I. - ORGHITE
Sous ce nom, on désigne Tinflammation du testicule, que la glande et répididyme soient pris ensemble ou isolément.
Nous décrirons spécialement l'orchite blennorrhagique, qui est de beaucoup la plus fréquente et qu'on peut prendre pour type de 1 inflammation du testicule ; nous dirons ensuite quelques mots de l'orchite non blennorrhagique et de l'orchite chronique.
Orchite blennorrhagique.
Causes. — L'orchite qui succède à la blennorrhagie apparaît rarement au début de cette affection ; la plupart du temps, elle se montre lorsque récoulement dure déjà depuis deux ou trois semaines, quelquefois même après un temps beaucoup plus considérable. Tantôt elle survient sans cause déterminante appréciable; tantôt elle parait provoquée par un excès de fatigue ou de boisson, la reprise prématurée des rapports sexuels, une contusion, des injections irritantes, etc.
ABatemie et physioiogrie pathoiogriques. — Comment le testicule est-îl atteint consécutivement à l'inflammation de l'urèthre ? Beaucoup d'opinions ont été émises à cet égard. On a invoqué la sympathie, la métastase^ la propagation de V inflammation par continuité le long des voies spermatiques (Yelpeau). On a pensé aussi à une angioleucite ; mais si Ton accepte cette dernière explication , il faut admettre que la phlegmasie 8*est propagée dans les vaisseaux lymphatiques d'avant en arrière, car on sait que les lymphatiques des testicules vont se joindre à ceux de l'urèthre pour se jeter dans les ganglions inguinaux.
L'orchite blennorrhagique paraît plus fréciuente à gauche (}u à droite. Elle est quelquefois double; mais, dans ce cas, les deux testicules ne sont pas pris en même temps.
Le testicule, l'épididyme et la tuni(}ue vaginale sont malades. Le testicule est injecté et augmenté de volume; Yépididyme est considérablement tuméfié; des produits plastiques en augmentent le volume; souvent il est seul affecté; c'est ce que quelques auteurs appellent épididymite. La tunique vaginale est ordinairement enflammée dans l'orchite blennorrhagique; elle est rouge et injectée; on trouve dans sa cavité une à deux cuillerées de liquide transparent contenant de la fibrine.
206 PATHOLOGIE GUIRURGIGALE.
Symptômes. ~ Il y a quelquefois, pendant un certain nombre de jours avant l'apparition franche de la maladie, des prodromes^ qui consistent dans une légère augmentation de volume et dans la pesanteur du testicule. Mais il ne tarde pas à devenir le siège d'une douleur vive , douleur spontanée, mais qui s'exaspère par le moindre contact, par le toucher, par le frottement, à tel point que souvent le malade ne peut supporter le poids des cataplasmes. Cette douleur s'étend au cordon ; elle se complique souvent d'une né\Talgie lombo-abdominale réflexe, occupant la région lombaire et inguinale du même côté, et extrêmement pénible.
Au bout de quatre ou cinq jours , on voit ordinairement la douleur diminuer d'intensité.
La région du testicule est chaude et un peu rouge.
Il existe une tuméfaction considérable, due à l'augmentation de volume de l'épididyme , à la congestion de la glande, ainsi qu'à l'épanchement dans la tunique vaginale. Le testicule peut acquérir le volume du poing ; cependant il ne dépasse pas celui d'un œuf, dans le plus grand nombriB des cas. En pressant du bout du doigt, on sent quelquefois la présence du liquide vaginal, que le doigt écarte avant d'arriver sur la glande.
Ordinairement, l'écoulement de l'urèthre cesse pendant la durée de l'orchite. Si l'inflammation est très-intense, il se développe des symptômes fébriles.
marehe. Durée. Terminaison. — L'augmentation de volume du testicule continue pendant cinq à six jours. Au bout de ce temps, les douleurs sont moins vives, et par le palper, on peut distinguer l'épididyme tuméfié de la glande elle-même. Si l'on pédiculise le testicule en pressant d'une seule main le reste de la masse scrotale, on constate facilement la présence du liquide qui distend la tunique vaginale, quelquefois assez abondant pour être vu par transparence.
Vers le huitième jour, la tuméfaction diminue, pour se terminer au bout de trois ou quatre semaines. Il reste pendant plusieurs mois, souvent pendant une année et plus, une induration plastique de la tète de l'épididyme.
Il est exceptionnel de voir l'orchite blennorrhagique se terminer par suppuration ou par gangrène; souvent elle passe d'un testicule à Tautre; elle peut même se reproduire plusieurs fois dans la même glande : c'est l'orchite dite à répétition,
Diairnostie. — Aucune maladie du testicule ne présente un début aussi brusque, une marche aussi rapide, et des symptômes locaux inflammatoires d'une telle intensité. La coexistence d'un écoulement uréthral mettra facilement sur la voie du diagnostic.
Prenostie. Traitement. — L'orchite blennorrhagique n'est pas grave. Toutefifyis, il est bon de savoir que Tinfiltration plastique de l'épididyme efface le calibre du conduit qui le constitue, et empêche le passage du
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sperme , de sorte qu'une orchite double pourrait frapper le sujet de stérilité. La perméabilité du canal de Tépididyme reparaît au bout de quelques années, par résorption de la matière plastique.
