DE L*EMBAUMEMENT AU XIX^ SIÈCLE
d'une pince, lorsqu'au contraire les poils et les clieveux résistent à une forte traction, ainsi que nous venons de le voir.
€ Le foie est très- ferme; l'intégrité de ses ligaments, sa consistance, permettent non-seulement d'étudier ses rapports, mais encore sa texture.
c Im cœur contient dans ses cavités des caillots de sang rouges et solides; sa conservation est telle, qu'on peut déterminer la disposition des valvules, de leurs piliers, ainsi que la configuration de ses fibres, formant les divers plans charnus que vous connaissez. »
c. Sur l'invitation des membres de la même commission, le 27 novembre 4846, M. Sucquet procéda, au cimetière Montmaitre, à l'exhumation, d'une femme embaumée par son procédé, le 13 mai 1845, à l'âge de 45 ans. Voici ce que dit le rapport :
c Entre les mains de la commissioii se trouve un certificat de la famille de cette dame constatant que l'embaumement a été fait par M. Sucquet, et le procès-verbal du conservateur du cimetière et du commissaire de police présents à l'exhumation, ainsi que plusieurs membres de la famille, établissent l'identité de la personne.
c Le corps, embaumé depuis environ dix-huit mois, n'exhale aucune odeur de putréfaction; le linceul, le bonnet,la camisole, la chemise, etc., sont légèrement humides. Le cou, la poitrine. Tabdomen , ayant été découverts, offjent un état parfait de conservation ; la peau a toute sa souplesse et son élasticité. Les membres supérieurs et inférieurs sont, comme les parties précédentes, si bien conservés, qu'on croirait que le corps vient d'être mis dans le cercueil.
« On enlève la flanelle qui entoure le genou gauche; à la partie inférieure, on découvre une suture à la peau, dans la direction de l'artère poplitée : c'est, en effet, par cette artère que M. Sucquet fait pénétrer dans le corps son liquide conservateur.
€ La figure n'était pas couverte par le linceul, ainsi que les autres parties du corps; quelques gouttes de liquide, qui s'étaient rassemblées à la face inférieure du couvercle du cercueil de plomb, étaient sans doute tombées sur les joues et avaient produit quelques taches noirâtres; elles furent enlevées avec le doigt, ainsi que Tépiderme coi respondant ; mais les chairs sous-jacentes, résistantes et élastiques, étaient très-bien conservées. •
Voici ce qu'ajoute le rapport, et qui rend compte du mode d'action du chlorure de zinc :
« Si, comme nous l'avons fait observer, l'embaumement pratiqué par M. Sucquet, en arrêtant la putréfaction, maintient la fermeté des chairs, la souplesse et l'élasticité de la peau, ce n'est qu'à la condition que le corps embaumé ne pourra perdre par l'étaporation les liquides qu'il contient^ ainsi qu'il arrrve dans une bière hermétiquement fermée, ou enfouie dans la terre, comme celle qui fait l'objet de l'examen précédent : car. si le mime c&rps est exposé à (air libre, il perd bientôt ses liquides, se des-
sèche sans la moindre putréfaction^ et acquiert la dureté qu*on peut cornparer à celle du bois et de la pierre , ainsi qu'on peut s*en assurer en examinant une jambe et une main du cadavre préparé par M. Sucquet, que nous avons mises aussi à la disposition de rÀcadémie. On conviendra volontiers que le mode d'embaumement de M. Sucquet présente^ sous ce dernier rapport^ une véritable momification, »
Cet important document, dit M. Sucquet en parlant du rapport de l'Académie, iit bientôt autorité et fixa Topinion publique sur la valeur respective des procédés d'embaumement en présence. Aucune des méthodes connues ne pouvait être mise en parallèle avec celle-ci pour la simplicité de sa pratique, pour la décence des conditions où elle s'exécutait et pour la sûreté de ses résultats. Plus de table d'injection, plus de vernis, plus de lames et de bandes de plomb ou d'étoife. Tout ce qui pouvait alarmer de pudiques respects allait donc être abandonné sans danger. Une simple injection dans le lit suffisait à tout. Les familles adoptèrent bientôt cette méthode avec empressement, et maintenant elle est suivie par ceux-là même qui la combattaient violemment à son début.
