze/z^ aux plaies accidentelles et à celles qui suivent les opérations, mais s'observent aussi dans des cas d'abcès par congestion, d'ulcères, de certaines dartres, de caries, de fistules, d'empyèmes des membranes séreuses, etc., 2° que la divergence des opinions des auteurs anciens et modernes, relativement à leur existence et à leur production , provient de ce que ces abcès métastatiques ne se forment pas toujours sous Fiiifluence des mêmes causes et par le seul mécanisme auquel chaque auteur a voulu les rapporter ; qu'il y a par conséquent dans cette
4o PATHOLOGIE CHIRURGICALE.
classe d'abcès plusieurs espèces essentiellement différentes qu'on ne saurait confondre les unes avec les autres , surtout pour la thérapeutique.
N'est-ce pas encore à l'absorption qu'il faut attribuer les phénomènes de l'ulcération , la formation de la fissure entre les parties saines et la portion nécrosée d'un os , lors de la séparation et de l'expulsion de cette dernière ; la résolution , la disparition d'engorgeinens, de tumeurs de diverses espèces.
8° La Nutrition.
La nutrition dans les maladies peut être augmentée, ou diminuée., ou pervertie d'une manière générale ou locale : elle peut être «^o/z'e, comme dans les parties frappées de gangrène : elle est augmentée dans l'obésité qui accompagne quelques maladies, dans les hypertrophies; elle diminue lorsqu'il y a amaigrissement, émaciation ou atrophie; elle est pervertie dans les dégénérescences diverses, dans le rachitisme, le ramollissement des os, etc.
C Symptômes fournis par les fonctions de la génération.
Chez Vhomme la sécrétion spermatique paraît ordinairement diminuer dans la plupart des maladies , comme semble l'indiquer la flaccidité des organes génitaux , l'absence des désirs vénériens. On pense généralement qu'elle est augmentée dans la mélancolie érotique, dans le satyriasis. L'excrétion du sperme peut être ralentie, gênée, empêchée par diverses causes, comme des engorgemens de la prostate; des rétrécissemens , des obstructions, des fistules du canal de l'urèthre; de là V impuissance , qui peut probablement aussi dépendre d'une altération de la nature du liquide sécrété.
Chez la femme., les menstrues , les lochies , la sécrétion du lait fournissent de nombreux symptômes dans les maladies. Il en est de même de l'état dans lequel se trouvent chez elle les organes de la génération, après la défloration, l'accouchement, l'extraction des polypes, l'expulsion des môles, symptômes d'une grande importance , surtout dans les cas de médecine légale.
Dans les deux sexes l'appétit vénérien, le désir du coït, peut être augmenté, diminué, perverti ou aboli.
Tels sont les principaux symptômes que peuvent fournir les diverses fonctions examinées suivant l'ordre physiologique.
Ces symptômes offrent autant de variétés que les actes de la vie. Les uns
PATHOLOGIE CHIRURGIC ALlî. 4^
accompagnent la maladie pendant toute sa durée , les autres ne se montrent que pendant certaines périodes de son cours; aussi est-il très-essentiel de faire attention dans leur examen aux trois périodes généralement admises dans les maladies et qui sont, i°la première période qu'on nomme aussi augmenta progrès, invasion, début; elle s'étend depuis l'époque où commencent les premiers symptômes d'une maladie , jusqu'à celle où ils ont acquis toute leur intensité, a» La seconde période, nommée aussi Vétat^ la violence^ est marquée par la plus grande intensité des symptômes, et souvent par l'apparition de nouveaux phénomènes plus ou moins graves. 3° La troisième période, appelée le déclin ou la terminaison de la maladie, présente plusieurs modes sur lesquels nous reviendrons après avoir parlé du pronostic.
On doit encore tenir compte, dans l'étude des maladies, de certains phénomènes qui précèdent la période d'invasion, et qu'on a nommés prodromes , signes précurseurs , avant-coureurs ^ préludes.
Les auteurs systématiques ont distingué les symptômes en essentiels ou propres ^ qui accompagnent toujours la même maladie, et en communs ou appartenant à plusieurs affections d'espèces différentes; ils ont établi des sjmptomes accidentels., accidens ou épiphénomènes , dont l'existence n'est pas constante, et qui peuvent seulement se présenter dans le cours d'une maladie; des symptômes primitifs et des symptômes consécutifs, comme on les observe dans les affections vénériennes en particulier , etc.
4° DE LA SÉMÉIOTIQUK.
«Tout phénomène ou symptôme, dit M. Landré Beauvais, qui donne la « connaissance d'effets dérobés au témoignage des sens, est un signe , et la (f partie de la Pathologie qui s'occupe des signes a été nommée Séméiotique.y^ Le médecin convertit les symptômes en signes; mais ,pour établir ceux-ci, il se sert encore de la connaissance des circonstances qui ont précédé ou accompagné l'invasion de la maladie, des effets obtenus des traitemens déjà employés, etc. C'est d'après l'examen de tous ces faits qu'il peut reconnaître exactement la maladie, en établir le diagnostic, et prévoir sa longueur, sa terminaison, ou en faire le pronostic; ce sont enfin toutes ces circonstances qui le mettent en état d'employer les moyens thérapeutiques nécessaires.
De même que parmi les symptômes, on a établi beaucoup de divisions parmi les signes; ainsi, l'on a distingué: des signes communs c[uiixpçdLrtiennent à plusieurs maladies, comme la douleur, la difficidté ou l'impossibilité des mouveinens qu'on observe en même temps dans les cas de fracture, de contusion, de luxation, de rhumatisme; des signes propres ou essentiels qui accompagnent constamment la maladie, comme la crépitation, les mouvemens contre nature dans les membres dont les os sont fracturés ; des signes pathognomoniques ou unii'oques , qui indiquent formellement la nature de l'affection, comme le choc particulier de la sonde dans les cas de calculs ou de corps étrangers contenus dans la vessie. On a encore distingué des signes rationnels qui ne sont perçus que par le malade , comme la douleur , el des signes sensibles, qui se découvrent aux sens du médecin.
Les signes qui se rapportent aux temps qui ont précédé l'examen du malade , ont été nommés commémoratif s ou anamnestiques; ceux qui sont tirés des symptômes et autres circonstances actuellement existantes, ont reçu le nom de signes diagnostiques ; et ceux qui indiquent l'issue probable de la maladie sont dits signes pronostiques.
On conçoit que les premiers, résultant des renseignemens que l'on prend sur ce qui a précédé la maladie, sur l'état de santé des parens, les maladies antécédentes, etc., ou que l'on découvre sur le malade, comme d'anciennes cicatrices, doivent être rapportés aux signes diagnostiques, puisqu'ils servent à éclairer le jugement du médecin sur la nature de l'affection qu'il est appelé à traiter.
1° Diagnostic.
I.e diagnostic est la partie de la pathologie qui a pour objet de reconnaître une maladie, de la distinguer de celles qui peuvent avoir de l'analogie avec elle : il est la conséquence de l'élude approfondie de toutes les circonstances attenantes à la maladie, de ses causes, de ses divers symptômes et de la comparaison que l'esprit fait de ces symptômes avec ceux qui peuvent s'en rapprocher.
