‹ Pathologie et thérapeutique verbalesChapitre 13 sur 80 · Edmont, A Vbuèe. Champion · texte numérisé non relu

Edmont, A Vbuèe. Champion

— « Si que ça n'a seulement pas une bonne chemise à mettre dans son dos. »

— « Elle l'empoigne par son cou. »

— « Elle lui pressait si fort son gosier. »

— « Tu verras, ma fille, si que ça continue de ce trainlà, ces enfants, faudra les marier avec leur sucette à leur bouche et puis encore avec leurs langes à leur cul. »

Il est certain que les trois traitements étaient nécessaires pour panser la plaie causée par la neutralisation de l'art, déf.

Mais, on le voit par les exemples ci-dessus, il en est un dont l'application était superflue, celui du pronom explétif après un substantif qui déjà est régénéré par l'art, déni . D'après ce qui a été dit plus haut, on s'attendrait à

ce patron est là, il vend ce vin cher. Il a mal à son bras .

Cet emploi rationnel du régime complet n'a laissé aucune trace, et, s'il a existé, il n'a pu avoir qu'une existence bien éphémère. En effet, si le Picard devait dire ce patron est la, par contre, il disait le patron de cette maison il est LÀ; il en résulta ce patron il est là. Si encore il disait le vin de Bordeaux il est bon, en considérant que le complément de Bordeaux dégage vin de sa démonstrativité, mais ce vin de Bordeaux est bon, en considérant que de Bordeaux ne dégage pas vin de sa démonstrativité — car les deux conceptions sont possibles — il en résultait ce vin de Bordeaux il est bon.

On comprend dès lors qu'un emploi persistant aussi judicieux, aussi logique du régime complet n'ait pas été le fait d'un parler populaire, que l'emploi de l'explétif ait été généralisé et appliqué là où il cessait d'avoir aucune efficacité.

2) Laire à régime incomplet,

La seconde aire, située immédiatement à l'est de celle que nous avons appelée picarde, n'est caractérisée que par un traitement incomplet.

Elle a l'art, poss., le pronom explétif, mais il lui manque totalement l'art, dém. de l'aire picarde, à la place

duquel nous ne trouvons que / pour les deux genres

c'est ainsi que nous désignerons l'art, neutralisé, ce sera probablement plus conforme à la réalité phonétique, qui provient d'une violente contraction plutôt que d'une modication de a en e.

Devons-nous concevoir un groupe de parlers à traitement incomplet, s'étant contenté d'une revivification partielle du genre, ayant :

Le vérité elle est là. Le patron il est là. Il a mal à son bras, mais non : ce patron vend ce vin cher ?

Cette aire aurait-elle dédaigné de gaîté de cœur le secours que lui prêtait l'adj . dém. pour régénérer le subst. complément et serait-elle restée insensible à la distinction fonctionnelle de Fart. dém. à côté de Lan. déf. ? Il n'en est rien .

Notre aire à deux traitements a été en réalité une aire à régime complet, absolument comme l'est actuellement l'aire picarde, dont elle n'est que le prolongement jusqu'à la limite capitale formée par le traitement picard du c latin devant a et e (limite k s).

€ s Elle est une aire qui a perdu son art. dém. pour une cause que nous allons étudier, et où nous allons montrer que son adj. dém. avait perdu toute efficacité thérapeutique. Ainsi dépouillé d'une partie de son efficacité le

régime complet s'en va à vau-l'eau. En effet, comment expliquerait-on autrement que par une débandade causée par la décapitation du régime complet le fait que dans cette aire l'explétif est en voie de disparition, que cette disparirition va en s'accentuant de l'ouest à l'est, est en raison directe de son éloignement de l'aire picarde ; — sur 9 exemples choisis au hasard 271 a 7/9, tandis que 270 n'a plus que 1/9.

L'adj. dém. était dans notre aire, comme dans l'aire picarde che, chelle. Il existe encore sous cette forme partiellement — nous allons voir à l'instant ce que valent ces témoignages — mais aux points 294, 281, 293, 292 sous des formes avec le son 5, donc en plein territoire picard, où phonétiquement on ne peut avoir que € et conformément au point 291, qui est au delà de la limite

^i-f (carte III).

