ESSE T'I E-MO UCHE TTE
planches ou des bancs, soit placées dans un édicule. Ils pouvaient mieux faire — la question rucher étant associée à celle de ruche — et donner à Edmont un équivalent de « ce qui supporte la ruche ou les ruches ». C'est ainsi qu'ont été obtenus banc des abeilles, es 1er, apier, etc.
Le rucher est « l'endroit où sont les ruches », et le nom de cet endroit est soit un dérivé de « ruche » (ruche >> rucher ; chatoire >> chatrier), soit un dérivé d' « abeille » :
Es « abeille » a donné : ester « rucher » ; mouche « abeille » : moucher ; mouchette « abeille » : mouchetier ; abeille « abeille » : abeiller ; aveille « abeille » : aveiller, qui sont tous l'endroit où sont les ruches, tous ce qu'est rucher << ruche.
Ep « abeille », selon M. J., a pu ne pas donner apier.
Apier, qui, dans Olivier de Serres, est un assemblage de bancs qui supportent les ruches, ainsi que me l'apprend M. J., apier, qui, au point 264 de l'Atlas, est une planche supportant les ruches, est un terme qui n'est pas plus technique qu esier, moucher, etc.
Apier peut-il se trouver indépendamment à'ep « abeille » ? M. J. pense que oui ; moi, je pense que non.
Esier, moucher, etc. peuvent-ils se trouver indépendamment d'un es, mouche « abeille », actuel ou ancien ? M. J. et moi, nous pensons que non — M. J. le montre par les raisonnements que contient son article.
Un moucher, un mouchetier, un esier dans l'aire abeille ne seraient pas moins déplacés qu'un apier dans l'aire mouchette « abeille », si cette aire mouchette « abeille » n'a eu un ep « abeille ».
J'avoue que j'ai été singulièrement surpris en lisant cette phrase de M. J. « il importerait d'ailleurs d'élucider l'histoire â'apier » ; car je ne songeais pas, en lisant les prémisses de son travail, aux conséquences fatales auxquelles il allait être entraîné.
C'est bien par fragments qu'il faut tout d'abord traiter un problème linguistique d'une certaine envergure, si l'on veut obtenir une solution, absolument comme, dans un jeu de patience, la reconstitution d'un paysage. On obtient d'abord des solutions partielles. Mais il faut que ces solutions partielles s'enchâssent
les unes dans les autres pour former le tout recherché. Si, dans votre jeu de patience, trop de pièces se trouvent à manquer, ne cherchez pas à reconstituer le paysage en entier : vos arbres pourraient avoir la cime en bas. — Si je n'avais pas cru à mon explication à' apier, M. J. croit-il que j'aurais publié mon travail sur l'abeille ?
M. J. a recherché apier dans les textes et n'a pas trouvé d'autre exemple que celui d'Olivier de Serres r. Voilà un mot qui a failli avoir le sort de Yessette lorrain ! Et cependant, il figure dans de nombreux lexiques patois et à plus de 50 points de l'Atlas, où il est disséminé et représente une surface triple, quadruple, quintuple de celle de la Lorraine, où M. J. s'étonne de ne pas trouver essette, l'autre produit de ep.
Si ni l'un ni l'autre des produits de ep ne se retrouvent dans les textes lorrains, serait-ce, par hasard, que M. J. aurait donné une mauvaise solution à essette, en lui attribuant une origine logique, spontanée, lequel essette, en effet, devrait, de par cette nature, se retrouver dans les textes lorrains, à l'égal bavette, p. ex, dans l'Ouest ?
L'aire avette n'a point donné avettier. Cette aire se contente de nombreux points d'interrogation et de rucher tout moderne (ainsi qu'il convient à la région la plus francisée, et la plus anciennement francisée de la Gaule romane).
Les aires mouchatte-mouchotte et essette n'ont point donné mouchattier, mouchottier , essattier, car elles sont, en grande partie, « la seule aire quelque peu étendue du dérivé ancien ester, eserier » (J.) et, en une autre partie, du respectable chatrier <C chatoire « ruche ».
A l'exception de ces aires, tout « abeille » donne un « abeiller », sauf ep, selon M. J.
