‹ Pathologie chirurgicale. Plan et méthode qu'il convient de suivre dans l'enseignement de cette science. Thèse présentée le 20 mars 1831 au Concours pour la Chaire de Pathologie externe près la Faculté de médecine de ParisChapitre 6 sur 17 · C. Lésions vitales · texte numérisé non relu

C. Lésions vitales

Les lésions -vitales consistent essentiellement dans l'altération des propriétés par lesquelles les corps organisés et vivans se distinguent de la matière inerte; elles affectent la sensibilité et la contractilité , propriétés confondues par plusieurs physiologistes sous le nom commun de vitalité. Les lésions organiques reconnaissent à la vérité pour cause première ou formelle, une aberration de la sensibilité nutritive, d'où est provenne l'altération de texture; mais celle-ci est le phénomène le plus remarquable de la maladie; il la caractérise essentiellement. Plusieurs lésions vitales, les inflammations, par exemple, entraînent un changement dans la structure de la partie malade: elle devient plus rouge, plus volumineuse; la proportion des solides aux liquides se trouve changée; la disposition des fibres, des vaisseaux, des parties constituantes, est un peu modifiée, mais non pas au point que le tissu de l'organe malade en devienne méconnaissable, comme il arrive par l'effet des lésions véritablement organiques; néanmoins des inflammations prolongées et répétées peuvent amener une altération de la sensibi-

2* Les altérations dans la conformation des parties comprennent les cliangemens de forme, de volume et de couleur.

3° Les altérations dans les rapports comprennent les luxations, les hernies internes et externes; l'intus-susception des intestins; le renversement de l'utérus ou du rectum; les adhérences des surfaces libres des membranes séreuses ou des extrémités articulaires des os, les ankyloses.

4* Les altérations des liquides sont très-nombreuses, abstraction faite de celles sur lesquelles on n'est pas d'accord. M. Chomel examine successivement les altérations du mucus, de la sérosité, des membranes qui la renferment et du tissu cellulaire, de la synovie, des liquides sécrétés, du sang, des liquides accidentels, du pus, et des fluides gazeux.

5° Les corps étrangers que l'on trouve à l'ouverture des cadavres sont de diverses espèces ; les uns sont inanimés , les autres ont joui ou jouissent encore de la vie. Parmi ceux qui sont inanimés, les uns ont été formés en dedans du corps; tels sont les calculs biliaires, urinaires, et ceux qu'on rencontre dans les articulations, dans les voies salivaires , les poumons, l'utérus. Parmi ceux qui sont venus du dehors, les uns ont été introduits par des plaies, et notamment par celles d'armes à feu; les autres par les voies naturelles, comme la bouche, les narines, l'anus, l'urèthre ou le vagin chez la femme.

Les corps étrangers vivans qui existent dans l'homme sont les vers ascarides lombricoides , les ascarides vulgaires , les trichocéphales trichurides, et plusieurs variétés de toRnia. Des hydatides de diverses espèces se trouvent aussi dans l'intérieur des viscères ou des cavités splancbniques , des larves d'insectes ont été vues dans les fosses nasales, etc.

lité nutritive telle, qu'il en résulte une véritable aberration de nutrition, et qu'en conséquence le tissu de la membrane s'altère, qu'il en naisse un polype, ou même qu'elle subisse la dégénérescence cancéreuse. ■ Les lésions vitales, comme les lésions organiques, produisent des symptômes ou des effets physiques, tels que l'accroissement de volume de la partie malade, son union aux parties voisines, sans qu'il y ait, pour cela, changement de nature. Il est des lésions vitales qui existent sans produire d'effets physiques, et même sans altérations organiques au moins appréciables: telles sont beaucoup de maladies nerveuses. Ainsi les lésions vitales sont parfois éminennnent et purement vitales, tandis que, dans d'autres occasions, elles entraînent un commencement d'altération dans la structure de la partie malade: c'est par là qu'elles tiennent aux lésions organiques dont néanmoins elles diffèrent essentiellement.

De toutes les maladies auxquelles notre corps est sujet , les lésions vitales sont les plus nombreuses , c'est aussi sur elles que se sont principalement exercés les nosologistes.

