‹ Pathologie et traitement des maladies de la peauChapitre 113 sur 214 · II. Hyperplasies des muscles redresseurs des poils · texte numérisé non relu

II. Hyperplasies des muscles redresseurs des poils

a) Faisant partie de tumeurs vasculaires (Virchow) ;

h) Formant des tumeurs multiples.

III. Néoplasmes développés dans la couche musculaire profonde de la peau (Myomes dartoiques, Besniei’);

a) Diffus, sous forme d'éléphantiasis lymphangiectasique, et de pachydermie myomateuse.

b) Circonscrits. Ces derniers sont polypeux, télangiectasiques, multiples et dans ce dernier cas douloureux.

IV. Myomes pénétrés secondairement dans la peau ou développés aux dépens de bourgeons détachés.

11 y a là confusion entre l’anatomie pathologique générale et la pathologie cutanée proprement dite ; sans aucun doute, cette dernière ne peut avoir de base meilleure que l’anatomopathologie ; mais la

3oO

TRENTE-NEUVIÈME LEÇON

Suite de la note des Traducteurs.

trame aujourd’hui si compliquée et si mobile des travaux de laboratoire ne doit pas prendre la place du tableau cUnique, en somme le plus important.

Mêmes remarques à l’occasion des faits de myomes, au nombre de cinq, en surplus de ceux recueillis par nous, et chronologiquement antérieurs, que V. Brigidi et G. Marcagci, dans un travail important — Dei miomi cutanei {Imparziale, 30 settembre et 13 ottobre 1881) Anal, par JuLLiEN, in Annales de Dermatologie., 2® série, T. III, 1882, p. 119 — ont retrouvés et cités; ils appartiennent tous aux myomes solitaires ou en tumeurs, myomes chirurgicaux, lesquels concernent le chirurgien et non le dermatologiste, et ils ne doivent pas, sous peine de tout confondre, être additionnés avec les autres.

Voici l’indication de ces faits d’après ces auteurs distingués :

Klob [Path. Anat. der Sexualorgane, 1864). Deux observations de tumeurs mammaires observées chez la femme, toutes les deux à la mamelle; l’une de la grosseur d’une « pomme », l’autre d’une « cerise ». — ^Sokoloff {Virchow' s Archiv., 1873). Une tumeur (toujours chez une femme) du mamelon, de la dimension d’une « noix muscade ». — Axel-Key {Hyg 'ica shra salins forth, 1877). Tumeur du volume d’une grosse noix muscade, ayant son siège à la face palmaire de la main droite, au niveau de l’articulation métacarpophalangienne du médius. C’était un lymphangiome myofibromateux. Enfin, San- TESSON {eodem loco). Une tumeur de la même nature située au côté externe de la cuisse à droite.

Il en est de même du fait suivant examiné histologiquement :

Cas de myome sous-cutané ayant dépassé le volume d’une noix, unique, ([ue portait depuis son enfance, dans la paume delà main droite, un jeune homme opéré par le professeur Lumnitzer. Voy. Külônlenyomat az « Orvosi Hetilap » 1882. — Voy. loc. sup. cit., 1883.

Depuis la publication de notre travail, deux observations analogues ont été produites ; aucune n’a été retrouvée dans la littérature antérieure.

En 1880, un de nos élèves les plus distingués, X. Arnozan, reconnaissait, à première vue, à l’hôpital Saint-André de Bordeaux, un cas de myomes cutanés multiples, et il en donna, en collaboration avec Vail- LARD, la relation histologique et clinique très complète à la Société d’anatomie et de physiologie de Bordeaux, dans la séance du 7 décembre 1880.

L’année suivante, mars 1881, V. Brigidi et G. Marcagci, loc. sup. cit., observèrent à l’hôpital Sainte-Lucie un nouveau fait de myomes simples multiples, firent l’examen biopsique des tumeurs, et publièrent au mois de septembre leur très belle observation.

En 1890, Jadassoun, dans un très important travail — Zur Kentniss der Myoma der Haut., Separ. Abdr., Virchow's Arck. F. 121 — rap-

MYOMES CUTANÉS.

'.Vài

Suite de la note des Traducteurs.

porte deux cas de myomes multiples observés par lui à la clinique de Breslau.

En voici le résumé que nous donnons à cause de leur intérêt, et de leur nouveauté :

Cas I. — Jeune fille de vingt-neuf ans. — Début remontant à plus de dix ans.

