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Chondrome osteoide du tibia

(8 novembre 1862.)

Plan général du cours et classification des tumeurs.

Sens différents du mot tumeur. Les tuméfactions inflammatoires : les pseudoplasmes, les tumeurs cystiques. Idée fondamentale d'une division scientifique. Classification. Le point de vue anatomique et physiologique. Bénignité et malignité: lupus, cancer. Aspect et consistance comme base de la division: carcinome, tubercule, polype, fongus, chou-fleur, tumeur perlée; — hygroma, meliceris, colloïde, atherome, squirrhe, stéatôme. Ressemblance avec des parties du corps : sarcome dont le parenchyme ressemble à celui du pancréas et du sein. Comparaison avec les tissus normaux.

Le domaine des productions morbides que l'on désigne sous le nom de tumeurs n'est rien moins que délimité dans la science^. Bien au contraire, lorsque nous embrassons l'ensemble si varié de tout ce qu'on appelle tumeurs dans les diverses branches de la médecine, il est parfaitement impossible de leur trouver un caractère commun, général. Les difficultés que rencontre ici l'allemand dans le mot Geschwulst ne sont pas moindres dans les autres langues civilisées où s'emploie le terme latin tumor ou l'un de ses dérivés. Ces mots ont un sens aussi étendu qu'en grec oyxoç, et nous ne savons pas encore aujourd'hui ce Cjue l'on entend désigner lorsque l'on parle de tumeur dans le sens précis du mot. La tumeur inflammatoire, qui est admise partout 2, est presque généralement exclue du domaine spécial des tumeurs.

' Voy. Virchow, Archiv fiirpath. Anatomie und Physiol. und für Min. Median, 1847, t. I, p. 223 , ainsi que Virch. , Handbuch der speciellen Pathologie und Therapie. Erlang. 1854, t. I, p. 334 et suiv. , où l'on trouvera les développements relatifs aux considérations générales touchant cette question.

* On a tenté çà et là, et certes avec fruit, de distinguer le simple gonflement {intumescentia) et la tumeur {tumor).

JM. Kiiss* est le seul qui ait tenté de lui rendre son rang sous le nom de phloyôme.

Jadis il en était, il est vrai, autrement, et l'usage nous en a laissé quelques traces; car dans la suite des temps le domaine des tumeurs s'est tantôt élargi, tantôt rétréci, suivant les besoins du moment et surtout ceux des chirurgiens ; on conçoit en efFet très-facilement que cette dénomination s'applique de préférence à des choses externes. Il ne viendrait à l'idée de personne de qualifier de tumeur un hydrothorax ou, en général, une affection qui intéresse toute la plèvre, et dans laquelle la cavité pleurale serait le siège d'un épanchement liquide, tandis que cependant le même mal, siégeant dans la tunique vaginale du testicule, constitue une tumeur, l'hydrocèle. C'est donc le siège qui fait, seul, que telle chose est une tumeur et que telle autre n'en est pas.

Dans quelques autres cas on a gardé une tradition de l'époque où les tumeurs ne se délimitaient pas encore comme nous le faisons, et l'on appelle encore aujourd'hui tumeur l'augmentation de volume de certains organes dans leur totalité. C'est ainsi que les médecins allemands parlent de tumeur splénique (Milztumor), pour exprimer l'accroissement général de la rate, tandis que, pour d'autres organes, on dirait hypertrophie ou, plus exactement, hyperplasie. Tumeur splénique ne signifie donc pas une tumeur dans la rate, mais bien une rate tuméfiée. On ne dit pas d'un testicule simplement plus volumineux qu'il y a tumeur du testicule; quand on parle d'une tumeur du testicule, cela implique l'idée qu'il y a dans le testicule quelque chose de différent du tissu normal, n'intéressant d'ordinaire qu'une partie de l'organe, pouvant aussi remplacer toute la substance testiculaire, mais dans tous les cas différant du tissu normal. Telles sont les différences qu'entraîne le langage usuel.

On aurait beau mettre quelqu'un à la question pour lui faire dire ce que sont en réalité les tumeurs, je ne crois pas que l'on puisse trouver un seul homme qui soit en mesure de le dire. Il est donc très-important d'établir dès le principe que les tumeurs ne forment pas un groupe bien délimité par leur nature et leur essence, juais qu'on leur assigne des limites basées sur les besoins de la pratique, et sur l'utilité que leur reconnaît

' E. Kuss, De la vasciilarité et de l'injlammalion, Strasb. 1846, p. 49.