Voyez, au chapitre troisième, le manuel opératoire pour ce procédé d'embaumement.
— D'autres procédés d'embaumement se sont produits dans ces dernières années; nous les mentionnons ici, nous réservant de ti*aiter uniquement, dans le dernier chapitre, de celui auquel nous donnons la préférence.
a. On connaît les pétrifications de l'Italien Gorini, qui garde le secret de son procédé, dont l'application exige deux ou trois jours et une dépense, dit- il, de 700 à 800 francs.
b. M. Laskowski a eu l'idée de se servir de glycérine phéniquée pour la conservation des pièces anatomiques. Les proportions qui nous paraissent plus convenables, et qui nous ont donné personnellement de bons résultats, sont les suivantes :
Glycérine 1,000 grammes.
Acide phénique cristallisé. , . 5 —
Faites dissoudre au bain-marie.
Cette préparation est excellente pour la conservation des pièces; elle donne de la souplesse aux tissus, elle rend transparents les tissus opaques, tels que tendons et ligaments; elle s'oppose à la décomposition. Mais nous ne croyons pas qu'elle puisse être appliquée aux einbaumements, car une injection bien faite ne conserve les corps que temporairement, pendant plusieurs mois. Toutefois, nous le répétons, la glycérine phéni(|uée de Laskowski doit être considérée comme indispensable dans les dissections. On peut l'employer en injections, et surtout en applications sur les préparations, avec un pinceau.
DE l'embaumement AU X1X« SIÈCLE. 0Q9
c. Le procédé de dessèchement de Brunetti, de Padoue, ne saurait non plus être comparé à Tinjection au chlorure de zinc, à cause de son manuel opératoire long et difficile. On trouvera l'exposé de ce procédé dans notre Anatomie descriptive et dissection, 2® édition, 1868.
d. Nous-méme, de concert avec M. Emile Perret, chimiste à Moretsur-Loing, nous poursuivons des expériences entreprises depuis près d'une année. Nous croyons être sur la voie d'un procédé de pétrification, avec conservation du volume et de la forme du corps. Nous ne pouvons rien dire de plus, en ce moment, sur ce procédé, que nous ferons connaître plus tard.
ARTICLE QUATRIÈME
PROCEDE d'embaumement PERFECTIONNÉ
A la fin du chapitre précédent, nous avons parlé des divers procédés auxquels on a eu recours dans le \i\^ siècle , et nous avons démontré la simplicité et la valeur du procédé Sucquet, que nous considérons comme le meilleur de tous ceux qui ont été employés jusqu'à ce jour. Nous avons vu que les corps embaumés avec la solution de chlorure de zinc kiOft se momifient à l'air, et qu'ils conser\'ent leur forme, en même temps que la souplesse de la peau, lorsqu'on les soustrait à l'évaporation '.
Le manuel opératoire en est très-simple ; nous y insisterons, car c'est là le but de ce travail.
Dans l'état actuel de la législation et des ordonnances de police, nul ne peut être embaumé avant l'expiration de vingt-quatre heures, à courir de
1. Voici, du reste, quelques lignes extraites de Touvrage de M. Sucquet : c Que deviennent enfin les corps embaumés par des procédés efficaces? II existe, à ce Bujetf dans le public, une croyance, sans doute très-générale et pourtant très-erronée. On pense que la momification du corps doit ôtrc la conséquence de son embaumement On est éTidemment , & cet égard, sous Tiniluence des souvenirs de Tembaumement égyptien. Hais rEoiope ne peut point ressembler k TAirique. Les corps inhumés en Europe ne se momifient pas. Leur dessiccation est absolument impossible dans un sol ou dans des caveaux funéraires toujours humides et frais. Les corps s*j concentrent, en perdant à la longae une grande partie de leurs liquides , par évaporation dans le cercueil ; mais ils conservent leurs formes générales, leur aspect et leur coloration naturelle. Après dix-huit moisd*inhamationt un des corps exhumés par TAcadémiode médecine était toujours
. comme s'il venait d*ôtrc mis au cercueil. Les momies des Jacobins de Toulouse, celles de la tour 8aint-Michel de Bordeaux, étaient des corps conservés dans le sol, mais qui
' furent desséchés ensuite volontairement à Tair libre, afin de les amener à Tétat de momie. La momie naturelle est inconnue eu Ëui-ope et dans les climats humides et froids des Ifititudes du Kurd. d
Fort. — Fatu. bt Clin. chik. — t. ii. 3«)
