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EMBAUMEMENT

Où le médecin cherchera-t-il la description de cette opération,» longue et si minutieuse, si ce n'est dans un traité de chirurgie?

Une choie nous a toujours profondément étonné, c*est de voir que la question de Tembaumement n'est étudiée dans aucun livre classique, et que les médecins en sont réduits à envoyer des gens spéciaux, souvent même un garçon d'amphithéâtre, pour procéder à l'opération de l'embaumement. Non-seulement on déconsidère l'art, mais encore on parait se préoccuper fort peu du résultat d'une opération aussi importante. Nous n'avions même pas jusqu'à présent un ouvrage où l'on pût puiser les renseignements nécessaires pour procéder à une bonne opération. La science marcha plus vite que les écrits des auteurs, et, depuis un grand nombre d années, les embaumements ne se faisaient plus que par tradition, et non d'après les livres.

M. Jeannel a publié récemment un excellent article sur l'embaumement dans le Nouveau Dictionnaire de Médecine et de Chirurgie pratiques. Cet article représente aujourd'hui l'état de la science sur ce sujet. H est savamment écrit, très-complet, mais il ne traite pas la question pratique, celle que nous voulons mettre en évidence.

Dans le courant de l'année 1872, M. Sucquet nous a enfin fait connaître ses merveilleux procédés dans un volume * où il traite le sujet tu extenso.

Nous avons largement puisé dans l'ouvrage de M. Sucquet, que nous recommandons aux médecins; la plupart des formules que nous donnons sont celles de cet auteur ; c'est aussi son manuel opératoire que nous adoptons.

Voici Tordre que nous suivrons dans cet exposé du manuel de Tem-

baumement :

Laissant de côté l'historique de l'embaumement, qui est du ressort d'un traité spécial, nous dirons quehiucs mots de cette opération chez les anciens; nous arriverons rapidement aux divers procédés d'embaumement qui ont été en usage dans le cours du xix<» siècle, pour insister plus longuement sur le procédé perfectionné, actuellement en usage, et qui mérite une description minutieuse.

1. De Vemhaum&ment ohtt Ui ancieni et chez la modemeê^ et des eomenfotwus powr V étude de CanatomiSy par le !> Suoquet, 1 voL de 315 pages. Paria, 1872, chei Adrien Delabaje.

DE l'embaumement CHEZ LES ANCIENS. 879

ARTICLE PREMIER

DE l'embaumement CHEZ LES ANCIENS

L'idée de soustraire le corps de l'homme à la décomposition date des temps les plus reculés. Ce n'est pas, assurément, par mesure d'hygiène, que les Egyptiens embaumaient les corps, mais par vénération pour les restes du défunt. (N'est-il pas avéré que les criminels étaient considérés comme indignes d'être embaumés, et que ce peuple apportait le plus grand soin dans l'embaumement d'animaux qui étaient l'objet de leur culte ? )

Les hommes de science comprennent difficilement l'enthousiasme des gens du monde pour les procédés d'embaumement des Egyptiens, qui étaient évidemment inférieurs à ceux que nous employons aujourd'hui.

Que dirait-on de nos jours si l'on voyait un médecin , appelé dans une Camille pour pratiquer un embaumement , extraire la cervelle par les narines, ouvrir le ventre pour en ôter les viscères? Nous ne croyons pas qu'on puisse comparer les résultats obtenus par les anciens à ceux que donne le procédé actuellement en usage. Le lecteur se fera juge.

Il existait chez les Egyptiens diverses espèces d'embaumement, comme nous l'apprend Hérodote, qui visita l'Egypte 450 ans avant Jésus-Christ. Diodore de Sicile nous apprend que la première classe était payée un talent, c'est-à-dire 4,800 fr.; la deuxième classe valait vingt mines, c'est-àdire 1,500 fr.; le prix de la troisième et dernière classe était très-inférieur.

Yoici de quelle manière ils opéraient en général.

È^ Manuel opératoire.

• Les embaumeurs, dit Hérodote, tirent le cerveau par les narines, en partie avec un fer recourbé, en partie par le moyen de drogues qu'ils introduisent dans la tête. Le corps étant étendu par terre, ils font sur le flanc gauche une incision d'une longueur suffisante, au moyen d'une pierre d'Ethiopie tranchante. Ils tirent ses intestins par cette ouverture, les nettoient avec du vin de palmier, les mettent dans un coffre, et les jettent dans le fleuve après une invocation au Soleil.