M. Richerand rapporte à quatre modes généraux les lésions vitales ; toutes consistent dans l'augmentation , la diminution , l'abolition ou l'aberration des propriétés de la vie; il y a dans toutes, sîhénie ou asthénie, paralysie ou ataxie. Les piopriétés vitales sont accrues, affaiblies, éteintes ou perverties ; la sensibilité et la contractilité sont plus vives ou moindres, absentes ou irrégulières. En outre, ces quatre modes généraux peuvent se combiner pour produire des affections composées. La classe des lésions vitales se partage donc en quatre sous-classes, les sthénies, les asthénies, les asphyxies et les ataxies.

Dans les sthénies sont comprises les fièvres, les inflammations , les hémorrhagies actives et les hydropisies qui ont le même caractère. Dans toutes ces maladies il y a excitation continue ou intermittente, régulière ou irrégulière ; la vitalité semble accrue, l'accélération des mouvemens organiques en fournit la preuve.

Les asthénies ou débilités caractérisées par un affaiblissement marqué , une diminution des forces vitales, comprennent également quatre ordres, les affections scrophuleuses et scorbutiques, les hémorrhagies et les hydropisies passives.

I,es asphixies consistent, suivant leur e'tymologie grammaticale, dans hi

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privation du pouls, du mouvement, effets de la suspension momentanée ou de l'extinction absolue des forces vitales. Dans cet ordre se rangent naturellement la syncope, les asphyxies locales et générales , effets d'une commotion vive , de la contusion d'un nerf, de la ligature d'un vaisseau principal, de l'inspiration d'un gaz délétère , la paralysie et !a gangrène dont la nécrose n'est qu'une variété.

Dans les ataxies se trouvent presque toutes les maladies auxquelles les auteurs ont donné le nom de névroses. Cette dernière classe , qui comprend toutes les aberrations possibles de la sensibilité et de la conîractilité de nos organes, toutes les irrégularités, toutes les anomalies dont elles sont susceptibles , renferme les névralgies dans lesquelles la sensibilité se trouve douloureusement accrue ; les convulsions dont le tétanos , l'asthme , la coqueluche, la chorée, la catalepsie et l'épilepsie forment les divers genres ; les vésanies où se rangent l'hypochondrie , la mélancolie, l'hystérie, le satyriasis, la manie et la démence.

Les lésions vitales étant peu connues dans la manière d'agir de leur cause prochaine , on ne peut les faire connaître que par un court exposé de leurs phénomènes ; on substitue à de véritables définitions la briève exposition de ieurs symptômes caractéristiques; elles se traitent spécialement par l'emploi des moyens hygiéniques et pharmaceutiques, et les moyens chirurgicaux qu'elles peuvent réclamer n'agissent qu'en influant sur l'état des propriétés vitales dont l'altération constitue l'essence de ces maladies.

Tel est le résumé de la classification que M. le professeur Richerand a donnée des maladies considérées d'une manière générale. L'auteur ne s'est dissimulé ni les difficultés qu'il avait à vaincre, dans un sujet aussi vaste, ni les corrections que l'on pourrait faire ou le perfectionnement que par la suite on pourrait apporter dans sa classification nosologique.

« Loin de nous toutefois , dit-il , la prétention ridicule d'avoir mis la dernière main à l'édifice que nous nous sommes proposé de construire; notre classification des maladies , inattaquable sous le rapport des bases et des principes fondamentaux, est susceptible de plusieurs objections et d'une infinité de critiques de détail; elle présente plusieurs défauts susceptibles d'être rectifiés, sans que ces corrections partielles, nous osons le croire , nuisent à la solidité de l'ensemble. »

M. Richerand applique ensuite cette division fondamentale des maladies

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en lésions physiques, organiques et vitales, aux divers appareils organiques. « Tout tissu, tout organe, tout système d'organes, dit cet auteur, est susceptible de ces trois modes de lésions; rien n'est donc plus facile que d'appliquer nos principes généraux de pathologie aux maladies classées suivant les organes qu'elles affectent. Cette méthode vraiment anatomique nous offre l'avantage de concilier, autant que possible, l'état actuel de la science et les usages adoptés aujourd'hui dans son enseignement. » L'emploi de cette méthode mixte ou combinée dans laquelle les bases du système nosologique sont appliquées aux maladies qui affectent les divers appareils organiques est impérieusement commandé par l'ordre actuel de l'enseignement. Dans chaque organe, dans chaque appareil d'organes, on doit successivement étudier, d'abord les lésions physiques, puis les lésions organiques, et enfin les lésions vitales, dont l'usage attribue plus particulièrement la connaissance à ce que l'on nomme si improprement la pathologie interne.