« La science du diagnostic , disait Louis , tient le premier rang entre toutes les parties de l'art , et en est la plus utile et la plus difficile. Le discernement du caractère propre de chaque genre de maladie et de ses différentes espèces est la source des indications curatives. Sans un diagnostic
exact et précis , la théorie est toujours en défaut , et la pratique souvent infidèle. »
Le diagnostic est en effet une des parties les plus importantes de la pathologie chirurgicale , puisqu'il nous enseigne le caractère des maladies , nous fait entrevoir leur issue et nous indique le traitement que nous devons employer. Des erreurs commises dans le diagnostic découlent souvent les plus déplorables conséquences pour la santé et la vie des malades, pour l'honneur et la conscience du médecin , qui peut s'exposer au regret de n'avoir pas examiné plus attentivement la maladie, de n'avoir pas pris des renseigneraens plus exacts sur les circonstances qui ont précédé ou accompagné son développement, de ne s'être pas aidé des avis éclairés de ses confrères, avant de comiijettre des fautes dont il ne s'aperçoit malheureusement que trop tard.
Il est rare, en effet, qu'une erreur n'en entraîne pas une autre; quand on s'est mépris sur la cause d'une maladie, qu'on s'est trompé dans son diagnostic, presque constamment le pronostic et le traitement s'en ressentent.
Dans quelques cas difficiles de chirurgie, l'exercice actif des organes des sens, la plus forte concentration de l'esprit sur les symptômes de la maladie, leur examen le plus attentif, ne suffisent pas pour en bien établir le diagnostic: il faut posséder de plus une faculté rare , que l'on pourrait appeler le tact chirurgical.
Quelle rigoureuse attention ne faut-il pas mettre dans l'examen des tumeurs de Faîne , de l'aisselle, du creux popliîé , du cou , de l'abdomen , du scrotum; des affections des os, des articulations, du col et du corps de l'utérus, du rectum, de la bouche, des yeux; dans celui des plaies de tête, delà poitrine ou du ventre! combien n'est-il pas important de distinguer l'anthrax simple ou bénin , de l'anthrax malin , de la pustule maligne et des autres inflammations gangréneuses ! Combien d'erreurs de diagnostic n'a-î-on pas souvent commises dans la grossesse et les maladies de l'utérus ? Combien de fois n'a-t-on pas amputé des membres qui auraient pu être conservés, enlevé des testicules dans des cas d'hydrocèles pris pour des sarcocèles ? confondu des hernies avec des bubons, des luxations avec des fractures, de simples contusions de la hanche avec des fractures du col du fémur qu'on a cru guérir ensuite sans raccourcissement? IN'a-t-on pas amputé quelquefois le sein
pour désaffections non cancéreuses, jugées telles; coupé la verge réputée carcinomateuse, dans des cas où un traitement méthodique ou une rescision partielle, aurait suffi pour guérir l'affection? On trouve dans les auteurs des exemples de malades qui ont subi l'opération de la taille pour des pierres qu'ils n'avaient pas (i). Le diagnostic sert non-seulement à
(i) » Depuis cinq ans, écrit M. S. Cooper, j'ai eu connaissance de sept cas semblables, et j'en ai vu deux dans lesquels les malades avaient été exposés aux souffrances et aux dangers de l'ope'ration , sans qu'il y eût réellement de calcul dans la vessie. »
Qu'il me soit permis de citer ici quelques observations sur des erreurs commises dans le diagnostic.
Béclard rapportait, dans ses cours, le cas d'un liommequi vint le consulter pour une plaie fistuleuse qu'il portait à la joue gauche, en dehois du nez, à la suite d'une blessure qu'il avait reçue. Le chirurgien qui le pansait depuis trois mois, introduisait, depuis ce temps, dans la plaie des tentes de charpie, et était fort étonné de les voir ressortir d'une belle couleur verte. Béclard, ayant sondé la fistule, reconnut la présence d'un corps étranger, et fit l'extraction d'un bout de canne en cuivre couvert de vert-de-gris, dans la cavité duquel les mèches avaient été introduites. La plaie guérit peu de temps après l'extraction du corps étranger.
Un paysan des environs de Paris vint me consulter, au mois d'octobre dernier, pour une /aie qu'il disait avoir à l'œil g;iuche, et pour laquelle il était depuis plus de deux mois en traitement. En examinant l'œil, je reconnus sur la cornée un ulcère au milieu duquel était une grosse paillette de fer. La cornée était percée par ce corps étranger dont je fis l'extraction, et l'humeur vitrée continua de s'écouler par la plaie fistuleuse. L'accident était arrivé subitement pendant que ce paysan s'occupait à briser des cailloux à coups de pioche.
La femme d'un chirurgien souffrait de vives douleurs dans la région de la matrice, et on la traitait depuis long-temps pour une affection organique de cette partie. Elle fut débarrassée de tous ses accidcns par l'expulsion d'une éponge encroûtée de matière sébacée, et qui était restée depuis plusieurs années dans le vagin.
M. D , employé dans les douanes, me fut adressé par M. Alibert pour des fistules uri-
naires qui s'ouvraient au périnée. Les testicules étaient durs, engorgés, douloureux; le malade avait le teint pâle, plombé, et était tourmenté depuis deux ans par un dévoiement continuel. Plusieurs chirurgiens, pensant que les testicules étaient affectés de cancer, et ne trouvant point d'engorgement dans l'abdomen , lui proposèrent successivement la castration. Les fistules urinaires ayant été guéries , les symptômes généraux disparurent, et les testicules revinrent à leur état naturel. Mon élève et ami, M. le docteur Godart, chirurgien en chef de l'hôpital de Pontoise , qui a recueilli cette observation, a vu depuis un cas absolument semblable dans l'hôpital où il exerce la chirurgie.
J'ai vu plusieurs cas d'anévrysmes pris pour des abcès, et dans lesquels on plongea ira-
reconnaître l'existence d'une maladie, mais aussi à constater qu'elle n'existe pas; ce que l'on juge par l'absence des signes qui sont propres à l'affection dont divers individus se disent ou se croient atteints : on conçoit son importance en médecine légale, lorsque le médecin est appelé à prononcer sur l'existence ou la non- existence d'une maladie.
2° Pronostic.
Le pronostic est, comme nous l'avons déjà vu , le jugement que le médecin porte sur les changemens qui doivent se présenter pendant le cours d'une maladie, sur les avantages qu'on peut espérer du traitement, et l'issue que doit avoir l'affection.
Le pronostic, en chirurgie, se tire nécessairementdeia connaissance approfondie des causes et de la nature, de l'intensité, du siège des maladies, de l'âge , du sexe , de la profession des malades , de l'état général de leurs forces ; des circonstances dans lesquelles ils se trouvent placés; de l'état de simplicité ou de complication soit générales, soit locales de leurs affections; des moyens plus ou moins efficaces que l'art peut offrir dans leur traitement ; de la gravité des opérations qu'on peut être obligé de leur faire subir, du temps où l'on est appelé pour les pratiquer, etc.
On doit être, en général, très-réservé dans le pronostic qu'on porte sur la terminaison d'une maladie. Un chirurgien prudent , instruit par l'expérience de toutes les circonstances qui peuvent déranger le cours naturel d'une affection, craindra toujours de se tromper, pour peu qu'il y ait d'incertitude; il ne peut réellement établir d'avance sur l'issue des maladies que des probabilités plus ou moins fondées, et souvent il est obligé de se tenir dans
prudemment le bistouri. Chez deux malades j'ai été témoin de l'opération de la castration pratiquée pour de simples hydrocéles dans lesquelles la tumeur était tendue, lourde, et n'of- IVait ni transparence ni fluctuation manifestes.
