IV. - CHANCRES
Nous ne décrirons pas la syphilis; nous essaierons seulement de présenter un résumé de Tétat actuel de la science sur ce point tant étudié , tant discuté. Nous ne nous occuperons ni des controverses qui ont divisé les syphiliographes, ni des points de doctrine (\u\ ont amené leur désaccord A ceux qui voudraient se faire une opinion sur ce sujet, nous recommandons la lecture des intéressants et nouveaux articles : blennorrhagie, bubon, chancre, syphilis, etc. , d'un syphiliographe-dermatologiste, ((ue de nombreux et importants travaux ont placé à la tête de cette spécialité *, et d'un médecin * fort érudit, élève de M. Ricord, et auquel on doit reconnaître une qualité incontestable de clarté d'exposition.
Oéanlilon. — Sous le nom de chancres, on décrit généralement toutes les ulcérations primitives produites par la contagion vénérienne*. Nous aurons spécialement en vue, dans notre description, les chancres de la verge.
Division. — On distingue généralement deux sortes de chancres : i^ le chancre mou ou simple; 2» le cMncre induré ou syphilitique.
Sous le nom de chancres volants, on désigne vulgairement des ulcérations superficielles, excoriations, le plus souvent herpétiques, qui dis-
1. Traité det maladies tétUriennes, Aphorismet tvr le» maladies céiUrienncs^ par Ed. Langlclxirt
2. Alfred Foumicr, Nouveau Dictionnaire de viédecine et de chirurgie pratiques.
3. Ne confondez pas Icîs mots vénérien et syphilitique. On appelle maladie vénérienne, toute maladie ne développant à la suite des plaisirs de Venue , que le mal soit local ou {général. L'épithète syphilitique suppose l'infection générale de l'économie, une diathèse. Ainsi, la syphilis est une maladie vénérienne, et le chancre mou, qui est un mal vénéricD, n'est pas syphilitique.
paraissent rapidement, et qui peuvent se montrer à la suite d'irritations quelconques du pénis.
Celte division du chancre mérite une explication.
Anciennement, on n'établissait aucune distinction entre le chancre mou et le chancre induré. Tout individu ayant un chancre était considéré comme syphilisé.
C'est à M. Ricord que revient le mérite d'avoi;* montré les différences ([ui séparent ces deux chancres^ et surtout d'avoir t'ait voir (|ue leur traitement est complètement différent. M. Hicord, en présence des manifestations toujoui*s locales du chancre mou et des manifestations générales du chancre induré, a admis l'existence de deux virus : i^ le vinis du chancre mou ; 2« le virus du chancre induré, le virus syphilitique.
Les auteurs qui admettent Fexistence de ces deux virus sont appelés dualistes (c'est le plus grand nombre). Les unicistes sont, par opposition, les médecins, assez rares du reste, (|ui attribuent, comme anciennement, les deux chancres à un virus unique, ([u ils appellent syphilili<[ue.
Lorsque M. Hicord eut donné l'impulsion , on se mit à l'œuvre. L*nn de ses élèves les plus distingués, placé au premier rang parmi les syphiliographes de notre époque, M. Bassereau, le père, s'est livré à de nombreuses recherches scientitiques, desquelles il résulte que les deux chancres datent d'une époque différente.
Le cadre de cet ouvrage ne nous permettant pas de décrire longuement rhistori(|ue du chancre, nous dirons en résumé, d'après M. Bassereau, que le chancre mou était le seul connu des médecins anciens (c'est celui ddT^t parlent Galien, Celse, etc.), tandis que le chancre induré parait n'avoir pris naissance «[ue vers la lin du xv^^ siècle. Les médecins de cette époque ne confondirent pas les deux chancres ; mais, au bout de ((uelques années, Vella et Brassarole englobèrent les deux maladies dans une même description , véritable chaos que M. Ricord commença à débrouiller.
Nous décrirons séparément les deux chancres.
§1.— Chancre mou ou simple >.
Le chancre mou ou simple est un chancre reposant sur des tissus non indurés, se produisant toujours par contagion, et possédant deux caractères essentiels : i^ il ne donne lieu qu'à des accidents locaux; 2<> il est inoculable, et se reproduit avec tous ses caractères sur le malade luimême.
Causes. — Le chancre mou est très-conmiun. M. A. Fournier, sur 311 chancres observés chez l'homme, à la consultation de l'hôpital du
1. Synonymies : chancre non infectant : ulcère iimple ; chancre ancien ; chaneroïde; chancrellc; chancre pêeudo'typhilitique.