‹ Pathologie et traitement de la luxation congénitale de la hancheChapitre 64 sur 64 · SA · texte numérisé non relu

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fin du mois de février seulement, les hanches et les genoux étant en bonne attitude, on peut commencer le traitement gymnastique. Actuellement la flexion active des articulations atteint à peine 10 à 15 degrés. L’enfant marche bien, mais en faisant des pas très courts. Les complications du traitement, dans ce cas, ont été causées par la paralysie du pied droit.

Maintenant j’espère obtenir, avec le traitement gymnastique, un bon résultat quand même, car il ne s’agit plus que de rendre les articulations plus mobiles. Ce cas a eu les suites les plus pénibles de tous ceux rapportés jusqu’ici, et ce genre d’accident ne m’est plus jamais arrivé depuis.

Observation LXXXIX

Remenovski Mizi,neuf ans, Brünn; luxation congénitale gauche.

Fille unique d’un collègue. Je connais la petite malade depuis plusieurs années. Grâce à l’extension nocturne et au port d’un corset trochantérien, le raccourcissement n’a plus augmenté depuis trois ans. En septembre 1894, celui-ci mesure 2 centimètres et s’efface par l’extension. Le trochanter est assez proéminent. La tête et le col sont facilement appréciables et ne paraissent pas très déformés. L’enfant se fatigue vite à la marche et boite beaucoup.

Opération le 12 septembre 1894. On ménage tous les muscles. La tête est bien arrondie à son pôle supérieur surtout, moyennement aplatie dans son diamètre transversal; le col est suffisamment bien développé, le ligament rond presque entièrement disparu. La cavité cotylolde est remplie d’un tissu fibreux dur et ne possède qu’un bord antéro-interne bien reconnaissable.

Dans le creusement du cotyle , on ramène des fragments de tissu spongieux; le fond de la cavité artificielle est formé par la table interne de l’os. Après quelques modifications de la cavité cotylolde, les surfaces s’adaptèrent définitivement et la tête ne se déplaça plus, même dans l’adduction du membre. Durée de l’opération : trente minutes. Immobilisation en légère abduction. Suites simples.

Au quatrième jour, la fillette, très courageuse, se lève et va prendre ses repas à la table commune. Dès le 16 septembre, la petite malade peut marcher sans béquilles, quand on la soutient. Le 21 septembre, on applique un appareil plus court; mais, par suite des douleurs qui apparaissent, on est obligé de rallonger l’appareil jusqu’aux malléoles et d’y adapter une béquille. L’enfant part chez elle avec ce pansement. Le 13 octobre, début du traitement gymnas-

tique. L’appareil étant enlevé, l’enfant peut marcher toute seule et sans appui dans la chambre. L’abduction du membre opéré est maintenue provisoirement et , pour remédier à l’allongement de 1 centimètre, on met une semelle épaisse sous le pied sain. Après quelques jours d’exercice, la flexion spontanée atteint 45 degrés, et la marche de l’enfant s’améliore tous les jours. A la lin d’octobre, le traitement est interrompu, l’enfant ayant pris la rougeole. Au commencement du mois de mars, l’enfant pouvait, en se surveillant un peu, et sur un terrain uni, marcher d’une façon normale. Le membre est en légère adduction, qu’on traitera par une gymnastique appropriée. Le résultat définitif sera certainement excellent.

Observation XG-XGI

Majesberg Ersik, six ans, Hongrie; luxation congénitale double.

La sœur de la petite malade, âgée de quinze ans, est atteinte également de luxation congénitale double; les têtes fémorales étant très déformées chez elle, je ne tenterai pas la réduction. Chez la sœur cadette, désignée pour l’opération, la longueur des membres, mesurée de l’épine iliaque antéro-supérieurs au bord externe du pied, est de 51,5 centimètres des deux côtés. Les grands trochanters sont à 4 centimètres au-dessus de la ligne de Nélaton et descendent de 2 centimètres par une traction vigoureuse. Ventre et fesses très saillants. La marche est mauvaise, interrompue par une fatigue douloureuse.

