‹ Pathologie et traitement de la luxation congénitale de la hancheChapitre 31 sur 64 · ÉVOLUTION ET PRONOSTIC · texte numérisé non relu

ÉVOLUTION ET PRONOSTIC

se produit secondairement par suite de la contracture des fléchisseurs ou des adducteurs.

Le raccourcissement peut atteindre un degré tel que le pied

arrive à peine à toucher le sol, même dans une attitude d’équinisme forcé. Le membre malade, comparé au membre sain, ressemble alors à une sorte d’appendice, suspendu au tronc (fig. 28). J’ai vu un raccourcissement atteignant jusqu’à 8 centimètres.

A la fin, le déplacement de la tête fémorale s’arrête, quand bien même il ne se produit pas de néarthrose. Celle-ci est dans la luxation congénitale l’exception comme elle est la règle dans les luxations traumatiques. Il faut en effet pour la constituer une réaction proliférative du périoste de l’os iliaque, qui ne saurait se produire dans la luxation congénitale, où la tête fémorale n’est pas en contact immédiat avec la paroi pelvienne. C’est alors le léger relief de la lèvre externe de la crête iliaque qui sert de point d’appui à la tête fémorale et l’arrête dans sa migration. Le plus souvent, toutefois, la tête n’atteint pas un point si élevé et se fixe contre la fosse iliaque externe. Il faut admettre, dans ce cas, que c’est parce qu’elle a déterminé une dépression dans l’os iliaque, ou bien parce qu’il s’est formé un bourrelet périostique, ou bien encore parce que les ligaments tendus l’empêchent d’aller plus loin. Néanmoins, la claudication est aussi prononcée et je n’ai jamais constaté que les adultes marchassent mieux que les enfants, malgré que la hanche malade fût depuis des années fixée dans une position pathologique, mais constante.

A titre de faits très exceptionnels, je citerai les observations d’une jeune fille de dix-neuf ans et d’une jeune femme de vingt-sept ans, qui boitaient h peine en dépit d’une forte ascension du grand trochanter.

Souvent les douleurs n’apparaissent dans la hanche malade que lorsque le corps prend de l’embonpoint. Ce fait s’explique parce qu’alors les ligaments ont à porter un poids plus considérable.

Jusqu’à ces derniers temps, les chirurgiens avaient à peine essayé d’enrayer la marche de l’affection. La migration de la tête fémorale pouvait bien être arrêtée, pendant quelque temps, par un long séjour au lit avec extension ou par le port d’appareils à extension; mais, à part quelques exceptions où l’on avait obtenu une vraie réduction, les choses reprenaient leur cours dès qu’on suspendait un traitement reconnu inefficace. Le pronostic était donc également mauvais pour les cas traités et pour les cas abandonnés à eux-mêmes. Nous allons montrer plus loin comment la thérapeutique moderne, grâce à des moyens mécaniques spéciaux et à des interventions sanglantes, est parvenue à améliorer ce pronostic.

YII

Statistique.

On ne peut pas encore dire exactement quelle est la fréquence de la luxation congénitale. A chaque statistique, le nombre des cas s’élève, au furet à mesure que l’attention des médecins se porte davantage sur cette affection.

Lorsque Carnochan de New-York se rendit à Londres en 1845, après avoir étudié à Paris les préparations du musée Dupuytren, la luxation congénitale était encore pour ainsi dire inconnue. Carnochan rencontra dans la rue le premier malade atteint de cette affection. Elle paraissait alors si extraordinaire que l’on fit mouler le corps du jeune garçon, porteur d’une luxation double, et qu’on plaça ce moulage au musée comme une pièce rare. Pendant les vingt-cinq années suivantes, Adams n’observa que 60 cas (13 chez des hommes, 47 chez des femmes); Dupuytren ne recueillit que 20 observations pendant une période de dix-huit ans.

Parmi les luxations congénitales, celle de la hanche est de beaucoup la plus fréquente. Sur 90 luxations congénitales, Krönlein compte cinq luxations de l’humérus, deux de la tête du radius et une seule du genou.

Il n’en est pas de même si l’on compare la luxation congénitale aux autres vices de conformation.

A l’hospice des Enfants-Trouvés de Pétersbourg, Dapp n’a relevé qu’une luxation congénitale de la hanche pour 23 pieds bots (Krönlein). Hoffa a trouvé une luxation congénitale pour 25 cas de pied bot varus équin sur 10 000 sujets atteints d’affections chirurgicales.

Plusieurs auteurs ont prétendu que la luxation congénitale

de la hanche est particulièrement frécjuente dans certaines contrées. Albert signale à ce point de vue le Tyrol, et Nicoladoni m’a confirmé ce fait de vive voix. A Amsterdam, Kortemey m’a affirmé qu’il était habituel de rencontrer, dans les rues d’une ville hollandaise, un individu marchant avec la claudication caractéristique. Dans le nord de la France, cette affection serait plus rare, et plus fréquente, au contraire, dans le département de la Haute-Loire. Comme les accidents ne jouent ici aucun rôle, il faut conclure que ces différences tiennent simplement à l’attention plus ou moins grande que les médecins apportent à cette maladie, suivant les pays.

Nous devons comparer la statistique de Krönlein avec celles de Pravaz et Drachmann.

Durée de l’observation : Drachmann. ..... 1865-80;

— Pravaz 1863-78;

— Krönlein 1875-80.

Cas. Hommes. Femmes. A droite. A gauche. Douteux. Double.

Drachmann. 77 10 67 24 24 » 29

Pravaz 107 11 96 29 27 » 51

Krönlein... 90 14 76 22 32 5 31

^274* Ü? 23çT *75^ 83 5 111

On voit que, sur 274 cas, il y a 87,6 pour 100 pour le sexe féminin et seulement 12,4 pour 100 pour le sexe masculin, ce qui fait un rapport de fréquence de 7 à 1. Dans 60 pour 100 des cas, la luxation est unilatérale ; elle est double 40 fois pour 100; les deux côtés, droit et gauche, semblent également atteints. Il est étonnant que Ammon ait considéré la luxation unilatérale comme une rareté et que Dupuytren et Roser aient cru que la luxation double était de beaucoup la plus fréquente. C’est une erreur relevée par la statistique.

J’ajoute à ces faits les résultats de ma statistique :

Lorenz : 253 cas. — Durée de l’observation : 1884-1894.

( tt -, » 1 „f. \ Gauche : 9

\ Undateral : 18. . } n . Q

Hommes : 30. < ( Droite : 9

( Double . . 12

f tt 1 - i , ro ^ Droite : 67

tt 000 1 Unilatéral : 158. < n , n.

femmes : 223. < ( Gauche : 91

Double 65

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