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I.ES PERVERSIONS INSTINCTIVES

linct normal, de tendances contraires et de sens nettement opposé : elle est réalisée par l’inversion des penchants normaux. L’agénésie des inclinations tendres et des sentiments de sympathie aboutit à rindifférenoe affective. Mais la perversion des mêmes penchants attractifs est réalisée par la malignité, gui se traduit par la tendance à nuire et à détruire, par rappétit du mal pour le mal, par la recherche essentielle dé la souffrance d’autrui. Dans le cas d’agénésie afective et morale simple, l’être peut rester neutre, sans orientation hostile élective vis-à-vis de ses semblables : dans sa passivité indifférente, il. sera toujours dirigé par son intérêt personnel, plus ou moins mal entendu ; il sera prêt à tous les entraînements et capable de toutes les complicités. Dans le cas d’inversion affective et morale, le véritable pervers est poussé par des tendances mauvaises à des réactions, non seulement égoïstes, mais franchement agressives et dangereuses contre autrui dans son activité maligne, il sera toujours entraîné, souvent même contre son intérêt personnel évident, à des attentats contre l’honneur, les biens et la vie d’autrui.

Si l’agénésie des instincts affectifs et moraux s’explique par xme certaine variété de débilité mentale, l’inversion de ces instincts relève, dans le même domaine moral, de là déséquilibration psychique, A la débilité, notion quantitative, s’oppose ici, comme dans tous les autres domaines de l’activité nerveuse, le déséquilibre, notion qualitative, qui s’applique, non plus seulement à l’insuffisance génétique simple, mais à la déviation, au désordre et à l’inversion des réactions fonctionnelles. Si la débilité psychique peut être la conséquence d’arrêts de développement, d’aplasies de l’écorce, le déséquilibre des facultés doit plutôt relever d’anomalies congénitales ou précocement acquises de structure, qui troublent, dans leurs proportions et leurs relations respectives, les éléments celluîaires et les systèmes fonctionnels de la substance grise.

L’origine et les causes des perversions instinctives sont donc celles de toutes les autres formes de la débilité et de la déséquihbratîon psychiques. Toutes les lacunes, les dé-

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viations et les inversions des tendances affectives, sexuelles et morales, que synthétise le vocable de perversions instinctives, correspondent, en effet, soit à des arrêts, ou à des anomalies de structure, soit enfin à des lésions acquises de l’écorce cérébrale.

Il est impossible de préciser la nature et le siège de ces anomalies et de ces lésions causales : celles-ci peuvent être d’ailleurs si légères qu’elles échappent complètement à l’investigation la plus minutieuse. Il est possible qu’elles consistent en des malformations encore insaisissables de l’architectonique corticale, qui suffisent à compromettre l’équilibre essentiellement complexe et précaire des plus hautes fonctions cérébrales. L’activité morale, en effet, expression la plus élevée de la sensibilité affective et de 1 instinct de sympathie, plus nécessaire à l’harmonie et aux progrès de la vie sociale que l’activité intellectuelle, représente le couronnement c’est-à-dire la partie la plus fragile et la plus vulnérable de l’édifice psychique.

Aussi comprend-on facilement que, dans le domaine des fonctions psychiques supérieures, à un ïninimum de lésions puisse correspondre un maximum de troubles, et que les plus légères malformations corticales puissent entraîner dans l’activité mentale les lacunes et les déviations constitutionnelles les plus graves.

Il est inutile de répéter ici, à propos des formes affectives et morales de la débilité et du déséquilibre psychiques, les notions classiques, relatives soit aux éléments étiologiques bien connus de la dégénérescence mentale, soit à l’histoire de la famille névropathique, soit aux rapports généraux des malformations somatiques et des tares psychiques qui stigmatisent le dégénéré.

Une mention particulière doit être accordée à l’étiologie des perversions instinctives acquises. Un certain nombre d’observations probantes démontrent que chez un sujet, auparavant normal et correct dans ses instincts, ses sentiments et sa conduite, peuvent apparaître, sans autres troubles psychiques bien marqués, des perversions affectives et morales plus ou moins graves, à la suite de Irau-

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matismes crâniens, même sans fracture, ou d’affections cérébrales variées, aiguës ou subaiguës, qui guérissent, en laissant comme séquelles presque uniques ou au moins dommantes, sans diminution sensible de l’intelligence, des modifications profondes et durables du caractère, des tendances et des sentiments. Comme les mêmes atteintes, traumatiques ou infectieuses du cerveau peuvent, chez d autres sujets, comporter des conséquences bien diffé^ rentes, ou n’être suivies d’aucune modification mentale, il faut encore ici invoquer une prédisposition personnelle, nne vulnérabilité psychique particulière.

