‹ Pathologie et clinique chirurgicales. v. 1Chapitre 292 sur 317 · DE L DCBAUIIEMENT CHEZ LES ANCIENS · texte numérisé non relu

DE L DCBAUIIEMENT CHEZ LES ANCIENS

tendue comme du parchemin ; il se trouve un vide au-dessous , elle n'est point collée sur les os; les résines et le bitume qui ont été injectés dans le ventre et dans la poitrine sont moins friables et ne conservent aucune odeur; les traits du visage sont un peu altérés; on ne trouve que très-peu de cheveux, qui tombent lorsqu'on les touche. Ces deux sortes de momies se trouvent en très-grand nombre dans tous les caveaux; lorsqu'elles sont développées, si on les expose à l'air, elles en absorbent l'humidité, et elles se couvrent d'une légère efflorescence saline que j'ai reconnue pour être du sulfate de soude.

€ i9 Parmi les momies qui n'ont point d'incision sur le côté gauche, ni sur aucune autre partie du corps , et dont on a retiré les intestins par le fondement, je distingue aussi deux sortes : celles qui ont été salées, ensuite remplies de cette matière bitumineuse moins pure, que les naturalistes et les historiens SLppeUeni pisasphalte ^ et celles qui ont été seulement salées.

f Les injections avec le cédria ou le surmaïa pour dissoudre les intestins, selon Hérodote, ne pouvaient atteindre ce but; il estbeaucouo plus naturel de croire que ces injections étaient composées d'une solution de natrum rendue caustique, qui dissolvait les viscères; et qu'après avoir fait sortir les matières contenues dans les intestins, les embaumeurs remplissaient le ventre de cédria ou d'une autre résine liquide qui se desséchait dans le corps.

f Les momies salées qui sont remplies de pisasphalte ne conservent plus aucun trait reconnaissable ; non-seulement toutes les cavités du corps ont été remplies de ce bitume, mais la surface en est aussi couverte. Cette matière a tellement pénétré la peau, les muscles et les os, qu'elle ne forme avec eux qu'une seule et même masse.

c En examinant ces momies, on est porté à croire que la matière bitumineuse a été injectée très-chaude, et que les cada\Tes ont été plongés dans une chaudière contenant ce bitume en liquéfaction. Ces sortes de momies, les plus communes et les plus nombreuses de toutes celles qu'on rencontre dans les caveaux, sont noires, dures, pesantes, d'une odeur pénétrante et désagréable; elles sont très-difficiles à rompre; elles n'ont plus ni cheveux ni sourcils; on n'y trouve aucune dorure. Quelques-unes seulement ont la paume des mains, la plante des pieds, les ongles des doigts et des orteils teints en rouge , de cette même couleur dont les naturels de l'Egypte se teignent encore aujourd'hui la paume des mains et la plante des pieds (le henné , Lawsonia inermis), La matière bitumineuse que j'en ai retirée est grasse au toucher, moins noire et moins cassante que l'asphalte : elle laisse à tout ce qu'elle touche une odeur forte et pénétrante; elle ne se dissout qu'imparfaitement dans l'alcool; jetée sur des charbons ardents, elle répand une fumée épaisse et une odeur désagréable; distillée, elle donne une huile abondante, grasse, d'une couleur brune et d'une odeur fétide. Ce sont ces espèces de momies que les Arabes et les habitants des lieux voisins de la plaine de Saqqârah

tS88 PATHOLOGIE GHIRURQICALE.'

vendaient autrefois aux Européens, et qui étaient envoyées dans ]e commerce pour l'usage de la médecine et de la peinture, ou comme objet d'antiquité; on les choisissait parmi celles qui étaient remplies de bitume de Judée, puisque c'est à cette matière qui avait longtemps séjourné dans les corps qu'on attribuait autrefois des propriétés médicinales si merveilleuses; cette substance, qui était nommée baume de momie, a été ensuite très-recherchée pour la peinture ; c'est pour cela que l'on n'a connu d'abord en France que l'espèce de momie qui renfermait du bitume. Elles sont très-peu susceptibles de s'altérer; exposées à l'humidité, elles se couvrent d'une légère efflorescence saline à base de soude. Les momies qui n'ont été que salées et desséchées sont généralement plus mal conservées que celles dans lesquelles on trouve des résines et du bitume.

« On remarque plusieurs variétés dans cette dernière sorte de momies; mais il paraît qu'elles proviennent du peu de soin et de la négligence que les embaumeurs mettaient dans leur préparation. Les unes, encore entières, ont la peau sèche, blanche, lisse et tendue comme du parchemin ; elles sont légères, sans odeur et faciles à rompre; les autres ont la peau également blanche, mais un peu souple; ayant été moins desséchées, elles ont passé à l'état de gras. On trouve encore dans ces momies des morceaux de cette matière grasse jaunâtre que les naturalistes ont appelée adipo-cire. Les traits du visage sont entièrement détruits, les sourcils et les cheveux sont tombés; les os se détachent de leurs ligaments sans aucun effort, ils sont blancs et aussi nets que ceux des squelettes préparés pour l'étude de l'ostéologie ; les toiles qui les enveloppent se déchirent et tombent en lambeaux lorsqu'on les touche. Ces sortes de momies, qu'on trouve ordinairement dans des caveaux particuliers, contiennent une assez grande quantité de substance saline, que j'ai reconnue pour être presque en totalité du sulfate de soude. Les diverses espèces de momies dont je viens de parler sont emmaillottées avec un art qu'il serait difficile d'imiter. De nombreuses bandes de toile, de plusieurs mètres de long, composent leur enveloppe; elles sont appliquées les unes sur les autres, au nombre de quinze ou vingt d'épaisseur, et font ainsi plusieurs circonvolutions . d'abord autour de chaque membre, ensuite autour du corps entier; elles sont senées et entrelacées avec tant d'adresse et si à propos, qu'il parait qu'on a cherché à rendre à ces morts, considérablement diminués par la dessiccation, leur première forme et leur grosseur naturelle.