€ Ils remplissent ensuite le ventre d'un mélange de myrrhe broyée, de cannelle et de parfums, l'encens excepté; puis ils recousent l'ouverture.

c Ces deux opérations étant faites , ils recouvrent le corps de sel (natrum des anciens), et ils le laissent dans cet état pendant soixantedix jours,

c Après cela, le corps étant lavé, ils l'enveloppent entièrement de bandes de toile enduites de gomme arabique.

• Les parents retirent ensuite le corps, l'enferment dans un étui en bois de forme humaine, et le placent debout contre la muraille, dans une salle destinée à cet usage.

580 PATHOLOGIE CUintBClCJkLe.

• Tvlle était la (Danière la plus magnîlique d'einliadiiier

Pour les ein baume met its moins importanU. on ?'> fi d'une Taçon ililTérenle. Dans certains cas. on ne n-tirait )>.< ou ne faisait aucune incision au ventre, et l'on injectai: p.ir au moyeu de seringues, une granJe quajitilt? tl'tini' oerlaiti' tueuse extraite du cèdre. Ou boucliail l'ouvorluro pom liquide de sortir, et l'on salait Iv corps puidaul Miixa comme nous l'avons dit plus haut. Le dernier jnur. on IW^ corps la liqueur injectée. On croyait alors qut* celle li(|uBil^4 entrailles.

Pour les embaumemiiiits des pauvres, on injeclait datii j liqueur immmée mrma'ia. et l'on procMail à la ^laisua, c soixante-dix jours.

L'emmaillottemeiit des corps était (ait avec uu art diffi prenait de nonbreuses bandes de toile do plusieurs miliUlf " les appliquait les nues sur les autres, au nombre de Ifl t l chaque membre, ensuite aulour du corps entier. Tous Xt enveloppés à peu près de la ntcnie maiiii>re; il n'y avaCL ' que dans le nombre des bandes employées et dans la iiu:.

Nous n'entrons pas dans les détails d'orueaienlalion . rure, dont on entourait quelquolbi» l(>s corps einliaumi:-^

>- Cbi

Les corps embaumés se moniiflaicnt . chez les Egypii' dans la nature des substances employées, ni dans l'actio» i sel, qu'il faut rechercher la cause de cette momilicalion climat particulier h. l'Egypte. Voilà pourquoi ce peuple i [1 imitateurs, et pourquoi tes corps embaumés se momiliï' pays ayant les produits du Nil et le climat de l'Egypte.

Dj reste, lorsqu'un voyageur est enseveli dans les sabi Lybic. son corps est souvent momifié, sans l'intervention poussière chaude el le vent brûlant du désert.

Les momies égyptiennes ne se conservent que dans dt failciuciit secs; elles attirent proniptement l'humiditét el une odeur désagréable.

il semblerait donc résulter de ces faits qu'il n'est pas p server le corps humain dans nos climats froids el humide telle conclusion serait téméraire, comme nous allons le vents chauds et le sable sec de l'Egypte ont la propriété » corps en les momifiant, on ne saurait se refuser à adme^ turc, dans ses caprices, nous montre de temps en tem{ points de notre pays, de magniliques résultats, non point d mais de coitsenalion admirable du corps hutiiainjutque ào' loluvK det chairs.

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Di l'imbaumembnt ghsz les anciens. 881

C'est ce qui s'est produit au couvent des Capucins de Païenne, à la morgue du mont Saint-Bernard, aux souterrains des Cordeliers et des Jacobins de Toulouse , et dans les caveaux de la tour Saint-Michel , à Bordeaux.

Dans ces divers lieux, on a constaté la conservation parfaite du corps, sans qu'il ait été soumis à une opération quelconque d'embaumement, par les seuls efforts de la nature.

Il ne faudrait pas croire que tous ces corps ont été préservés de la décomposition de la même manière.

Dans le couvent des Capucins de Palerme^iï existait un canal souterrain dans lequel coulait un ruisseau. Sur ce canal, les religieux avaient établi une grille, sur laquelle ils déposaient leurs corps à nu. L'épiderme se décollait bientôt, et le derme laissait transpirer et tomber dans l'eau les liquides profonds du corps sans subir de décomposition, à cause de la basse température du lieu. Vers la fin de l'opération , les sujets étaient exposés à Tair libre pour compléter leur dessiccation, et rangés ensuite dans une chapelle. (Sucquet, {oc. cit. , p. 218.)