Les deux têtes fémorales sont plates, portées par un col court, mais suffisamment proéminentes en dedans.

Opération double, le 12 septembre 1894, sans extension préalable. Je commençai par le côté gauche et je tenais à obtenir la réduction sans section musculaire. Mais, après la découverte de la partie antérieure de l’articulation, la tête se trouvait trop haut, et, pour ne pas perdre de temps, je tamponnai la plaie et je fis rapidement la ténotomie sous-cutanée des biceps, demi-tendineux et demimembraneux. On attire la tête très facilement au centre de la plaie et on incise la capsule. La tête est, quoique un peu plate, assez bien développée; elle porte quelques traces de l’insertion du ligament rond. La capsule articulaire forme un cylindre, dirigé de haut en bas et de dehors en dedans, qui laisse à peine passer le doigt. Après la section de la paroi antérieure de la capsule, la cavité cotyloïde devient plus accessible. Celle-ci est extrêmement petite, remplie d’une couche abondante de tissu fibreux, limitée en avant et en dedans par un bord tranchant, plane, et ouverte en arrière.

OBSERVATIONS

La cavité artificielle est régulière et assez profonde. Dans les fragments enlevés, on aperçoit de larges sillons de cartilage de conjugaison. La réduction réussit à la première tentative et paraît solide. Durée : vingt minutes.

L’opération fut faite immédiatement après, à droite. Pour gagner du temps, je commençai par la section des tendons au genou. Le reste de l’opération se passa d’une façon normale, si ce n’est que, pendant la réduction, la tête entraîna un lambeau épais de la capsule incisée, qui s’interposa entre les surfaces articulaires et dut être extirpé. La réduction était assez solide pour supporter l’adduction forcée du membre. Durée : douze minutes. Immobilisation avec écartement des membres. Suites normales, sans accidents nerveux • Pansement le 24 septembre. La malade s’en va chez elle pour quatre semaines.

Le 24 octobre, on enlève l’appareil; les deux articulations sont solides. L’enfant se plaint aussitôt de douleurs dans les articulations et passe une mauvaise nuit; le lendemain les régions articulaires sont gonflées et douloureuses. Le grand trochanter gauche est plus saillant que le droit, le membre gauche est raccourci de 1,5 centimètre. Un examen plus profond montre que la luxation s’est reproduite à gauche pendant la nuit. On réduit la tête sans difficulté et on applique un appareil d’immobilisation, le membre gauche en abduction plus forte que le droit.

L’articulation droite est mise en liberté quelque temps après; le membre gauche est immobilisé encore pendant deux mois pour obtenir une fixation solide. Depuis le mois de janvier 1895, l’enfant marche avec les jambes un peu écartées. La tête fémorale gauche est solidement fixée. La flexion active est de 25° des deux côtés : on n’essaie pas les mouvements d’adduction.

Les membres se sont allongés presque de 4 centimètres. L’attitude du corps et la taille sont normales. Un excellent résultat définitif ne dépend plus que de la mobilité des articulations, qu’on obtiendra sans nul doute.

Observation XGII

Muller Aranka, huit ans, Budapest; luxation congénitale gauche.

Le raccourcissement du membre gauche fut remarqué par la mère, quand elle emmaillotait encore l’enfant; celle-ci a commencé à marcher, à vingt et un mois, avec une claudication qui a toujours augmenté depuis. Le raccourcissement est actuellement de 4 centimètres ; par l’extension on peut ramener les deux malléoles internes

presque au même niveau. Le raccourcissement réel, mesuré du sommet du grand trochanter à la malléole externe, est de quelques millimètres. Le grand trochanter fait une saillie très prononcée; à la palpation, on sent une tête volumineuse, supportée par un col assez large. Pronostic opératoire favorable.