Dans un cas , un malade ayant une fracture de l'extrémité inférieure du péroné , fut traité pour une entorse. On le fit marcher avant la consolidation; le pied se dévia , la luxation tendit à se faire en dedans, il survint des symptômes graves, pour lesquels on fut sur le point d'en venir à l'amputation de la jambe. Heureusement un traitement méthodique, qui dura huit mois, sauva la partie malade; mais depuis quatre ans que l'accident a eu lieu, il reste encore beaucoup de roideur dans l'articulation du pied , et une légère claudication.
un doute philosophique. Un chirurgien s'acquiert à la vérité beaucoup d'estime et de considération publiques, en établissant un bon pronostic ; il paraît en quelque sorte aux yeux des gens du monde qu'il peut lire dans l'avenir, et l'on sait quelle réputation se fit Galien en prédisant la terminaison prochaine d'une maladie par une héraorrhagie nasale. Mais combien de fois aussi ne s'est-on pas trompé dans le pronostic sur la terminaison des maladies! Combien n'a-t-on pas vu de malades échapper à une mort qui paraissait inévitable (i), et d'autres succomber à une maladie légère en apparence ou après l'opération la plus simple (2)!
(1) Certains malades ont la vie dure, comme on le dit dans le langage vulgaire; échappent aux accidens les plus graves, et qui semblaient tout-à-fait désespérés. C'est ce qu 'on observe chez quelques malades dans les plaies de tête, de la poitrine et de l'abdomen. J'ai vu à la clinique de M. Dubois un bateleur qui avait avalé par mégarde une lame de sabre en fer-blanc, longue de dix-huit à vingt pouces : elle était depuis près de deux ans dans l'abdomen. Il se forma un abcès à l'aîne du côté droit, le corps étranger sortit, et le malade se rétablit parfaitement. — Un militaire fut blessé à la bataille de Talavéira par un biscayen qui fractura le pubis, ouvrit la vessie et le rectum, et ressortit par la région sacrée. Il se rétablit de ces graves blessures, éprouva quelque temps après les symptômes de la pierre et fut taillé. Les calculs avaient pour noyau des esquilles du pubis tombées dans la vessie. Il guérit. — J'ai vu dans le Musée de Leyde un gros éclat d'une bombe qui fit explosion entre les jambes d'un bombardier. Cet éclat traversa le périnée , ressortit par le ventre , et le malade parvint à se rétablir.— Une femme avait été opérée d'un cancer à la mamelle gauche, compliqué d'eiigorgemcns des ganglions lymphatiques au-dessus de la clavicule correspondante. Vers la fin de la cicatrisation de la plaie , ces ganglions augmentèrent prodigieusement de volume , la fièvre s'alluma , et tout devait faire présager l'issue funeste de la maladie. Il n'eu fut point ainsi. L'inflammation présenta les caractères d'un phlegmon; l'abcès fut ouvert , se cicatrisa, les ganglions avaient disparu, et la malade sortit de l'hôpital Saint-Louis, aussi parfaitement guérie qu'on peut l'être après ce genre d'opération,
(2) Chez d'autres malades, on voit quelquefois les affections les moins graves en apparence et les opérations les plus simples suivies des accidens les plus fâcheux et qui peuvent être mortels. Dans quelques cas ces funestes résultats sont dus à une sorte de disposition inflammatoire chez les uns, hémorrhagique ou nerveuse chez d'autres. J'ai connaissance de deux cas où l'extraction de l'ongle incarné du gros orteil fut suivie de la mort. Dans l'un la gangrène sénile se développa après l'opération ; l'autre cas e'tait celui d'une dame à laquelle j'avais enlevé une portion seulement de l'ongle incarné. La malade était en pleine voie de guérison , lorsque, huitjours après l'opération, elle s'exposa imprudemment les jambes à un courant d'air froid; il se déclara une phlébite avec œdème actif du tissu cellulaire du membre opéré ; des symptômes généraux se développèrent, et la malade succomba. — Un homme auquel on venait de faire l'opération du
3° Terminaison des maladies.
Les maladies peuvent se terminer de diverses manières; i° par une guérison parfaite ou le retour compléta la santé ; a° par une guérison vicieuse ou incomplète ,\orsc^ne les organes ne sont qu'imparfaitement rétablis, comme on le voit dans les fractures avec consolidation difforme du cal et raccourcissement du membre; après l'opération de la cataracte quand la vue ne se rétablit qu'imparfaitement; 3" par une guérison avec perte de certains organes, comme on le voit après les amputations des membres, l'extraction du globe de l'œil, des testicules , de la mamelle; 4° les maladies peuvent encore se terminer en passant à l'état chronique lorsqu'elles sont aiguës, ou par une autre maladie; ainsi la rétention d'urine peut se terminer par des abcès urineux suivis de fistules urinaires; les hernies étranglées peuvent, après s'être gangrénées, donner lieu à des anus contre nature; 5° beaucoup de maladies sont incurables , telles sont la plupart des dégénérescences organiques; enfin, tous les moyens de l'art, toutes les ressources de la nature peuvent être insuffisantes pour conserver la vie, et les maladies se terminent par la mort.
L'ouverture des cadavres et la dissection des organes malades nous conduit à l'étude de Vanatomie pathologique.
phimosis tomba en syncope et mourut. Un autre éprouva le même sort après une semblable opération, et mourut dans de violentes convulsions. — Un malade mourut de tétanos après l'application d'un simple selon dans les parois de la poitrine. — Le tapissier de l'hôpital Saint- Louis faillit succomber aux accidens d'une énorme gangrène de toutes les parties postérieures du col, venue après l'application d'un séton qu'on lui avait mis pour une ophtbalmie grave. — M. Blagden rapporte un cas dans lequel l'extraction d'une dent fut suivie d'une hémorrhagie mortelle. Le malade, âgé de vingt-sept ans, s'était fait extraire dans son enfance une dent, et cette extraction fut suivie d'une hémorrhagie qui dura vingt-un jours avant qu'on pût l'arrêter. Une légère plaie qu'il s'étail faile à la tète avait été suivie d'une perte de sang dont on eut beaucoup de peine à se rendre maître. S'étant fait arracher une autre dent cariée, il éprouva une abondante hémorrhagie que l'on ne put arrêter ni par la compression, ni par les styptiques, ni par la cautérisation. M. Brodie fut oblige' de lui pratiquer la ligature de l'artère carotide, mais par cette opération elle-même on ne put réussir à arrêter l'hémorrhagie, qui devint mortelle.
PATHOLOGIt: CHIRURGICALE.
4° Anatomie pathologique.
L'anatomie pathologique nous fait connaître les altérations diverses que les maladies déterminent dans la position, la forme, la couleur, la densité ou l'organisation intime des parties du corps. Elle nous indique les changemens qui surviennent, sous l'influence de circonstances déterminées, dans les propriétés physiques et la composition chimique des humeurs et des solides.