On voit dans la morgue de l'hospice du mont Saint-Bernard des corps momifiés ayant appartenu à des voyageurs perdus dans les neiges des Alpes. La température du couvent, situé à 7,200 pieds au-dessus du niveau de la mer, est rarement au-dessus de zéro, même en été. Dans la salle de la morgue deux fenêtres, directement opposées et toujours ouvertes, y entretiennent un courant continuel d'air froid, et les corps, dressés le long des murailles, s*y momifient lentement. (Sucquet.)

On voit que, dans ce dernier cas. cest à Faction du froid qu'il faut rapporter la momification.

Relativement aux souterrains des Jacobins de Toulouse, voici ce que l'on trouve dans les Voyages du Père Labat : c Le sacristain des Jacobins de Toulouse nous conduisit dans une espèce de cellier autour duquel il y avait un assez grand nombre de corps de nos religieux, rangés à coté les uns des autres, secs, légers et si peu défigurés, que ceux qui les avaient connus vivants les reconnaissaient et les nommaient. J'en pris quelquesuns, entre autres celui d'un jeune religieux mort à dix-huit ans. La jeunesse était encore peinte dans les traits de son visage, et, excepté la couleur, rien ne lui manquait pour le faire croire vivant. Rien de plus léger que ces corps. Le sacristain nous dit que, suivant la disposition du temps, ils étaient droits ou courbés. H nous dit aussi que, suivant ses registres, il y avait des corps qui étaient depuis plus de cent ans dans ce lieu. »

Julia Fontanelle regarde la chaleur élevée des caveaux des Jacobins comme la cause principale de cette préservation. Les tombeaux de pierre où les morts étaient déposés s'échauffaient comme le milieu dans lequel ils se trouvaient, et si ces tombes étaient de pierre poreuse, comme la topographie de Toulouse peut le faire supposer, les corps des religieux devaient y perdre facilement leurs liquides. Enfin une exposition à l'air

pendant quelque temps, à la sortie des sépulcres, achevait leur des»ccation. (Sucquet.)

En ce qui concerne les momies des caveaux de la tour Saint-Michel, à Bordeaux^ nous trouvons des renseignements dans le rapport des docteurs Bermont, Boucherie, Gaubert et Preissac. On voit qu'ici la nature n'a pas eu recours à un excès de température pour préserver les corps de la décomposition, mais bien à une véritable réaction chimique.

« Les cadavres qu'on montre à Bordeaux, dans le caveau situé sous la tour Saint-Michel, dit le rapport, y ont été déposés en 1793, à peu près dans l'état où nous les y retrouvons aujourd'hui. Ils proviennent des sépultures de l'église et du cimetière qui était à sa porte. Une grande quantité d'os et de débris de parties molles, desséchées et conservées comme les cadavres entiers, forment une couche de dix-sept à dix-huit pieds, sur laquelle sont appuyées les extrémités inférieures de soixantedix sujets, dressés en cercle le long du mur et maintenus dans la position verticale par des cordes qui les retiennent. Les uns, dit-on, reposaient dans la terre depuis plusieurs siècles, d'autres depuis soixante ou quatrevingts ans au plus.

c Lors de notre visite, le fi du mois d'août 1837, nous voulions constater avec soin l'état de ces corps, celui du milieu oii ils se conservent depuis plus de quarante ans, et surtout nous procurer des lambeaux de la peau et des muscles, pour les examiner à loisir et les soumettre à quelques réactifs chimiques qui pussent nous révéler la présence de l'élément conservateur. Nous ne pouvions espérer de recueillir de la terre qui les avait recouverts, puisqu'ils étaient superposés à des débris jetés dans ce lieu à l'époque où ils y avaient été renfermés.

f Après nous être munis d'un thermomètre qui donnait 24o R., et d'un hygromètre à 34<> (à l'air libre, l'un et l'autre), nous avons descendu trente à quarante marches qui conduisent au caveau. La fraîcheur ne nous a pas paru saisissante, comme elle Test pour l'ordinaire à cette profondeur pendant les ardeurs de la canicule. Nos deux instruments déposés sur le sol, nous avons procédé à l'examen des cadavres.