610 PATHOLOGIE GHIRURGICALK.
la déclaration de décès faite à l'autorité municipale. Cette disposition est très-regrettable. Il s'ensuit, en effet, que certains corps ne peuvent être embaumés qu'après deux jours et même deux jours et demi de mort. Une personne qui succombe le samedi ou la veille d'un jour férié, par exemple, après cinq heures du soir, ne peut être déclarée morte ce jourlà, les bureaux de mairie étant fermés à cinq heures. Le décès ne pourra pas être déclaré davantage le lendemain, les bureaux restant fermés les dimanches et fêtes. Cette déclaration ne pourra être reçue que le surlendemain, à dix heures, les bureaux n'ouvrant pas avant neuf heures du matin. Le délai légal pour l'embaumement n'expirera donc encore que le lendemain, à la même heure, et l'opération ne pourra être pratiquée que soixante ou soixante-dix heures après la mort.
Qui ne voit combien ces retards laissent à la décomposition le temps de |faire des progrès redoutables pour l'embaumement , et même pour la salubrité publique ? L'art peut bien réparer les outrages superliciels de la mort, mais il ne saurait effacer entièrement les empreintes d'une destruction trop profonde. Il importe donc, avant tout, de les modérer, autant que le permettent des moyens trop restreints par la loi.
Dans ce but, un aide, muni d'un flacon de 600 grammes de chlorure de zinc à 45'^ de Baume, et additionné de quelques grammes d'essence, se rend sans retard près du défunt. Après avoir découvert l'abdomen avec décence, il le lave avec une serviette imprégnée de sel de zinc, et, si c'est un homme, il lave de la même manière les parties sexuelles. Enfin, il recouvre le bassin avec cette serviette arrosée de ce chlorure aromatisé, en replaçant ensuite les couvertures dans l'état oii elles étaient à son arrivée.
Cette ablution locale n'est point une garantie absolue contre toute décomposition, mais elle en retarde la marche dans l'abdomen, et ce retard est important, car la décomposition abdominale est la plus rapide et la plus redoutable pour l'opérateur, à cause de la pression exercée pai* ses gaz sur les liifuides de l'estomac et des grosses veines, liquides qui se trouvent alors refoulés vers la face, où ils altèrent profondément tous les traits. Il retire du lit les édredons ou les couvertures épaisses qui pourraient concentrer autour du corps une température trop favorable à sa décomposition, et, s'il y a lieu, fait éteindre le feu de l'appartement et ouvrir les fenêtres. (Sucquet.)
Du choix, de Tiirlère.
• On croit, en général, dit M. Sucquet, que les injections conservatrices doivent être exécutées par l'une des artères carotides primitives. Il ne faut point être exclusif sur ce point, et même, si cela se peut, il faut choisir une autre artère. Aux yeux des familles, le cou est une région noble, qu'il est regrettable d'inciser. D'ailleurs, l'incision y est quelquefois accompagnée de la blessure de quelque bi^anche des veines thyroî-
PROCÉDÉ D EMBAUMEMENT PEIH-^EO TIONNÉ. ttll
diennes, blessure qui devient embarrassante, à la fin de l'injection, par le retour de liquides sanguinolents. La vue de cet écoulement venaut du cou affecte péniblement les parents qui assistent à l'opération. Cette hémorrhagie force le chirurgien à placer des ligatures sur ces veines, à travers une incision étroite, ce qui n'est pas toujours sans difficultés et sans tâtonnements pénibles pour tout le monde. D'un autre côté, on rencontre souvent des sujets offrant de l'embonpoint, avec un cou volumineux et court, chez lesquels les artères carotides primitives sont toujours profondes, ce qui embarrasse la manœuvre pour la pose des canules et des ligatures, et pour le jeu de la seringue. Enfin, l'injection par une des carotides primitives a l'inconvénient de donner un volume inégal aux deux côtés du visage. En effet, le côté où se pratique l'injection ne reçoit le licfuide qu'indirectement par l'artère vertébrale, les artères cérébrales, les rares anastomoses de l'artère ophthalmique sur le front, et celles des faciales entre elles. Le côté opposé les reçoit, au contraire, directement et de plein jet , par sa carotide externe. Cet abord différent de l'injection dans les joues produit l'inégalité de leur volume, altère l'expression et le caractère du visage, objet de toute l'attention des familles, et n'échappe pas toujours aux assistants.