Toute la surface d'extension du bras droit, la paroi postérieure du creux de faisselle et une surface de la largeur de la main s’étendant sur le dos jusque vers la base de l’épaule, sont envahies.

Quelques petites efflorescences, disposées en bandes, s’observent en outre sur les parties les plus latérales de la fosse sous-claviculaire. Les altérations sont surtout prononcées au milieu du bras et de l’avant-bias.

Les plus petites efflorescences sont de simples papules à bords nets, rondes ou légèrement ovales, faisant une légère saillie au-dessus de la peau, intra-dermiques; de coloration rouge clair; disparaissant à la pression, consistance ferme, épiderme normal, mince et lisse, légèrement plissé en quelques points.

A côté de ces papules se trouvent des tumeurs de forme iirégulière, presque hémisphériques, dont quelques-unes ont la grosseur d'une noisette et dont la consistance se rapproche de celle d'un tissu cicatriciel résistant ; leur couleur est plus foncée que celle des papules; à la pression, il ne reste qu'une légère teinte jaunàti’e ; quelques-unes présentent à la surface la forme d’un segment sphérique aplati et leur sommet est occupé par un tissu cicatriciel de cautérisations antérieures. Il existe en outre un grand nombre de formes intermédiaires; à première vue, elles ressemblent à des plaques d’urticaire. Les nodosités sont toutes intra-dermiques. Elles sont plus ou moins rapprochées. Les poils lanugineux, fins et peu abondants, sont bien conservés même sur le sommet des tumeurs. Entre les nodosités, la peau est saine. La sensibilité est partout normale, la pression sur les plus grosses nodosités est très douloureuse. La malade accuse des accès douloureux spontanés qui surviennent sept à huit fois par jour, souvent aussi jusqu’à quinze fois, et qui, la nuit, interrompent le sommeil presque toutes les heures. Ces accès commencent à l’avant-bras sur les nodosités les plus développées « comme si quelqu’un pinçait très fortement cette partie », et de là, s’étendent très rapidement vers la main. Chacun des accès dure environ dix minutes.

Cas IL — Femme de trente-sept ans. Début sur le bras droit, dans la première année de la vie, à la suite de la vaccination.

Du milieu du bi’as jusqu’au poignet, toute la surface d'extension est parsemée d’efflorescences dont la grosseur varie de celle d’une tête d’épingle à celle d’une lentille, elles sont rouge mat, les unes rondes, les autres de forme ovale allongée; sur f avant-bras seulement, quelques papules isolées sur la surface de flexion. Les nodosités plus ou moins confluentes ont leur siège dans la peau d’ailleurs normale ; elles sont plus ou moins saillantes.

Les phases initiales du processus sont nettement accusées; les plus petites papules, de couleur claire, mais de consistance très ferme qui sont particulières à toute l’affection, s’observent surtout à la périphérie des régions envahies, et Ton constate ici, d’une manière évidente, que la papule s’est développée sur un follicule pileux de chacune; huit de ces petites formations sont l’extrémité d’un poil lanugineux.

Sur la zone du bras où la malade affirme que les efflorescences ont dis-

TRENTE-NEUVIÈME LEÇON

Suite de la note des Traducteurs.

paru, on voit quelques plaies, un léger changement de coloration et une élevure à peine visible, limitées à des parties bien circonscrites, qui sont indiquées par la malade comme les restes de nodosités plus développées. On observe ainsi le même état sur le coude où il semble qu’il y ait eu une résorption. Ni troubles subjectifs, ni troubles objectifs de la sensibilité, les nodosités ne sont pas très douloureuses, même à une forte pression.

Dans le premier cas, Vexamen histologique montra le type caractéristique des myomes à fibres lisses (les myomes lœvicellulaires, leiomyome de la peau). Les plus grosses nodosités présentaient à la coupe une forme elliptique, leur niasse gris rougeâtre s’étendait d’une part jusqu’à l’épiderme, dont elle était séparée par une bande mince de tissu dermique blanc, d’autre part jusqu’au tissu cellulaire sous-cutané, microscopiquement leurs contours se détachaient nettement du pourtour.