« Le peau de toutes ces momies, d'un gris plus ou moins foncé, desséchée et assez douce au toucher, fait éprouver la sensation d'un parchemin faiblement tendu sur des organes desséchés et de consistance d'amadou; les articulations sont raides et inflexibles; la poitrine, le ventre et le crâne, examinés avec soin, ne laissent observer aucune incision, aucune ouverture régulière qui indique quelque trace d'embaumement, même des plus imparfaits. Les différents organes du visage, encore distincts chez quelques-uns, donnent de la variété à ces physionomies; deux ou trois présentent les poils de la barbe assez bien conservés, les dents saines et recouvertes d'un émail brillant. Les extrémités supérieures et inférieures, exactement desséchées et entières chez beaucoup de sujets, sont pourvues de toutes les phalanges; la dernière pourtant est dépouillée de l'ongle. La peau, soulevée et considérée à sa partie

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interne, est tannée comme à lextérieur; toute trace de tissu cellulaire a disparu. Les muscles, séparés de la peau, ont la couleur, la consistance et presque la structure intérieure de l'amadou. La main introduite dans la poitrine y trouve quelques débris des poumons, d'un réseau assez semblable à celui des feuilles des arbres, dépouillées de leur partie charnue : on dirait une masse de feuilles disséquées par les chenilles et rendues adhérentes par les fils et la liqueur visqueuse que ces insectes y déposent. Les intestins, desséchés aussi, sont à peu près dans le même état.

c Tels sont les principaux détails qui se sont présentés à nous dans le cours de notre examen : au premier aperçu, il parait étonnant que ces corps, extraits depuis près de quarante ans du milieu où ils se sont desséchés, n'aient éprouvé aucune altération sensible dans un caveau situé profondément sous la terre et surmonté d'une construction telle que la tour de Saint-Michel. Revenons à nos instruments : peut-être nous aideront-ils à expliquer ce fait. Après une heure de séjour dans cette atmosphère, le thermomètre a passé de 24 à 18», et l'hygromètre de 34 à 42», ce qui donne une différence pour le premier de 6*>, pour le second de 8®, différence bien faible, si on la compare à celle des caves et autres lieux dans la même position apparente. Cet état thermométrique et hygrométrique de Tair, toujours invariable, est, nous n'en doutons pas, une des circonstances les plus puissantes pour maintenir ces momies. A quoi, d'ailleurs, pouvons-nous attribuer ce double état de l'air dans le souterrain? Une fermentation lente, des mouvements de décomposition latente dans la masse énorme de débris animaux qui forment le sol de ce réduit, n'en sont-ils pas la cause probable? Nous le pensons, et nous livrons cette idée à la méditation des savants.

c Quelques morceaux de peau et de tissu musculaire placés dans l'acide hydrochlorique étendu d'eau et traités par l'ébullilion, ont été dissous en totalité dans le liquide. Cette dissolution, traitée par le cyanure jaune de potassium, a fourni un précipité bleu très-abondant, et la présence du fer a été ainsi démontrée. Dès lors, nous avons pensé que la conservation de ces corps était due à la présence d'un composé de fer dans les terres où ils avaient été déposés. Mais le sang humain en renferme aussi ; était-ce la portion de cet élément de nos tissus que l'expérience mettait à nu?. Une suite d'expérimentations comparées sur certains tissus de momies, d'une part, et sur les mêmes tissus, desséchés au soleil, de sujets morts depuis peu de jours, nous ont prouvé jusqu'à l'évidence l'excès de fer dans les premiers. •

9^ Momies.

Nous plaçons sous les yeux du lecteur le passage suivant de Rouyer, membre de l'expédition scientifique d'Egypte, qui a étudié avec détail les diverses espèces de momies.

58i PATHOLOGIE GHiaUBOIGALE.

c Les historiens, dit Rouyer, auxquels nous sommes redevables de tout ce qu*on sait aujourd'hui des merveilles anciennes de l'Egypte, et qui ont écrit dans un temps où les Égyptiens conservaient encore quelques-uns de leurs usages, pourraient seuls nous transmettre le secret ingénieux des embaumements; mais leurs récits nous prouvent qu'ils n'en avaient eux-mêmes qu'une connaissance imparfaite.

