IL - RÉTRÉCISSEMENTS DU RECTUM
Anaiomie pathoioi^li|ue. — Les rétrécissements accidentels du rectum, les seuls dont nous ayons à nous occuper dans cet article, présentent, au point de vue de leurs caractères anatomiques, de nombreuses variétés.
Leur forme est tantôt celle d'une valvule occupant une plus ou moins grande étendue de la circonférence de l'intestin , tantôt celle d'un véritable diaphragme annulaire, percé d'un orifice central. Souvent ils revêtent l'aspect d'un canal cylindroïde. Il n'existe, en général, qu'un seul rétrécissement.
Leur calibre peut permettre l'introduction du doigt, ou laisser passer à peine un stylet. Entre ces deux extrêmes, on observe tous les degrés intermédiaires.
Leur siège n'est pas moins variable; cependant on peut dire, d'une manière générale, qu'ils occupent l'extrémité inférieure du rectum. Il est rare qu'ils remontent assez haut pour n'être pas accessibles au doigt. Leur hauteur au-dessus de l'orifice anal ast presque toujours inférieure à 6 centimètres.
Les tuniques du rectum sont épaissies, indurées. Cela s'observe surtout dans les rétrécissements consécutifs à une inflammation. Au-dessus de la coarctatiou. l'intestin est distendu et forme une vaste ampoule dans laquelle s'accumulent les matières fécales. La muqueuse, sur ce point, est rouge, ramollie, (juelquefois ulcérée. Des adhérences peuvent s'établir entre le rectum et les organes voisins: des communications anormales peuvent en être la conséciuence.
Canses. — Les causes les plus fréquentes sont la rectite et la syphilis. La rectite détermine, dans l'épaisseur des tuniques intestinales, un dépôt
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de matière plastique qui, par sa rétractilité, resserre le calibre du rectum. II se passe là un phénomène analogue à celui que nous avons étudié eu parlant de la formation des rétrécissements organiques de l'urèthre. La syphilis, agit non comme maladie constitutionnelle, mais par les lésions locales qu*elle est susceptible de produire du côté du rectum. Une blennorrhagie anale causera le rétrécissement du rectum, comme une chaude-pisse occasipnuc celui de Turèthre; un chancre, une ulcération, laisseront à leur suite un tissu de cicatrice ((ui deviendra la cause du rétrécissement.
Il est évident que le rectum peut ctre comprimé par des tumeurs, cancéreuses ou autres, siégeant en dehors de lui ou dans sa cavité. Mais la compression qu'elles exercent sur cet organe ne saui'aitétre considérée comme un véritable rétrécissement.
Sjmptdmes. — Les symptômes sont ceux d'une rétention plus ou moins complète des matières fécales. Au début, les malades sont simplement constipés; ils facilitent les garde-robes par des purgatifs ou des lavements répétés. Peu à peu, la défécation exige plus deftbrts; les matières, lorsqu'elles sont consistantes, sont allongées, filiformes; elles portent l'empreinte du canal étroit qu'elles viennent de traverser. Enfm, à une époque plus avancée, elles s'accumulent au-dessus de l'obstacle, oîi elles forment quelquefois une véritable tumeur qui peut être reconnue par le palper abdominal.
Le besoin de défécation se fait sentir fréquemment, mais il ne peut être satisfait, et il ne s'écoule de l'intestin que quelques mucosités sanguinolentes, d'autant plus abondantes que la muqueuse est le siège d'une plus vive irritation.
Lorsque l'obstruction est complète, on voit apparaître les symptômes graves qui caractérisent Y occlusion intestinale, tels ((ue nous les avons décrits dans le chapitre consacré à cette maladie : ballonnement du ventre, vomissements, petitesse du pouls, pâleur et anxiété de la face, etc.
Marche. Durée. TerminiAisoii. — Le rétrécissement du rectum a une marche lente. Il est difficile de fixer sa durée, mrme approximativement. Il présente à cet égard, suivant les individus, de grandes variétés.
Abandonné à lui-même, il détermine presque fatalement la mort, soit par le seul fait de la rétention des matières, soit par une rupture de l'intestin, qui détermine des abcès stercoraux ou une péritonite suraigué.
Diairnostie. — C'est par le toucher qu'on reconnaît l'existence d'un rétrécissement du rectum. Le doigt permet de constater la hauteur, la forme, l'étendue du rétrécissement. Le spéculum ani cause de vives douleurs et rend peu de services. Dans les cas difficiles, on j>eut employer rinstrumeiit imaginé par Laugier, ({ui consiste en un petit sac de bandrucfèe placé à l'extrémité d'une sonde. On introduit celle-ci dans
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l'intestin, et lorsqu'elle a franchi le rétrécissement, on insuffle le sac de baudruche qui est arrêté au niveau de l'obstacle, lorsqu'on le retire.
Il est impossible de confondre un rétrécissement avec un cancer, un polype, des hémorrhdides. Toutes ces affections sont caractérisées par des tumeurs qui font absolument défaut dans le rétrécissement.
Pronostie. Traitement. — On peut se convaincre facilement, d'après ce que nous venons de dire, de la gravité du pronostic. Il faut donc chercher, par tous les moyens possibles, à rendre à l'intestin son calibre normal.
La cautérisation n'a encore été que rarement employée. Il est difficile de comprendre qu'elle puisse, à elle seule, détruire le rétrécissement, si on ne la combine à une autre méthode.
La dilatation se fait au moyen de mèches introduites dans le rectum, et dont on augmente progressivement la grosseur. On peut aussi la pratiquer au moyen de deux doigts qu'on enfonce dans l'intestin jusqu'à ce qu'on ait atteint le niveau du rétrécissement, et qu'on écarte ensuite brusquement. C'est un procédé de dilatation forcée, identique à celui que nous avons indiqué dans le traitement de la fissure à l'anus.
Lincision a donné de bons résultats, mais elle doit être faite avec précaution. En effet, s'il est nécessaire d'inciser toute l'épaisseur de la partie indurée, il faut prendre garde de dépasser ses limites : on s'exposerait à l'issue des matières fécales dans le tissu cellulaire péri-rectal, avec toutes ses conséquences.
On réserve la création d'un anus artificiel pour les cas où il est impossible d'atta(|uer directement le rétrécissement, où les accidents causés par la rétention des matières menacent les jours du malade.