CE Ql E TUMEUR VEUT DIRE. 3

la science de l'époque. Il s'ensuit que chacun est libre de reconnaître ou non telle ou telle chose connue tumeur. Le langage usuel seul ou la tradition ne décident pas la question. Si l'on remonte seulement au conunencement du siècle dernier, on trouve que les tumeurs formaient un cadre bien plus étendu qu'aujourd'hui ; on y comprenait entre autres un grand nombre de tuméfactions inflammatoires, par exemple le charbon, l'anthrax, le furoncle, l'œdème^, une série de choses qui aujourd'hui ne sont plus rangées dans les tumeurs. Nous verrons plus tard qu'il n'y a pas réellement de motif rigoureux qui sépare les tumeurs des tuméfactions inflammatoires. Sans aucun doute, on pourrait appeler aussi bien tumeur un abcès qui a atteint une certaine grosseur qu'on le dit d'un cancer. Seulement on a trouvé plus commode d'exclure l'abcès, parce que d'ordinaire il ne présente pas de difficulté diagnostique et que le besoin de la pratique ne range dans la catégorie des tumeurs que les choses pour lesquelles une erreur de diagnostic peut cacher le danger plus ou moins grand dont le mal peut devenir l'objet. C'est ainsi que pour le testicule, l'hydrocèle est une tumeur, parce que très-souvent l'on est conduit à se demander : est-ce une hydrocèle? ou bien est-ce une tumeur du testicule lui-même (sarcocèle) ? ou bien encore une combinaison des deux affections? C'est pourquoi il a semblé utile de traiter de l'hydrocèle à côté du sarcocèle , tandis qu'il n'était pas nécessaire de décrire l'hydrothorax en parallèle avec une véritable dégénérescence (tumeur) de la plèvre, un sarcome par exemple.

Aux différentes époques les exigences variables du diagnostic ont déterminé les divisions qui ont régi la matière ; a mesure que l'on apprit à mieux connaître les tuméfactions inflammatoires et qu'on leur eut trouvé des signes distinctifs, on les a éliminées du cadre des tumeurs, tandis qu'auparavant, tant que la science du diagnostic n'était que faiblement assise, il avait été utile de les y renfermer 2.

'Dans Hippocrate, olSyiti,a exprime toute espèce de tuméfaction ou de tumeur, et ce ne fut que plus tard que l'on distingua les phlegmons et les squirrhes de l'œdème. Galen, In lib. Hippocr. de iis quœ in medicatrina fiunt Comm , lib. 3, sect. 30.

-Dans le cas particulier, les limites se reculent cependant constamment d'une manière toute naturelle. Que l'on compare seulement les travaux qui traitent des tumeurs d'une région déterminée; par exemple, Schuster, Des tumeurs du iliorax. Erlangen 1851.

Si l'on considère que c'est un point de vue purement externe qui nous fait ranger les unes près des autres toutes les choses qui doivent être comprises dans cette catégorie des tumeurs, il est facile de comprendre que l'on ne pourrait remplacer l'expression de tumeur par aucun autre terme qui exprimât déjà un point de Mie génésique tout spécial. Si, par exemple, au lieu de tumeur on voulait dire . comme cela est arrivé fort souvent dans ces derniers temps, pseudoplasme , on aurait une grande série de tumeurs qui ne rentreraient pas sous cette dénomination. Une hydrocèlen'est pas un pseudoplasme , car il n'y a ici aucun travail formateur, mais bien une sécrétion anomale, qui amène une accumulation de liquide : c'est un processus sécrétoire. Ceci ne s'applique pas seulement à Thydrocele, mais à toute une série d'autres choses qu'il ne viendra à l'idée de personne d'exclure de la catégorie des tumeurs, et que ceux-là aussi qui parlent de pseudoplasmes y rangent tout simplement : c'est particulièrement le cas pour nombre de produits cystiformes. Impossible d'admettre une telle confusion. Bien plus, lorsque nous comparons entre eux ces différents produits pathologiques, ils se distinguent trèsnettement en ce cp.ie ceux qui sont en réalité le résultat d'un travail plastique anormal forment un groupe particulier et sont bien distincts de tous les autres. Il s'agit alors en réalité de processus formateurs qui produisent jusqu'à un certain point de faux tissus [telœ spuriœ). Pour ce qui reste après avoir écarté ces produits d'une plasticité anormale , le processus plastique peut tout au plus apparaître comme secondaire et accidentel , et l'attention doit nécessairement porter principalement sur le travail qui préside en réalité au développement de la tumeur, par exemple sur la sécrétion. Il est, par suite, facilement compréhensible que l'idée fondamentale de toute doctrine des tumeurs, quelle que soit l'étendue qu'on leur donne, doit être génésique. Comment se développe la tumeur ?Te\\e est ici la première question et la plus importante.

IMalheureusement on s'en est peu préoccupé. En général on est parti de ce point de vue que toutes les tumeurs forment en réalité entre elles une série coordonnée de produits. Conséquemment on en a établi simplement la classification, en divisant l'ensemble en subdivisions et celles-ci en petites espèces. On n'avait

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