c Quoique les récits d'Hérodote et de Diodore de Sicile sur les embaumements ne soient pas très-complets, et que quelques détails paraissent inexacts et peu vraisemblables, comme plusieurs savants français l'ont observé, pourtant, en plaçant dans un ordre convenable ce qu'Hérodote rapporte sur ce sujet, on reconnaît bientôt qu'il a décrit en quelques lignes presque toute la théorie des embaumements. Les embaumeun égyptiens savaient distinguer des autres viscères le /bte, la rate et les reins^ auxquels ils ne devaient pas toucher; ils avaient trouvé le moyen de retirer la cervelle de l'intérieur du crâne sans le détruire; ils connaissaient l'action des alcalis sur la matière animale, puisque le temps que les corps devaient rester eii contact avec ces substances était strictement limité; ils n'ignoraient pas la propriété qu'ont les baumes et les résines d'éloigner les larves des insectes et les mites; ils avaient aussi reconnu la nécessité d'envelopper les corps desséchés et embaumés, afin de les préserver de l'humidité, qui se serait opposée à leur conservation. Ces peuples étaient parvenus à établir des règles invariables et une méthode certaine pour procéder aux embaumements. On remarque, en effet, que le travail de ceux qui étaient chargés d'embaumer les morts consistait en deux principales opérations bien raisonnées : la première, de soustraire de leur intérieur tout ce qui pouvait devenir une cause dé corruption pendant le temps destiné à les dessécher; la seconde, d'éloigner de ces corps tout ce qui aurait pu par la suite en causer la destruction.

« Les résines odorantes et le bitume non-seulement préservaient de la corruption, mais encore éloignaient les vers et les nécrophores. — Les embaumeurs^ après avoir lavé les corps avec cette liqueur vineuse et balsamique qu'Hérodote et Diodore appellent vin de palmier, et les avoir remplis de résines odorantes ou de bitumes, les plaçaient dans des étuves, où, à l'aide d'une chaleur convenable, ces substances résineuses s'unissaient intimement aux corps, et ceux-ci arrivaient en peu de temps à cet état de dessiccation parfaite dans lequel on les trouve aujourd'hui. Cette opération, dont aucun historien n'a parlé, était sans doute la principale et la plus importante de l'embaumement.

c Les Arabes ont saccagé les grottes les plus apparentes et les pyramides. Aussi, pour trouver les momies, ;faut-il pénétrer dans le sein des montagnes et descendre dans ces^vastes et profondes excavations où l'on n'arrive que par de loiigs^ canaux* dont quelques-uns sont encombrés. Là, dans des chambres ou des espèces de puits carrés taillés dans le roc, on trouve des milliers de momiea, entassées les unes sur les autres, qui.

DE l'embaumement CHEZ LES ANCIENS. 585

paraissent avoir été arrangées avec une certaine symétrie, quoique plusieurs se trouvent aujourd'hui déplacées et brisées. Auprès de ces puits profonds, qui servaient de sépulture commune à plusieurs familles, on rencontre aussi d'autres chambres moins grandes et quelques cavités étroites, en forme de niche, qui étaient destinées à contenir une seule momie ou deux au plus. Les grottes de la Thébaïdc renferment un grand nombre de momies mieux conservées que celles qu on trouve dans les caveaux et les puits de Saqqârah. C'est surtout auprès des ruines de Thèbes, dans l'intérieur de la montagne qui s'étend depuis l'entrée de la vallée des tombeaux des rois jusqu'à M^ynet-Abou, que j'ai vu beaucoup de momies entières et bien conservées.

c II me serait impossible d'estimer le nombre prodigieux de celles que j'ai trouvées, éparses et entassées dans les chambres sépulcrales et dans la multitude des caveaux qui sont dans l'intérieur de cette montagne. J'en ai développé et examiné un grand nombre, autant pour m'assurer de leur état et pour reconnaître leur préparation, que dans l'espérance d'y trouver des idoles, des papyrus et d'autres objets curieux que la plupart de ces momies renferment sous leur enveloppe. — Je n'ai point remarqué qu'il y eût, comme le dit Maillet, des caveaux spécialement destinés à la sépulture des hommes, des femmes et des enfants; mais j'ai été surpris de trouver peu de momies d'enfants dans les tombeaux que j'ai visités. Ces corps embaumés, parmi lesquels on rencontre un nombre à peu près égal d'hommes et de femmes, et qui, au premier aspect, paraissent se ressembler et avoir été préparés de la même manière , diffèrent cependant par les diverses substances qui ont été employées à leur embaumement, ou par l'aiTangcment ou' par la qualité des toiles qui leur servent d'enveloppe.