Au microscope, l'épiderme était bien conservé, mais — notamment au sommet de la tumeur — très aminci et plus fortement pigmenté qu’à l'état normal dans sa couche basale. Les papilles sont partout bien accusées, quoiqu’elles soient en général basses — elles ne sont nulle part complètement effacées; le corps papillaire a également son contour et ses éléments normaux; — çà et là, dans son tissu pauvre en cellules, sont disséminés de petits foyers, arrondis ou irrégulièrement allongés de cellules rondes à noyaux bien conservés, fortement teintés non fragmentés; en des points tout à fait isolés, ces bandes se ramifient, une branche se divise en deux rameaux dirigés en général vers l’épithélium — suivant le trajet des vaisseaux; — ce n’est que dans des circonstances très favorables qu’on arrive à distinguer l’orifice d’un petit vaisseau revêtu d’endothélium.

Le néoplasme commence immédiatement en dessous du corps papillaire : son bord n’est pas net, on rencontre d’abord des traînées isolées des muscles lisses, séparés par de larges bandes de tissu conjonctif, ces traînées se rapprochent de plus en plus, de telle sorte que la masse principale de la tumeur se compose de faisceaux musculaires serrés les uns contre les autres. Latéralement le passage du néoplasme dans le tissu dermique normal n’a pas lieu brusquement; sur une large étendue on voit encore les traînées de tissu connectif alterner avec les fibres musculaires qui deviennent de plus en plus rares à la périphérie et finissent par disparaître complètement.

Les faisceaux musculaires sont de forme variable et suivent toutes les directions, ils forment des compartiments polygonaux serrés les uns contre les autres, noyaux pusiformes; les cellules musculaires présentent leur forme caractéristique; elles sont colorées par la safranine et ne se distinguent des cellules musculaires normales ni par leur grosseur ni autrement.

Au centre de la tumeur, les faisceaux musculaires sont séparés par des traînées très fines de tissu connectif fibrillaire qui augmentent d’épaisseur vers la périphérie. Amas de cellules rondes en nombre variable et de grosseur diverse dans les interstices des faisceaux musculaires et analogues à ceux qui se trouvent dans le corps papillaire.

Le plus gros amas de cellules rondes sont au voisinage des glandes sébacées et des glandes sudoripares qui se trouvent dans le néoplasme, les premières principalement dans les parties superficielles, les secondes dans la jiortion inférieure de la tumeur.

Une solution acide de fuchsine permet de reconnaître que toute la masse musculaire est traversée et accompagnée d'un réseau très fourni de fibres élasli(iues, Mastzellen d’Ehrlich, abondantes surtout dans le corps

MYOMES CUTANÉS.

3oa

Suite de la note des Traducteurs.

papillaire, plus rares dans le tissu connectif interstitiel.

Nulle part il n’existait de rapport déterminé entre ces petites tumeurs el les éléments normaux de la peau.

Datis le deuxième cas, l'examen histologique de deux petites papules montra les mêmes lésions que dans le premier cas. Les seules difï'érences étaient l’absence des amas et nids de cellules rondes qui entouraient les vaisseaux à l’intérieur et en dehors de la tumeur, c'est à peine s’il en existait des traces.

Les deux faits observés par rauteur viennent à l’ai)pui de l’ancienne hypothèse que les myomes multiples de la peau procéderaient des muscles érecteurs des poils. Chez la deuxième malade, on constatait que les plus petites tumeurs s’étaient développées immédiatement autour d’un follicule pileux; et au microscope on voyait un follicule occupant à peu près le centre, et étroitement enveloppé par la masse de la tumeur. L'auteur ne saurait dire s'il s’agit ici de l’expression d'une légère réaction inflammatoire chronique, occasionnée par la pression de la tumeur en voie de développement — comme on l’observe si fréquemment autour des tumeurs malignes, — ou d'une combinaison de myome avec un fibrome à nombreuses cellules si fréquente précisément dans les cas de tumeurs bénignes de la peau (nævi, verrues molles, etc.). L'absence de ces productions dans le cas de Besnier ainsi que dans le deuxième cas de l’auteur — dans lesquels les douleurs faisaient aussi défaut et par suite la pression de la tumeur sur les éléments normaux était moindre, ainsi que leur localisation spéciale autour des vaisseaux ou des glandes, seraient en faveur de la première hypothèse.

C’est donc, en réalité, de six faits (cinq observations cliniques et histologiques, et le fait histologique de Verneuil) que se compose l’iiistoire dermatologique propre des myomes de la peau. On pourrait discuter l’adjonction à ces observations du cas de Vircliow, que nous avons rapporté dans notre premier mémoire, p. 3G ; mais après examen attentif, ce cas, bien qu’un peu ambigu — myome télangiectasique, dépourvu de fibres élastiques, et à tumeurs multiples groupées dans la région du mamelon — appartient à la catégorie des myomes darto'iques.