Opération le 18 septembre 1894. Pas de ténotomie. Légère asphyxie sous le chloroforme. Après l’ouverture de l’articulation, la tête se présente plus aplatie qu’on ne le supposait; son extrémité antérieure se termine par un bord contourné en avant et en dehors. Pas de ligament rond. La surface plane du cotyle est tapissée d’une couche épaisse de tissu fibreux; elle est limitée en avant par un bord très saillant et par un bord très effacé en arrière. On creuse, facilement et sans perforer le bassin, une cavité profonde et régulièrement arrondie. La réduction échoue d’abord. Après de nombreuses modifications apportées dans la conformation des bords du cotyle, la tête s’emboîte enfin complètement et la luxation ne se reproduit plus, même dans l’adduction du membre. Durée : vingtcinq minutes. Immobilisation en légère abduction.

Pas de fièvre; l’enfant souffre pendant plusieurs jours. Pansement le 29 septembre. L’enfant part chez elle pour quatre semaines. Le 28 octobre, on commence le traitement gymnastique; là très légère abduction du membre est maintenue. La tête est solidement fixée; l’enfant apprend à marcher seule en quelques jours. Fin novembre 1894, l’enfant marche longtemps et sans fatigue; la claudication, autrefois si prononcée, a déjà beaucoup diminué. On lutte contre la tendance à l’adduction par des exercices gymnastiques appropriés et l’extension nocturne. Fin février 1895, la flexion spontanée est encore insignifiante, les deux malléoles se trouvent, dans l’extension des deux membres, presque au même niveau. La marche est si régulière qu’un œil non prévenu n’apercevrait aucune anomalie. Pronostic ultérieur très favorable.

Observation XCIII-XCIV

Gyarmati Margit, sept ans, Hongrie; luxation congénitale bilatérale.

L’enfant est traitée depuis quatre ans par le corset et l’extension nocturne. Actuellement il existe des deux côtés un raccourcissement de 4 centimètres, qui se réduit à 2 centimètres par la traction. Les têtes fémorales sont aplaties, mais assez volumineuses. L’enfant est très difforme; la marche est très pénible.

Opération double, le 18 septembre 1894, sans extension prépara-

OBSERVATIONS

toire. On avait espéré pouvoir obtenir la réduction des deux côtés sans ténotomie. Après la mise à nu de l’articulation gauche, la tête fémorale restait trop élevée, malgré une extension manuelle vigoureuse, et, pour ne pas perdre de temps, on fit la ténotomie des muscles au genou; la réduction échoua même alors, et on fut obligé d’appliquer un lacs périnéal pour faire la contre-extension. La tête descendit alors assez bas pour qu’on pût procéder à l’ouverture de la capsule. La tête est très petite, mais bien arrondie en haut; le col est excessivement étroit. Le ligament rond manque. Le cotyle présente sa forme et ses dimensions habituelles. L’introduction de la tête dans la cavité artificielle présente quelque difficulté, mais, dès que la tête eut pénétré dans le cotyle, elle y fut maintenue très solidement et ne put pas en être chassée Après la réduction, le membre se trouve en légère flexion et se tient dans l’espace sans être soutenu. Durée de l’opération : vingt minutes.

A droite, on débute par la section des tendons au genou. A l’aide d’une extension manuelle très vigoureuse, la tête s’enfonce dans le cotyle avec un bruit sec et y reste solidement maintenue. Durée : dix-sept minutes. Immobilisation des deux membres en abduction.

A la visite du soir, on trouve les deux pieds paralysés et anesthésiés. Dès le deuxième jour, la sensibilité et la motilité reviennent dans le pied gauche; à droite, la sensibilité reste obtuse et le quatrième orteil seul peut être remué. Pansement le 26 septembre. On laisse partir l’enfant dans sa famille. Le 22 octobre, on enlève les deux appareils. Le pied gauche peut exécuter des mouvements d’abduction et d’adduction actifs; la flexion du pied est au contraire très faible. La sensibilité est normale. A droite, la paralysie est complète, mais la sensibilité s’est améliorée.