Cette branche des sciences médicales se lie intimement à l'étude et à l'observation des symptômes. Isolée , elle ne servirait qu'à satisfaire une curiosité frivole ; combinée avec la connaissance des signes qui se rapportent à telle ou telle lésion de fonctions, elle fournit, par son application à la science du diagnostic et du pronostic , des moyens puissans au praticien habile qui a su comparer les phénomènes morbides observés pendant la maladie aux altérations organiques qui les déterminent. Ce n'est donc pas une science à part qu'elle doit former, mais c'est comme d'une branche essentielle de la pathologie qu'on doit en faire l'étude.
Que serait en effet la description d'une maladie, si l'on omettait de décrire les altérations de l'organe malade , et quelle valeur pourrait avoir la connaissance d'un symptôme, si l'on ignorait quelle sorte de lésion il représente? N'est-ce pas à l'anatomie pathologique, en effet, que Corvisart et les habiles médecins de notre temps ont dû la siireté de leur diagnostic, et n'est-ce point à elle aussi que nos grands chirurgiens doivent cette assurance qui les décide à pratiquer les opérations les plus graves et les plus difficiles, ou cette timidité salutaire qui les arrête quelquefois devant les opérations les plus innocentes et les plus faciles en apparence?
C'est l'anatomie pathologique qui nous fait connaître ce que la maladie présente de matériel , les désordres qu'elle a produits dans les parties voisines et l'économie en général , et qui peut nous découvrir les moyens que la nature seule ou aidée par l'art emploie à la guérison de certaines affections. Elle sert à expliquer beaucoup de phénomènes qu'on observe pendant la maladie ; elle nous montre comment se consolident les fractures , se ferment les plaies, se guérissent quelquefois les anévrysmes, se déplacent, s'altèrent les organes des cavités splanchniques lorsqu'ils font hernie à travers les parois des cavités qui les contiennent; elle nous fait apprécier les effets produits par les contusions , les plaies, les ruptures; la nature et
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la source des divers épanchemens; les moyens par lesquels sont expulsés ou séquestrés des corps étrangers introduits ou formés dans l'épaisseur de nos organes; le mode de formation des adhérences, des concrétions; comment celles-ci peuvent être usées, dissoutes on détruites, et comment il peut s'en suivre une guérison spontanée. Elle vient au secours de l'anatomie physiologique pour guider la main du chirurgien dans la pratique d'une foule d'opérations, dans celles des hernies, des anévrysmes, l'extraction de diverses tumeurs, etc.
« Les brillans progrès que la chirurgie a faits de nos jours , dit Scarpa , ne sont , à proprement parler , que les résultats des observations d'anatomie pathologique, c'est-à-dire des comparaisons exactes de l'état naturel de nos organes avec leurs diverses maladies, qui peuvent dépendre d'une alîération de texture, d'un dérangement de fonctions, d'une solution de continuité, ou d'un changeuient de situation. C'est de ces résultats importans que se déduisent, comme autant de corollaires, les méthodes curatives les plus rationnelles dont s'est enrichie la chirurgie moderne, méthodes auxquelles nous devons aussi le perfectionnement des opérations. Il existe, à la vérité, un certain nombre d'opérations chirurgicales qui ne demandent , pour être exécutées avec promptitude et sûreté , que des connaissances [)urement anatomiques. Mais , dans beaucoup d'autres , le chirurgien ne peut se promettre de succès, lors même qu'il serait très-instruit en anatomie, s'il n'a pas fait une étude particulière des nombreux changemens de position et des altérations de texture dont sont susceptibles les parties sur lesquelles il doit opérer : s'il n'est pas éclairé sur tous ces points, de fausses apparences pourront égarer son jugement et le faire tomber dans des erreui s quelquefois très -graves et irréparables. ; .
«Veut-on une preuve bien convaincante de celte vérité; il suffit de jeter les yeux sur les différentes espèces des hernies et sur leurs nombreuses complications. Assurément aucun anatomiste ne croirait que l'intestin cœcuni, naturellement fixé dans le flanc droit, et la vessie urinaire située dans le fond du bassin, pussent éprouver, sans se déchirer, un déplacement assez considérable pour sortir par l'anneau inguinal, et descendre jusque dans le scrotum ; on se persuaderait difficilement que le même intestin cœcum vienne de la région iliaque droite se porter jusqu'à l'ombilic, franchir cette ouverture et foriner une hernie ombilicale; que l'on ait va le colon droit sortir du ventre par l'anneau inguinal gauche et le colon gauche, par l'anneau droit ;
5o PATHOLOGIE CHIRURGICALE.
que le foie, la rate, l'ovaire, soient quelquefois contenus dans les hernies ombilicales, inguinales et fémorales; que l'intestin cœcum puisse s'invaginer clans le colon et être expulsé par l'anus ; que l'estomac , poussé à travers le diaphragme, forme une hernie à l'intérieur de la poitrine; que l'épiploon ou l'intestin, ou ces deux parties ensemble, s'ouvrent parfois une issue hors du ventre par le trau sous-pubien ou par l'échancrure sacro-ischiatique ; qu'une anse de l'intestin grêle, après s'être engagée dans l'anneau inguinal ou audessous de l'arcade fémorale, ait souffert un étranglement des plus violens sans intercepter le cours des matières dans le canal intestinal; que l'on trouve enfin, dans quelques circonstances, l'intestin et l'épiploon en contact immédiat avec le testicule, à l'intérieur de la tunique vaginale, sans qu'il y ait eu la moindre déchirure de cette tunique. Ces faits et plusieurs autres analogues sont tellement surprenans qu'on les regarderait encore comme incroyables, s'ils n'avaient été constatés par de nombreuses observations sur des individus affectés de hernie. Leur possibilité n'eût pas même été soupçonnée par l'anatomiste ni par le physiologiste. »
L'importance de l'anatomie pathologique est donc bien grande, et elle ne l'est pas seulement parce qu'elle est intimement liée avec la pathologie, mais parce qu'elle éclaire les rapports de celte science avec plusieurs autres; c'est ainsi, par exemple, que l'étude des altérations morbides des tissus conduit à la connaissance plus parfaite de leur organisation dans l'état sain; la médecine légale encore ne saurait se passer des notions d'anatomie pathologique, et les Allemands n'ont pas exagéré son utilité en créant, en quelque sorte, ce qu'ils appellent Anatome forensis.
La méthode à suivre n'est pas indifférente dans l'étude de l'anatomie pathologique. Marcher progressivement des choses simples à celles qui sont plus composées , faciliter l'intelligence et favoriser la mémoire, sont les trois conditions essentielles pour l'enseignement de toute branche des connaissances médicales ; et si les progrès de cette science ont été si lents malgré les importans travaux de Vesale, d'Eustachi, deDonatus, deSchenck, de Plater, de Bonnet, de Bartholin, deMorgagni et de tous les autres savans du dix-huitième et du dix-neu vième siècles, la faute en est sans doute à l'ordre peu méthodique dans lequel ont été classés les riches matériaux qu'ils avaient recueillis.
La plupart des méthodes suivies jusqu'à ce jour ont eu sans doute le mérite d'approcher de la perfection autant que le permettait l'état des connaissances à l'époque où elles furent proposées, mais une bonne classification
PATHOLOGIE CHIRURGICALE. Si
n'appartient qu'au temps où la science approche de son plus haut point de perfectionnement, ou à la période dans laquelle il est déjà possible de prévoir tous les perfectionnemens qu'elle pourra recevoir un jour. Alors une classification sera bonne, si, fondée sur les notions de l'anatomie physiologique, elle permet de rapprocher les choses semblables, de comparer les analogies , et si elle présente un cadre où déjà est assignée la place des découvertes futures.