L’âge des sujets atteints de myomes cutanés généralisés a varié de vingt-sept à soixante ans et au-dessus ; aucune condition causale n’a pu être relevée. Quatre malades sur cinq appartenaient au sexe féminin.

Dans tous les cas, l’évolution est lente, et se fait par années. Les éléments initiaux sont représentés par une tache lenticulaire, une papule légère, un petit bouton rouge », et dans le cas de Brigidi et Marcacci, par une petite « tache ecchymotique ». Habituellement, les tumeurs sont indolentes à toutes les périodes; à peine un peu prurigineuses; elles étaient, au contraire, extraordinairement douloureuses à la pression dans notre fait personnel, et le siège de douleurs spontanées à forme paroxystique dans le cas d’Arnozan et Vaillard, ainsi que dans le premier fait de Jadasshon, bien qu’à un moindre degré.

Ces différences ne peuvent être rattachées qu’à la disposition réciproque des éléments hypermusculaires et nerveux, à la localisation anatomotopographique des tumeurs; J.vdassoun les rapporte à la pres- KAPOsi, 2® ÉD. — n. 23

QUARANTIÈME LEÇON

QUARANTIÈME LEÇON

ANGIOMES (1)

Néoplasmes vasculaires sanguins et lymphatiques.

Les néoplasmes vasculaires comprennent toutes les productions pathologiques de la peau, constitués en tout, ou en majeure partie, par des vaisseaux dilatés et de nouvelle formation. Il faut les diviser en néoplasmes vasculaires sanguins et lymphatiques.

Les néoplasmes vasculaires sanguins, angiotnes proprement dils,

Fin de la noie des Traducteurs sur les dermatormj ornes.

sion des tumeurs sur les fibres nerveuses, et aux contractions réflexes des fibres musculaires.

L'évolution des myomes éruptifs est lente, prolongée, successive : une fois produites, les tumeurs persistent indéfiniment au même degré après avoir atteint un volume toujours restreint, dont le plus considérable a été comparé à celui d’une noisette.

Elles sont principalement lenticulaires, ou pisiformes; rosées, rouges, ou de coloration normale. Elles ne paraissent astreintes à aucune systématisation, sauf leur alignement partiel dans ([uelques cas.

Leur rfia^nosGc s’établit aisément par exclusion ; dans les cas ambigus, l’examen biopsique pourra, comme dans les observations cidessus, confirmer le diagnostic.

La bénignité de ces dermatomyomes est absolue ; leur indolence habituelle en rend le pronostic fort bénin. Il ne faut faire réserve que pour les cas à douleurs spontanées paroxystiques, lesquels sont des plus pénibles; ils peuvent être extirpés ou détruits, sans aucune crainte de récidive ; ils n’ont aucune tendance ulcérative.

Il est inutile de dire que leur, traitement médical n’existe pas. Nous supposons que l’on pourra soulager ou supprimer la douleur des myomes cutanés en les soumettant aux scarifications interstitielles convenablement pratiquées, ainsi qu’on le fait, à la proposition de Vidal, pour les chéloïdes hyperalgésiques.

Ernest Besnier. — A. Doyon.

(1) Angiomes ou angionomes, angioses d’AniBERï ; rac/tca/ fixe aYyeiov, vaisseau, dans l’acception la plus générale : artères, veines, lymphatiques.

Su//îa:es irréguliers, conventionnels : vojxïj, lésion, ulcération; angioses, pour angionoses — voaoç; orne, désinence conventionnelle pour les lésions formant tumeur. Au singulier, le terme d’angiome, crée par Virchow, est synonyme de hémal angiome, de tumeur érectile; les angiomes lymphatiques sont désignés sous le nom de h/mpliungiomes.

ANGIOMES. TÉLANGIECTASIES.

présentent des manifestations cliniques qui font aisément deviner leur constitution anatomique ; par leur couleur et leur configuration, on voit qu’ils sont formés par des vaisseaux remplis de sang; ilsj disparaissent momentanément sous la pression du doigt. Mais, outre ces caractères communs, les angiomes présentent un certain nombre de variétés, qui ont permis de les distinguer en : 1“ télangiectasie, 2“ nævus vasculaire, 3“ angioéléphantiasis, 4“ tumeur caverneuse.