L’abduction des membres est maintenue provisoirement et on commence le massage et les exercices de station debout. La flexion et l’extension des genoux sont un peu faibles, mais elles s’améliorent tous les jours. Au milieu de novembre, l’enfant peut marcher, étant soutenue, malgré la paralysie du pied droit qui persiste. A la fin de février 1895, la flexion spontanée n’est pas encore revenue dans le pied droit, mais on peut s’attendre à ce qu’elle revienne prochainement. Les articulations coxo-fémorales sont en légère flexion, mais elles peuvent être complètement étendues; la flexion spontanée est de 45 degrés. La réduction est solide des deux côtés. L’enfant, conduite par la main, marche sans oscillations latérales du tronc. Le résultat définitif, retardé par la paralysie des orteils, sera sans nul doute bon.

LonENz. Luxation.

Observation XCV

La baronne Wittenbach Paula, huit ans, Steiermark; luxation congénitale gauche.

L’enfant, très délicate et se plaignant de douleurs dans le genou et dans la hanche, fut traitée pour une coxalgie. Le professeur Wœlfler releva l’erreur de diagnostic. L’enfant marche d’ailleurs très bien, mais elle se fatigue très rapidement et se plaint alors de douleurs dans la hanche et dans le genou. Le membre, mesuré de la crête iliaque à la plante du pied, présente un raccourcissement de 3 centimètres, qui diminue par l’extension jusqu’à 1 centimètre. On sent la tête très nettement pendant l’adduction du membre; elle paraît très aplatie; le col est étroit.

Opération le 20 septembre 1894. Tous les muscles sont épargnés. La réduction s’opère facilement par l’extension manuelle. La cavité cotyloïde rudimentaire est excessivement petite, mal délimitée et recouverte d’un tissu dense, qui paraît être le vestige de l’insertion du ligament rond. Le fond de la cavité creusée repose en partie sur la table interne de l’os iliaque. La tête et le col sont déformés au degré habituel. L’introduction de la tête dans le cotyle présente de grandes difficultés et les surfaces articulaires s’adaptent très imparfaitement. On est obligé d’agrandir à plusieurs reprises l’ouverture de la cavité et d’abattre aussi son bord inférieur; la tête s’enfonce alors assez profondément, mais elle n’est en contact complet avec les parois du cotyle que dans l’abduction et la rotation interne du membre. L’hémorragie très abondante, qui avait accompagné le creusement du cotyle , s’est arrêtée après l’introduction de la tête, servant ainsi de tampon. Durée de l’opération : dix-sept minutes.

L’enfant se relève vite et se trouve tout à fait bien les jours suivants. Au troisième jour, elle quitte le lit et s’exerce à se tenir debout et à marcher à l’aide d’un béquillon, attaché à l’extrémité du pansement. Le cinquième jour, j’ai pu présenter la petite opérée, très courageuse , au 66e congrès des naturalistes et médecins allemands. Pansement le 10 octobre. L’enfant part chez elle. Le 22 octobre, on enlève définitivement l’appareil et on commence le traitement gymnastique et le massage. Il reste un raccourcissement de 1 centimètre; la réduction est tout à fait solide. La petite malade marche bientôt seule, en boitant beaucoup moins qu’avant. En février 1895, le membre s’est mis en adduction et la marche est devenue plus mauvaise. On eut facilement raison de l’adduction et,

OBSERVATIONS

grâce aux exercices et à l’extension appliquée de temps en temps, en mars 1895, la marche est devenue presque régulière et de longue durée.

La réduction est solide. Flexion spontanée atteignant 45 degrés.

Observation XCVI

Ulmer Stéphanie, sept ans, Olmütz; luxation congénitale gauche.