• L'artère la plus convenable pour l'injection, dans la grande majorité des cas, est l'artère crurale, immédiatement au-dessus du bord supérieur du muscle couturier. Le choix de cette artère oblige, il est vrai, d'introduire une seconde canule dans le bout inférieur du vaisseau pour injecter l'extrémité du membre; mais j'ai trouvé que ce supplément de manœuvre était bien racheté par d'autres avantages. Cette artère est dans une région plus accessible et moins réservée que le cou. Il n'y a sur ce point que des veines peaussières, dont la blessure ne peut donner lieu à aucun retour hémorrhagique sérieux. En outre, cette artère conduit directement l'injection dans les grands viscères de l'abdomen et dans le canal intestinal, qui se trouvent ainsi pénétrés le plus intimement, ce qui n'est pas sans intérêt, ces organes étant le siège le plus redoutable de la décomposition. Enfin l'injection, poussée par Tartère crurale, aborde le visage par ses deux côtés à la fois, de manière à produire une égale tension dans ses vaisseaux et une égalité de volume dans toutes ses parties.
f Du reste, il faut être prêt, en général, pour toute opération, sur quelque artère que ce soit. Nous avons rencontré des cas dans lesquels il nous était imposé pour condition de ne pas même voir le corps à embaumer. Ce corps devait rester dans son lit et sous un voile. Nous n'avions alors que la ressource de sortir un des bras comme pour une saignée, et de découvrir l'artère brachiale à la partie inférieure et interne du muscle biceps. Je remplissais alors patiemment le système artériel de six litres d'injection par cette branche éloignée , mais encore trèssuffisante.
c Mais c 6àt surtout dans les cas^le mort violente, à la suite de duels
OU de blessures par armes à feu, qu'il est de toute nécessité de posséder une connaissance étendue de Tanatomie pour pratiquer des embaumements. Rien n'est de trop alors pour remplir honnêtement la tâche dont on est responsable. J'ai embaumé, entre autres sujets, dans ce cas, les morts de la révolution de 1848 déposés à l'hôpital de la Charité, et ce ne fut qu'après des ligatures etl des injections partielles faites dans les régions du corps les plus variées, qu'il devint possible d'atteindre un résultat satisfaisant, constaté depuis officiellement.
« Je pratiquai donc pendant^plusieurs années l'injection des embaumements par l'artère crurale. Le corps restant dans le lit, je découvrais seulement le haut de la cuisse la mieux placée pour la facilité de Topération, et je ramenais la chemise sur les parties sexuelles. Alors, avec un bistouri, j'incisais la peau et le tissu cellulaire sous-cutané vers le milieu du membre, au-dessus du[ bord ^supérieur du muscle couturier et dans la longueur de deux pouces ^environ. Cette incision longitudinale était ensuite agrandie en profondeur. Alors l'aide allumait une bougie, écartait une des lèvres de la plaie avec la sonde cannelée, et je dégageais l'artère crurale de ses adhérences, laissant la veine de même nom eu dedans et le nerf plus en dehors. Quand cette artère était bien libre, je plaçais la sonde cannelée au-dessous d'elle et en arc-boutant ses extrémités sur les bords de l'incision. Alors j'ouvrais l'artère dans la longueur d'un pouce, et je glissais dans son intérieur deux canules dirigées, une vers l'abdomen, l'autre vers le genou, et je les fixais sur l'artère avec deux ligatures serrées, en m'assurant ensuite dejleur solidité. Entin je plaçais l'embout à robinet sur la canule abdominale. »
Si Ton ne veut point faire de solution de continuité sur la face antérieure de la cuisse, ou que, pour une raison quelconque, il ne soit pas permis d'opérer dans cette région, on pourra faire l'injection par l'artère poplitée, à laquelle nous accordons généralement la préférence.
