LA TÊTE ME TOURNE
ne pouvait vivre dans l'aire de la collision de la avec le.
La ne pouvait rester dans l'indéfini qui y résulte du fait de l'adoption de l'art, déni. (= une tête me tourne, ou quelque chose de semblable). On ne pouvait le remplacer par l'art, dém. qui, en raison de son origine, est encore sensible à une démonstrativité ne pouvant s'appliquer qu'à une troisième personne : celle tête me tourne est impossible (= la tête d'un autre me tourne). 11 fallait donc dire ma tête me tourne, et, avec le pronom explétif, sinon
MA TÊTE ELLE ME TOURNE, du moins MA TETE ELLE TOURNE,
ce qui est, en effet, la tournure picarde que M. Edmont nous donne dans la carte de cette locution (Atlas 1728).
De même il a mal au BRAs(Atlas 171), comme l'exemple ci-dessus, ne peut devenir ni il a mal a le bras (mais on dit bien il a mal a le bras droit), ni il a mal a ce bras (qui pourrait être au bras d'un autre), et ne pouvait devenir que IL A MAL A SON BRAS.
Lamobilisation de l'adj. poss. pour parer aux conséquences de la collision de la avec le nous montre que l'art, démons-
tratif n'a pas seulement taillé une brèche dans les fonctions de l'art, déf. différencié le, la, sans par là inquiéter le règne de l'art, le dans la part qu'il lui a concédée, mais qu'il l'a réduit par son opposition de démonstratif à une part congrue obligeant celui-ci à renoncer à une fonction dont le français littéraire lui-même s'accommodait fort bien.
J'ai mal au bras n'est plus en picard l'équivalent de j'ai mal a le bras et j'ai mal a mon bras n'est pas, comparé au français, une revivification outrancière du genre, l'application inutile d'un remède à un mal inexistant, mais une vie différentielle plus intense que celle qui précéda la collision de la avec le et créée par la débilitation delà position que l'art, dém. a causée à l'art, déf. Le Parisien qui dit j'ai mal au bras ne soupçonne pas possible que ce soit au bras d'un autre. Non pas le Picard qui se demande réellement: à qui le bras?
Nos exemples de l'emploi de l'art, possessif sont :
i) Il a mai à son bras (Atlas 171)
2) Une branche pourrie m'est tombée sur ma figure (Atlas 566)
3) et m'a fait saigner de mon nez (Atlas 908)
4) Vous vous êtes blessé à votre main (Atlas 797)
5) Ecrire de sa main gauche (Atlas 797)
6) J'en ai plein ma tête (Atlas 1032)
7) Ma tête elle tourne (Atlas 1728).
Comme le sont les deux autres moyens thérapeutiques, celui de l'adj. poss., en Gaule romane, est, dans ces exemples, exclusivement particulier à l'aire de la collision de la avec le. Mais il s'y présente avec une irrégularité qui pour être reproduite cartographiquement nous aurait obligé à des tracés fort embrouillés, plus gênants qu'opportuns pour le lecteur. Très intense dans tout le domaine où le c latin devant
a ne s'est pas palatisé, ce caractère l'est moins à l'est immédiat et l'est encore moins en pays wallon : si l'extrême Est de l'aire de la collision de la avec le le présente encore presqu'intact dans l'exemple i, il est moins accentué dans les exemples 2 et 4, encore moins dans l'exemple 5, où seul le point 294 l'a, et il est complètement dépourvu des exemples 3 et 6. Nous allons voir tout à l'heure comment s'explique et se justifie la variation de ce caractère.