DU COU
Nous ne décrirons pas ici les maladies qui n'offrent rien de spécial, et <|ui ont été déjà étudiées, telles que pmtule maligne, anthrax^ etc. Nous ne nous occuperons (|ue de celles qui empruntent des caractères particuliers à la région (|u'elles occupent. Celles-ci sont de trois ordres : les h'siom traumaiiqiœs, plaies; les lesiotis inflammatoires, phlegmons et abcès, et les lésions de nutrition, kystes. Nous étudierons ensuite le torticolis, dont la cause peut résider dans divers organes de la région du cou.
ARTICLE PREMIER PLAIES DU COU (LÉSIONS traumatiques)
EnLamcn du malade — L'élève hg >x)rnera à constator. par le regard, \q tnége, Vêtrndtir, \a/orme et la direction de la plaie. Il ne cherchera pas à s'assurer, par l'intn)ductioii du doigt ou d'uu stylet, si des organes imiwrtants sont blessés ou non. Ces complications lui seront révélées par Vexamen attentif des gg m pi ornes fonctionneU : hèmor-
FLAIES DU COU. 21
rhoffie (plaie des vaisseaax)^ Usue de Vair (plaie du laryûx, de la ti-achée), deë matière» alimentaires (plaie du pharynx, de l'œsophage ), etc.
Les plaies du cou, qui peuvent être produites par toute sorte d'instruments vulnérants, présentent les mêmes phénomènes que les plaies en général; mais la blessure de certains organes situés dans les diverses parties du cou donne à la plaie des caractères particuliers. Nous examinerons séparément les plaies des diverses régions du cou.
§ 1. — Plaies de la région sus-hyoïdienne.
Elles sont superficielles ou profondes. Ces dernières peuvent affecter non-seulement les muscles et les nerfs de la région, mais encore la base de la langue et le pharynx. Dans ce dernier cas , la cavité pharyngienne communique avec l'extérieur.
Dans les plaies transversales, résultant presque toujours d'une tentative de suicide, les lèvres de la plaie ont de la tendance à s'enrouler sur ellesmêmes. La phonation et la déglutition sont gênées.
On fléchit la tête sur le cou, pour rapprocher^ autant qu'il est possible, les lèvres de la solution de continuité; on alimente le malade avec une sonde œsophagienne passant par le nez ou par la bouche, afin d'éviter l'introduction des aliments dans le larynx ou dans la plaie. Il est dangereux de réunir par première intention, parce qu'il peut se produire de l'emphysème ou un phlegmon. Ordinairement, on tient la tête fléchie, et. au bout d'un certain temps, la membrane granuleuse qui recouvre la plaie amène l'oblitération complète de l'ouverture.
§ 2. - Plaies de la région sous-hyoïdienne.
Les plaies transversales superficielles présentent des bords qui tendent à s'enrouler sur eux-mêmes, o^mme dans la région sus-hyoïdienne. Les plaies profondes^ qui peuvent être déterminées par des instruments piquants ou tranchants, ou par des armes à feu, se montrent avec des variétés infinies suivant les organes blessés. On comprend toute la gravité des plaies qui intéressent les gros vaisseaux de cette région, et de celles qui divisent plus ou moins complètement le larynx, la trachée, l'oesophage et le corps thyroïde.
Toutes ces lésions peuvent amener la mort par hémorrhagie, par emphysème, par phlegmon, et même par asphyxie, que celle-ci soit le résultat d'un oedème de la glotte ou de l'introduction du sang dans les voies aériennes.
Si le larynx est divisé ou broyé, il se développe fréquemment de l'inflammation, (|uelquefois un œdème de la glotte qui peut nécessiter la trachéotomie.
Lorsque la trachée est coupée transversalement, les deux lèvres de la plaie s'écartent, surtout si la section est complète; alors, il se développe
un emphysème qui peut s'éteiidre à une distance considérable. H faut rapprocher les lèvres de la plaie par la flexion du cou, et il serait imprudent de faire la suture, parce que Tempbysème et le phlegmon ne manqueraient pas de se montrer.
11 n'est pas rare de voir les plaies du larynx et de la trachée laisser un orifice fistuleux , qu'on oblitère plus tard par un procédé autoplastique.