Ces faits de perversions instinctives acquises, d’origine traumatique, inflammatoire ou toxique, sont, dans l’ordre e la sensibilité affective et morale, l’équivalent des déchéances et des perversions fonctionnelles, que peuvent déterminer, dans l’ordre de l’activité intellectuelle et volontaire, les mêmes influences pathogènes.

La réalité de la démence affective et morale précoce, secondaire aux encéphalopathies les plus variées, apporte une confirmation expérimentale à la notion de l’origine pathologique des perversions instinctives en général.

L’agénésie et l’inversion des instincts de sympathie et de sociabilité, qui aboutissent, surtout lorsqu’elles sont compliquées d’autres tares psychiques, à la délinquance et à la^ criminalité d habitude, ont les mêmes origines et le même déterminisme que l’agénésie et les déviations des autres modes d’activité mentale qui aboutissent aux états psychopathiques.

Conclusions thérapeutiques et médico-légales

Aux termes de cet exposé, la pei’i'ersité instinctive apparaît comme une forme de débilité et de déséquilibration psychiques, que compliquent toujours des associations pathologiques diverses, notamment des anomalies de l’intelligence, du caractère, de l’humeur et de l’activité, et qui se traduit, dans la pratique, par les actes antisociaux les plus variés.

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La perversité des instincts, étant constitutionnelle, échappe, dans ses formes graves, à toute thérapeutique. Dans ses formes moyennes, et surtout légères, partielles, elle est susceptible, dans la mesure où le permettront les autres anomalies pour la plupart également constitutionnelles qui s’associent à elle, d’être plus ou moins amendée, et favorablement influencée> par l’éducation, l’exemple et la culture morale. Mais ces succès, souvent plus apparents que réels, plus éphémères que durables, sont, en réalité, proportionnels dans leur importance à la bénignité de l’état pathologique. L’amendement moral du pervers est une illusion : soit de philanthropes et d’optimistes, qui croient à la vertu foncière du cœur humain et cherchent les raisons du vice autour de et non dans l’individu ; soit de psychothérapeutes théoriciens, qui croient à l’action bienfaisante du raisonnement et à la réfection d’une mentalité par la dialectique ; soit d’esprits religieux, qui croient à la grâce et à la rédemption du pécheur. Cette illusion sentimentale est d’ailleurs presque toujours, en dépit des leçons de 1 expérience, partagée par les familles des sujets pervers.

Les mesures les- plus efficaces sont, quand 1 internement ne s’impose pas, 1 application des miéthodes médico-pédagogiques en rapport avec le cas considéré, la discipline, la sévérité, l’éducation par l’entraînement au- travail et l’action constante de l’exemple. Ces mesures d hygiène et de rééducation morale peuvent avoir une heureuse influence sur les sujets, non pas pervers, mais simplement débiles de la sensibilité morale, par agénésie relative, par insuffisance de développement des tendances affectives et altruistes. Ces débiles moraux, préservés des mauvaises contagions, pourront bénéficier des heureuses influences de l’exemple et de la psychothérapie.

C’est dans le monde des pervers que se recrutent les délinquants et les criminels d’habitude. L’observation objective démontre l’incorrigibilité de ces sujets, incapables d’adaptation sociale et d’amendement sincère ou durable, toujours en imminence de révolte et d’attentats, et dans cet état dangereux, dont le P*" Garçon a bien analysé

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les éléments et la gravité, du point de vue des problèmes qu’il pose devant le Droit pénal. La plupart de ces délinquants récidivistes démontrent, par leur vie même, leur inintimidabilité par la peine, du moins par les peines tout à fait insuffisantes qu’on leur inflige. Aussi la répression devrait-elle être bien plus sévère, sinon pour intimider le criminel, au moins pour l’éliminer de la société pour un temps très prolongé ou perpétuel. Sans aborder la question de la responsabilité, trop importante pour être examinée ici, on peut affirmer que rétude des perversions instinctives, en montrant les relations intimes qui existent, sur le terrain de la déséquilibration mentale, entre les psychopathes et les vicieux, entre les anormaux et les criminels d’habitude, montre l’erreur et le danger de la doctrine actuelle de la responsabilité, et donne toute leur valeur aux conclusions que le Gilbert Ballet a formulées à Genève, en 1907. ^

Il faut substituer à la notion métaphysique et arbitraire de la responsabilité, la notion positive et objective de la nocivité, de la témébilité du pervers et du criminel, et créer des établissements spéciaux, intermédiaires à l’asile et à la prison, des asiles de sûreté, pour les anormaux dangereux, difficiles, etc., en un mot pour les sujets atteints de perversions instinctives.

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