‹ Pathologie et clinique chirurgicales. v. 1Chapitre 187 sur 317 · UALADIES DR LA MAIN ET DES DOIGTS · texte numérisé non relu

UALADIES DR LA MAIN ET DES DOIGTS

Des difformités, des lésions traumatiques et des lésions inflammatoires peuvent se montrer dans les mains et dans les doigts. On y trouve aussi (les tumeurs de diverse nature qui ne présentent rien de particulier, en dehors de ce que nous avons dit des tumeurs qui ont été étudiées dans le cours de l'ouvrage.

§ 1. — Difformités des doigts.

Les difformités des doigts peuvent exister chez l'enfant naissant ou se inoutrer dans le cours de l'existence; on les divise en deux groupes : les difformités congénitales et les difformités acquises.

A, — Difformités congénitales.

Nous admettrons sept espèces de difformités congénitales des doigts : 1° difformité par augmentation numérique , doigts surnuméraires (po/jfdactylie); 2^ difformité par diminution numérique, doigts absents {ectrodactylie); 3<> difformité par diminution du nombre de phalanges, doigts courts {brachy dactylie); 4^ difformité par augmentation du nombre de phalanges, doigts longs (macrodactylie) ; 5<> difformité des doigts par changement de direction, doigts déviés (clinodactylie) ; 6« difformité des doigts par continuité, doigts adhérents (syndactylie) ; 7® difformité par augmentation de volume, doigts hypertrophiés (mégalodactylie),

io Doigts surnuméraires.

Cette espèce comprend tous les cas dans lesquels le nombre des doigts est augmenté.

FiG. 97. — Squelette de la main d*un polydactyle, d'après une pièce du musée

Dupuytren.

Nous distinguerons quatre variétés de doigts surnuméraires : i® ceux qui sont situés aux extrémités ou au milieu de la série des doigts; i^ ceux qui résultent de la bifurcation du pouce ; 3^ ceux qui sont situés sur le bord cubital de la main ; ^° enfin ceux qui sont séparés par une bifurcation plus ou moins profonde de la main.

A. W^olgi» «urDuméraires qui prolong^ent la série normale. —

Ils sont le plus souvent placés aux extrémités de la série; rarement ils sont intercalés. Ils ont la plus grande analogie avec les doigts normaux, et. au premier abord, on ne s'aperçoit pas de la difformité.

B. Pouce bifurqué. — Quelquefois le pouce offre une véritable bifur-

FlG. 98. — Pouce bifurqué.

Fia. 99. — Pouoe sumoméraire.

DIFFORMITÉS DKS DOIGTS. 397

caliou, comme dans les (ig. 98 et 100; dans d'auUes circonstances, le pouce surnuméraire est situé sur le bord radial de la main , comme dans la fig. 99. Cette difformité n'est pas rare. Dans le cas de bifurcation du pouce, il y a ordinairement deux phalangettes articulées avec la phalange; leurs synoviales ne sont pas distinctes. M. Broca a vu, dans deux cas de pouce

Fia, 100. — Ponce bifiuqné, obseiré par le D" Vidal inr nn indigène de Saïgon

implanté sur le bord radial de la main, la synoviale du pouce suniuméraire communiquer avec celle du pouce normal par un conduit long et étroit.

KlQ. loi.— Doi^ samnméniite du boni t'IO. 102, -~ Doigt aaroamèraire da bord

cubital de la main, avec articnlatioD cubital de ta main, avec fusion du

du mâtacarpien. métacarpieD.

C nmlgtm aamaaiérklrea da h*rd enbltol de 1* ni*la. — l^es

doigts surnuméraires placés sur le bord cubital de la main sont estré-

I. Nous dcTOUB cette obserration et ce deiaiii à la bienTeillance de U.le baron Laney.

mement variables quant à leur siège, à leur volume et à leur structure. On les rencontre assez fréquemment. Quelquefois unilatéral, le doigt surnuméraire du bord cubital de la main existe, le plus souvent, en même temps sur la main du côté opposé, et, dans quelques cas, même sur le bord externe des deux pieds.