Les télangiectasies (xeXoç, àyyiov, Ixxaaiî) sont constituées par la dilatation et la néoformation des capillaires et des plus fines ramifications vasculaires de la peau, survenues pendant la vie intra-utérine. Elles apparaissent sous forme de taches, de petites tubérosités, de varicosités d’une coloration variant du rouge pâle au violet foncé, de la dimension d’un grain de pavot ou plus encore, pâlissant sous la pression du doigt ; ou sous forme d’une rougeur diffuse parsemée de ramifications vasculaires donnant un aspect marbré aux couches superficielles de la peau.

L’absence d’élévation de température, de douleur, de gonflement et la persistance de la rougeur et des ramifications vasculaires, empêchent de les confondre avec les rougeurs dues à l’hyperhémie ou à l’inflammation. Les télangiectasies sont idiopathiques ; elle apparaissent rarement dans l’enfance, plus souvent pendant l’âge adulte, et se multiplient avec les années. La peau délicate des paupières, des ailes du nez, des joues, des oreilles, du cou, est leur siège de prédilection ; on les observe plus rarement sur le dos des mains ou sur d'autres régions du corps où elles sont moins apparentes. Sur le bord des lèvres et la muqueuse buccale, on trouve de ces petites tumeurs vasculaires, turgescentes, bacciformes, et dont la blessure donne lieu â de fortes hémorrhagies.

On observe des télangiectasies consécutives, dans l’intérieur et au pourtour des cicatrices, qui détruisent une partie des capillaires pendant que les autres se dilatent et s’étendent. Elles occupent souvent, et d’une façon persistante, les points de la peau qui avaient été épargnés par la maladie primaire, par exemple, dans le lupus érythémateux, le lupus, etc. Telles sont aussi les ectasies vasculaires qui se montrent sur les tumeurs par suite de pressions, de tiraillements. Les télangiectasies appartenant à l’acné rosée et qui se développent sur le visage sont symptomatiques ; de même que les cyanoses périphériques survenant à la suite d’obstacle à la circulation centrale (tumeurs intrathoraciques, pleurésie, lésions cardiaques, ainsi que dans certaines formes d’atrophie du derme (voy. T. II, p. 242) (dj.

(1) Le terme de télangiectasie — xsXoç, fin ; x^Xs^ loin, extrémité ; vaisseau, âkxaatç, dilatation, ddatation des vaisseaux éloignés du centre.

QUARANTIÈME LEÇON

Les télangiectasies varient peu ; tandis que certaines ramifications vasculaires disparaissent, d’autres se développent à leur place.

des capillaires, n’a absolument pas d’autre signification propre que celle que lui donne sa composition étymologique.

En dermatologie, le mot de télangiectasie est surtout appliqué à représenter les dilatations capillaires élégantes que l’on observe à la peau sous ïovme A' arborescences, &' arborisations, àe. ramifications. A' étoiles, etc. ; souvent très fine, dans une nappe en apparence e'rythémateuse, elles ont besoin quelquefois, pour être perçues ou étudiées, d’être examinées à la loupe.

Les dilatations manifestement veineuses, et plus ou moins irrégulières, portent plus régulièrement le nom de varicosités.

C’estsansaucun fondementque divers auteurs ont voulu particulariser la dénomination de télangiectasie, l’appliquer à une affection déterminée, le cancer vasculaire, ou s’en servir, les uns pour spécifier les ectasies capillaires congénitales, les autres, les dilatations acquises, ainsi que le fait, par exemple, Radcliffe Crocker, loc., cit. p. SOO. Une télangiectasie peut être congénitale ou acquise ; elle peut être primitive, idiopathique, constituant eile-même la lésion, ou au contraire, être consécutive, secondaire, symptomatique.

Dans ce dernier cas, elle appartient à un grand nombre de processus morbides différents, et ne représente que l’un des éléments pathologiques d’une afi'ection classée ; si la dénomination entre dans la terminologie de cette affection, c’est purement à litre qualificatif, pour indiquer une espèce uniforme ou une variété : acné, verrues, carcinome, etc., lélangiectodes ou télangiectasiques.

Les télangiectasies idiopatiques congénitales ne sont autres que les nævi vasculaires ; elles sont utiles ou multiples, simples ou mixtes.

Les télangiectasies acquises sont localisées ou disséminées, généralisées ; les premières dépendent soit d’un état pathologique local préalable, soit d’un trouble central de la circulation, accusé particulièrement dans des régions où la circulation en retour est anatomiquement laborieuse, comme à la face, par exemple.