« On trouve toutes les momies enveloppées à peu près de la même manière; il n'y a de différence que dans le nombre des bandes qui les entourent et dans la qualité des toiles, dont le tissu est plus ou moins fin , selon que l'embaumement était plus ou moins précieux. Le corps embaumé est d'abord couvert d'une chemise étroite, lacée sur le dos et serrée sous la gorge; sur quelques-uns, au lieu d'une chemise, on ne trouve qu'une large bande qui enveloppe tout le corps. La tête est cou-

DE l'kMBAUMEMENT CHEZ LES ANCIENS. 589

verte d'un morceau de toile carré, d'un tissu très-fin^ dont le centre forme sur la figure une espèce de masque; on en trouve quelquefois cinq à six ainsi appliqués l'un sur l'autre; le dernier est ordinairement peint ou doré, et représente la figure de la personne embaumée. Chaque partie du corps est enveloppée séparément par plusieurs bandelettes imprégnées de résine. Les jambes, approchées l'une de l'autre, et les bras, croisés sur la poitrine, sont fixés, dans cet état, par d'autres bandes qui enveloppent le corps entier. Ces dernières, ordinairement chargées de figures hiéroglyphiques et fixées par de longues bandelettes qui se croisent avec beaucoup d'art et de symétrie, terminent l'enveloppe.

c Immédiatement après les dernières bandes, on trouve diverses idoles en or, en bronze, en terre cuite vernissée, en bois doré ou peint ; des rouleaux de papyrus écrits, et beaucoup d'autres objets qui n'ont aucun rapport à la religion de ces peuples, mais (|ui paraissent être seulement des souvenirs de ce qui leur avait été cher pendant la vie. — C'est dans une de ces momies, placée au fond d'un caveau de l'intérieur de la montagne (derrière le Memnonium. temple de la plaine de Thèbes), que j'ai trouvé un papyrus volumineux, qui se voit gravé dans l'ouvrage. — Ce papyrus était roulé sur lui-même et avait été placé entre les cuisses de la momie, immédiatement après les premières bandes de toile; cette momie d'homme, dont le tronc avait été brisé, ne m'a point paru avoir été embaumée d'une manière très-recherchée; elle était enveloppée d'une toile assez commune, et avait été remplie d'asphalte; elle n'avait de doré que les ongles des orteils.

c Presque toutes les momies qui se trouvent dans ces chambres souterraines, oii l'on peut encore pénétrer, sont ainsi enveloppées de bandes de toile avec un masque peint sur le visage. Il est rare d'en trouver qui soient enfermées dans leurs caisses, dont il ne reste que quelques débris. Ces caisses, qui ne servaient sans doute que pour les riches et pour les personnes de haute distinction, étaient doubles; celle dans laquelle on déposait les momies était faite d'une espèce de carton composé de plusieurs morceaux de toile collés les uns sur les autres ; cette caisse était ensuite enfermée dans une seconde construite en bois de sycomore ou de cèdre. »

ARTICLE DEUXIÈME

DE l'embaumement DEl'UlS LES ANCIENS JUSQU'AU \ï\^ SIECLE

Les procédés d'embaumement des Egyptiens tombèrent dans l'oubli ; les embaumements devinrent de plus en plus rares, et ce qui était une coutume chez les Egyptiens devint par la suite une chose presque exceptionnelle.

890 PATHOUXSIE GHIRUR6IGALB.

Les Grecs et les RotMins connurenê à peine la manière i embaumer Ut morts; leurs opérations n'étaient que des tentatives imparfaites. C'est ainsi que, pour conserver le corps de Patrocle, on lui versa à plusieurs reprises du nectar et de l'ambroisie dans les narines, comme nous l'enseigne Homère. Le miel était employé chez les Grecs pour conserver tem-porairement les corps. On s'en servit pour les dépouilles d'Agésilas et d'Alexandre le Grand.

L'histoire nous apprend également que les Perses ensevelissaient les grands personnages dans de la cire^ tandis que les Ethiopiens se servaient de gomme.

En Europe, ce n'est que dans le xvi^ siècle que Von commença à s'occuper de Vart des embaumements; il est probable que les médecins furent conduits à cette étude spéciale par les progrès immenses que firent à cette époque les études anatomiques. Chaque anatomiste faisait parade d'une recette infaillible pour la conservation des corps; ils avaient tous leurs procédés particuliers d'embaumement.

— Ruysch se vantait de connaître un procédé au moyen duquel il conservait au corps humain sa forme , sa couleur, son volume et même la mollesse de ses chairs. On peut affirmer que c'est là une chose impossible, attendu que rien ne peut empêcher Tévaporation naturelle de l'eau contenue dans le corps. M. Sucquet, qu'on peut considérer comme un maître dans l'art des embaumements, a fait un grand nombre de recherches pour arriver à un résultat satisfaisant; il n'y est point par>'enu.