Ils peuvent siéger sur toute la longueur du cinquième métacarpien, depuis Tos crochu jusqu'à la première phalange du petit doigt.

Ils sont tantôt rudimentaires, semblables à de petites tumeurs érectile^ plus ou moins pédiculées, tantôt très-développés, comme il est fréquent de Tobserver sur les doigts surnuméraires qui prolongent la série normale (fig. 101 et 102).

D. ËÈoîgt* «urDuméralreii par blfùrcatloD profoade de la malB.—

La bifurcation de la main s'observe rarement. Nous n'avons pu en recueillir que deux observations : Tune a été publiée par M. Murray, de Brighton. en 1863 ; l'autre par M. Giraldès, dans ses Maladies chirurgicalei des enfants (1869). '

2o Doigts absents.

L'ectrodactylie constitue une difformité congénitale, caractérisée par l'absence totale ou partielle d'un ou de plusieurs doigts.

Fio. 103. — Ectrodactylie.

Ce vice de conformation s'observe assez fréquemment, quoique un peu moins souvent que la polydactylie.

30 Doigts courts.

Nous placerons dans cette catégorie toutes les observations qui se rapportent aux doigts dépourvus d'une oiT de deux phalanges. Cette absence de phalange^^ détermine le raccourcissement des doigts, ce qui n'est pas une atrophie, à proprement parler. Cette difformité est assez

UIFFORMITÉS DES DOIUTS. 'M)

rare ; il est curieux de savoir qu'elle est héréditaire dans un ^raitd nombre de cas.

4» Doigt! longi.

Ce groupe comprend tous les vices de conformation caractérisés par l'augmentation du nombœ des phalanges d'un ou de plusieurs doigts.

Ce vice de conformation doit être extrômemenl rare ; nous n'en avons trouvé que deux exemples.

Asseï souvent cette difformité n'est pas limitée aux doigis, et s'étend h une rerlaiiie portion ou à la totalité du membre, de telle sorte que celuici s'allonge considérablement, à tel point que. dans un cas. l'index hypevtropliié atteignait le mollet du sujet placé debout. On peut voir le moule d'un médius extrêmement long dans l'une des armoires du musée Dupuytren.

5* Doigts déviés.

La déviation congénitale des doigtij est beaucoup plus rare que la plupart des vices de conformation que l'on rencontre sur ces organes. Celte déviation peut être palmaire, dorsale ou latérale. On la rencontre fréquemment à l'étatde luxation congénitale incomplète i elle est souvent héréditaire.

Désignée aussi i;

6" Doigts adhéranU.

s le nom de coalescence des doigts, I

syndactylie

- DoitjLn pnli

est complète ou incomplète. Lorsqu'elle est complète . las doigts sont intimement unis dans toute leur longueur, et alors les parties constituantes des doigts sont distinctes ou elles sont tout ù fait confondues. Ces oi-i;anes adhérents ont une enveloppe cutanée commune. Dans quelques

iOO

cas, on remarque à peine'un léger^sillon qui indique leur point de séparation. Il est rare de voir le pouce réuni à l'index isolément.

Dans la syndactylie incomplète, deux doigts, rarement plus, sont unis par une membrane, un repli cutané, une palmature tout à fait analogue à la membrane interdigitale qu'on observe chez les oiseaux aquatiques {doigts palmés). Ce repli cutané est plus ou moins étendu. Tantôt il se porte de la racine des doigts à leur extrémité; tantôt il n'occupe que la moitié de la longueur du doigt, toujours du côté de la racine; car on peut le considérer comme un prolongement du repli cutané que Ion trouve dans Tespace interdigitai.

La largeur de ce repli est variable; il a la forme du triangle dont le sommet correspond à l'espace interdigital. Ses deux bords s'insèrent sur les doigts correspondants, sa base, libre , est concave.

70 Doigts hypertrophiés.

L'hypertrophie des doigts, comme celle des autres parties des membres, paraît avoir été observée beaucoup plus fréquemment à l'étranger, comme on peut s'en assurer par les observations que Ton trouve dans la science.

On en connaît quatorze cas.

B, — Difformités acquises.