Dans les cas de plaies de Yœsophage^ si la section est incomplète, il faut fléchir la tête et alimenter le malade avec la sonde œsophagienne. Si elle est complète, il faut introduire la sonde à travers la blessure, dans le bout inférieur. 11 reste, dans presque tous les cas, une fistule.
Ces plaies afl'ectent les jugulaires et peuvent amener Fintroduction de Tair dans les veines, dans les artères carotides; elles intéressent souvent le nerf pneumogastrique et le muscle sterno-mastoïdien. Dans ce dernier cas, les deux bouts du muscle se rétractent, et la tête s'incline du côté opposé.
On se comporte difl'éremment , selon Torgane blessé; mais, dans tous les cas, il faut, après le premier pansement, incliner la tête du malade, (le manière ù rapprocher les lèvres de la plaie.
§ 3. — Plaies de la région parotidienne.
Elles peuvent atteindre des organes profonds : nerf facial, artère carotide, veine jugulaire. Ou comprend la gravité de ces lésions. Si la glande elle-même est blessée, la plaie peut se cicatriser; mais il peut arriver aussi qu'il persiste un orifice fistuleux qui laisse écouler la salive.
§ 4. — Plaies de la région sus-claviculaire.
Les plaies de cette région sont très-graves, en raison des organes importants ([ui peuvent être blessés : vaisseaux sous-claviers, nerfs du plexus brachial, plèvre et sommet du poumon. (Voy, Plaies de poitrine.)
S 5. — Plaies de la nuque.
Elles ne présentent rien de particulier. Lorsqu'elles sont profondes et (jue la plupart des muscles sont divisés, la tête s'incline en avant; entraînée par son propre poids, elle tombe sur la poitrine. Ces plaies peuvent êti-e compliquées de lésions de la moelle et de ses enveloppes.
ARTICLE DEUXIÈME
PHLEGMONS ET ABGÊS DU COU (lésions inflammatoires)
Nous les étudierons : 1® dans la région sus-hyoïdienne; 2® dans la région sous-hyoïdienne; 3<> dans les régions latérales du cou; 4« dans la région cervicale profonde ou rétro-pharyngienne; 5<> dans la région parotidienne.
§ 1. — Phlegmons et abcès de la région sus-hyoïdienne.
Les inflammations superficielles de la région sus-hyoïdienne se comportent comme celles des autres parties du corps. Les phlegmons profonds siègent au-dessous de Taponévrose cervicale, le plus souvent dans le triangle limité par le bord inférieur du maxillaire et la courbe du muscle digastrique. La suppuration , englobant fréquemment la glande sousmaxillaire et les ganglions lymphatiques, tend à se porter vers la bouche et le pharynx.
Les symptômes sont les mêmes que ceux de tous les phlegmons profonds ; ils ont ceci de particulier qu'ils gênent la déglutition et la mastication.
La cause des phlegmons profonds est variable. Le plus souvent, la suppuration du tissu cellulaire est consécutive à une adénite aiguë, et celle-ci est amenée par une lésion des dents, du périoste, de los, ou de la portion de muqueuse buccale dont les vaisseaux lymphatiques se rendent dans les ganglions sous-maxillaires.
Il faut ouvrir ces abcès de bonne heure.
§ 2. — Phlegmons et abcôs de la région sous-hyoïdienne.
Ces abcès peuvent être superficiels ou profonds , comme ceux de la région latérale aux(|uels nous renvoyons.
L'abcès thyro-hyoïdien appartient à cette région. Il se forme entre répiglotte. la base de la langue et l'os hyoïde, dans le tissu cellulo-graisseux situé en ce point.
Presque toujours syniptomati((ue d'une lésion de la langue, de l'épiglotte ou du cartilage thyroïde, l'abcès thyro-hyoïdien refoule l'épiglotte en an'ière , et détermine l'infiltration du tissu cellulaire sous-mucjueux de la partie supérieure du larynx. {Œdème de la glotte.)
Ot abcès occasionne une violente douleur et des troubles fonctionnels: gène de la phonation et de la déglutition, dyspnée plus ou moins intense. Il fait saillie du côté de la cavité buccale, et non du côté de la peau.
