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Pathologie et traitement de la luxation congénitale de la hanche

C’est à mon instigation que mon ancien interne J. Cottet a entrepris la traduction du livre de Lorenz sur la Pathologie et le Traitement de la luxation congénitale de la hanche. Au moment où cette intéressante question de thérapeutique orthopédique semble vouloir une fois encore sortir de l’oubli où elle était depuis longtemps plongée, il m’a paru, en effet, qu’il y aurait grand intérêt à faire connaître, mieux que par une analyse, l’œuvre importante de notre confrère de Vienne.

Si le mérite d’avoir le premier mis en relief et démontré par des exemples les avantages de l’intervention sanglante dans le traitement de la luxation congénitale du fémur revient incontestablement à Hoffa, on ne saurait sans injustice refuser à Lorenz une part considérable dans la vulgarisation de cette méthode de traitement. Par le soin qu’il a mis à étudier et à démontrer les causes véritables des difficultés de la réduction, par la simplification qu’il s’est efforcé d’apporter au procédé opératoire, Lorenz est arrivé à concevoir une opération

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dont on pourra apprécier la valeur en se reportant aux observations qui terminent son ouvrage, mais qui, à mon sens, se fait surtout remarquer par un caractère d’originalité incontestable. Un court parallèle entre les opérations de HofFa et de Lorenz fera aisément ressortir cette particularité.

floffa part de ce principe que tous les muscles qui s’insèrent au bassin et au membre inférieur, en première ligne les muscles pelvi-trochantériens, éprouvent un raccourcissement musculaire qui est l’obstacle à l’abaissement de la tête, à la réduction, et cette conception anatomo-pathologique aboutit à cette conclusion opératoire : la désinsertion systématique de tous les muscles qui s’insèrent à l’extrémité supérieure du fémur.

La manière de voir de Lorenz est absolument différente. Pour lui, le raccourcissement musculaire n’est nullement l’obstacle à la réduction, et les sections ou les désinsertions de muscles doivent être d’autant plus soigneusement évitées que de leur conservation et de leur intégrité dépendra plus tard la solidité et le bon fonctionnement de la jointure reconstituée. Pour abaisser la tête et l’amener au niveau du cotyle agrandi, c’est à l’extension qu’il faut avoir recours, et, pour atteindre l’articulation sans sectionner ni désinsérer aucun des muscles qui l’entourent, c’est par la partie antérieure qu’il faut l’aborder, en passant entre le tenseur du fascia lata et le moyen fessier.

La distinction est, on le voit, nettement tranchée, non seulement entre les deux procédés opératoires, mais aussi et surtout entre les considérations qui les inspirent, et il y aurait injustice évidente à ne vouloir, comme on l’a fait, considérer le procédé de Lorenz que comme une modification plus ou moins heureuse de l’opé-

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ration de Hoffa, dans laquelle on ouvrirait par devant l’articulation.

Si rationnelle et si séduisante qu’elle paraisse, la réduction sanglante de la luxation congénitale de la hanche ne saurait pourtant prévaloir si elle comportait une difficulté d’exécution et une gravité opératoire hors de proportion avec les inconvénients inhérents à la malformation à laquelle elle s’adresse. Les documents justificatifs réunis à la fin de ce volume fournissent à ce point de vue des renseignements importants. S’il a commencé par avoir une série malheureuse, tenant à son éducation encore imparfaite et à une installation insuffisante , Lorenz, depuis qu’il s’est placé dans les conditions nécessaires, n’a plus enregistré aucun décès post-opératoire, et le chiffre de ses opérations, qui, au moment de la publication de son livre, était de 100, ne s’élève pas aujourd’hui (communication écrite) à moins de 230. Emanant d’un observateur aussi consciencieux, une pareille statistique est, on en conviendra, de nature à faire réfléchir les chirurgiens les plus timorés.

Faut-il en conclure que toute luxation congénitale de la hanche devra désormais être considérée comme justiciable de l’intervention sanglante? Evidemment non, et, pour cette opération comme pour toute autre, il y aura toujours à faire la part des indications et des contreindications. Lorenz, du reste, n’a point failli à cette tâche, et nul n’a, dans ces derniers temps, plaidé plus chaleureusement que lui la cause de la réduction non sanglante pour les luxations observées chez les enfants au-dessous de quatre ans. Ces réserves faites, les succès déjà obtenus nous permettent d’espérer que nous pourrons, dans bien des cas, faire œuvre utile en nous attaquant à des difformités contre lesquelles jusqu’à présent

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nous étions malheureusement obligés de nous déclarer impuissants. J’ai la conviction absolue que le livre de Lorenz aura pour une large part contribué à cet heureux résultat.

F. Brun,

Agrégé,

Chirurgien de l’hôpital des Enfants-Malades.

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