Pour découvrir l'artère, le chirurgien prend un bistouri, un crochet mousse, une sonde cannelée et une pince.
Il fait dans la région poplitée une incision verticale de huit centimètres sur le trajet d'une ligne étendue de l'ischion au tendon d'Achille, incision dépassant le pli articulaire de quatre centimètres en haut et de quatre centimètres en bas.
La peau étant incisée, il divise l'aponévrose poplitée et rencontre, sous forme de gros cordon blanchâtre, le nerf sciatique poplité interne. L'aide écartant le nerf en dehors avec le crochet, le chirurgien repousse en haut et en bas le tissu cellulaire situé en dedans et en avant du nerf.
Il rencontre alors deux vaisseaux, il les dégage, et saisit le plus profond et en même temps le plus interne, qui est l'artère.
Dans cette opération, il ne faut se servir du bistouri que pour l'incision de la peau; dans les parties profondes, il faut se servir surtout de la sonde
PROCÉDÉ d'embaumement PERFECTIONNÉ. 613
cannelée, a8n de ne pas diviser des artérioles qui laisseraient fuir une partie de Tinjection.
De la pose des canules.
L'artère étant mise à nu, on passe au-dessous quatre fils à ligature : l'un d'eux sera refoulé en haut du côté de la cuisse, et servira à lier le vaisseau, pour empêcher l'injection de refluer des parties supérieures ; le deuxième sera fixé sur Tarête d'une canule de dimension convenable. Le troisième fil est destiné à être lié, après l'injection des parties supérieures, sur une deuxième canule dirigée vers le pied et devant recevoir la quantité de liquide nécessaire pour injecter la jambe et le pied, qui ne reçoivent rien de la première injection; le quatrième doit être refoulé vers la partie inférieure de l'artère poplitée, et lié après l'injection inférieure, afin d'empêcher l'issue du liquide.
De ri^Jeelion.
Après s'être assuré de la solidité de la canule supérieure, on visse un tube d'ajustage pourvu d'un robinet, et l'on introduit successivement jusqu'à cinq à six litres de liquide, selon les sujets. On reconnaît que l'injection est terminée, lorsque la face se boursouffle, que les yeux deviennent proéminents , et que le sujet rend de l'écume par la bouche. Il faut pousser lentement le liquide, de manière à éviter les ruptures artérielles, et attendre une à deux minutes avant d'injecter une nouvelle quantité de solution, afin de permettre aux parois élastiques des artères de revenir sur elles-mêmes et de chasser le liquide vers les capillaires ^
On serre le fil supérieur, afin d'empêcher le reflux du liquide. On injecte ensuite de la même manière la jambe et le pied du côté correspondant ; puis on serre le fil inférieur, de manière à éviter le retour de l'injection. On réunit ensuite les deux lèvres de l'incision par une suture en surjet '.
1. n existe, il faut Tavouer, une petite imperfection dans le procédé de Vcmbaumcment au moyen d'injections conservatrices, imperfection qui ne se montre que dans quelques circonstances. On voit, en effet , certains points du corps , aux extrémités surtout , se décomposer, parce qu'ils ne reçoivent pas de liquide injecté , celui-ci refoulant des caillots sanguins qui obturent certaines artères des extrémités. Pour remédier, autant que possible, à cet inconvénient, il faut prendre la précaution , au moment de Tensevelissement du corps, d'entourer les mains, les pieds et la tète de bandes de flanelle imbibées d'une solution de chlorure de zinc à 46**.