On le traite par les antiphlogistiques. S'il y a du pus. on fait une incision du côté de la peau.
$ 3. — Phlegmons et abcès des régions latérales.
\je% uns sont sufferficiels. et se comportent comme dans les autres n'îfrions.
Les autres sont profonds; ils se forment dans le tissu cellulaire situé au-dessous de Taponévrose cervicale superticielle, et du muscle sternochfido-mastoîdien. Selon Veipeau. le phlegmon succéderait quelquefois à Touverture d*un abcès situé dans le sternoKrléido-mastoîdien.
Développés souvent sous Tinfluence du froid, ces abcès débutent par une violente douleur. Bientôt, la rougeur et une tuméfaction considérable se montrent. Toute la région est tendue, les organes vasculaires et nerveux sont comprimés. Il existe, en même temps, des symptômes généraux assez intenses.
f)e phlegmon se termine presque toujours par suppuration. Le pus f>eut s'étendre jusr|ue dans le médiastin et occasionner la moi*t.
Le traitement du début, par des sangsues, est rarement suivi de bons effets. Le plus souvent, on est forcé d'avoir recours au bistouri, surtout si la compression de la trachée détermine de la suffocation.
$ 4. — Abcès de la région cervicale profonde.
(Rétro-pharyngiens.)
I>es abcès rétro-pharyngiens se montrent sous trois formes : abcès aigus, abcès chroniques, abcès symptomatiques d'une lésion des vertèbres.
C*a«e«. — On observe la forme aiguc chez les jeunes enfants, à la suite d'une pharyngite un peu intense, d'un érysipèle, à répo((ue de la dentition. Le séjour d'un corps étranger dans le pharynx i)eut être le point de départ d'un abcès rétro-pharyngien.
;%natoiiiie patholoiriqae. — Ces abcès siègent dans le tissu cellulaire situé entre la colonne vertébrale et le pharynx ou l'œsophage. Les ligaments prévertébraux et les vertèbres sont intacts dans la forme aiguë: ces dernières présentent diverses altérations dans les abcès symptomatiques.
mjmptémen. — Début insidieux ; l'enfant refuse le sein, il pousse das cris, il tousse ; bienUH la lièvre s'allume, la bouche et les lèvres deviennent chaudes; un coryza ((uelquefois très-hitense annonce l'inflammation delà pituitaire. Gêne des mouvements du cou, de la déglutition: rejet par les fosses nasales des liquides introduits dans le pharynx; douleur à la pression.
Au bout de 8 à 10 jours environ, dyspnée avec exacerbation pendant la déglutition. Sifflement laryngo-trachéal, voix nasonnée; dysphagie complète. On aperçoit, au fond de la cavité piiaryngienne, une tumeur lis^, rouge: le toucher fait reconnaître <|u'elle est fluctuante.
C*?î> phénomènes s'accompagnent souvent d'éclampsie. tantôt au dé-
but, tantôt à la lin ; d'autres fois, d'une contracture tétanique des muscles du cou.
\^ariété«. — Quand Tabcès est rétro-œsophagien . on constate une tuméfaction à la partie moyenne du cou, principalement au côté gauche de l'oesophage; les boissons séjournent dans le pharynx; la voix est plus vibrante, plus grave ; il y a une douleur vive au niveau du larynx, qui est souvent déjeté en avant et à droite. La tumeur, située plus profondément, est plus difficile à reconnaître par le toucher.
Dans les abcès chroniques et symptomatiques^ les symptômes sont les mêmes ; mais la marche est plus lente, et les phénomènes généraux aigus font défaut.
TerminaUon. — Ces abcès peuvent rester longtemps stationnaires, s'ils sont chroniques ; mais les abcès aigus peuvent s'étendre au tissu cellulaire du voisinage, et fuser dans le thorax en suivant le tissu cellulaire péri-pharyngien et péri -œsophagien. Dans tous les cas, un abcès rétro-pharyngien peut déterminer la mort par suffocation.
Le diagnostic est facile. Il suffit d'examiner la partie profonde du pharynx pour ne point confondre un abcès rétro-pharyngien avec le croup.
