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CHANCRE INDURÉ OU SYPHILITIQUE

Le vrai traitement du chancre mou, institué par M. Ricord, est la destruction sur place de l'ulcère. C'est la seule manière de prévenir des accidents. Ce traitement consiste à détruire le virus chancreux, et à transformer le chancre en une plaie simple.

On n'y parvient pas avec des caustiques peu énergiques, comme le nitrate d*argent et autres; le fer rouge, excellent moyen, effraie les malades.

C'est du caustique sulfo- carbonique que se sert M. Ricord.

Voici comment on procède : on prend de la poudre de charbon de bois ordinaire, on y verse de l'acide sulfurique, de manière à faire une pâte demi-solide. On recouvre l'ulcère bien exactement d'une couche de cette pâte caustique, et l'on applique de la ouate par-dessus, pour prot(»ger les parties voisines. Cette cautérisation est supportable.

Au bout d'un certain temps, Teschare tombe avec la pâte desséchée; il reste une plaie simple (lui guérit en se cicatrisant, comme toutes les plaies.

Si le malade ne veut pas se soumettre à la cautérisation , il peut guérir par de simples soins de propreté et par un traitement tonique et reconstituant; mais il reste exposé à tous les accidents du chancre mou.

§ 2. — Chancre induré ou syphilitique.

Le chancre induré a reçu encore le nom de chancre infectant.

Causes. — Il se produit par contagion ou par inoculation, comme le chancre mou, dont il se distingue en ce qu'il ne se reproduit pas sur le malade lui-même, déjà infecté par le virus syphilitique. Inoculé sur un sujet sain, il reprdBuit un chancre induré.

M. Hicord et son école ont soutenu pendant longtemps que le chancre induré procédait toujours d'un chancre semblable.

Le pus du chancre, disait M. Ricord, est fatalement inoculable et reproduit le chancre. Le pus des accidents secondaires n'est jamais inoculable ; ces accidents ne sont pas contagieux.

C'est à M. Langlebert (]ue revient l'honneur d'avoir découvert et démontré le premier, en I80G. que le chancre induré ou syphilitique peut être également le produit de l'inoculation de la matière séro-purulente sécrétée par les lésions secondaires de la sy[)hilis, particulièrement de la plaque muqueuse qui, loin d'être inoffensive, comme on le disait, est au contraire une des sources les plus communes de l'infection syphilitique'.

La découverte de ce fait, aujourd'hui reconnu et admis par tous les syphiliographes, a mis fin aux longues discussions dont nous avons été autrefois témoin sur la contagiosité des accidents secondaires de la

1. Langlebert — Du chancre prodnit par la contagion des accidents secondaires de la syphilis^ Paris, 1861. — Traité des maladies vénérienneSj 1864, p. 444 et suiv.

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syphilis, en permettant à tous les médecins, partisans et adversaires de l'ancienne école du Midi, de se rencontrer sur le terrain commun de la pratique, qui ne démontre que trop, chaque jour, le pouvoir contafcieux de ces accidents.

iVature. — Nous avons vu que le chancre mou est un accident qui ne donne lieu qu'à des manifestations locales. Il n'en est pas de morne de celui-ci.

L'ulcération du chancre induré est l'indice d*une infection générale de l'organisme. Le virus syphilitique est répandu dans le sang, comme le Airus-vaccin ou le virus variolicjue, après l'inoculation de la vaccine ou de la variole.

Au bout de quelcfues semaines, toute une série d'accidents, dits secoù- (laires^ se montreront sur la peau du malade ainsi qu'en d'autres points. Plus tard, surviendront, fréquemment, les accidents tertiaires. Voilà ce qu'on appelle la r&ole; voilà pourquoi on donne au chancre dont nous nous occupons le nom AHnfectant, de chancre de la vérole.

Lorsque le chancre se montre, il est probable que l'économie est déjà infectée; il n'indique pas une infection prochaine; il est la première manifestation de l'infection syphiliticjue, accident primitif.

Symptômes et diagnostic.

iiébnt. — Le chancre induré se montre de quelques jours à un septénaire après le contact. 11 débute, comme le chancre mou, par une vésico-pustule, passant le plus souvent inaperçue. Ordinairement, c'est une petite ulcération qu'on voit comme symptôme initial.

Ciftractères physiques: — L'ulcération est, en gwiéral. unique. Elle est petite, arrondie, pouvant, dans certains cas. s'étendre considérablement ; mais elle ne creuse pas les tissus, comme le chancre mou ; elle est superficielle : il semble (ju'on ait enlevé une partie des tissus vivants en dédolant.

Le liquide fourni par le chancre induré n'est pas un pus abondant comme celui du chancre mou, c'est un liquide séreux, exhalé en petite <|uantité.

Le chancre repose sur une base indurée. Cette induration, caractéristique, (|ui a valu son nom à l'ulcération , est située au-dessous du chancre et tout autour de lui. Elle est ordinairement assez volumineuse pour déterminer le soulèvement de l'ulcère. Elle nest pas rouge^ comme l'induration inflammatoire, phlegmoneuse, qui accompagne (|uelquefois le chancre mou ; elle est blanchâtre. Au toucher, elle donne la sensation d'un corps étranger, comme cartilagineux, dans Tépaisseur des tissus, ou encore d'un morceau de parchemin sous-jacent à l'ulcère. Ses limites sont nettement tranchées, et elle ne se perd pas insetisiblement au milieu des tissus sains, ainsi (|u'on le voit pour l'induration inflammatoire.