— Dans les œuvres d'Harvey, dans une note de Strader, son traducteur, on trouve la description suivante du procédé de Swammerdam :

€ C'est avec raison , dit Strader, qu'on a préféré à la méthode égyptienne l'art qui endurcit tellement les cadavres et leurs parties, qu'ils ne perdent rien de leur substance, qu'ils ne changent ni de couleur ni de forme, qu'ils laissent à l'anatomiste tout le loisir désirable d'examen, sans présenter ni Teffusion du sang ni la malpropreté dégoûtante qui répugnent aux praticiens trop délicats, et qui empêchent ordinairement d'observer les entrailles des sujets.

fl Je vais publier, tel qu'il m'a été communiqué , ce procédé admirable, auquel a bien voulu m'initier autrefois Cl. Dn. Swammerdam , qu'on ne saurait trop louer. Or, il faut qu'on prépare un vase d*étain d'une grandeur suffisante pour contenir le corps qu'on veut embaumer ; qu'on y mette , à une distance environ de deux doigts du fond , une petite claie de bois percée de petites ouvertures; que sur cette claie on place le cadavre, et qu'ensuite on verse de l'huile de térébenthine à une hauteur de trois doigts; qu'on tienne en repos le vase, légèrement et de moins en moins hermétiquement couvert, pendant un espace de temps déterminé ; de cette manière, cette huile, d'une na4ure pénétrante, s'infiltrera peu à peu dans les pores du cadavre sur lequel on l'a jetée, et expulsera la partie aqueuse, cause principale de la fermentation qui tend à corrompre. Cette partie aqueuse, descendant par la propriété de

DE l'embaumement DEPUIS LES ANQENS JUSQUAU XIX* SIÈCLE. S91

gravité, et se distillant à travers la chair, occupera, avec le temps, l'espace entre celle-ci et le fond, et pendant ce temps, la partie la plus subtile du baume s*exhalera, à cause de Therméticité moins grande du vase; plus elle s'évaporera, plus le corps s'endurcira et s'imbibera du marc épais de l'huile, dont l'effet pourrait se comparer à celui d'une moelle gommeuse ; il pourra, par conséquent, demeurer hors du liquide et en plein air sans se corrompre, sans qu'on ait à craindre la putréfaction ni les vers. — Quant au temps qu'il faut conserver le cadavre dans le baume, il varie selon la différence des choses à conserver; tel est l'espace plus ou moins long qu'on doit observer.

c L'embaumement d'un embryon de six mois s'accomplit presque en autant de mois ;

f Le squelette de ce même embryon n'a besoin que de deux mois environ ;

i Les membranes du cœur, trois mois ;

c Les vaisseaux du foie et du placenta , dégagés de leur chair, un mois ;

c Les vaisseaux de la rate, dix jours ;

c Les intestins, un mois.

fl Uu assignera, ainsi de suite, pour les autres vaisseaux, un certain temps, qu'il ne sera pas difficile de trouver ni de déterminer par l'expérience.

c n faut, toutefois, faire attention à ce que, pendant cette opération, les parties soient un peu serrées et comprimées dans une proportion égale et convenable; la coction du corps empêche que la peau ne contracte des rides, soit qu'on la fasse avant la déposition dans l'huile, soit après que le cadavre y est resté plongé pendant deux mois. Pour que le sujet conserve toute sa beauté et sa blancheur naturelle il le macère dans une préparation d'alun pendant quelques jours avant qu'on ne l'embaume. Pour que les membres conservent une forme et un état convenables, on doit les plonger dans le baume au commencement de l'hiver, vers le mois de novembre, pour les exposer ensuite à la rigueur du froid, non pour les geler, mais pour les endurcir légèrement.

f En suivant ce procédé avec soin, ou détruit entièrement tous les germes de putréfaction cachés dans le corps, à tel point que les entrailles se pénètrent profondément de ce baume, et quelles peuvent résister aux atteintes éternelles de l'air.

f Que si Ton veut conserver une partie sans le procédé ci -dessus mentionné, il faut, d*abord, en extraire le sang pai une saumure, en tirer le sel au moyen d'eau pluviale, et, après l'avoir mis dans l'ombre pour qu'elle ne se pourrisse pas, l'enduire d'un mélange composé de trois quai'ts d*huile de térébenthine et d'un quart de mastic, de manière qu'elle acquerra une brillante apparence, et même une sorte de croûte légère, surtout si l'on introduit dans la préparation une plus grande quantité de mastic.

592 PATHOLOGU CHIRURGICALE.

€ Quant à la préparation des membres et de toutes les parties qui en dépendent, on doit observer un procédé particulier ; il faut bien sécher les vases, quelle que soit leur matière, et y placer ensuite des bagaes bien appropriées à la cavité, et préalablement enduites de suif, qu'oa retire avec soin quelques jours après. Ainsi , les membres, grands et petits, doivent être placés dans du coton bien imbibé de suif, être étendus dans toute leur longueur, comme, par exemple, on étend les toiles des vaisseaux capillaires sur des bâtons enduits de suif, d'oiion les retire facilement à l'aide d'un peu de feu qu on place au-dessous, et qui fait ainsi fondre le suif.