Les difformités acquises, ((u'on pourrait appeler encore accidentelles, sont celles qui surviennent consécutivement à une lésion des doigts : brûlure, arthrite, ou à un vice de nutrition : atrophie, hypertrophie.

Ces difformités sont : 1« la flexion permanente; "i^ Yextension permanente; 3« la déviation latérale; 4<> Y atrophie et X hypertrophie; 5® la roideur articulaire; 6^ la syndactylie accidentelle.

Celte dernière nous occupera seule , les autres étant une complication de lésions diverses (|ui ont été traitées en d'autres parties de l'ouvrage, comme la roideur articulaire.

Syndactylie .accidentelle et adhérences Yicienses des doigts.

Nous comprenons sous ce nom toutes .les variétés de difformité où l'on voit un tissu cicatriciel déterminer l'adhérence des doigts avec les doigts voisins ou bien avec les faces ou les bords de la main.

Ces déformations soiit extrêmement fréquentes ; elles sont souvent amenées par la négligence des malades ou des praticiens, quelquefois par rétendue et la nature des lésions.

DIFFOUMITÉS DES IKHOIS. 'iOl

Ces adiiéreiices peuveut amener la déviation latérale, la flexion permanente,ï extension permanente et les adhérences latérales ou syndactylie accidentelle , les seules dont nous nous occupons ici.

Les causes de cette difformité sont toutes celles qui peuvent déterminer le contact des doigts dépourvus d'épiderme et leur réunion, par l'intermédiaire d'un tissu cicatriciel.

Nous savons qu'à l'état normal les surfaces épithéliales, cutanées ou muqueuses, ne peuvent contracter aucune adhérence tant (ju'elles sont pourvues de leur épithélium ; mais, dès que l'élément épithélial est détruit, et que la lymphe plastique est exsudée par deux surfaces adossées , il en résulte une comnmnication de leur système vasculaire (brûlures , ulcères, etc.).

Cette difformité n'offre (rintérêt qu'au point de vue thérapeutique.

Traitement,

Les opérations dont nous a\ons à parler sont applicables à la syndactylie accidentelle, comme à la syndactylie congénitale.

(JucI <|ue soit le procédé <iue l'on emploie, il faut toujours se rappeler ([u'il y a doux indications. La première consiste à séparer les doigts réunis: elle est des plus faciles à remplir. Dans la seconde, le chirurgien doit se proposer la cicatrisation isolée des surfaces saignantes.

lo i(uturc luterdiiritAie- (Velpeau.) — Premier temps. On passe trois lils à ligature au niveau de la commissure. Deuxième temps. On prati(|ue l'incision, d'avant en arrière, de la membrane unissante. Troisième temps. On fait trois points de suture avec les lils.

Premier temps. — f/un des fils à ligature est placé au milieu de lu partie la plus reculée de la membrane interdigitale, au niveau de la commissure : les deux autres lils. à 4 ou o millimètres du précédent, de chaque côté de lui.

A ce moment, lune des extrémités des lils se trouve sur la face palmaire de la main, tandis (jue l'autre est située sur la face dorsale, j Voyez lig. Kfô. C. C, C.)

Deuxième temps. — On prend un bistouri et l'on divise la cloison anormale d'arrière en avant par ponction , ou bien d'avant en arrière . en ayant bien soin de faire arriver le bistouri sur le centre de l'espace trianf^ulaire représenté par les trois lils à ligature. C'est-à-dire (|ue l'extrémité de l'incision est séparée de chacun des fils par un intervalle de 5 à (> millimètres, et probablement un peu moins Iors{|ue les doigts sont très- rapprochés.

Troisième temps. — Quaod l'incision est terminée, la peau dorsale et la peau palmaire s'écartent légèrement au niveau de l'extrémité de l'inci- FoM^— Path. et Clin. chib. — t. ii. 26

lOi iwi'iiiir.iHiiK niiiintiiic.xi.i:.

<ioii ; et c'est oiilro ces deux lèvres écartées i|uc -se (1évt'ln|i()eiil Ips iKnir-

[,'fi)tis clianius et le tissu cicatriciel dans le iiroc(îdé de rincision seule.