Le grand-père paternel de l’enfant, de même qu’une tante, boite de naissance. Le raccourcissement du membre gauche mesure 2 centimètres. La marche de l’enfant ne présente qu’une légère irrégularité, mais elle se fatigue très vite et des douleurs, survenant dans la hanche et dans le genou, la forcent de s’arrêter au milieu de la rue, sans pouvoir continuer son chemin. C’est cette dernière raison qui décide les parents à consentir à l’intervention chirurgicale. L’examen de l’extrémité supérieure du fémur est difficile; dans les mouvements de rotation, on sent nettement l’extrémité antérieure de la tête, mais l’extrémité postérieure n’est pas accessible.

On ne peut pas mettre non plus en évidence l’adduction exagérée du membre et on reconnaît mal l’extrémité supérieure du fémur. Le raccourcissement diminue peu par l’extension; le grand trochanter est peu proéminent. La tête est très mobile, quoique l’articulation soit peu disloquée, ce qui ferait supposer que le ligament rond a disparu.

Opération le 20 septembre 1894.

L’enfant étant endormie, on examine de nouveau la tête fémorale. Cette fois, on peut la faire saillir facilement sous les muscles de la fesse et la palper très nettement dans l’adduction exagérée de la cuisse ; le premier examen avait été gêné par la contraction musculaire. La tête fut abaissée par la simple extension manuelle, sans lacs périnéal. Après l’ouverture de la capsule articulaire, on put voir que la tête, un peu aplatie, mais volumineuse et assez bien conformée, descendait par une légère extension au niveau de la cavité cotyloïde et pouvait être, par son côté aplati, appliquée contre elle. Mais, dans aucun cas, la tête ne pouvait y trouver un appui solide, car son extrémité supérieure restait bien au-dessus du bord du cotyle. La cavité cotyloïde était excessivement petite. Un ligament rond, mince et très allongé, émergeait du fond et se dirigeait vers l’extrémité de la tête; il fut extirpé. Le cotyle avait un bord antérieur tranchant. Le creusement du cotyle est accompagné d’une assez forte hémorragie; en un point très limité, le fond de la cavité

artificielle laisse paraître la table interne de l’os. La nouvelle cavité cotyloïde était assez grande pour qu’on pût y introduire la plus grosse des curettes tranchantes, mais elle était encore insuffisante pour admettre la tête. Après plusieurs tâtonnements, on arrive à introduire la tête, qui se maintient en place dans l’attitude normale du membre, et à plus forte raison dans une légère abduction. On n’a pas essayé l’adduction. Durée : vingt minutes. Immobilisation en légère abduction.

Suites normales. Pansement le 10 octobre. Appareil enlevé le 20 octobre. Huit jours après, des douleurs surviennent, qui nécessitent l’application d’un nouvel appareil. A la fin d’octobre, l’enfant commence à marcher seule. Le membre, mesuré de l’épine iliaque antéro-supérieure à la plante du pied, ne présente aucun raccourcissement. L’abduction est maintenue provisoirement et on allonge le pied sain de 1,5 centimètre. La mobilité de l’articulation augmente rapidement. A la fin de novembre, le résultat obtenu est assez beau. L’enfant fait de longues promenades sans se fatiguer; la marche est presque normale sur un sol uni.

Je n’ai pas encore reçu de nouvelles de l’état actuel de l’enfant. Même en supposant qu’une légère adduction se soit produite, il serait facile d’y remédier et d’obtenir un excellent résultat définitif.

Observation XGYII

Hirsch Berthe, six ans, Vienne; luxation congénitale droite.

Le membre droit est atrophié et raccourci de 1 centimètre. Le raccourcissement disparaît par l’extension.

En raison de la grande mobilité de la tête fémorale, la marche de l’enfant est très mauvaise.

On peut faire saillir et palper facilement l’extrémité supérieure du fémur. La tête fémorale paraît très usée; son extrémité supérieure et son pôle antérieur, tournés en avant, donnent une sensation de corps tranchant. Le col est petit.