L'ordre adopté par M. le professeur Andral paraît le mieux remplir toutes les conditions d'une classification méthodique. Deux divisions principales doivent être faites dans l'étude de l'anatomie pathologique; l'une réunit tout ce que les lésions du corps humain ont de commun entre elles, et peut recevoir le nom à'anatomie pathologique générale , l'autre s'occupe spécialement des altérations qui affectent les divers systèmes en particulier, et forme X'anatomie pathologique spéciale.
L'anatomie pathologique générale appartient essentiellement à la pathologie générale et doit être traitée avec elle en envisageant tour à tour, et dans leur généralité, les diverses lésions de la circulation, de la nutrition, des sécrétions, du sang et de l'innervation.
L'anatomie pathologique spéciale se rapporte nécessairement à l'étude de la pathologie spéciale, interne ou externe, et doit être traitée avec l'histoire de chacune des maladies des organes, suivant qu'elles appartiennent aux lésions de la circulation, de la nutrition, des sécrétions, du sang et de l'innervation (i).
(l) Les expériences sur les animaux vivans viennent à l'appui de l'anatomie pathologique pour éclairer la cliirurgie. Elles nous mettent à même de connaître les procédés de la nature pour la guérison de certaines lésions ; de constater les effets produits par les plaies, les lig-atures ou l'arrachement des artères ; les phénomènes de l'inflammation dans les vaisseaux capillaires, ou de la formation des bourgeons vascuJaires, de la cicatrisation des divers tissus; la possibilité des greffes animales; les résultats des ligatures, des sutures faites aux intestins, à l'estomac, à la vessie; les phénomènes de la consolidation des fractures, de la formation de la nécrose; l'action des divers corps étrangers introduits dans les voies digestives, respiratoires, ou dans l'épaisseur de nos tissus; les altéi ations des organes produites par les agens chimiques, par les poisons; les effets de la compression ou de l'ablation de certaines parties de l'encéphale; de lu compression, de la ligature ou de la section des nerfs, etc.
5° Nosologie.
On donne le nom de nosologie à la partie de la pathologie qui s'occupe de la division des maladies, division qui, tantôt fondée sur des analogies plus ou moins importantes, peut n'être que purement systématique, tantôt établie sur des rapprochemens naturels, peut devenir la base d'une classification méthodique.
On a distingué les maladies d'après un grand nombre de circonstances différentes que je vais indiquer sommairement.
A. On a nommé i " maladies héréditaires, celles qui sont transmises aux enfans par les parens qui en sont eux-mêmes atteints, comme la goutte, la syphilis, les dartres, la pierre; 2" maladies innées, celles que les enfans apportent en naissant, bien que leurs parens en soient exempts, comme les vices de conformation, l'absence ou le nombre surnuméraire de certaines parties, les imperforations du vagin, de l'anus, de l'urèthre; 3° les maladies acquises ou accidentelles sont celles qui se développent ou sont contractées pendant le cours de la vie : le plus grand nombre des maladies appartiennent à cette espèce, telles sont la gale, la syphilis, les fiactures, les luxations, la cataracte, les fièvres, etc.
B, Les maladies peuvent affecter les individus isolément ou ensemble : dans le premier cas, elles ont été nommées sporadiques. Elles n'attaquent qu'un seul individu à la fois ou quelques individus isolément; et ce nom ne doit être donné qu'à des maladies dues particulièrement à l'action des causes prédisposantes; on ne pourrait l'appliquer à celles produites par une cause spéciale, comme une plaie, une hernie, une fracture. Les maladies qui attaquent les individus en masse, sont appelées pandémiqiies eX se divisent en \° maladies endémiques , qui sont propres aux habitans de certaines contrées sur lesquelles elles sévissent ; ainsi la plique est une maladie endémique de la Pologne et de cei'taines provinces de la Russie ; le goitre ou bronchocèle et le crétinisme sont observés chez les habitans (tes gorges étroites, profondes et humides des montagnes de la Suisse et du Valais ; les scrophules, l'éléphantiasis sont encore souvent des maladies endémiques. 2° Maladies épidémiques qui attaquent un grand nombre d'individus à la fois et n'ont qu'une durée limitée et ne reparaissent point à des intervalles
réguliers: telles sont certaines ophthalmies, la dissenterie, la variole, la scarlatine, etc.
C. Suivant leur mode de transmission, les maladies ont été distinguées en contagieuses rt en non contagieuses.
D. Quant à leur durée, au temps pendant lequel elles parcourent leurs diverses périodes , les maladies ont été distinguées en aiguës et en chroniques. Ainsi la variole, la scarlatine, un furoncle, un phlegmon, sont des maladies aiguës et parcourent leur période en un temps assez court : les engorgemens scrophuleux, les dartres, sont en général rangés parmi les affections chroniques. Mais cette distinction n'est réellement pas fondée, si l'on fait attention 1° que les mêmes phénomènes morbides mettent un temps bien différent dans leur marche, suivant qu'ils attaquent tel ou tel organe; ainsi, pour sa consolidation, une fracture exigera six fois plus de temps qu'une plaie pour sa cicatrisation, et cependant elle ne sera pas, à cause de cela, une maladie chronique. 2° Que chaque maladie peut présenter un état aigu et un état chronique; qu'il me suffise de citer l'ophthalmie, le rhumatisme, la syphilis.
E. Toutes les parties du corps peuvent devenir le siège des maladies, et, d'après cette considération, on a encore établi plusieurs divisions entre elles. Ainsi, \esmaladies locales ont leur siège borné à une seule partie, à une seule région du corps, comme une hernie, une ophthaimie, un panaris, une plaie : les maladies générales affectent toute l'économie, semblent occuper tous les organes à la fois; tels sont les fièvres, le scorbut, la syphilis constitutionnelle, etc. La division des maladies en externes et en internes a déjà été examinée, ainsi que les idées des humoristes et des solidistes sur le siège des maladies, placé exclusivement par les vms dans les humeurs, et par les autres dans les solides.
F. Relativement à la manière dont elles sont produites, les maladies ont été divisées en idiopathiques et en sympathiques ou sjmptomaliques. Les premières sont le résultat d'une cause qui a porté son action immédiatement sur l'organe ou la partie malade. Aussi une plaie, une brûlin-e par le feu ou les caustiques, sont des maladies idiopathiques. Les maladies sympathiques se développent sur un organe éloigné de celui qui est primitivement affecté; elles sont, en quelque sorte, secondaires, et forment l'un des symptômes de l'affection primitive: telle est l'ophthalmie nommée gastrique, qiii dépend d'un embarras dans les premières voies; les vomisseméns dans la néphrite;
certains abcès secondaires , comme ceux qui se développent à la marge de l'anus dans la phthysie pulmonaire.
G. Ordinairement les maladies ont un siège fixe et parcourent leurs diverses périodes dans l'organe où elles se sont déclarées; tels sont la cataracte, un lipome, une luxation; on les a nommées fixes. Mais il n'en est pas toujours ainsi, et l'on a donné le nom de maladies ziflg-wej, crra^/^tte^ ou ambulantes, à celles qui peuvent changer de place, se porter d'"un organe sur un autre en abandonnant celui primitivement affecté: tels sont l'érysipèle, les dartres, la goutte, le rhumatisme.