« Mais j'en ai assezjdit pour cette fois; peut-être, plus tard, aurai-je une occasion plus favorable de rapporter d'autres faits semblables et même plus admirables ; car j'ai vu chez Swammerdam, dont j'ai parlé plus haut, diverses pièces embaumées avec tant de talent , qu'outre toutes leurs propriétés naturelles, elles avaient aussi celle d'être continuellement molles et flexibles; je dois m'en tenir à la transmission de ce procédé, pour ne point diminuer l'éclat de la belle œuvre que je viens de décrire, en en introduisant une encore plus belle sur la scène, etc. »

— On trouve dans le tome LUI de l'ancien Journal de médecine^ de chirurgie et de pharmacie^ le procédé d'un Hollandais, De Bils, qui prétendait également posséder un moyen de conserver toutes les parties du corps humain :

c L'auteur conseille d'avoir une caisse d'étain sans couvercle, ayant huit pieds de longueur, deux de largeur et trois de hauteur; cette caisse est renfermée dans une autre de bois de chêne très-sain, dont les jointures sont maintenues solidement par des bandes de fer; elle doit fermer exactement et être munie d'un fort couvercle. On met dans la caisse d'étain soixante livres d'alun |de Rome, autant de poivre, et cent livres de sel gemme. On verse sur ce mélange seize cents livres d'excellente eau-de-vie, avec environ huit cents livres de bon vinaigre. Après avoir bien agité ce mélangejavec une spatule en bois, on le laisse macérer pendant une ou deux heures. .Tendant ce temps, on fait l'incision cruciale assez grande pour que la li(|ueur puisse imprégner toutes les cavités. On pratique une autre incision cruciale à l'occiput et Ton en enlève une pièce de l'os, sans|rien enlever de l'intérieur du crâne. Pour augmenter l'effet antiseptique de la liqueur, on peut injecter de Teaude-vie dans les intestins et les nettoyer ainsi. Après cela, on enveloppe le corps dans une toile fine qu'on lie avec un cordon de soie, au-dessus de la tête et des pieds. Alors on le suspend dans la liqueur au moyen d'un cordon de soie, des pieds et de la tête, qu'on û\e sur un cadre de bois, de manière que le corps soit recouvert d'environ deux pieds de liqueur.

« On étend ensuite sur la caisseM'étain des couvertures de laine bien épaisses, on y baisse le couvercle de bois et on lute les jointures avec de |a cire. Le troisième jour de l'immersion, l'on en sort le mort et on l'y

DE L EMBAUMEMExNT DEPUIS LES ANCIENS JUSQU'AU XIX« SIÈCLE. 593

remet pendant vingt-sept autres jours. On le renverse alors sur le ventre pour en faire couler la liqueur, et on lave les cavités avec de l'eau-de-vîe. Après avoir remué le mélange, on y replace le corps, en ayant soin de n en point détacher les cheveux, l'épiderme ni les ongles, qui tiennent alors fort peu. Après les trente jours, on le place dans une autre caisse remplie de la même composition, et on l'y laisse pendant trente autres jours; alors il est beaucoup plus ferme; on peut le manier plus facilement, peigner les cheveux, etc. Après avoir lavé la peau avec une éponge douce, on peut l'exposer à l'air plusieurs jours et l'habiller, si on

le désire.

t Après que Ton a bien nettoyé la première caisse, oh y verse la même quantité de vinaigre et d'eau-de-vie avec :

^^^^' \ de chaque, 44 livres.

Myrrhe

Mastic

Noix mascades. ... . , , ^. ,.

^. ^ \ de chaque, 20 livres.

Girofle '

Cannelle

Le tout en poudre.

< Le corps reste en macération dans ce mélange pendant deux mois. Au bout de ce temps, on le lave avec la partie 1i(|uide de cette teinture alcoolique; on replace dans le ventre tout ce (pii a pu en sortir et on le fait sécher. Au moyen d'un feu doux'on fait sécher les matières du bain ; on les fait servir de première couche pour le cercueil oii le mort doit être conservé. Si l'on veut obtenir une momie incorruptible, on le fait sécher dans un petit local bien fermé, qu'on chauffe fortement. Dans cette sorte d'étuve,on brûle aussi tous les jours deux livres d'encens et de mastic ; de temps en temps, on doit retourner le corps et en essuyer rhumidité. La dessiccation, ((ui ne fait que rendre la momie plus parfaite, étant terminée, on la frotte avec un linimcnt composé de :

Âmbrc gris <> onces.

Baume du Pérou 8 onces.

Huile de cannelle 4 onces.

c On la place alors dans une caisse d'étain, renfermée dans une autre de plomb, i

— Nous terminerons rénumération de ces procédés parle suivant, que nous fait connaître Pénichcr :

t Enfin, il y a une dernière méthode d'embaumer les corps, laquelle s'exécute eu faisant de petites ouvertures à certaines parties, sous les aisselles, aux aines et à l'anus, selon l'ancien usage des Égyptiens. Pour commencer cette importante opération, il faut, premièrement, que le chirurgien qui a l'honneur d'être employé à embaumer un roi ou quelque prince souverain, sous les ordres de son premier médecin, eu présence des officiers de la couronne, fasse avec le bistouri quelques taillades à la plante des pieds, aiin d'éprouver par cette opération si le sujet

FoBT. — Patb. ct Clin. chib. — t. ii. 88

S9'l! PATHOLOGIE CHIRURGICALE.