Opération le 21 septembre 1894, en présence du docteur Kartoulis (d’Alexandrie). Pas de ténotomie. A l’incision de la capsule, une artère est liée. La tête se termine en pointe en haut, très aplatie transversalement, et est portée par un col court, entièrement pris dans les insertions capsulaires; on refoule ces dernières en dehors. Le cotyle est creusé sans incident. La réduction de la tête s’opère facilement, à l’aide de l’extension manuelle, sans lacs périnéal. Dans l’abduction forcée du membre et le grand trochanter étant repoussé

OBSERVATIONS

en même temps, la tête s’enfonce dans le cotyle avec un craquement sonore.

Les tentatives, répétées à plusieurs reprises, pour faire sortir la tête par l’adduction et la propulsion du fémur en haut, ne réussissent pas, et on renonce à faire la toilette de la cavité. Durée de l’opération : dix-sept minutes. Immobilisation en légère abduction.

Suites très simples. Pansement le 4 octobre. Immobilisation supprimée le 25 octobre. Pas de différence de longueur des membres. On maintient provisoirement l’abduction et on rehausse le pied sain de 1 centimètre. L’enfant, craintive, se refuse à marcher seule pendant longtemps encore. Rougeole au commencement de novembre. Vers le milieu de février 1895, l’enfant me fut présentée de nouveau, n’ayant subi dans l’intervalle aucun traitement. Je fus agréablement surpris de voir la petite fille marcher d’une façon presque normale, car je craignais une contracture. L’articulation est quelque peu fléchie. La flexion spontanée n’arrive pas encore à 45 degrés. Dans ces conditions, le résultat obtenu doit être considéré comme bon. Présentée au 66e congrès, à Vienne, 1894.

Observation XCVIII

Nemanic Cyrill, treize ans, Sarajevo ; luxation congénitale gauche.

Le jeune garçon me fut amené pour la première fois le 12 mai 1893, en vue d’une intervention chirurgicale. Ma façon de voir à cette époque me fit décliner l’opération. Un an et demi plus tard, les parents sont revenus me demander de tenter l’opération quand même, car l’enfant marchait de plus en plus mal et souffrait beaucoup. Je me décidai cette fois à faire un essai, d’autant plus que le grand trochanter était très saillant et la tête ainsi que le col paraissaient bien développés. Les épines iliaques ramenées au même niveau, la plante du pied gauche se trouvait à la hauteur de la malléole droite.

Le raccourcissement apparent, mesuré de l’épine iliaque antérosupérieure au bord externe du pied, est de 4 centimètres; le raccourcissement réel, mesuré du sommet du grand trochanter au bord externe du pied, est de 1 centimètre.

La tête ne descend presque pas par l’extension. J’ordonnai l’extension continue préalable avec un poids de 15 kilogrammes, pendant huit jours. Le résultat en fut manifeste, car le raccourcissement se réduisit à 2 centimètres.

Opération le 24 septembre 1894. Parla simple extension manuelle la tête descend assez bas pour qu’on puisse procéder à l’ouverture

de la capsule; une quantité un peu trop abondante de synovie s’écoule de la cavité. La tête est moyennement aplatie, assez bien conformée du reste; le col est long et bien dirigé.

La cavité cotyloïde présente sa conformation habituelle ; on aperçoit, sur le bord postérieur, une empreinte, trace du passage du ligament rond. La cavité étant creusée, la tête descend assez facilement jusqu’au niveau de celle-ci, mais elle ne peut pas y entrer, l’ouverture étant insuffisante. On agrandit le cotyle, on creuse les bords plusieurs fois; on perfore le bassin en un point limité, où l’ouverture se trouve bouchée par le périoste tendu de la face interne de l’os. L’introduction de la tête se trouve empêchée alors par la tension des adducteurs; on est forcé de les sectionner. La tête s’enfonce alors sans plus de difficulté. Immobilisation en légère abduction. Durée : trente-sept minutes.