H. Dans le plus grand nombre des maladies le type est continu, c'est-àdire qu^elles parcourent sans interruption leur marche depuis leur invasion jusqu'à leur terminaison; elles ont alors reçu le nom de maladies continues; tels sont la variole , le phlegmon , les fractures, etc. Quelques maladies , au contraire , disparaissent pendant un certain temps pour reparaître ensuite par accès, qui disparaissent de nouveau pour reparaître encore, et ainsi de suite. On a donné à ces affections le nom à' intermittentes : à ce genre appartiennent les fièvres quotidiennes, tierces, quartes, certaines névralgies, quelques ophthalmies; et suivant que les accès reviennent régulièrement à des intervalles déterminés, ou d'une façon irrégulière, on a nommé ces maladies périodiques, intermittentes régulières ou irrégulières.
Quelquefois les symptômes de la maladie ne disparaissent pas complètement pour reparaître ensuite, comme cela arrive dans les affections précédentes; mais seulement ils s'apaisent, se calment, pour reparaître plus tard par un mouvement d'exacerbation, une sorte d'accès, qu'on a nommé paroxisme, et les maladies sont alors dites rémittentes. Telle est la fièvre de résorption.
I. Le caractère des maladies a servi à les distinguer en bénignes, eimalignes ou insidieuses. Les premières, comme le phlegmon, l'ophthalmie simple, ont en général une marche régulière et une terminaison heureuse. Les secondes, au contraire, portent en elles-mêmes un caractère de malignité qui doit faire redouter une issue funeste , si l'on ne parvient promptement à arrêter leurs progrès et à changer leur nature. C'est ce qu'on observe dans un grand nombre de cancers, qui reparaissent souvent avec opiniâtreté après leur ablation-, dans la pustule maligne, le charbon malin, et d'autres inflammations grangréneuses; dans les fièvres nerveuses, les fièvres intermittentes pernicieuses, larvées ou insidieuses, etc.
J. Suivant leur intensité, les maladies sont dites légères on graves , parce qu'en effet la même maladie est bien loin de présenter le même degré d'intensité et, par conséquent, de gravité chez les divers individus.
K. Le mot seul de maladie, il faut en convenir, indique à l'esprit l'idée abstraite d'un être nuisible , d'un état fâcheux pour la santé : cependant certaines affections sont réellement utiles en cela qu'elles paraissent le produit d'un effort salutaire de la nature pour pallier ou guérir une autre maladie plus grave. C'est ainsi que l'apparition des affections dites critiques coïncide presque toujours avec une amélioration dans la santé du malade, ou est promptement suivie de la convalescence : les bubons critiques, les parotides, qui paraissent à la suite des fièvres de mauvais caractère , doivent être en général considérés comme des circonstances avantageuses pour la vie du malade ; l'apparition d'un abcès à la marge de l'anus retarde souvent et arrête les progrès funestes de la phthysie tuberculeuse. Combien de malades voient leur santé s'améliorer par l'apparition d'exanthèmes, d'ulcères aux jambes, véritables exutoires établis parles forces conservatrices de la nature! Qu'un homme présente depuis long-temps des symptômes'd'engorgement ou d'inflammation chronique dans les viscères de l'abdomen ou de la poitrine ; son état est grave : l'éruption d'une dartre sur la peau le guérit quelquefois de l'affection qui menaçait sa vie. Ces maladies qui sont, les unes sympathiques, et les autres des effets d'une métastase ou de la translation du principe morbifique sur un organe moins important que ceux primitivement affectés, sont donc favorables; aussi ne saurait-on, dans leur traitement, employer assez de circonspection et de ménagemens.
L. Les maladies sont simples, composées ou compliquées : on appelle maladies simples celles qui sont exemptes de complication ou ne portent que sur un seul des organes qui sont doubles dans l'économie; ainsi une cataracte, une ophthalmie sur un seul œil, une seule hernie, la fracture d'un seul des os de la jambe sont des maladies simples; elles sont composées lorsque l'affection attaque à la fois les deux organes; et enfin compliquées si d'autres affections viennnent se joindre à la maladie principale, dont elles augmentent la gravité, soit qu'elles coexistent avec elle, soit qu'elles aient précédé ou suivi son apparition : ainsi une hernie peut être compliquée d'hydrocèle, de sarcocèle, d'étranglement; une cataracte, d'amaurose; une fracture, de scorbut; une plaie d'arme à feu, de la présence du projectile qui Ta produite. Une plaie peut être suivie de tétanos , de convulsions , d'hémorrhagies graves, qui de-
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viennent autant de complications. Quelquefois on nomme complication nn état particulier de la maladie elle-racme, comme les adhérences de la membrane du crystallin à l'iris dans la cataracte, les adhérences de l'intestin et de l'épiploon entre eux, ou avec le sac, dans une hernie; le décollement du rectum dans une fistule à l'anus, etc. Suivant leur nature, les complications augmentent plus ou moins le degré de gravité de la maladie.
M. Suivant le temps qui s'est écoulé depuis l'époque de leur origine, les maladies sont récentes ou anciennes , invétérées. Les maladies récentes sont en général moins graves, toutes choses égales d'ailleurs, que celles qui sont invétérées, et qui ont été mal ou incomplètement traitées : dans ces dernières, la maladie est souvent générale, constitutionnelle, et parfois entièrement au-dessus des ressources de l'art; nous en avons des exemples dans quelques cas de syphilis, de cancer, de scorbut, etc.
N. La plupart des maladies sont curables , c'est-à-dire qu'elles peuvent être guéries sans laisser d'altération dans l'organisation ni dans les fonctions, qu'elles peuvent enfin être suivies du retour à une santé parfaite; d'autres maladies sont dites incurables lorsqu'elles ont opiniâtrément résisté à l'emploi des moyens hygiéniques, pharmaceutiques et chirurgicaux, qu'elles dépendent de Taltération profonde ou de la perte de l'organe qui en est le siège, comme la gangrène d'un membi-e, un grand nombre de paralysies, de cancers, et d'autres affections organiques. Enfin la maladie est dite mortelle quand la mort doit nécessairement en être le résultat, comme les grandes plaies faites au cœur, à l'aorte, la dilacération de la moeile épinière dans les luxations ou fractures des vertèbres cervicales, etc.
O. On a encore distingué les maladies, i° en vernales^ estivales, automnales, hivernales, suivant qu'elles se montrent au printemps, en été, en automne ou en hiver; 2° suivant les sexes, en maladies des hommes et maladies des femmes; 3° suivant les âges, en maladies des enfans, des adultes et des vieillards; Z(° selon le tempérament, les professions, le pays, etc.
Classification des maladies.
La nosologie proprement dite a pour objet de ranger les maladies dans un certain nombre de groupes auxquels on donne le nom de classes , qu'on
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subdivise elles-mêmes en ordres ou en familles^ auxquels se rattachent tous les genres et les espèces connus.
Les avantages d'une bonne classification sont incontestables : en même temps qu'elle favorise la mémoire , elle aide l'intelligence et abrège la durée de l'étude; l'application des préceptes généraux est faite avec plus de justesse, quand un ordre plus parfait permet mieux de saisir les rapports qui existent entre les maladies; et les distinctions spéciales se présentent à l'esprit avec plus de précision quand les caractères similaires et différentiels peuvent ressortir davantage.