dont il veut ouvrir le corps est véritablement décédé : ce qui est un moyen plus sûr que les onctions que Ton pratiquait autrefois en pareille occasion pour réveiller les esprits animaux que Ton soupçonnait de n'être qu'assoupis. 11 fera ensuite une longue incision, depuis la partie supérieure du sternum, pour donner moyen d'examiner les parties de la poitrine et de chercher la cause de la maladie et de la mort, afin d*en faire un rapport fidèle qu'on donnera par écrit, étant fait de concert avec les médecins et les chirurgiens du roi présents. Il ôtera toutes les parties qui sont contenues dans cette cavité du corps; après, il descendra au bas- ventre, dont il examinera toutes les parties, qu'il tirera dehors pour cet effet, retirant tout ce qui est disposé à la pourriture. Les parties qui doivent être ôtées sont, entre autres, le gosier, qui comprend la trachée et l'œsophage; la langue, les yeux, les poumons, le cœur, qui sera tiré de son péricarde pour être embaumé séparément, ainsi qu'il se pratique d'ordinaire; Testomac, le foie, la rate, les reins, les intestins, le cerveau, les membranes, les graisses, le sang, les sérosités, les éponges et autres matières qui auront servi durant le travail, mettant toutes ces choses dans un baril pour être portées au lieu destiné. Je sais qu'il y a des auteurs qui ordonnent d'extirper les parties génitales aux deux sexes; mais, outre que ce serait défigurer le corps d'un homme, ces parties se peuvent conserver aussi bien que les autres, et, d'ailleurs, nous devons avoir du respect pour les instruments qui nous ont donné l'être. — Le chirurgien, ayant vidé ces cavités, doit alors travailler à la tête, dont il sciera le crâne , ainsi qu'on a coutume de faire pour les démonstrations anatomiques; et après qu'il aura examiné le cerceau et qu'il l'aura enlevé, l'apothicaire lavera exactement et fortement les cavités du crâne avec du vin aromatisé et de l'esprit-de-vin ; ensuite^ il les remplira avec de la poudre qu'il aura préparée, et avec du coton ou des étoupes imbibées de quelque baume liquide, de manière qu'il y ait plusieurs couches de cette poudre et de ces étoupes alternativement appliquées les unes sur les autres; après quoi, on rejoindra les os du crâne séparés, et on recoudra la peau. 11 frottera ensuite toute la tête d'un des baumes liquides, et bassinera très-souvent le visage avec les mêmes baumes; il couvrira la tête d'un bonnet ou d'une coiffe, qui sera cirée et profonde, après qu'il aura insinué dans les narines, dans la bouche, dans les orbites des yeux et dans les oreilles, du coton imbibé et chargé de baume en liqueur, des huiles de muscade et de girofle ; il travaillera au bas-ventre, qui sera lavé avec le même vin aromatisé, puis avec de l'esprlt-de-vin. et il le frottera de quelqu'undes baumes susdits, et enfin il le farcira abondamment de poudres et d'étoupes, jusqu'à ce que toutes ces matières, distribuées les unes entre les autres, forment la grosseur naturelle du ventre que le chirurgien recoudra. Le chirurgien prendra garde que la dissection soit faite dans les veines et dans les artères, afin d'en épuiser le sang et les humidités : ce qui sera observé aux bras, aux mains, aux cuisses, aux jambes, aux pieds, aux talons.

DE l'embaumement DEPUIS LES ANCIENS JUSQU'AU XIX<» SIÈCLE. 595

aux bourses et aux autres parties, comme au dos , aux épaules, aux fesses, tournant pour cet effet le corps et lui appuyant le ventre et la face contre la table; dans ces endroits épais et charnus, les incisions seront longues, profondes, et en grand nombre, en sorte qu'elles pénètrent jusqu'aux os; et lorsque les gros vaisseaux seront ouverts et purgés de leur sang, le pharmacien répandra quantité de poudre dans tous ces espaces, qu'on refermera ensuite avec le iil et l'aiguille, après qu'ils auront été arrosés et bassinés avec le vin aromatisé et avec l'esprit-deviu : car il faut avoir le soin détuver incessamment ces parties, en absorber, s'il se peut, toutes les humidités, et les dessécher en quelque façon avec l'éponge, avant de les tï^otler du baume liquide ou d'un des liniments, et de les remplir avec les étoupes et lesdites poudres. Enlin, le tout sera recousu très-proprement, atin que le corps ne soit pas méconnaissable: c'est pour cela que Ton ne doit pas faire d'incision au visage, et l'on tachera de conserver tellement les traits qu'il puisse être facilement reconnu, ainsi que je l'ai observé depuis peu à une ouverture qui fut faite au cercueil d'un évêque, qui avait été embaumé il y avait plus de cinquante ans, et dont le visage n'était point du tout déliguré. Pour cette raison, l'artiste se senira de poudres fines, d'aloès, de myrrhe et d'autres ; à l'égard du corps, il le frottera et oindra avec le liniment qu'il aura préparé, y ajoutant de la poudre, dont il fera comme une pâte. — Et il faut remarquer qu'à mesure qu'il achèvera d'embaumer chaque partie, le chirurgien doit la bander avec des bandes de linge trempées dans le Uniment, en sorte qu'elles soient comme une espèce de corset et en xiastre, qu'elles fassent plusieurs circonvolutions les unes sur les autres, pour tenir les parties du corps serrées, et empêcher les aromates de sortir des cavités (jui en seront remplies; ces bandes doivent commencer par le cou, pour finir aux pieds et aux mains ; elles seront lon^rues et larges pour bander le corps, les cuisses, les jambes et les bras, mais étroites et courtes pour les doigts.

c Cela fait, on mettra la chemise, lavée comme il a été dit; on ornera le sujet des marques extérieures des dignités qu'il aura possédées durant sa vie, et ou l'ensevelira dans un drap de linge imbibé de liniment qui servira de sparadrap, que Ton nouera par les deux extrénjités avec du ruban, jwr-dessus quoi on l'enveloppera de la toile cirée, qui sera liée très-étroitement avec de la corde. Enfin, on le déposera dans le cercueil, dont on remplira tous les intervalles vides avec ce qui sera resté de la poudre, s'il y en a, ou avec des paquets d'herbes aromaticfues séchées; on le fermera et on le soudera avec toute l'exactitude possible. On appliquera par dehors une plaque de cuivre, ou d'un autre métal durable, sur laquelle on aura fait graver une inscription convenable pour servir de mémoire à la postérité. Le cercueil sera mis dans un autre de bois, que l'on couvrira, si l'on veut, d'un drap mortuaire.