Pour savoir si l'abcès est symptpmatique, il faut tenir compte de la marche de la maladie, de l'état des vertèbres cervicales et de la moelle.
Le traitement consiste à donner issue au pus. On entoure de diachylon ou de linge la lame d'un bistouri dont on laisse l'extrémité libre; on ouvre l'abcès du côté de la bouche. Dans des cas rares, si l'abcès fuse sur les côtés du cou, on pourra l'ouvrir à ce niveau en prenant les plus grandes précautions.
Si le pus séjourne dans le fond du foyer, il est possible de le chasser en poussant des injections par l'ouverture faite avec le bistouri. Si l'abcès était chronique, on se servirait avec avantage des injections de teinture d'iode.
§ 5. — Phlegmons et abcès parotidiens.
il y a plusieurs espèces d'inflammations parotidiennes :
1^ I^s oreilion*. — On donne ce nom à une tuméfaction inflammatoire de la région parotidienne, existant le plus souvent chez les enfants, quelquefois épidémiquement, "et caractérisée par du gonflement, de la gène de la mastication et de la déglutition, et par quelques symptômes généraux.
Les oreillons se terminent toujours par résolution, sous l'influence du repos et de la chaleur; ils ne suppurent jamais.
Au moment où ils disparaissent, on constate quelquefois le développement d'une orchite : métastase de (|uelques auteurs.
2^ Les abeè« •ap«rflel«l«. — Ces abcès se montrent dans te tissu cel-
Ho PATHOLOGIE CHIRURGICALE.
lulaire sous-cutaiié de la région parotidieiiiie: ils ne présentent rien de particulier; on doit les ouvrir au plus vite.
t^'^ Les parotide*. — Ce nom impropre est donné à Tinflammatioii de la glande parotide. Linflaramation siège ordinairement dans le tissu cellulaire qui entoure les lobules de la glande: mais on l'a vue affecter le tissu glandulaire lui-même. Dans ce dernier cas. la pression sur la fiarotide fait passer le pus danç la cavité buccale, à travers le canal de Sténon.
L'inflammation du tissu parotidien s'observe quelquefois dans le cours de lièvres graves, parotide symptomatique^ ou au déclin, parotide critiqtie.
Les symptômes sont : une douleur excessive, pouvant s'irradier en suivant les nerfs sensitifs du voisinage; l'impossibilité d'ouvrir la bouche; une gène extrême de la déglutition; des symptômes généraux graves : lièvre intense, céphalalgie, souvent délire et même convulsions.
f^a terminai4son par résolution est rare. Si l'on n'intervient pas, le pus peut détruire la glande parotide, perforer le conduit auditif et s'écouler par cette voie, fuser du coté du tissu cellulaire rétro-pharyngien, amener la destruction des organes contenus dans la glande parotide , nerf facial, etc. Le pus n'a aucune tendance à se porter du coté de la peau; il en est empêché par la résistance de l'aponévrose parotidienne.
Le traitement^ on le conçoit, consiste à donner issue au pus. On fera une ponction plutôt qu'une incision. Que de précautions à prendre dans l'ouverture de ces abcès !
ARTICLE TROISIÈME KYSTES DU COU (lésions db nltrition
Les kystes du cou ne sont pas rares; on en observe plusieurs espèces : les kystes du corps thyroïde, les kystes congénitaux, les kystes ganglionnaires et les kystes thyro-hyoïdiens.
Les causes (|ui déterminent la formation des kystes du cou sont complètement inconnues.
Symptdnies. — Tous ces kystes ont une marche lente, une durée fort longue. Ils peuvent ac(|uérir un volume considérable.
Les kystes ne déterminent de gêne que par leur volume. Ils forment des tumeurs plus ou moins volumineuses, qui n'altèrent ni la température, ni la couleur de la peau ; ils sont arrondis, lisses, et le plus souvent fluctuants. Ils déterminent des symptômes de voisinage dus à la compression des organes voisins; les veines jugulaires peuvent être comprimées, et la circulation cérébrale gênée; le maxillaire est quelquefois comprimé et le malade ne peut pas ouM'ir la bouche.