VIII. — RÉSUMÉ SUCCINT DE MAISON ET HOTEL EN PATOIS
Mansionem « demeure » est l'origine de maison dans le français littéraire et maison y est resté fidèle à cette origine. J'appelle cette étymologie latine, à laquelle l'Ile-de-France est restée fidèle, étymologie I
Transporté en province dans les aires hôtels mansionem »,
pour mettre fin à une intolérable équivoque de hôtel = « hôtellerie » et « maison •>, mansionem reste tout d'abord étymologie I, mais est bientôt soumis à Pétymologie populaire (cf. férir, ferme?, pervenche, violette, mouche ep > mouchette, et cent autres) qui en fait « pièce où est la maie » — étymologie II ou étymologie française.
Cette étymologie populaire entraîne nécessairement le synonyme parfait de maison qui est hôtel, lorsque le français littéraire vit sur pied d'égalité avec le patois ou est même prépondérant dans l'usage. Maison, en province, a cessé d'être mansionem latin, hôtel, en province, est bien hospitale, mais un hospitale qui signifie « cuisine » de par l'injonction de maison.
La province patoise n'a plus —déjà elle avait maison « maison » littéraire comme complément équivoque de maison « cuisine » — qu'à se plier aux ordres du français littéraire, elle n'a plus qu'à être française de langue. L'étymologie II, ou étymologie française, fait place à l'étymologie I, ou étymologie latine. L'étymologie II n'aura été qu'une étymologie éphémère.
Hôlel patois a été tout d'abord sapé par hôtel français (> hôtel patois = « hôtellerie » et « maison »), puis, une nouvelle fois, sapé par maison qui était accouru pour détruire l'équivoque hôtel = « hôtellerie » et « maison », et qui fait de hôtel une « cuisine », parce que maison est lui-même étymologiquement (étymologie II) une « cuisine ». Il disparaît en tant que « cuisine », où il est synonyme de maison qui est, lui aussi, « cuisine ».
Plus de lexicalité patoise pour « maison » ! Maison français — coexistant comme « maison » à côté de maison « cuisine», existant en français comme « maison » — se rétablit, conscient de sa sémantique littéraire, réapparaît sous sa forme étymologique et sémantique de mansionem ; et ... hôtel patois, hôtel « cuisine », qui a pour correspondant lexical le français hôtel « hôtellerie, demeure somptueuse », n'a plus rien à faire. Il ne peut ni redevenir ou rester « maison » (d'ailleurs inutile à côté de maison, ou impropre vis-à-vis de hôtel français),
ni être « cuisine » (dernier refuge sémantique où il expire) ; car hôtel français s'y oppose. Il ne sera plus hospitale latin > oté « maison » >» oté « cuisine » : à sa place, il y aura un hôtel littéraire qui a une histoire tout autre que la sienne.
Cuisine remplacera et maison « cuisine a et hôtel « cuisine », devenus impossibles dans un parler pénétré de français.
La nature sémantique équivoque de cuisine littéraire a été la cause pour laquelle les parlers populaires ont hésité à l'adopter : son imposition est de nature dictatoriale, témoigne d'une invasion à laquelle les parlers populaires n'opposent plus de digue.
Aussi, les parlers populaires qui, cependant, ont sans hésitation réadopté maison « maison », ont-ils, pendant un certain temps, fait obstacle à la pénétration de cuisine, et ont-ils cherché à y suppléer par des substitutions empiriques, que nous avons longuement exposées, et qui témoignent de la vanité de leurs efforts, soit qu'ils créent (afeu), soit qu'ils empruntent (Jeu, foyer, boulangerie). Ces efforts manifestent que le moment était venu pour eux de se rendre sans condition, à la merci du français. Le glas pour les patois, le carillon pour le français !
Là où cuisine a été en un plus long contact de français à patois avec maison « cuisine », là où « cuisine » n'a pas de substituts que le patois ait cherchés, là où cuisinez été adopté sans que son équivoque (« il fait la cuisine dans la cuisine ») ait paru être un obstacle dirimant à son adoption, cuisine français a amené sur sa ligne maison « cuisine » disparaissant, et par contre-coup maison « maison », en faisant d'eux maisonne « cuisine » et « maison » (qui évoque un plus éphémère chansonne). Maisonne « cuisine » détruit, maisonne « maison » redevient maison, après s'être attardé quelque temps en maison « cuisine », et, dans son retour, entraîne un ponne (de terre primitivement, puis ponne « pomme » à sa suite) à devenir pon, un masculin, de concert avec un « pomme de terre » masculin (canada, topinambour), qui est le nouveau « pomme de terre ». Maisonne a agi sur chanson (> chansonne), comme maison, revenu de maisonne a agi sur ponne (de terre) et ponne « pomme » (> pon).
TABLE DES MATIÈRES
Pages Puissance analogique d'à// répondant aux questions où et quand.
I. Point de départ de l'enquête : Vombre>le lombre à Saint-Pol. i II. Ce n'est pas, dans le Nord, le substantif qui a une puissance analogique sur un autre substantif ; c'est la formule grammaticale avec au analogiquement puissant : au soir > au nuit. 8
III. Puissance analogique d'au sur des mots français invariables:
auprès, autour, auparavant, aujourd'hui 10