Les télangiectasies disséminées ou généralisées constituent tantôt un résultat manifeste de l’asphyxie chronique (asystolie, cyanose, asthme chronique), et elles ne représentent alors (pEunétat accessoire au point de vue dermatologique. Mais, dans d’autres cas, ces télangiectasies, sous diverses variétés morphologiques, s’observent chez des individus jeunes encore, n’ayant à l’état manifeste aucune des lésions centrales (jue nous avons énumérées tout à l’heure.

Faut-il, pour ces cas, supposer qu’une cause névropathique centrale, latente, donne Heu à une dilatation paralytique des réseaux vasculaires du derme? ou bien celte distension n’est-elle encore que le résultat de troubles d’hydraulique circulatoire d’origine obscure et spéciale, comme certaines lésions du rein, par exemple? C’est là une question (]ui a été soulevée, avec la discrétion convenable, en face d’observations non complètes, par notre distingué confrère le D'' Vincenzo Tanturri, de Naples — Voy. Un caso di dermoslasi ven. gener. idiop, in il Morgagni, t. .Wl,

ANGIOMES. NÆVIJS VASCULAIRE.

Le nævus (1) vasculaire, tache vasculaire, est constitué par une vascularisation anomale du tégument, congénitale ou développée pendant les premiers mois de la vie (2) et présentant des aspects variés et divers degrés d’intensité. Il apparaît sous forme de tache diffuse, comme une tache d’encre, de couleur rouge violet jusqu’à rouge bleuâtre ou grise, s’accompagnant ou non d’une légère turgescence de la peau, — nævus en flamme, tache de feu, nævus simple, angiome simple (Virchow); ou bien, sous forme de tumeur turgescente, parfois même pulsatile, occupant une étendue grande comme un pois ou plus encore, proéminente, à surface

p. 561, analysé par Jullien, in Annales de Dei'mat., etc., 1880, 2“ série, T. I, p. 358.

En 1879, Hillairet nous a montré dans sa division un cas très remarquable de télangieclasie variqueuse, généralisé, chez un homme adulte. En 1880, Vidal a présenté à la Société des hôpitaux une femme de trente et un ans, névropathique, atteinte « d’urticaire » à quatorze ans, puis peu après de taches rouges, siégeant d’abord au bras et à la poitrine, devenant violettes pendant l’émotivité, ultérieurement généralisées avec prédominance dans la partie supérieure du corps, et se mamelonnanl par places, etc. (Voy. pour complément, l’observation complète dans les Bulletins et Mémoires de la Société médicale des hôpitaux 1880 et dans V Union médicale, même année). Si l’hypothèse pathogénique rénale est vraisemblable (par la terminaison par néphrite aiguë scarlatineuse mortelle) dans le cas de Tanturri, l’hypothèse névropathique semble s’imposer dans l’observation de E. Vidal.

Enfin nous avons vu les télangiectasies diffuses, généralisées, être le prélude de quelques grandes dermatoses malignes, encore obscures.

(1) En lui-même le mot de nævus, marque, tache (Cicéron, qui était un marqué, a employé le mot dans ce sens) n’a pas de signification propre qui veuille dire que la marque est congénitale ; mais en fci,it le qualificatif de maternus est sous-entendu, et le mot s’applique, en réa-

j lité, à toutes les taches, marques de naissance vasculaires ou autres, lesquelles sont toujours le résultat d’une aberration formative constitutionnelle, intra-utérine. E. B. — A. D.

(2) Il importe essentiellement de préciser que tous les nævi ne sont pas nécessairement constatables, et encore moins constatés au moment de la naissance; ils peuvent être minuscules, imperceptibles, latents, ou même n’avoir pas fait encore efflorescence à la surface. Il arrive, sans cesse,

' que l’on rencontre des lésions que leurs caractères cliniques, aussi bien que leurs caractères histologiques, démontrent être des nævi (vasculaires \ ou autres) que les parents, ou les sujets, déclarent n’exister que depuis ; un temps remontant plus ou moins loin après la naissance. Le médecin

' doit enregistrer ces renseignements, mais ne leur accorder qu’une

valeur relative, et conserver sa liberté de jugement.

Ernest Besnier. — A. Doyon.

QUARANTIEME LEÇON.

lisse ou verruqueuse, — angiome proéminent, nævus tuberculeux, angiome caverneux (Virchow), fongus hématode de quelques auteurs, télangiectasie veineuse (Schuh), tumeur vasculaire érectile (Dupuylren), anévrysme spongieux, etc. Les nævi ont la propriété de pâlir quand on les comprime et tant que dure cette compression ; en apparence, nettement limités à leur surface, ils envoient dans la profondeur des prolongements dans toute la région avoisinante. Ils siègent le plus souvent à la tête, plus rarement au tronc, aux membres ou aux parties génitales (1).