Le c.tiiriiriiieii saisit alors les deux exlrt-miles de cliatjue (il isolément . et il fait avec rliaeun deux nu iioint de sutniv. de sorte que . suiraiit une lifiiie conrbe de (|uelfines miltiinètres de loiifî . les deux lèvres avivées de la |ieau sont aifroiiléCM.

l.orsi)ue la i-éiiiiioii est ainsi ohletinc an niveau de la conmiissiire . il est facile {le l'aire cicatriser chaque doi^t isolément.

•" Suture drH plalrH lalêrMic». — l'endattl ijiie. d'nn côté . VeliH^u obtenait des succès en suturant ta o<iTnniissni-e. d'autres ehirurt^ieits réussissaient contplélciuenl en réunissant |)ar la snlure inunédtale les hin'ds de la jilaie sitnée sur les dcnx laces des doigts.

Ile|inis ijuc lautuplasiic a été a{>|dii|née ù la cm'e des adhérences laténdes des doi({ts. depuis ijue le perfeclimineineiil du manuel ojK-raloin: a perniis de faire une ntnivelle connnissure et d'em|iêclier les |)laies latérales (tes doigts de se retrarder, on |M'ut dire (|ue cette ]>artic de la nn'-

.- fi^^tr

'iimilTKS IIILS IK>I(IT

ilci-iiir ii|KM':iUiiiT |ieiit Otic coiisidûiTc coiiiiite une des |ilus heureuses iijipitcattoiis de l'auluplastic.

- 1» Irvm itm plalnlUrnIn; m fila ponmiinl M». Ji k riinnir, ml rimiF'nn du l>|Mliie. — H, K. E. Point* du tuiim wlinn mir ■iuii[inil , III pcnirTiit »■ taiilriiti!r de riaait vue iinila dn dm

jilaft-. rnmiur djm le prwrilé | ■m itr- cAli^ dH ilniffl laiial^iirR

3 Proréilc )ir xpller. — L'optuntioii aijisisle ù tailler un laiiibead liiaiij^ulaii'o de la iiiaiiU'-ie suivante :

l.cs iitiisiuiis ('. K , i> K. |)i'atii|Ui-es sur lu t'uce dursule et uu cuiupiU

Wl: PATHOLOGIE ClllHt'lUaCALE.

liant que la peau , circonscrivent un lambeau à base métacarpienne . dont le sommet atteint le niveau de la première articulation phalan> gienne. Ce lambeau L est disséqué et renversé sur le dos de la main : une incision médiane A £ , se continuant du côté de la face palmaire jusqu'aux limites supérieures de la palme, isole les doigts réunis. — Le lambeau L' est alors ramené dans l'angle de la division et fixé par un point de suture à la peau de la paume de main.

!<» Procédé de M. Decés. — Ce procîédé , excellent dans quelques circonstances, consiste à faire une commissure avec la substance même de la membrane unissante. Voici comment on opère :

Premier temps. — Les doigts étant écartés le plus possible, le chirurgien saisit la membrane unissante entre les mors d'une pince à disséminer, et il l'enfonce entre les branches jusqu'à ce que l'extrémité libre de celles-ci corresponde à la commissure; on fait presser l'instrument par un aide.

Deuxième temps, — Deux incisions sont faites avec un bistouri qui rase les deux côtés de la pince , depuis lextrémité libre de la membrane unissante jus(iu'au niveau de la commissure , oii il importe de ne point les réunir.

Les deux incisions faites, les deux doigts peuvent s'écarter , et il reste dans leur intervalle une bandelette charnue formée par la portion de membrane unissante qui était située entre les branches de la pince. Lorsqu'on fait les deux incisions, il faut les écarter le plus possible, afin d'avoir une languette un peu large, mais toutefois sans blesser les synoviales et sans dénuder trop largement les doigts.

On tient les doigts écartés au moyen d'une palette digitiforme, après avoir fait un pansement simple. Par la suite, les plaies des doigts se cicatrisent après su[)puration , et pendant ce temps la languette charnue intermédiaire vient s'appliquer dans l'espace inlerdigital, où elle constituera la commissure nouvelle.

&o Procédé de Didot. — L'opération se compose de trois parties :

Page 1