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De cet aperçu général, il résulte que, dans les trois premières années, l’absence du ligament rond est aussi fréquente que sa présence, mais qu’à partir de quatre ans son absence devient la règle. La disparition du ligament paraît plus précoce dans la luxation bilatérale.
Exceptionnellement j’ai trouvé le ligament rond à peu
près intact chez des enfants de neuf à dix ans. Il est à remarquer que l’un de ces enfants avait été soigné en France, pendant trois ans, par l’extension continue au lit, dans un établissement orthopédique.
Lorsqu’il existe, le ligament rond est le plus souvent élargi et allongé. Il représente une solide bande, composée de forts trousseaux fibreux, dirigés parallèlement les uns aux autres, large de 1 cent, à 1 cent, et demi et longue de 4 cent, et plus, suivant le degré de la luxation. Cette bande ligamenteuse part de la portion antéro-interne de l’arrière-cavité du cotyle rudimentaire, passe comme un pont son rebord postéro-supérieur, et gagne le bord supérieur de la fovea capitis, en longeant la portion aplatie de la tête, pour aller s’insérer au pôle interne de la tête. Le ligament ainsi modifié est extraordinairement large et épais et il a acquis un volume pour le moins double de l’état normal; ses faisceaux sont peu unis les uns aux autres et facilement dissociables. Dans ces conditions, le ligament rond m’a toujours fait penser à une langue de chien.
Paletta décrit bien le ligament : « Hoc enim neque in funiculum colligatum, neque in prismatis modum conformatum erat, sed expansum dejectumque in formam membrani atque sic totam acetabuli superficiem occupabat ».
Tillmanns a particulièrement insisté sur l’hypertrophie du ligament rond et il discute ce fait au point de vue étiologique.
Cette hypertrophie est certainement causée par l’excès de fonction, qui lui incombe, au moment où le cotyle n’offre plus un point d’appui solide à la tête fémorale. Le ligament partage, en effet, avec la capsule et certains muscles, le rôle de transmettre aux fémurs le poids du tronc, et il agit en cela comme un ligament de soutien.
Cependant le ligament, bien qu’hypertrophié, ne suffit plus à la longue aux exigences croissantes qui lui sont imposées. Au début, le ligament subit, par suite des progrès de la luxation en haut, un allongement par tension de ses faisceaux; plus tard, le ligament se trouve tendu comme une corde sur la crête du rebord cotyloïdien postérieur (fig. 9, d’après Hoffa). Le bourrelet fibro-cartilagineux se replie, le bord coty-
loïdien postérieur s’atrophie et devient aplati, comme on l’a déjà dit, et sur lui, comme sur la portion postérieure de la tête, on peut reconnaître les traces de la pression du ligament, indiquées par un sillon plus ou moins profond.
Si le rôle mécanique du ligament rond, dans la luxation congénitale de la hanche, explique la transformation secondaire du rebord cotyloïdien postérieur, on ne doit pas non plus oublier que la traction que ce ligament exerce à son
insertion antéro-inférieure cotyloïdienne modifiera aussi la forme du bassin, en déterminant l’éversion de l’ischion et l’amoindrissement de la cavité cotyloïde.
Le frottement prolongé contre la crête du rebord cotyloïdien postérieur (fig. 13) a pour conséquence l’amincissement progressif du ligament rond.
On trouve alors un petit ligament grêle (ii game n t u m filiforme) et tordu sur lui-même, ou bien encore un faisceau de fibres plus ou moins dissociées. On a ainsi deux ou plusieurs trousseaux
Fig. 9.
fibreux très fins, dont l’atrophie définitive représente ce qu’on a appelé « les ruines du ligament rond ».
Dans les luxations doubles, il peut se faire que non seulement le ligament existe d’un côté, mais encore qu’il soit hypertrophié, tandis que de l’autre côté il n’en reste plus qu’un vestige insignifiant. La luxation d’ailleurs peut exister à des degrés différents de l’un et de l’autre côté.
La persistance du ligament rond semble dépendre de la rapidité plus ou moins grande des progrès de la luxation, de la solidité du tissu fibreux, du poids du corps, de la durée du
temps pendant lequel il supporte ce poids, de l'institution d’un traitement mécanique, etc.
Il existe une intéressante disposition, dans laquelle l’extrémité périphérique du ligament se fixe au faisceau antérieur
grand trochanter; — T. Mi, petit trochanter; — AB, faisceau supérieur du grand adducteur; — FA, insertion cotyloïdienne du ligament rond; — LC, bord supérieur du cotyle ; — FL, capsule articulaire.
de la capsule qui recouvre la cavité cotyloïde. Birnbaum représente, dans son excellent mémoire, une semblable disposition, existant chez un enfant de trois ans (fig. 10). Il s’exprime ainsi à ce sujet : « du milieu de la fossa acetabuli s’élève, par deux chefs, un faisceau fibreux, très grêle, à peine appréciable, qui représente le ligament rond. Ce ligament atrophié s’insère à la partie du faisceau antérieur de la capsule qui
recouvre la cavité cotyloïde. Quand on tire sur la capsule, ce petit ligament se tend et le plan fibreux qui forme la Fossa acetabuli se soulève à la façon d’une tente. » Si l’on songe que le faisceau antérieur de la capsule s’applique exactement sur le ligament, particulièrement au niveau du rebord cotyloïdien postérieur, on comprend aisément que le ligament, par suite d’un contact continu, puisse contracter des adhérences avec le point correspondant de la capsule. 11 s’ensuit que la disposition signalée ne doit pas forcément être considérée comme une anomalie primitive de l’insertion périphérique du ligament rond.