On les trouve au nombre d’un ou de plusieurs, combinés localement avec des taches pigmentaires ou verruqueuses, — angiome pigmentaire et verruqueux. Les angiomes qui siègent à la face deviennent turgesgents sous l’influence de toutes les causes qui entravent le cours du sang (toux, cris), et pâlissent par l’action de causes contraires (syncope) jusqu'à n’être plus reconnaissables (2).

L’évolution des taches vasculaires varie suivant les cas. La plupart d’entre elles s’accroissent pendant les premiers mois ou les premières années de la vie, et quand elles ont acquis une certaine étendue, elles peuvent persister indélinimenl, ou ne se modifier qu’à un âge avancé ; elles peuvent alors rétrograder ou augmenter encore. D’autres disparaissent spontanément par oblitération lente des vaisseaux pendant les premières années de la vie ; à leur place il reste une tache blanche, luisante, cicatricielle ou pigmentée. Ceci s’applique au nævus en fiainme diffus, et à l’angiome simple. Au contraire, les tumeurs vasculaires plus volumineuses et turgescentes (tumeur vasculaire spongieuse, fongus hématode, télangiectasie veineuse, Schuh), tendent rapidement ou après une période stationnaire de plusieurs années, à s’étendre en surface et en profondeur (angiome tardif, Virchow); elles embrassent alors la muqueuse avoisinante des joues, de la langue, de la conjonctive, etc., et se propagent vers les tissus sous-jacents, pannicule adipeux, muscles, gaines nerveuses, os, qu’elles usent ou déplacent. En prenant un développement aussi marqué, elles changent aussi leur caractère anatomiqne et clinique. Elles arrivent à former de vastes

(1) On les observe aussi sur les muqueuses de rapport; sur la con- I

jonctive, en coïncidence avec des nævi semblables ou divers points de la même région, ou de régions éloignées. — Voy. une très belle observation avec chromographie dans un Mémoire dû à Armaign.4c — Sur tes nævi de l’œil et des parties voisines, in Mém. et Bullel. de la Soc. de ( méd. et de chir. de Bordeaux, 1886, p. 310 et suiv. !

(2) A un degré variable, cette action se produit, et peut être constatée daus toute l’étendue du tégument; elle n’est pas exclusive à la face. '

ANr,IOMES. NÆVUS VASCULAIRE.

tumeurs occupant, par exemple, tout un membre supérieur, la cuisse ou le dos; tumeurs dures, granuleuses et noueuses, compressibles comme une éponge, turgescentes, se gonflant spontanément par suite d’une position déclive , s’alTaissant dans la position inverse; d’une structure lobulaire (éponge vasculaire lobulaire, Rokitansky, Schuh), et qui, en comprimant et déplaçant les tissus, font dégénérer les muscles et les nerfs, et arrivent même à atrophier les os. Dans un certain nombre de cas, des névromes douloureux en constituent un élément important ou même une forme spéciale (Hecker, Czerny). Elles ont rarement leur point de départ dans les tissus sous-cutanés, mais le plus souvent dans le pannicule adipeux ; elles envahissent petit à petit la peau et représentent la forme de tumeur vasculaire, connue sous le nom d’angioéléphantiasis (Virchow), angiome éléphantiasique, ou lipomatode, ou nerveux (1).

La structure anatomique de l’angiome est, suivant la forme, très simple ou très compliquée, et elle a reçu des interprétations très diffé-

(1) Au point de vue pratique, nous divisons les nævi vasculaires en ntçvi lisses, ponctués, élevés, profonds (hypodermiques et sous-cutanés).

a) Les nævi lisses, maculevx, taches érectiles, sont très communs, on les désigne vulgairement sous le nom de taches de vin; leur lieu d’élections est la face, où ils occupent souvent de grandes nappes, latéralisés et quelquefois systématisés, répandus plus ou moins irrégulièrement sur un côté entier du corps — nævi hémiplégiques. Leur coloration livide est diffuse, le caractère télangiectasique peu accentué. Quelquefois simples, les nævi en taches de vin sont d’autrefois irréguliers, un peu élevés, bourgeonnant, présentant des saillies partielles, ou des éléments de nævus verruqueux, hypertrophique, etc.