Beaucoup de classifications des maladies ont été proposées ou établies; mais, ilfautravouer,aucune n'est encore assez parfaite pour n'être point sujette à de nombreuses objections; il en est un grand nombre qui sont essentiellement défectueuses, parce qu'elles éloignent des affections qui ont entre elles beaucoup de points d'analogie, ou parce qu'elles en réunissent d'autres de nature tout-à-fàit différente.
Nous n'aurons pas à nous occuper des nosologies tracées spécialement pour les maladies internes, nous renvoyons aux ouvrages de Félix Plater , de Sydenham, Baglivi, Boerhaave, Sauvages, Linnée, Vogel , Sagar, Selle, Gullen, Darwin, Gaubius, Hildenbrand , Tourdes, Beaumes, Sprengeî, Pinel, etc. L'ordre le plus convenable pour ranger les affections qui réclament plus spécialement les secours de la chirurgie doit seul nous occuper.
Nous avons vu qu'il n'existe pas de véritable division entre la médecine et la chirurgie; qu'on n'en trouve pas de traces dans les écrits des anciens, tels qu'Hippocrate, Celse, Arétée de Cappadoce, Cœlius Aurélianus, Avicennes, Albucasis, et que ces deux parties de la science n'ont été divisées qu'après le concde de Tours, vers le douzième siècle.
Hippocrate nous a laissé, sur la chirurgie, six livres sous les titres de : de Officinâ medici;de Fracturis ; de Capitis vulneribus ; de Articulis vel luxatis ; de Ulceribus ; de Fistulis. Les ouvrages de chirurgie d'Hippocrate , qui se ressentent de l'imperfection de l'anatomie à cette époque, renferment néanmoins un grand nombre d'observations judicieuses et peuvent être consultés avec avantage.
Celse, qui vivait à Rome sous les règnes d'Auguste, de Tibère et de Caligula, ne paraît jamais avoir exercé l'art de guérir, sur lequel il a écrit néanmoins avec beaucoup de perspicacité, de précision et d'élégance. Son ouvrage est très-précieux en ce qu'il nous apprend les progrès de la chi-
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rurgie depuis Hippocra te jusqu'à lui. Les quatre derniers livres de son traité intitulé : Medicinâ, et surtout le septième et le huitième, sont exclusivement consacrés à la chirurgie, qui ne diffère en rien de celle des Grecs : à Rome , en effet , toutes les personnes qui exerçaient la médecine étaient veimes de la Grèce où elles avaient puisé leur instruction dans les écoles de cette terre natale des sciences et des arts. Celse étudie d'abord les maladies qui affectent indistinctement toute l'habitude du corps pour revenir ensuite à celles qui sont propres à chaque partie (i).
Après la séparation de la médecine et de la chirurgie, celle-ci cessa, en général, d'être cultivée par des gens lettrés; elle tomba dans l'avilissement, et les ouvrages publiés sur cette science sont, pour la plupart, ensevelis dans l'oubli le plus profond.
Guy de Chauliac doit cependant être distingué de ses contemporains; docteur en médecine de Montpellier, prêtre, chambellan, chapelain et médecin du pape Urbain V, il fallait qu'il se fût beaucoup élevé au-dessus de l'esprit de son temps pour se livrer à la pratique des opérations de la chirurgie. Comme ecclésiastique, il ne parle pas des maladies des femmes dans son ouvrage écrit à Avignon, en i363. C'est dans ce livre que l'on trouve les premières traces de la division des maladies suivant le Pentateuque cldrurgical.
En i535, Jean de Vigo traita dans cinq livres séparés : i" des tumeurs ou apostumes ; 2' des plaies; 3° des ulcères ; 4° des fractures; 5° des luxations ; il fit une sixième classe pour les maladies qu'il désigna sous le nom de Faria mala. Fabrice d'Aquapendente donna à cette division le nom Pentateuque chirurgical, à l'imitation des cinq livres sacrés de Moïse.
D'autres chirurgiens, à l'exemple des Arabes, examinèrent les maladies suivant l'ordre topographique des diverses régions du corps; ils décrivirent successivement les maladies de la tête, du cou, de la poitrine, de l'abdomen, des membres. On sent tout ce qu'a de défectueux ime semblable étude des maladies faite a capite ad calcem ; autant vaudrait adopter l'ordre alphabétique d'un dictionnaire.
La classification la plus naturelle, la plus philosophique par conséquent
(i) <c Ç)uœ deinceps exseqiii aggrediar ; dilatisqiie in aliud volumen ossibus in hoc cœtera explicaho ; prœpositisque lis, quœ in qudlibei parte corporis jiunl , ad ea , quœ proprias sedes liahent transiho. C. Celsus, De Med. , lib. vii.
qu'on ait encore proposée jusqu'à présent , est sans contredit celle de M. Richerand. C'est elle que nous suivrons.
M. Ricberand rapporte toutes les maladies du corps humain à trois grandes classes, sous les noms de lésions physiques , lésions organiques et lésions vitales.
A. Lésions physiques.
Elles affectent nos organes dans leur conformation extérieure et nuisent à l'accomplissement de leurs fonctions; elles sont le résultat mécanique d'une cause qui agit mécaniquement. Les plaies, les fractures, les entorses, les luxations accidentelles, les hernies, reconnaissent une action physique pour cause. Ces maladies sont presque toujours le résultat de l'action des corps extérieurs ; cependant nos propres organes peuvent en être les agens : c'est ainsi que , par la seule contraction musculaire , les os, les tendons, peuvent être rompus, et les muscles eux-mêmes être déchirés. Qu'un corps étranger soit venu du dehors, ou qu'il se soit formé en dedans, sous l'influence de quelque loi physique ou chimique, il n'en apporte pas moins, par sa présence, un obstacle mécanique aux fonctions des parties, caractère essentiel des lésions physiques.
Ces lésions peuvent être imitées sur le cadavre , et, pour la plupart d'entre elles, l'état de vie n'est pas indispensable : on sait parfaitement quelle est la manière d'agir de leur cause prochaine, aussi sont-elles bien connues dans leur nature intime ; on peut expliquer le mécanisme de leur formation et de leur développement. Dans ces lésions, le rapport des effets aux causes est exactement calculable; tout est mécanique, jusqu'aux moyens de guérison, déterminés d'après la connaissance de la maladie, et convenablement adaptés à sa cause. . -
Celte connaissance exacte des lésions physiques, les rend susceptibles d'être définies, tandis qu'on doit presque toujours se borner à décrire seulement les autres lésions, soit organiques, soit vitales.
IjC traitement des lésions physiques est rationnel on raisonné, parce que notre esprit trouve et saisit un rapport évident entre le mal et la manière d'agir du moyen curatif. Ce traitement ne se compose, le plus souvent, que de procédés ou moyens mécaniques, ou ceux-ci du moins en sont presque toujours la partie essentielle.
Les lésions physiques forment une classe de maladies bien distincte dans le vaste domaine de la pathologie; et comme la chirurgie joue le principal rôle
6o PATHOLOGIE CHIRURGICALE.
dans leur curation , on voit combien sont grandes et la certitude et refficacité de cette branche de la thérapeutique.