Ces formes de ce, celle (s, s(e)l) vivent côte à côte, nous pouvons même dire dans le même mot avec des formes ayant le e picard : celle année chi, cel endroit chi ; jamais on ne trouve chelle année ci, chel endroit ci, formes qui ne manqueraient pas d'exister si nous avions à faire à une dénaturalisation arbitraire du son initial sous une influence française ou wallonne (ni le -français ni le wallon ne possèdent d'ailleurs la forme fém . celle) : la dénaturalisation atteindrait tantôt chelle, tantôt chi? ou plutôt n'atteindrait ni l'un ni l'autre, car, loin d'être moins abondants d'exemples que dans le centre des aires, les caractères phonétiques s'accentuent plutôt en bordure '.

L'explication par une invasion étrangère qui aurait

1. Cf. disandes (samedi) pour disande. Le point 292 est le seul du nord de la France où l'on trouve kâptnô (champignon) !

atteint ce mot à l'exclusion des autres et l'aurait atteint

presque partout dans notre aire n a donc pas

de

chance pour être juste; nous croyons pouvoir intervertir les termes de la fraction en expliquant ce, celle par voie phonétique.

Che, chelle par leur fonction d'adj . et plus encore par celle d'article étaient sensibles à des modifications syntaxiques, telles que la dissimilation (ch chimetière >> s chimitikre dans les Lettres picardes de P.-L. Gosseu de Vermand, point 262) et à l'assimilation que l'Atlas nous permet d'établir rigoureusement et qui va nous conduire à la solution recherchée.

£ se (le sel)

/ se s se (263)

Cette évolution se produisait sans enlever à l'art, la faculté de maintenir intacte son individualité, comme medsè en français à côté de metse que veulent nous imposer les phonéticiens intransigeants.

Donc, au sing., ch peut se présenter sous la forme de s.

Au pluriel :

ee^ anges

ۥ{ anges-

è^, 0)^ anges

si, (e)sz anges et même

Le fait que ces formes résultant d'assimilation s'appliquent aux substantifs masc. et aux substantifs fém. (ches mains, mais ee% oiseaux, -ee^ âmes) — fait qui est commun aussi à la langue littéraire, mais non pas le suivant — que cette neutralité de ee\ plur. était soutenue par la présence de mots qui, au sing., exigeaient la forme ce pour che (ce sel, ce cimetière), devait, si la langue voulait obtenir une unité dans l'emploi d'un mot ayant une fonction grammaticale uniforme, et obéir en même temps à ses obligations phonétiques n'en contrecarrant pas d'autres, aboutir nécessairement à la création d'un

s = ce, che

L'adj. déni, vient ainsi se confondre avec l'adj. possessif de la 3e pers. s, qui déjà était l'équivalent du fr. sa depuis l'époque où une puissance de contraction particulière au nord de la France avait réduit la, ma, ta, sa à /, m, t, s et était devenu aussi l'équivalent du masculin son par la création d'un s que la confusion de ces et de ses (s% oiseaux, s% âmes = « ces oiseaux » et « ses oiseaux », « ces âmes » et « ses âmes ») devait presque immanquablement amener, aussi naturellement que plus loin, la confusion de son avec ce et vice-versa que nous allons tout à l'heure constater. Ainsi se trouvèrent neutralisés l'adj. dém. et l'adj. possessif, neutralisés et confondus en une seule forme s.

Voici un tableau qui montre toute la confusion et qui comprend notamment tous les points de l'aire 2 et de l'aire 3 où le possessif son a la signification de l'adj. démonstratif. Pour plus de clarté, nous négligeons de marquer la prosthèse de Ye qui est un caractère particulier à toute notre région, et qui se produit même en français populaire de Paris (Qu'as-tu dit? èrye).

S . .a cet endroit

bû O <J

su

s. .-ei

su

si

si

su

si

st

sn

s. .si2

el

sn

se

si

sn

è. .si

sn

st

sn

s . .la

sn

se

sn

st

s. .si

sn

st

st

s . Jo

sn 5

se6

st

st

st

s . . si

sa

son

sô

si

si

s. .si

sn

s. .si

■ st

st

sn

si

sn

sn

sn

s. .la

sln

se, s6

su

sn

s. .si

1. Figure dans la carte : dans ce pays. -• — : à cet endroit.

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