« En examinant en détail et avec attention quelques-unes des momies qui se trouvent dans les tombeaux, j'en ai reconnu de deux classes principales : celles auxquelles on a fait sur le côté gauche, au-dessus de l'aine, une incision de deux pouces et demi environ, qui pénètre jusque dans la cavité du bas- ventre ; et relies qui n'ont point d'ouverture sur le côté gauche ni sur aucune autre partie du corps. Dans l'une et dans l'autre classe, on trouve plusieurs momies qui ont les parois du nez déchirées et l'os ethmoïde entièrement brisé; mais quelques-unes de la dernière classe ont les cornets du nez intacts et l'os ethmoïde entier ; ce qui poun*ait faire croire que quelquefois les embaumeurs ne touchaient pas au cerveau. L'ouverture qui se trouve sur le côté de plusieurs momies se faisait sans doute dans tous les embaumements recherchés, non-seulement pour retirer les intestins, qu'on ne trouve dans aucun de ces cada\Tes desséchés, mais encore pour mieux nettoyer la cavité du bas-ventre et pour la remplir d'une plus grande quantité de substances aromatiques et résineuses, dont le volume contribuait à conserver les corps, en même temps que l'odeur forte des résines en écartait les insectes et les vers. Cette ouverture ne m'a point paru recousue.

comme le dit Hérodote ; les bords avaient seulement été rapprochés, et se maintenaient ainsi par la dessiccation.

c lo Parmi les momies qui ont une incision sur le côté gauche, je distingue celles qui ont été desséchées par le moyen des substances tannobalsamiques, et celles qui ont été salées. Les momies qui ont été desséchées à l'aide de substances balsamiques et astringentes sont remplies comme d*un mélange de résines aromatiques, et les autres d'asphalte ou bitume pur.

« Les momies remplies de résine aromatique sont d'une couleur olivâtre ; la peau est sèche, flexible, semblable à un cuir tanné ; elle est un peu retirée sur elle-même, et ne paraît former qu'un seul corps avec les fibres et les os; les traits du visage sont reconnaissables et semblent être les mêmes que dans Tétat de vie; le ventre et la poitrine sont remplis d'un mélange de résines friables, en partie solubles dans l'esprit-de-vin ; ces résines n'ont aucune odeur particulière capable de les faire reconnaître; mais, jetées sur des charbons ardents, elles répandent une fumée épaisse et une odeur fortement aromatique. Ces momies sont très-sèches, faciles à développer et à rompre ; elles conservent encore toutes leurs dents, les cheveux et les poils des sourcils. Quelques-unes ont été dorées sur toute la surface du corps, d'autres ne sont dorées que sur le visage, sur les parties naturelles, sur les mains et sur les pieds. Ces dorures sont communes à un assez grand nombre de momies, pour m'empêcher de partager l'opinion de quelques voyageurs, qui ont pensé qu'elles décoraient seulement le corps des princes ou des personnes d'un rang trèsdistingué.

€ Ces momies, qui ont été préparées avec beaucoup de soin, sont inaltérables tant qu'on les conserve dans un lieu sec; mais, développées et exposées à l'air, elles attirent promptement Thumidité, et au bout de quelques jours, elles répandent une odeur désagréable.

c Les momies remplies de bitume pur ont une couleur noirâtre; la peau est dure, luisante, comme si elle avait été couverte d'un vernis; les traits du visage ne sont point altérés; le ventre, la poitrine et la tête sont remplis d'une substance résineuse, noire, dure, ayant peu d'odeur. Cette matière, que j'ai retirée de plusieurs momies, m'a présenté les mêmes caractères physiques et a donné à l'analyse chimique les mêmes résultats que le bitume de Judée qui se trouve dans le commerce. Ces sortes de momies, qu'on rencontre assez communément dans tous les caveaux, sont sèches, pesantes, sans odeur, difficiles à développer et à rompre. Presque toutes ont le visage, les parties naturelles, les mains et les pieds dorés; elles paraissent avoir été préparées avec beaucoup de soin; elles sont très-peu susceptibles de s'altérer et n'attirent point l'humidité de l'air. Les momies ayant une incision sur le côté gauche, et qui ont été salées, sont également remplies, les unes de substances résineuses, et les autres d'asphalte. Ces deux sortes difi'èrent peu des précédentes; la peau a aussi une couleur noirâtre ; mais elle est dure , lisse et

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