M. Richerand fait l'application de sa doctrine aux maladies des divers appareils organiques, et considère successivement les lésions physiques, organiques et vitales de l'appareil sensitif formé par les organes des sens, les nerfs et le cerveau ; de l'appareil locomoteur résultant de l'assemblage des muscles et des os ; de l'appareil digestif, aux maladies duquel appartiennent celles des voies urinaires qui en sont une dépendance; des appareils circulatoire, respiratoire , cellulaire et reproducteur.

Dans chaque appareil, on doit décrire d'abord et dans toute son étendue les lésions physiques qui sont spécialement du domaine de la chirurgie. Ces lésions étant les plus simples, si l'on veut suivre la méthode analytique et s'élever du simple au composé, c'est par elles que l'on doit commencer l'étude de la pathologie , afiîi que la connaissance de cette classe de dérangemens conduise à celle des autres altérations et la rende plus facile.

Pour se conformer à l'usage , l'auteur de la Nosographie chirurgicale n'a pu se dispenser de traiter en général des plaies et des ulcères; leur histoire succède à celle de l'inflammation et de ses diverses terminaisons, au nombre desquelles se trouve la gangrène, eu sorte qu'il a compris dans huit classes toutes les maladies que l'on regarde comme appartenant à la pathologie externe.

1° La première classe réunit dans deux ordres, plaies et ulcères, les maladies qui affectent tous les systèmes organiques. Le premier ordre se com-

pose de six genres, les plaies simples ^ les plaies qui suppurent j les piqûres^ les contusions, les plaies d'armes à feu^ et les plaies envenimées. Le second ordre comprend comme genres, les ulcères atojiiques, scorbutiques ^ scrophuleux, vénériens^ dartreux , carcinomateux ^ teigneux et psoriques.

2° La seconde classe comprend, sous trois ordres, les maladies de X appareil sensitif^ formé par les organes des sens, les nerfs et le cerveau.

3° La troisième classe présente les maladies de X appareil locomoteur ; deux ordres la partagent : le premier est formé par les maladies du système musculaire; le second par celles du système osseux. Chacun de ces ordres se divise lui-même en deux genres; le premier genre des maladies du premier ordre comprend les maladies des muscles, le second celles des parties tendineuses et apone'vrotiques; le second ordre renferme, comme genre, les maladies des os et celles de leurs articulations.

4° Dans la quatrième classe sont rangées sous quatre ordres, les nombreuses affections de X appareil digestif . Ces maladies appartiennent aux organes de la mastication, de la déglutition, de la digestion abdominale et des voies urinaires.

5° La cinquième classe embrasse, sous trois ordres, les maladies de X appareil circulatoire , c'est-à-dire les lésions du coeur, des artères et des veines.

6° La sixième classe contient, sous le titre de maladies de X appareil respiratoire, toutes les lésions mécaniques des organes de la respiration , tous les obstacles à l'entrée de l'air existant dans les conduits aérifères, dans les parois de la poitrine ou dans le poumon lui-méine.

7° Dans la septième classe sont comprises les maladies du tissu cellulaire , telles que les abcès chauds et froids, les abcès par congestion , les loupes enkystées ou sans kystes , et les infiltrations de diverses espèces.

8° La huitième et dernière classe se compose des maladies de Xappureil reproducteur; celles des parties génitales de l'homme en forme le premier ordre; le second comprend les lésions des organes sexuels de la femme.

J'ai analysé avec autant de détails la classification nosoîogique de M. Richerand, parce que c'est celle que j'ai trouvée la plus simple, la plus méthodique, et que j'ai constamment employée avec succès dans mes cours de pathologie chirurgicale.

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