Cet apier qui, selon moi, abritait au xve s. « les eps de France
1. Ce qui aurait dû être, pour M. J., un indice de la nature du mot : apier n'a pas laissé, dans les textes, plus de traces qu'ep, d'où il vient. Ep culbuté dans les patois n'entraînait pas dans sa culbute apier, qui, comme esier, pouvait patiemment attendre l'arrivée tardive de rucher, sinon celle de mouchattiermouchottier.
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que Ton appelait avettes en Anjou et abeilles en Poitou », quelles assises géographiques a-t-il ?
Il pullule dans la région qui a vu naître ep.
Il est absent de tout l'immense territoire le plus soumis à l'influence française littéraire (de là son absence dans les textes).
Il se retrouve et pullule dans l'aire abeille, . . où, grâce à l'analogie de sa forme, il se confond avec abeille r au point qu'il produit le type apeiller ' — et apier ne serait pas à ep ce quabeiller est à abeille !
Il est dans le voisinage du Médoc, où ep existe encore. Et maintenant, examinons de près, et dans son entourage immédiat, Y apier du point 77, dédaigné par M. J. à cause de son isolement, doublement apprécié, par moi pour la même raison.
Apier est, au point 77, situé au centre d'un quadrilatère formé par les points, plus septentrionaux, 68 et 86 et les points, plus méridionaux, 78 et 67. Aux points 77 et 67, le mot bus, ayant besoin du complément « de mouchettes » pour être « ruche », équivaut, dans cette région, à « panier » que l'on a aux points 86 et 68. Ces quatre parlers ont perdu le type chatoire « ruche » (abandon matériel, ou abandon à la suite de l'apparition d'un nouveau modèle de « ruche »), conservé au point 78, type lorrain-wallon disparu de la « trouée de la Meuse » (où l'on a naturellement ruche). Chaîner « rucher », le dérivé de chatoire, se maintient naturellement au point 78 — qui a chatoire « ruche » ; il se maintient aussi aux points 68 et 86, malgré la disparition de chatoire « ruche » que l'on y a remplacé par une expression périphrastique imminente, « panier de mouchettes », ou simplement « panier » — qui ne peut donner panerier « rucher » ! Le point 67 a conservé esier « rucher », malgré son expression périphrastique pour « ruche ». Dans ce milieu, au centre du quadrilatère, le point 77, qui a perdu esier et chaîner, dit apier « rucher ». Il les aurait abandonnés, selon M. J., pour adopter
1. Ne cherchez pas cet adultérin dans le dictionnaire de Mistral. On en fait à foison (afierma «affirmer); mais on ne paraît pas adopter ceux qui existent (apeiller).
un « terme d'apiculteur » (terme technique comme ester « de la seule aire quelque peu étendue de ce dérivé â'es », comme chatrier dont l'aire s'étend de la Wallonie à la Suisse ?)3 un terme « qui aurait pu se répandre indépendamment du mot sur lequel il repose » et dont « il importe d'ailleurs d'élucider l'histoire » ! Il les aurait abandonnés pour leur préférer un mot ne tenant, nid' « abeille », ni de « ruche », et qu'il n'a pas remplacé par le littéraire rucher, comme partout ailleurs où l'on n'a pas un mot formellement associé avec le terme « abeille » ou « ruche » avant l'apparition de ruche, rucher \
Au point 77, apier suppose ep, comme tabatière2 suppose tabac.
Si « mouchettier » ne s'est pas encore produit, comme il existe au point 261, où il est le témoin encore vivant du passage de mouchette « abeille » — apier est, au point 77, le témoin du passage â'ep — , c'est que nous sommes ici en une région où ester et chaîner sont encore bien vivants — l'élément mobile de la famille et déterminant le mouvement des dérivés n'est-il pas uniquement « abeille» ? — , malgré que es ait disparu dans nos cinq points et que chatoire n'existe plus qu'en un seul point : la langue ne s'est pas encore mise en quête d'un remplaçant d'esier et de chatrier pour satisfaire le seul point 77 qui en ait besoin.
M. J. traite à la légère le sémantisme « essaim-ruche » de mouchette et de mouche. Il signale, d'après Godefroy, ce mouchette « essaim, ruche » au xive s. (toujours dans la région Est qui a mouchette « abeille ») et se contente d'ajouter : « l'évolution sémantique « abeille » >> « essaim », de même que celle d' « essaim » >> « ruche » se retrouve à différentes époques et dans différentes langues ». Je ne sais pas ce qu'il en est dans ces
1 . Apier fournit une date chronologique dans l'histoire du rucher et de la ruche au point 77.