CHANCRK INDURÉ OU SÏPHILITIOCE. 3f!3

I,iti(liiralirin du chaitcre. spéciale an chancre inteclaid, esl rorim'i^ d'un e!LSuilat |iln^lîiiun reii If rmaiit un nombre ronaid érable de «'orpu^- L-uicsdu lissij conjonclir.

HympiAmco ét«iguéa. —Tout ii'e.il pan local dans lecliancre îndurr, . TrJKt-ra[iidenienl. apriVi «ton apparition, liiiit à dix jourti environ, il s'atr- Lcompagia* d'une indniation et d'une Inmi'-t'arlinn des gaii^lions inguifliaui tlu ciîlr poriespondajil (llg;. 58). Cette adi'-nopatliÎB se inanirtisle 1 par les raratli'-res suivants : une lumél'urtinn peu considi^rabie. aaii-s l'Aymptrunes inflaniniatoireN; let ^taudeti r-n|j:nri;i'e rouli^nt soum la doi^;!, Kclleii M)n1 indurt'es; elles se prennent par ^;roiipe4 (pléiades ganglion- Brtiair«s!. el ne suppurent ipie dans des cas exceptionnels ; si elles snppu- Ihreiit. leur pus n'e-rt pas inoculable. La lumi^l'arlion Kiiuj^lionnaire gui'rit E :^)0!itani^in''ut.

imUik-iilH fin fihnncre induré (il'npriiB Callerii^r'.

Ir ginElInnuiiini imlnlciilo , ■niillipl*. l'i'

Variété*. - Le elianrre indurt'' n'a pas toujours les m<''ine,< cane- M. Pftur \ps dualisles, Hirord et son iVole, l'iuduralion existe tnu- Wfs; pour d'aulrt^, elle n'est pas constant*», ou si peu aereutni^, qu'on llpeut paslurernnnaitre. Ponrec* derniers, le clianrreinou [leut donner j irtîrole.

ï Ce sont les varii^lt's de rlianrre (jui font la joie des ebarlatans et le

r des nii^derins ronsri«nrieu\.

I II y H des idianrres induri^s avee une induration inHi(;nit1ante. Il y en I uni sont inoiiii' din-s et nioilié mous, nu point i|Ue H. Bollcl a pu dr-

PATHOUMHE CHraUlMHCALB.

crire an chancre mixte. Le chancre parcheminé et le chancre annulaire ne sont que des Tariétés de chancre induré.

Ajoutons que le chancre dur est sujet, comme le chancre mou, mais bien plus rarement que ce dernier, à l'inflammation, à la gangrène, au phagédénisme. etc., etc.

Le diagnostic peut être fait par la comparaison des caractères du chancre induré et de ceu\ du chancre mou. Ces caractères différentiels sont bien exposés dans le tableau suivant, que nous empruntons à Follin :

CHAKCBE SIMPLE.

Plus fréquent ; ordinairement multiple.

Bords décollés , renversés, taillés à pic ; aspect grisâtre ; fond déchiqueté.

Base molle; quelque dureté inflammatoire, mais pas d*induration.

Sécrétion abondante.

Pus inoculable à toutes ses périodes, et sur un sujet vierge et sur un sujet diathésé.

Adénite aiguë non constante.

Suppuration du bubon; inoculation positive de ce pus.

Se complique quelquefois de phagédénisme.

Durée de cinq à huit septénaires.

CHANCRE CSDUBÉ.

Moins fréquent ; ordinairement solitaire; très-rarement plus de deux chancres indurés.

Circonférence se continuant insensiblement avec le centre creusé à Té vidoir.

Induration indolente sans inflammation.

Peu de sécrétion.

Non inoculable sur un sujet diathésé.

Adénopathie indolente constante.

Quand il j a suppuration, le pus du bubon n*est pas inoculable au malade.

Très-rarement phagédéniquc.

Dorée de quatre à six septénaires.

losilc. — Très-sérieux , puisque le chancre induré donne la vérole. Le plus souvent, lorsqu'on a été atteint de chancre induré et de syphilis constitutionnelle, on est réfractaire à une nouvelle atteinte de syphilis, mais non à Finoculation et à la contagion des chancres mous.

Traitement. » Le traitefneni curatif du chancre est simple; il faut favoriser la cicatrisation de la plaie par des applications d'onguent napolitain ou de pommade au calomeL Si Me tarde à se cicatriser, il faut l'exciter et la laver avec du vin aromatique. Des soins de propreté suffisent quelquefois.

S'il existe des complications, on cherchera à les faire disparaître.

Certains chirurgiens recommandent le traitement mercuriel, dès que le chancre parait. Lorsque le diagnostic est certain, la précaution est bonne à prendre, parce qu'on gagne du temps. Mais on n'est certain ni d'empêcher l'évolution des accidents secondaires, ni de les atténuer. On peut donc les attendre sans inconvénient.

On a parlé du traitement abortif du chancre au moment de son apparition. Quelque profonde que soit la cautérisation à laquelle on a recours, il est bien rare qu'on empêche l'évolution de la maladie, parce qu'on ne s'aperçoit jamais d'un chancre tout à fait à son début, qu'en outre il est impossible de dire, à ce moment, si c'est un chancre, et que l'absorption du virus est extrêmement rapide.

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