2. Nous avons déjà dit qu'on emploie une solution de chlonire de zinc marquant 40*» à l'aréomètre de Baume. Il est bon d'être prévenu que tous les sujets ne supportent pas ce degré de concerltration. Plus le sujet est jeune , plus les artères sont minces , souples et transparentes, plus on doit ajouter d'eau à la solution, jusqu'à descendre même à 20^.
Les artères athéromateuses supportent bien une solution concentrée.
Soin» connéciiUffi.
Les injections contenant des sels métalliques produisent certaines altérations des traits; elles donnent une couleur blanc mat à certains sujets * elles produisent sur d'autres des marbrures blanchâtres, par exemple sur les sujets à peau brune.
Autrefois, une boîte de fard faisait partie de la trousse de Tembaumement, de même qu'une dissolution de carmin dans de l'acétate d'ammoniaque. Ces substances étaient destinées à rendre au visage son aspect naturel.
Ces cosmétiques ont été avantageusement remplacés par une injection colorée, que M. Sucquet pratique avec habileté, depuis un grand nombre d'années.
Selon ce praticien, aucun liquide conservateur à base métallique n*est capable de remplir les indications suivantes : de n'exercer aucune fâcheuse influence sur la peau, et d'être sans action sur les substances colorées en suspension dans le liquide. Les sulfites alcalins, au contraire, n'offrent aucun inconvénient. M. Sucquet emploie le sulfite f ammoniaque^ rendu plus dense au moyen d'une solution gommeuse (25 p. 100).
Le liquide injecté maintient la forme et le volume des traits. Sa coloration peut être foncée à volonté par une dissolution ds carmin dans l'acétate d'ammoniaque , selon le degré de coloration qu'on veut donner
au visage.
Cette injection colorée est poussée par les deux carotides externes ; elle pénètre jusque dans les capillaires les plus fins, et donne à la peau une teinte rosée naturelle. On peut se servir de la même incision pour l'injection partielle de la tête, et pour l'injection totale du corps.
Voici comment on opère : t Je pratiquais, dit Sucquet, une incision sur la ligne médiane du cou; cette incision divisait la peau au-dessous de l'os hyoïde dans la longueur de deux pouces environ. Par cette ouverture, les adhérences de la peau, de chaque côté, étaient disséquées jusque sur le trajet des artères. Alors je ramenais l'ouverture du milieu du cou sur un de ses côtés, et je mettais à nu le point oii naissait la carotide externe. Je dégageais les artères avec soin, je plaçais une ligature sur la carotide interne, et je fixais dans la carotide externe une canule courte, bouchée au liège. Alors je ramenais l'incision de la peau sur le côté opposé du cou, et je recherchais les mêmes artères. Je plaçais une ligature sur la carotide interne, une autre sur la carotide primitive, et je fixais sur la carotide externe une canule courte, également bouchée au liège.
t Alors, prenant moi-même la petite seringue de la trousse, je la remplissais en aspirant le sulfite coloré versé dans l'aiguière, et j'injectais cette canule jusqu'à ce que la coloration et le volume de ce côté du visage fût devenu satisfaisant. J'opérais ensuite de la même manière sur la canule de l'autre carotide externe, et lorsque le côté correspondant de
PROCÉDÉ d'embaumement PERFECTIONNÉ. 615
la face avait atteint également une couleur et une plénitude convenables, je liais successivement les deux artères que je venais d'injecter, et je détachais leur canule. Alors je fixais sur la carotide primitive restée libre une grosse canule, et l'aide poussait dans tout le corps et comme à l'ordinaire cinq ou six seringues de chlorure de zinc. L'injection terminée, je liais cette carotide, j'enlevais la canule, je rapprochais sur le milieu du cou l'incision de la peau par quelques points de suture, je roulais autour de lui deux tours de bande de flanelle imbibés de chlorure de zinc et recouverts ensuite par le linge du corps.