2. Les priseurs ont « soufflé » ce mot aux fumeurs, qui ont été réduits à dire blague à tabac. Les priseurs ont eu pour eux l'antériorité. C'est ce qui découle aussi de l'étude des cartes tabac et fumer de l'Atlas.
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« différentes langues », et si les conditions du problème français de « mouche, mouchette » peuvent avoir un parallèle dans d'autres langues à « abeille »[?]; niais j'avoue que cette évolution .sémantique, qui parait naturelle à M. J.3 me paraît extraordinaire, à moi : une es ou une avette « abeille » qui est en même temps un « groupe d'es ou bavettes » — ce qui n'existe pas à ma connaissance? Une mouchette qui, dans l'aire des archives de la Côte-d'Or, signifie « essaim, ruche » au xive s. en même temps que « abeille » (dans les mêmes archives et dans le même siècle), cela, je le répète, me paraît tellement extraordinaire que je poserai la question suivante, dont on comprendra toute la portée : voyons ! est-ce mouchette « abeille » que l'on a en premier lieu, ou est-ce mouchette « essaim, ruche » ?
Si une confusion d' « abeille » avec « essaim-ruche » est naturelle, se retrouve cà « différentes époques » et dans « différentes langues », pourquoi, dans notre langue à nous, le nord, lorsqu'il a perdu « essaim » devenu « abeille » fait-il, pour retrouver un « essaim », tant d'efforts qui ont abouti heureusement à jeuneau ? Que n'a-t-il pris son « abeille », comme l'Est — d'après M.J. — son mouchette ?
Pour ma part, si je n'ai aucune explication à fournir cà un es ou à un avette qui signifieraient en même temps « abeille » et « essaim-ruche » — ruche et essaim sont logiquement identiques —, et dont l'existence reste à être démontrée, j'en ai une, par contre, qui, inapplicable à es et, à avette (ou à tel autre mot pouvant avoir existé avant moiiche-ep), est applicable uniquement aux successeurs de mouche ep > mouchette — et on en devine la portée pour la justification de mon mouchette < mouche-ep de l'Est.
Si mouchette « abeille » est né consciemment, qu'il soit diminutif, qu'il soit caritatif, s'il a provoqué un essette « abeille », comme le dit M.J., je ne comprends pas que mouchette puisse signifier « essaim-ruche » en même temps qu « abeille ». . et à la même époque à peu près.
Mouchette « abeille » devait être et rester senti comme un diminutif ou un caritatif — n'a-t-il pas provoqué le diminutif
ou caritatif essette dont M.J. nous donne des exemples du xve s. ? — comment alors, étant un produit autochtone, a-t-il pu être interprété, au xive s. comme « essaim-ruche » dans la même région ?
Si je ne comprends pas un mouchette « abeille » et « essaim » qui serait autochtone et qui inaugurerait chronologiquement la confusion de ces deux acceptions — car, je le répète, les « abeille » antérieurs ne paraissent pas l'avoir — , je comprends, par contre, très bien un mouchette non-autochtone << mouche-ep, soumis à un examen morphologico-étymologique par des parlers qui, en détresse lexicale, l'adoptent.
Un mouchette, né de mouche-ep, est -il une « abeille » ? Certainement, puisqu'il est une « mouche ».
N'est-il pas aussi un « groupe d'abeilles, essaim de mouches », comme coudrette est une « coud raie » et non seulement un « petit coudrier », comme sarlette (exclusivement wallon dans la langue d'oui) est une « salière » ?
Et si mouchette « abeille » est devenu mouche, ainsi que je le prétends, mouchette « essaim-ruche » n'a-t-il pas pu ou dû devenir
— soit sur place avec mouchette « abeille », soit, plus facilement à l'écart de mouchette > mouche « abeille », qui allait se spécifier
— mouche « essaim-ruche » (que M.J. signale lui-même aux points 4 *, 5, 405, 505); et si mouche » abeille » fait place à abeille, mouche « essaim-ruche », ne deviendra-t-il pas aussi abeille « essaim-ruche », mot qui ne figure pas dans l'Atlas, mais que M. Meillet (sud du dép. du Cher, sauf erreur) m'a signalé 2 ?
J'invite M. J., ainsi que le lecteur — si nous en avons — , à examiner la situation géographique de ces points 12 , 5, 405,