Durée de l’opération
On comprend que, sur ce point, on ne puisse pas donner d’indications absolues.
Bien que cette question ne soit pas d’une importance capitale, il n’en est pas moins à souhaiter, pour diverses raisons, que l’opération dure le moins longtemps possible.
L’évidement cotyloïdien notamment doit être pratiqué aussi rapidement que possible, en raison des hémorragies qu’il détermine; mais on doit se hâter sans précipitation. Ce qui prolonge par-dessus tout l’opération, c’est la nécessité, heureusement fort rare, de corriger la tête fémorale. On perd également du temps en retouchant le cotyle, quand une première tentative de réduction montre qu’elle n’est pas convenablement adaptée à la tête fémorale, ce qui du reste arrive maintes fois.
Quand tout marche à souhait, l’opération dure dix à douze minutes de l’incision cutanée à la suture. Il est exceptionnel d’avoir besoin de vingt à vingt-cinq minutes. La durée de l’opération est, du reste, indiquée dans la plupart des observations qu’on trouvera plus loin.
Si l’on a affaire à un cas, qui est rendu malaisé par un fort raccourcissement, se laissant mal corriger, chez un enfant de dix à douze ans et plus, on cherchera à abréger l’opération en faisant de l’extension continue avant d’intervenir. Les difficultés de la réduction mécanique prolongent fatalement l’opération d’un temps, dont on doit tenir compte.
Comparaison critique des méthodes de Lorenz et de Hoffa.
L’exposé des deux méthodes rivales doit être suivi d’une étude comparative, destinée à en montrer les principales différences.
Le point de départ théorique de la méthode de Hoffa est cette hypothèse que tous les muscles, qui s’insèrent au bassin et au membre inférieur, et, en première ligne, les muscles pelvi-trochantérieurs, éprouvent un raccourcissement du fait de la luxation.
Lorenz, par contre, base sa méthode sur ce fait, vérifié anatomiquement, que les muscles pelvi-trochantériens, loin d’être raccourcis, subissent un allongement dans la luxation et qu’ils ne sauraient par conséquent entraver l’abaissement de la tête fémorale. L’obstacle à cet abaissement réside uniquement dans la rétraction des muscles qui s’insèrent d’une part au bassin et d’autre part à la jambe.
Ainsi la conception anatomo-pathologique, qui sert de fondement à l’opération de Lorenz, n’est pas seulement assez originale pour différencier cette opération de celle de Hoffa, mais encore on peut dire qu’elle est diamétralement opposée à l’idée mère de la méthode de Hoffa.
De points de départ aussi opposés doivent forcément résulter des différences essentielles dans le manuel opératoire.
Lorenz a pour objectif la conservation intégrale de l’appareil musculaire, tandis que Hoffa se propose, au contraire, de
dégager la partie supérieure du fémur de tous les muscles qui s’y insèrent.
Lorenz épargne même les muscles réellement rétractés et il obtient l’abaissement de la tête fémorale par l’extension préliminaire, par l’extension mécanique et en faisant, à la rigueur, de légères sections sur la corde des adducteurs.
Pour donner par des chiffres une idée de la différence qui sépare les deux procédés, nous dirons que Hoffa sacrifie, jusqu’à l’âge de cinq ans, dix muscles dans le cas de luxation unilatérale et vingt muscles dans le cas de luxation double (les trois fessiers, pyramidal, les deux obturateurs, les deux jumeaux, le quadriceps fémoral et le psoas-iliaque), alors que Lorenz ne touche à aucun muscle, dans les mêmes conditions.
S’il s’agit d’une luxation unilatérale chez un enfant plus âgé et s’il y a une rétraction musculaire plus résistante, augmentant les difficultés de la réduction, Hoffa ne se borne plus à sacrifier les dix muscles que nous venons d’énumérer, mais il sectionne, en outre, à ciel ouvert les trois muscles, qui s’insèrent aux épines iliaques antérieures, supérieure et inférieure (tenseur du fascia lata, couturier et droit antérieur),, puis il fait la section sous-cutanée des adducteurs, que, pour simplifier, nous compterons pour deux muscles, et enfin il coupe les muscles qui s’insèrent à l’ischion. Cela fait en tout 18 muscles et 36 muscles pour une luxation bilatérale. Ainsi, le membre n’est plus rattaché au tronc que par la peau, les adducteurs profonds, les vaisseaux et les nerfs.
Dans les mêmes conditions, Lorenz, en ne sectionnant que la corde des adducteurs, réduit le nombre des muscles sacrifiés à deux pour une luxation unilatérale et à quatre pour une luxation bilatérale.
On voit donc que, tandis que Hoffa sacrifie, suivant le cas, 10 et 20 muscles ou 18 et 36, Lorenz, dans les mêmes conditions, en sacrifie 0 ou 2 et 4, suivant que la luxation est uni ou bilatérale.
Une autre différence réside dans la façon d’ouvrir la capsule articulaire.
Hoffa désinsère la capsule au niveau du fémur; Lorenz, au