c On procédait alors aux détails d'habillement nécessaire. Ces soins, exécutés de préférence par le personnel de service ou par les aides sous mes yeux, consistaient à laver et à raser le visage, s'il y avait lieu, à verser sur la chevelure disposée convenablement des essences aromatiques, à passer sous les paupières les coques de cire, à revêtir le défunt de linge blanc, à exécuter enfin toutes les prescriptions d'ordre intérieur de l'appartement dont il a été question plus haut. S'il n'y avait pas d'exposition , le corps restait ensuite dans son lit. S'il y avait exposition privée, il était assis sur un fauteuil, on lui passait les habits indiqués par la famille, on renouvelait le linge du lit, et enfin on y déposait le corps, la tête haute et visible dans toutes ses parties. S'il y avait exposition publique, le défunt était revêtu de ses habits officiels, religieux ou militaires, avec les insignes des charges et les distinctions dont il avait été honoré pendant la vie, et enfin il était porté sur l'estrade de la chapelle ardente où il devait rester exposé.
f Alors les aides enlevaient les instruments et les boîtes, et le chirurgien se retirait.
f J'ai fait alors, par ces procédés, des embaumements très-remarquables, et dont le souvenir subsiste toujours. Par une seule incision , j'injectais différemment le corps et le visage, et par ces liquides colorés l'art atteignait un pouvoir qu'il ne connut jamais dans le cours de sa longue évolution. Rien n'eût été plus facile que de reproduire toutes les apparences de la vie, car la forme, le volume, la coloration des traits, se trouvaient absolument en mon pouvoir. Mais la mort ne pouvait être oubliée, sa présence impose une juste mesure que l'art ne saurait franchir sans se blesser lui-même. Dépasser le nécessaire pour faire montre de talent, serait un oubli des convenances dans ces circonstances délicates. A ces heures suprêmes de la mort, la douleur, le regret, le dévouement impuissant, donnent à la sensibilité des âmes des proportions inconnues, si Ton n'en a pas été le témoin. »
neiix.lèiiie procédé d'embanmeiiieiil.
Nous avons vu que l'embaumement est quelquefois incertain, parce que le liquide ne pénètre pas dans certains départements du système artériel. Nous avons indiqué aussi le moyen de remédier à cet inconvénient.
616 PATHOLOGIE GHIftCBGiC^LE.
Pour être encore plus certain de la oonsenration da corps embaumé, on peut le placer dans un milieu conservateur, qui empêche la moisissure, qui éloigne les insectes et qui conserve parfaitement les parties qui auraient de la tendance à se décomposer.
Ce milieu conservateur est assez puissant pour conserver le corps momentanément, sans qu'on ait besoin d'avoir recours à rinjectioo de la solution de chlorure de zinc.
U semble qu'on ne devrait point avoir recours à un antre procédé d'embaumement, puisque l'injection au chlorure de zinc aidée de l'injection colorée des carotides externes, oflfre toutes les conditions favorables à une bonne conservation.
Cependant, il faut savoir que certaines circonstances exigent une mise en se^ne particulière : on expose quelquefois le corps du défunt; le corps lui-même est directement exposé aux yeux du public. Noos avons dqà dit que le chk»nre de zinc donne à la bce une blancheur terreuse, et que les traits paraissent amaigris. M. Sucquet nous donne ooe noutdle méthode d'embaumement applicable i ces cas particuliers. EUe consisie en une injection, et en un iniliea conàervateor dont on entoure tontes les parties du corps qui ne doivent pas être exposées aux reigards.
Fazieft vu mtljntgc d'maxsi pijï« ccxro» ?%« ^co» TinKÎra àrtr-^aT' a Ift pess cae tcaoe
€ L'injection de ce liquide o&k>r^ doit être fute exclosiveiiMiit par l'anère crurale, et de la même manièfe que celle de chloiiire de zinc décrite plus hauL D]e doit ètrt suîr^e de Tap^Kaiion. sous les paupières fermées, de coques en cire et de ty^xs les soins d'ordre et de propreté, sur lesquels jai partkalic-rement insisté plasôenrs foî& • 'Sucquet.)
— Lorsque le jour de> fjnérailies e<i s-urreDU. l'opiérateur on son aide se rcod au domicile nK«rtuairt pour assi^^er à la misie du corps au cercueil et pour disposer autour de loi le milieu consenaïeur qu'A frut e^dcnpcr are moment.