M. Richerand divise cette classe de maladies en cinq ordres : sous les noms de solutions de continuité , d'unions vicieuses, de déplacemens, de rétentions et de corps étrangers. Chacun de ces ordres se subdivise en plusieurs genres.
r Les solutions de continuité en comprennent trois, les plaies., les fractures et les fistules ou solutions de continuité produites ou entretenues par la perforation d'un réservoir ou d'un conduit excréteur. M. Richerand n'a pas rapporté à cette classe les ulcères qui sont presque toujours symptomatiques d'une autre maladie, comme de la syphilis, du scorbut, des dartres, des scrophules, etc. , et qui d'ailleurs consistent évidemment dans des lésions organiques ou vitales.
2° Le second ordre ou les unions vicieuses des parties qui devraient être séparées pour remplir leurs fonctions, comprennent deux genres; les simples réunions des parties naturellement divisées et les imperforations .
S'' Le troisième ordre ou celui des déplacemens comprend deux genres, les luxations et les hernies. Les diverses procidences , chutes ou prolapsus d'organes peuvent être rapportées aux hernies , comme les entorses, les diastases et diverses espèces de déviations des os , aux luxations.
4° Le quatrième ordre ou celui des rétentions comprend deux genres , suivant que les liquides retenus sont le sang lui-même ou des liquides excrétés. Au premier genre se rapportent les anévrysines, les épanchemens de sang, les varices : au second, les rétentions d'urine, de bile, les hydropisies , etc.
5° Entin, le cinquième ou dernier ordre qui termine la classe des lésions physiques, embrasse , sous quatre genres, les corps étrangers venus du dehors, les calculs, les poisons et les vers on larves d'insectes (i). Ce dernier genre forme le passage naturel des lésions physiques à la classe des lésions organiques.
(i) Ces larves peuvent, en se développant dans nos organes, y produire de grands ravages. En voici un exemple. Un homme âgé d'environ cinquante ans , exerçant le double métier de chanteur public et de chifibnnier, s'endormit en plein champ dans un état complet d'ivresse. Des mouches {musca carnaria) déposèrent leurs œufs à l'entrée des diverses ouvertures naturelles de son corps, entre les paupières, aux narines, aux oreilles, sur le prépuce. Les larves de ces insectes étant écloscs s'introduisirent dans le nez, les oreilles, les orbites, détruisirent les yeux, etc. Sous les tégumens du cràue elles formaient de grosses poches.
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B. Lésions organiques.
Les lésions organiques qui forment la seconde classe du système nosologique de M. Richerand ont des caractères généraux aussi nombreux et aussi importans que ceux des lésions physiques. Cet auteur entend par lésion organique , une altération de structure des organes si profonde et si complète, que l'on ne reconnaît pas la nature primitive du tissu malade, ou que même il y a production de nouvelles substances, de nouveaux tissus qui n'ont rieu d'analogue dans l'économie. Une simple altération dans la couleur, le volume, la densité, l'arrangement des parties constituantes d'un organe, ne suffit pas pour caractériser une lésion organique.
Toute lésion organique suppose l'entière aberration des lois qui président à la nutrition des parties, une altération de la sensibilité et de la contractilité nutritive ou organique, sans qu'on puisse dire si ces propriétés vitales pèchent ici par excès ou par défaut, s'il y a sthénie ou asthénie. La cause prochaine des lésions organiques est absolument ignorée dans son essence. Les maladies organiques paraissent n'entraîner presque jamais la mort que d'une manière médiate, tandis que les autres maladies en sont souvent la cause immédiate (Bayle). En effet, la maladie organique commence et parvient à un certain degré, sans produire aucun phénomène sensible ; mais à mesure qu'elle fait des progrès, elle dérange plus ou moins les fonctions, et altère plus ou moins profondément les propriétés vitales. « Les maladies organiques sont généralement incurables, lorsque leur position interne , cachée, les met hors d'état d'être soumises aux opérations chirurgicales, et l'on peut ajouter que lors même que l'instrument d'un chirurgien peut atteindre au siège des lésions organiques, la guérison que nous procurons par l'opération mérite à peine ce nom , puisqu'on ne peut l'obtenir qu'en emportant la partie malade tout entière, en mutilant l'individu trop souvent exposé à de fâcheux
percées d'ouvertures ulcéreuses, desquelles elles s'échappaient par milliers lorsqu'on les comprimait. Toutes ces larves furent extraites dès le second jour de l'entrée du malade .i l'hôpital Saint-Louis. Les j'eux étaient totalement détruits, et quand on retira des larves à travers les perforations de la cornée, les crystallins s'échappèrent : les tégumens de la partie supérieure du crâne tombèrent en gangrène, et le malade ne mourut que plus d'un mois après son entrée, étant dans un état complet de démence, et se croyant toujours poursuivi par des assassins. Les os de la voûte du crâne étaient en partie nécrosés; la duie-nière et l'arachnoïde étaient enflamme'es dans la même région.
6l PATHOLOGIE CHIRURGICALE.
retours, comme on le voit à la suite de l'extirpation des cancers, des polypes, etc. (i).»
Les lésions organiques étant une fois établies , rien ne peut les faire rétrograder. Un tubercule, un corps fibreux, peuvent rester long-temps stationiiaires, s'ils s'ossifient ou éprouvent une transformation pierreuse; mais en général les tubercules, les vrais squirres, les cancers, les polypes, etc., ne se terminent jamais par résolution; ils tendent, soit à se détruire par le ramollissement et la suppuration, soit à prendre un accroissement indéfini.
M. Richerand a cru pouvoir réduire à cinq ordres principaux les lésions organiques, « fermement convaincu , dit-il, que les progrès ultérieurs de l'aiiatomie pathologique, cultivée avec un nouveau zèle, ne tarderont pas à rectifier ce que cette classification peut offrir de vicieux ou d'incomplet. » Ces ordres sont désignés parles noms de tubercules , de cancers , de poljpes, de kystes et à' ossifications.
Suivant que l'affection organique se développe primitivement au milieu des parties saines qui n'éprouvent que consécutivement la dégénérescence , ou que la maladie commence d'abord par l'altération du tissu de ces parties elles-mêmes, M. Richerand subdivise en deux genres chaque ordre de lésions organiques : tubercules spontanés et dégénérescence tuberculeuse; cancers spontanés ou primitifs et dégénérescence cancéreuse ; excroissances polypeuses et corps fibreux; kystes spontanés et formés par F organe, comme on le voit dans les hydropisies des ovaires; ossification des parties molles , comme artères, membranes, ei concrétions pierreuses formées dans le cerveau, au voisinage des articulations, etc. Les espèces, dans chaque, genre se déterminent d'après le siège de l'affection; elles peuvent être simples ou compliquées (2).
(1) M. le docleur Martin d'Aubagne, Mém. de la Sociélé mtd. d'EmuL, toni. VII.
(2) M. le professeur Ghomel, dans son ouvrage sur la pathologie générale, rapporte à quatre séries les principales lésions que présentent les organes après la mort, savoir : x° lésions de structure; 2» de conformation ; 3* de rapports; 4° altérations des fluides ; 5° il établit une cinquième série entièrement distincte des autres, et dans laquelle il place les corps étrangers , inanimés ou vivans, qu'on rencontre dans nos organes.
1° Parmi les lésions de structure il place les inflammations, les ulcères, les fistules, la gangrène, le tuipercule, le cancer, la mélanosc, le ramollissement, l'endurcissement et les transformations organiques.