€ Ce travail étant achevé, on viendra au cœur qui. comme j'ai déjà dit, est embaumé séparément. On suppose donc qu'ayant été tiré de sa

place, détaché du péricarde et ouvert par ses deux ventricules, lavé plusieurs fois d'esprit-de-vin et bien nettoyé du sang caillé et des autres impuretés qui pourraient y*être attachées, on l'aura fait tremper, durant les opérations précédentes, dans d'autre esprit-de-vin, ou dans de l*huile de térébenthine distillée. L'apothicaire reprend donc ce viscère ainsi préparé; il remplit ses ventricules avec les poudres d aloès, de myrrhe, de benjoin, de styrax; il peut même le frotter d'huile ou d'essence de muscade, de girofle,de cannelle , comme aussi de teintures d'ambre gris, de musc, de civette; puis, après, il l'ajustera dans du coton parfumé, pour contenir les poudres qui feront, avec les huiles, comme une pâte, et on le mettra dans un petit sac de toile cirée et aromatisée de quelqu'une des susdites essences, dont on frottera aussi la boîte ou il doit être enfermé, tant intérieurement qu'extérieurement, et on la soudera comme il faut, pour être enveloppée dans un taffetas d'une certaine couleur, lequel sera pareillement imbibé et frotté des essences ou teintures, et noué de rubans de la même couleur; la couleur violette est celle qui est convenable pour les ecclésiastiques.

c Je me souviens d'avoir embaumé le cœur d'un abbé de qualité, qui était d'une vie exemplaire : l'odeur qui s'en exhalait était si suave et si agréable, quelle parfuma pendant plusieurs mois le chœur du couvent des Dames-Religieuses où il avait été porté.

c Le corps et le cœur étant ainsi embaumés, il ne nous reste plus qu'à parler des entrailles, des poumons, du cerveau, etc. Pour nettoyer plus aisément ces viscères, on coupera les intestins en long, on fera des incisions aux poumons, à la rate, à la matrice et aux autres parties qui étaient contenues dans le corps; on les nettoiera du sang, des sérosités et des autres saletés qui les pourriraient en peu de temps; puis on les lavera avec d'excellent esprit-de-vin, étant auparavant lavés avec d'autres liqueurs ; on les arrangera après dans le baril, en sorte que la poudre couvre premièrement le fond, mettant une partie des viscères sur cette première couche, et ensuite un second lit de poudre, et l'on continuera ainsi à mettre les viscères et les poudres, alternativement et par lits, jusqu'à ce que le baril soit presque plein, observant que le premier lit soit de cette poudre préparée, qu'on ne doit pas épargner en cette rencontre. Ce baril, qui doit être de plomb, sera enfermé dans un second qui sera de bois, que l'on enfoncera et] poissera exactement (on ne se servit que d'un baril de bois pour Henri III, roi de France).

c Enfin, lorsqu'on doit exposer le corps en public dans le lit où il est décédé, l'on lave le visage avec de l'esprit-de-vin, et avec du véritable baume on le rafraîchit très-souvent ; mais quand il faut qu'il soit exposé sur un lit de parade pour yjrester plusieurs jours, on se contente ordinairement de le faire mouler en cire, et de montrer seulement sa figure..., pendant que le corps est sous le lit, embaumé dans un cercueil.

c Mais, pour tous les autres sujets, ceux qui doivent être transportés, on s'écartera le moins possible des prescriptions suivantes. Après avoir

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vidé le cerveau par un large trépan fait au derrière de la tête, avoir ôté les viscères, le gosier, les membranes, scarifié les parties charnues et les avoir purgées du sang et des autres sérosités, on doit mettre le cadavre dans une des lotions ou dans une des saumures décrites au chapitre V, dont on choisira les matières selon le lieu et la saison où Ton se trouvera; et, au bout de quelques jours de macération, le sujet étant bien égoutté, on insinuera dans le vide du crâne de la cire neuve fondue ; après quoi, on remettra la pièce du crâne enlevée; on recoudra la peau, on emplira pareillement la poitrine et le bas-ventre de cire fondue, et on les recoudra; ensuite on appliquera dans les scariQcations des poudres, des aromates ou des herbes (]ue le pays pourra fournir; on bandera le corps exactement avec des bandes de toile imbibées dans un des liniments susdits, et, au défaut, dans la térébenthine, ou dans une teinture de myrrhe et d*aloès, dont on le frottera avec de grosses brosses; en suite de quoi, on placera le cadavre (ainsi qu'on Ta fait à ceux d'Alexandre et d'Agésilas) dans un cercueil rempli de bon miel, de sorte qu'il en soit partout pénétré et environné tant par dedans que par dehors; et après qu'on aura mis ce cercueil bien soudé dans un autre de bois qui sera bien poissé, on le transportera au lieu destiné. Là, on le lavera avec de l'esprit-de-vin avant de le montrer au public. »

Voici deux procès-verbaux d'embaumement du temps, que nous empruntons à M. Sucquet.