La piopoiflion de ses âéments dosi être iixée ^ la minifn sai* vante :
nr àkie» c pziucTe. X*
Li quactiié de niyniie nècessairf p«oiir us adnhe est daviroB d*«n b<ci«:*lit7>f. Oise myrrhe j«eni éi7>^ rarâa^. saik> asrane pncaation. poor s^en senir aa liesioin. Elle e<i. es «ffet. iiiahêrabie i l'air, skmb qBriqaes <mlitktts qne o^ <)C«îi. EUe e^a, en outK. d'nx empM frc3e et peirt être
OMravrre à li maîB ^;a9< anraa iiM^avVfticBi.
Au moaaetu de mrtlie )e <wrp< dass \m bière. «• dt.-ymg 4aMs le
PROCÉDÉ d'embaumement PERFECTIONNÉ. 617
cueil un drap comme à Tordinaire, et Ton étend sur son fond un lit de myrrhe de 15 à 20 centimètres d'épaisseur. Sur cette myrrhe , les employés municipaux installent le suaire, y déposent le corps et Tensevelissent suivant l'usage.
Alors une nouvelle couche de myrrhe recouvre le suaire dans tous les sens. L'épaisseur de ce nouveau lit doit être, d'ailleurs, plus prononcée sur le tronc que vers ses extrémités. Elle doit, en outre, être tassée partout avec les mains, et enfin recouverte et retenue par le drap extérieur replié sur elle avec soin. Le cercueil est alors soudé, comme à l'ordinaire, par les employés des pompes funèbres, et l'embaumement est terminé. (Sucquet.)
Nous l'avons déjà dit, cette poudre, milieu conservateur, doit être employée par mesure de précaution , dans le cas d'injection au chlorure de zinc.
Troisième procédé d'embaiaineiiieiil.
Ce procédé supprime toute opération. On ne fait aucune injection, et le milieu conservateur suffit pour mettre le corps à l'abri de la décomposition. Ce procédé est inférieur aux deux précédents; néanmoins, on est quelquefois forcé de l'employer, principalement dans le cas ou les parents du défunt refusent absolument toute espèce d'opération. Voici comment M. Sucquet s'exprime au sujet de ce nouveau procédé, qui consiste en un ensevelissement dans un lit de myrrhe :
« Aussitôt que le temps légal de l'inhumation sera survenu, c'est-à-dire vingt-quatre heures après la déclaration de décès, le corps dont la famille ne recherche ni exposition publique ni exposition privée devra être enseveli dans un cercueil, prêt à l'avance et d'une capacité supérieure au volume du défunt.
€ On répand sur le fond de ce cercueil un lit de myrrhe de 25 centimètres environ. Alors le corps y est enseveli comnue à l'ordinaire, et le cercueil est ensuite rempli de myrrhe et soudé définitivement. Le lit est ensuite recouvert, et le cercueil élevé sur deux chaises disparait sous un drap blanc, est entouré de cierges et des objets religieux, et attend ainsi le jour etrheure des funérailles.
• Cet ensevelissement du corps dans la myrrhe demande, pour un adulte, un hectolitre et demi de cette préparation , contenue dans trois boites de KO litres chacune. Dans cet ensevelissement, tout ce qui peut blesser les familles se trouve enfin éloigné, et son manuel, d'une simplicité rare, peut rassurer le respect le plus prompt à s'alarmer.
c En résumé, l'art des embaumements possède aujourd'hui des ressources restées inconnues, mais très-efficaces et très-variées. La première de ses méthodes consiste : dans l'injection locale du visage, par les deux artères carotides externes, de sulfite d'ammoniaque coloré; dans l'in-
jection générale du corps au chlorure de zinc , par le bout central d'une des artères carotides primitives, découvertes en même temps que les carotides externes; enfin, dans l'emploi du milieu conservateur, pour se prémunir contre l'incertitude de la méthode d'injection.
c Le deuxième procédé consiste dans Tinjection, par lartère crurale, de sulfite de soude coloré et dans le dépôt, autour du corps, du milieu conservateur.
c Enfin , la troisième méthode ensevelit le corps dans un lit de myrrhe. »