On a cité des cas dans lesquels Tinflammation, suivant le trajet du cordon spermatique, avait causé une péritonite; cette terminaison est excessivement rare.
Le traitement préventif consiste à soutenir les bourses avec un suspensoir, et à éviter la fatigue, surtout vers la deuxième et la troisième semaine, car c'est à ce moment que Torchite bleunorrhagique se déclare.
Le traitement curatif se compose d'une foule de moyens. Disons d'abord que Torchite guérit spontanément. Cependant, il est bon d'avoir recours à des moyens qui abrègent la durée de la maladie ou qui calment l'acuité des douleurs. Il ne faut rien attendre d'une médication interne. Les vésicatoires sont extrêmement douloureux et insupportables. On pratique quelquefois la ponction de la tunique vaginale avec la lancette, pour évacuer le liquide qui y est contenu. Cette ponction , si elle est souvent inutile, n'a du moins aucun inconvénient, et elle paraît quelquefois diminuer les douleurs en faisant cesser la distension de la tunique vaginale. Vidal et Yelpeau ont souvent débridé le testicule lui-même en plongeant un bistouri dans la glande. Ces moyens sont bons pour calmer la douleur; mais on en possède d'aussi efficaces et moins douloureux. En fait de moyens peu douloureux, nous n'entendons pas parler ici de la compression faite , soit avec des bandelettes d'emplâtre de Vigo, soit par des couches superposées de collodion. Ce moyen est, au contraire, extrêmement pénible; peu de malades le supportent.
Voici le traitement qui réussit le mieux :
Décubitus dorsal ; testicules relevés par un coussinet, ou reposant sur un plan résistant (une planchette , un morceau de carton), placé sur les cuisses et échancré au niveau du scrotum.
On rase la région du cordon du côté malade , et l'on fait une application de huit à douze sangsues, selon l'intensité de la douleur, sur le trajet du cordon, et non sur les bourses, parce que les sangsues pourraient ouvrir un vaisseau important.
Lorsque les sangsues sont tombées, on met le malade dans un bain chaud, oii il reste pendant une heure. L'eau du bain est teinte en rouge par le sang qui s'échappe des morsures. On remet le malade au lit, on s'occupe d'arrêter le sang. Le plus souvent alors la douleur a disparu.
On applique sur le testicule enflammé des cataplasmes chauds et minces, pendant six à huit jours, en recommandant au malade de ne pas se lever.
On peut remplacer les cataplasmes par des compresses imbibées du liquide suivant, ({u'on maintient en permanence, et qu'on renouvelle très-fréquenmient , afin qu'elles ne s'échauffent pas :
llf Eau simple 500 grammes.
Laudanum de Sydenham 10 gr.
Extrait de Saturne 4 gr.
Pendant le traitement, il est inutile de maintenir le malade à la diète. Il est rare qu'au bout de deux semaines, la guérison ne soit pas complète. Il ne faut pas marcher trop tôt, de crainte d'une récidive,
Il est bien entendu qu'on ne s'occupe pas de l'écoulement pendant la durée de l'orchite. Du reste, cet écoulement se présente de nouveau après la guérison, pour réclamer son traitement.
Il arrive que des douleurs violentes, réflexes, se montrent après l'application des sangsues, soit spontanément, soit par quelque imprudence du malade ; on pouiTa les calmer avec la pommade suivante, en frictions, matin et soir, sur les points douloureux :
llf Onguent napolitain 30 grammes.
Extrait de belladone 4 gr.
Ou bien avec le liniment suivant :
V Huile de camomille camphrée. . . 30 grammes.
Chloroforme 4 gr.
Laudanum de Sjdenham 4 gr.
Orchite non blennorrhagique.
L'orchite non blennorrhagi({uc diffère peu de la précédente; elle offre, en général, les mêmes symptômes, la même marche, la même terminaison. Les causes seules sont variables. Tantôt elle succède à une lésion directe du testicule . contusion , plaie , ou à une affection des voies uri- *naires, cystite, prostatite, uréthrite consécutive au cathétérisme , etc. ; tantôt elle reconnaît une origine plus éloignée. C'est ainsi qu'elle sunîent quelquefois à la suite de la variole (orchite varioleuse), ou d'autres fièvres graves, comme la fièvre typhoïde; elle se montre souvent au déclin des oreillons; il est bien évident que, dans ce cas, la métastase est le seul mécanisme qu'on ait pu invoc|uer pour expliquer sa production. On a cité encore les excès de masturbation, la constipation longtemps prolongée, les maladies de l'extrémité inférieure du rectum , enfin , les efforts violents. On pense que, pendant un effort exagéré, le cordon peut être tiraillé au niveau des anneaux par suite de la contraction brusque des muscles abdominaux , d'où inflammation du cordon et propagation consécutive au testicule.
Orchite chronique,
L'orchite chronique est une affection très-rare et ti*ès-peu connue. I^ plupart des auteurs ne l'ont décrite qu'en termes vagues; Curling,