Le pansement reste en place pendant quatre semaines. Pendant ce temps, l’enfant marche avec un béquillon ajusté au pansement. Au dixième jour, on avait pratiqué une ouverture à l’appareil, par laquelle on changeait la gaze. A partir du sixième jour, l’enfant est resté constamment sur ses jambès. Le 29 octobre, on enlève l’appareil; la cicatrisation est complète. On commence le massage et la gymnastique. Il reste un raccourcissement de 2 centimètres. A la fin de novembre, l’enfant marche déjà très bien et sans fatigue. A la fin de février 1895, l’enfant marche d’une façon tout à fait normale, quand il s’appuie sur une canne. Sans canne, il boitp à peine et appuie bien la plante du pied sur le sol. L’articulation est en bonne attitude. La flexion spontanée atteint 30 degrés et est susceptible d’augmentation. Le résultat obtenu jusqu’ici a dépassé mes prévisions.

Observation XCIX-G

Kalenda Janos, quatre ans, Hongrie; luxation congénitale bilatérale.

Le petit garçon est un enfant faible, délicat, né avant terme, à sept mois. Pas de traces de rachitisme. La marche est très vacillante. Au moment où le tronc s’incline en avant, on voit les deux têtes fémorales faire saillie à travers les parties molles de la fesse. Les grands trochanters se trouvent à 2 centimètres au-dessus de la ligne de Nélaton, et on ne peut pas les y ramener complètement. L’extrémité supérieure du fémur paraît assez développée en dedans; les cols sont étroits. Les chances opératoires ne sont pas défavorables.

OBSERVATIONS

Il est impossible de faire accepter au petit Magyar l’extension continue préalable ; on y renonce donc.

L’opération est faite le 8 octobre 1894.

A gauche, l’incision de la capsule est accompagnée d’une forte hémorragie, qui prolonge l’opération. Les autres temps de l’opération ne se sont pas passés non plus d’une façon aussi simple qu’on pouvait l’espérer; la région articulaire n’était pas suffisamment découverte et la tête n’a pas pu être trouvée aussitôt après l’incision de la capsule. Le creusement du cotyle, dont les contours étaient masqués par du tissu fibreux dur, a été très pénible; les tentatives d’introduction de la tête échouèrent. On agrandit l’incision de la capsule pour chercher la cause de ces difficultés. On aperçut alors un ligament rond élargi, épaissi, en forme de langue de chien, qui rattachait la tête à la moitié antéro-interne de la cavité cotyloïde et gênait toutes les manœuvres. Mais, même après que celui-ci fut extirpé, on ne put enfoncer la tête. On refoula alors en dehors les insertions de la capsule sur le col fémoral et on put amener la tête, très aplatie, au-dessous du bord du cotyle et l’enfoncer suffisamment dans la cavité, un peu irrégulièrement creusée.

Du côté droit, fort de l’enseignement du côté précédent, j’allai aussitôt à la recherche du ligament rond, que j’extirpai. Très à la hâte, je creusai la cavité cotyloïde, trop irrégulière encore, et, comme le temps pressait, j’essayai d’introduire la tête quand même; l’ouverture était insuffisante. Il a fallu tailler le bord postérieur fibrocartilagineux; la tête s’enfonça alors et resta fixée très solidement. Durée des deux opérations : trente minutes exactement. On immobilise les deux membres avec un léger écartement. Les suites ont été des plus favorables.

Dès les premiers jours, l’enfant recouvra ses forces et l’appétit. Au premier pansement, le 22 octobre, on diminue l’écartement des membres. On laisse partir l’enfant chez lui pour trois semaines.

Un traitement gymnastique énergique est institué du milieu de novembre jusqu’à fin décembre 1894. Au milieu de décembre, l’enfant marche sans appui, en faisant des pas courts. L’attitude du corps et la taille sont normales. Les deux articulations sont en bonne position; la flexion active est de 25 à 30 degrés.

Gomme les mouvements sont indolores , on peut espérer une augmentation dans l’étendue de ceux-ci. Les dernières nouvelles sont bonnes.

Le cas n’est pas encore concluant, mais on peut espérer avoir un bon résultat.

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