Embaumement du pape Alexandre VI,

Le ventre fut d'abord ouvert jusqu'à la poitrine, en ayant bien soin de ne pas percer les intestins ; on les sortit du corps, ainsi que le foie, la rate, le cœur, les poumons, les reins, la langue ; on les lava, et après les avoir incisés, on les plaça dans un vase. On épongea ensuite soigneusement le corps pour le sécher; on lava ensuite l'intérieur avec de l'eaude-vie; on épongea de nouveau, et l'on répéta jusqu'à quatre fois cette opération; on remplit ensuite le ventre d'une poudre composée des substances suivantes, à parties égales :

Myrrhe, aloès succotrin, santal, bois d^aloès, aloès caballin, suc d*acacia, macis, noix de gaUe , musc, cumin, alun calciné, sang-dragon, bol d'Arménie, terre sigillée.

On mit successivement dans le ventre une couche de cette poudre et une couche de coton, jusqu'à ce que cette cavité fût remplie. Après l'avoir cousu , ils remplirent la bouche de cette poudre. Ils trempèrent ensuite du coton dans un mélange fait avec du baume et un blanc d'œuf, et en bouchèrent l'anus, les oreilles, la bouche et le nez; ils enveloppèrent ensuite tout le corps d'un sparadrap fait avec de la cire et de la térébenthine.

598 PATHOLOGIE GHIRURGICilLE.

Procès-verbal de l embaumement fait pour Jf "o la Dauphine par M. Rigueur, apothicaire du roi et de cette princesse, accompagné de M, son fils aîné, reçu en survivance en la charge d'apothicaire du roi.

Cet embaumement s'est exécuté avec tout le désintéressement, Thabileté et la prudence qu'on a pu désirer, en présence de M. d'Aquin, alors premier médecin du roi; de M. Fagon, premier médecin de la feue reine, et qui l'est présentement du roi ; de M. Petit, premier médecin de monseigneur le dauphin ; de M. Moreau, premier médecin de feu madame la Dauphine; de M. Félix, premier chirurgien du roi; de M. Clément, maître chirurgien de Paris et accoucheur de ladite princesse. M. Dionis, son premier chirurgien, opérait, étant aidé de M. Baillet, chirurgien ordinaire, et d'un autre chirurgien du commun; madame la duchesse d'Arpajon, sa dame d'honneur, madame la maréchale de Rocbefort) dame d'atour , et plusieurs femmes présentes.

Description du baume fait pour M"^^ la Dauphine,

Racines d'iris de Florence, 3 livres. - Souchet, une livre 1/2. — Angélique de Bohême, gingembre, calamus aromaticus, aristoloche, de chaque une livre. — Impératoire , gentiane, valériane, de chaque une demi-livre. — Feuilles de mélisse, basilic, de chaque une livre 1/2. — Sauge, sariette, thym, de chaque une livre. — Hysope, laurier, myrrhe, mar jolaine, origan, de chaque une demi-livre. — Auronne, absinthe, menthe, calament, serpolet, jonc odorant, scordium, de chaque 4 onces. — Fleurs d'oranger, une livre 1/2. — Lavande, 4 onces. — Semences de coriandre, 2 livres 1/2. — Cardamome, une livre. — Cumin, carvi, de chaque 4 onces. — Fruits et baies de genièvre, une livre. — Girofle, une livre 1/2. — Muscade, une livre. — Poivre blanc, 4 onces. — Oranges séchées, 3 livres. — Bois de cèdre, 3 livres. — Santal citrin rose, 2 livres. — Ecorces de citron, d'orange, de cannelle, de chaque uoe demi-livre. — Styrax, calamité, benjoin, oliban, de chaque une demi-livre. — Myrrhe, 2 livres 1/2. — Aloès, 4 livres — Sandaraque, une demi- livre. — • Esprit-de-vin, 4 pintes ; — de sel, 4 onces. — Térébenthine de Venise, 3 livres. — Baume de copahu, une demi-livre. — Baume du Pérou, 2 onces. — Toile cirée.

Le cœur, après avoir été vidé, lavé avec de l'esprit-de-vin et desséché, fut mis dans un vaisseau de verre avec cette liqueur; et ce même viscère, ayant été ensuite rempli d'un baume fait de cannelle, de girofle, de myrrhe, de styrax et de benjoin, fut enfermé dans un sac de toile cirée de sa figure, lequel fut mis dans un cœur ou boîte de plomb, qu'on souda

aussitôt pourétre donné à madame la duchesse d'Arpajon, qui le mit entre les mains de monseigneur l'évêquede Meaux, premier aumônier de feu madame la Dauphine, qui le porta ensuite au Val-de-Grâce. L'ouverture du corps fut faite le plus exactement qui se puisse par M. Dionis, son premier chirurgien; M. Riqueur remplit toutes les capacités d'étoupes et de baume en poudre. Les incisions furent faites le long des bras jusque dans les mains, lesquelles furent munies de cette poudre aromatique ) après qu'on eut exprimé tout le sang et qu'on les eut lavées avec de

DE LEMBAUMEMENT DEPUIS LES ANCIENS JUSQC'aU XIX* SIÈCLE. 599

resprit-de-vin; on en fit autant aux cuisses, qui furent incisées de part et d'autre depuis les reins jusque sous les pieds , et le tout fut proprement recousu. — On se servit d'une grosse brosse pour frotter le corps d'un baume liquide et chaud, fait avec de la térébenthine, du styrax et des baumes de copahu et du Pérou, comme il est dosé ci-devant. Chaque partie fut enveloppée avec des bandelettes trempées dans l'esprit-de-vin ; Ton mit autant que l'on put de ladite poudre aromatique entre le corps et les bandelettes. Le corps fut revêtu d'une chemise et d'une tunique religieuse et environné d'autres marques de dévotion particulière, comme d'une petite chaînette de fer, au bout de laquelle il y avait une croix, que cette princesse gardait dans un coffre qu'elle avait fait apporter avec elle de Bavière. On l'enveloppa ensuite dans une toile cirée, et on lia fort étroitement pour être posé dans un cercueil de plomb, au fond et autour duquel il y avait quatre doigts dudit baume en poudre. Ce cercueil , étant bien soudé, fut enchâssé en un autre de bois, tous les espaces vides ayant été remplis d'herbes aromatiques séchées. Les entrailles, bien préparées, furent mises dans un baril de plomb avec une grande quantité des mêmes poudres aromatiques; on le souda bien et on l'enferma dans un baril de bois.

Oue dire de ces opérations? La lecture seule de leurs détails fait frémir, dit M. Sucquet, et je n'ose pas croire qu'aucune d'elles pût être pratiquée maintenant devant ceux qu'un sentiment affectueux porte à désirer un embaumement. Mais ce n'était pas assez pour ces méthodes d'être irrespectueuses et barbares, elles étaient encore sans valeur. Voici comment Pénicher juge celle qui prétendait se rapprocher le plus de 'embaumement égyptien :

€ Les auteurs qui se vantent d'avoir embaumé sans vider les grandes cavités et en se contentant d'injections par la bouche, par l'anus ou par des trous pratiqués sous les aisselles , seraient embarrassés de montrer des résultats satisfaisants d'embaumements aussi superficiels; car tôt ou tard ces cloaques surmonteront tout ce que l'embaumeur aura eu d'industrie, et tout ce qu'il aura fait de dépenses pour vaincre la mauvaise impression.

€ En peut-on souhaiter une preuve plus singulière que ce qui arriva dans l'église des RR. PP., il y a quelques années, à l'égard du corps d'une dame de première qualité? Il avait été mis dans un cercueil de plomb, enfermé dans un autre de bois de noyer, et placé dans un mausolée de marbre bien cimenté; après que, pour l'exécution du testament, on l'eut embaumé et enveloppé avec deux cents livres de parfums et d'aromates, on avait fait une ouverture par laquelle on avait insinué jusqu'à deux barils d'esprit-de-vin aromatisé, en sorte que le corps était entièrement submergé. Néanmoins, au bout de douze ans ou environ, il rendit une odeur si maligne et si dangereuse, au travers des crevasses qui se firent au cercueil, par la force de ces drogues, qu'un des religieux qui disait alors la messe dans la chapelle, en tomba malade jusqu'à

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rcxtrémité, et que les assistants furent contraints de se retirer, ne pouvant en supporter la puanteur.

c Les religieux furent contraints d'exhumer le corps, après en avoir obtenu la permission de monseigneur Tarchevêque et de la famille ; ils le placèrent dans leur jardin et le couvrirent avec quantité de chaux vive dans une fosse; et parce qu'elle ne consumait pas les chairs qui étaient composées de parties huileuses, sulfurées et résineuses, il fut nécessaire de décharuer le corps pour remettre le squelette dans le mausolée, tant la mauvaise qualité des entrailles et des viscères, qui s étaient corrompus, avait surmonté la bonté du baume. »

Mais cette décomposition n'atteignait pas seulement les méthodes d'embaumement sans extraction d organes, comme semble le croire Pénicher. Les autres procédés qu'il décrit avec complaisance n'offraient guère de meilleures garanties de conservation. Les tombes de cette époque n'ont rendu le plus souvent que des amalgames informes d'os et de poudres noires plus ou moins altérées elles-mêmes. Comme toute cette lourde science était loin de la simplicité et de la sûreté de l'embaumement égyptien qu'elle voulait imiter pompeusement! Les Égyptiaques européens ne s'inquiétaient même pas de la dessiccation. Ils concentraient sous leurs vernis et sous leur sparadrap imperméable les liquides que les tissus retenaient encore et qui devaient être la condition d'une fermentation prochaine. Des procédés semblables ont pu, cependant, être transmis jusqu'à nous. Car, si les progrès de la chimie moderne réussirent à leur donner un peu plus d'efficacité, ils ne changèrent pas encore leur triste manuel. (Sucquet.)

ARTICLE TROISIÈME

DE l'embaumement AU XIX^' SIÈCLE

Dans ce siècle, plusieurs savants ont cherché à perfectionner les procédés connus d'embaumement. Ils ont plus ou moins réussi. Chaussier, MM. Dupré, Gannat, Suequet et Trinchina, sont de ce nombre. Voici quels sont les procédés auxquels ils ont eu recours :

!• Procédé de Chi

Chaussier embaumait les corps avec le bichlorure de mercure (sublimé corrosif). Son procédé, qui fut pendant un certain temps en honneur, est basé sur la propriété que possèdent les tissus, de se combiner avec le bichlorure de mercure et de former un composé inaltérable, sans des-

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