b) Les nævi télangiectasiques ponctués, stellaires, extrêmement communs, composés d’une petite ponctuation sanguine légèrement élevée, forment houppe centrale, de laquelle émergent en rayonnant des télangiectasies qui se ramifient plus ou moins loin. Ils disparaissent sous la pression du doigt, augmentent dans les cris, etc.; ce sont de véritables tumeurs érectiles en miniature, des angiomes télangiectasiques véritables.

c) Les nævi élevés, formant tumeur, entièrement vasculaires, tumeurs érectiles, généralement simples, quelquefois mixtes, représentant plus ou moins grossièrement des fruits : mûres, fraises, framboises, etc., et qui ont si vivement frappé l’imagination du vulgaire.

d) Les nævi vasculaires « sous-cutanés » — tumeurs érectiles hypodermiques— et même vraiment sous-cutanés, c’est-à-dire ayant une base sousapo?^é^;ro<^(7Me, qui peuvent être simples, c’est-à-dire laisser la peau absolument intacte à la surface, où le relief seul est accusé, ou, au contraire mixtes, c’est-à-dire, à la fois, hypodermiques et dermiques.

Ces distinctions, nous le rappellerons tout à l’heure, sont essentielles au point de vue du pronostic et du traitement.

Ernest Besnier. — A. Doton.

:m QUARANTIÈME LEÇON,

renies suivant les progrès de l’histologie pathologique. Je renvoie ici aux travaux si connus de Rokilansky, Schuh, Weld, Virchow, Billroth, Recklinghausen, Weinlechner et aux traités classiques d’anatomie pathologique, et je me bornerai à quelques considérations.

Les angiomes simples, qui ne présentent pas de proéminence, ont leur siège dans le corps papillaire et la couche supérieure du chorion ; d’après leur coloration rouge clair ou rouge foncé, on peut dire s’ils contiennent plus de vaisseaux artériels ou plus de vaisseaux veineux. Pour les angiomes étendus et profonds, il n’y a pas à tenir compte de ces différences dans les vaisseaux. Du reste, les angiomes simples, comme les plus compliqués, sont formés de vaisseaux anciens et nouveaux plus ou moins dilatés, contournés, communiquant les uns avec les autres ; mais même dans les plus simples, on remarque déjà une production de tissu conjonctif jeune autour de la tunique adventice, production qui détermine les principales différences dans la structure histologique des angiomes. C’est dans le nævus en flamme que cet accroissement et celte prolifération vasculaires sont le moins marqués. Un degré plus avancé est celui qui est formé par des ramifications primaires et secondaires, contournées, enroulées sur elles mêmes, pelotonnées. La trame de ces angiomes se présente sous forme de petits lobules isolés; d’après Billroth, cela tient à ce que les divers vaisseaux destinés soit aux glandes sudoripares, aux follicules pileux, aux glandes sébacées, ^ux aréoles graisseuses, sont pris isolément. Tandis que dans ces formes, les pelotons vasculaires constituent l’élément essentiel, on observe dans les grandes tumeurs vasculaires, outre des vaisseaux dilatés, communiquant entre eux et donnant à la coupe un aspect criblé, une prolifération excessive de tissu conjonctif jeune, gélatineux, et exceptionnellement des névromes et des aréoles graisseuses. Selon les cas, ces tumeurs sont alors désignées sous le nom d’angiome éléphantiasique, ou éléphanliasis angiomaleux, angiolipbmatode nerveux.

La tumeur caverneuse vraie se distingue de toutes les tumeurs vasculaires décrites jusqu’ici par une trame de tissu conjonctif dense, la limitant de toutes parts, et envoyant dans son intérieur un certain nombre de cloisons primaires ou secondaires qui la divisent en un grand nombre de loges, plus ou moins spacieuses. Toutes ces lacunes contiennent du sang et sont en communication, les unes avec les gros vaisseaux de la tumeur, les autres avec ceux des parties voisines. Certains auteurs (Rokitansk}', Fleischl) pensent que la tumeur caverneuse provient des vaisseaux cutanés préexistants; d’autres (Virchow) la croient au contraire complètement indépendante des vaisseaux, avec lesquels elle ne communiquerait que consécutivement, tandis que Rind-

ANGIOMES. NÆVÜS VASCULAIUE.

fleisch rallribue à une néoformation de tissu conjonctif développée le long des vaisseaux et qui, en se rétractant, les dilate (1).

Quant aux causes des nævi vasculaires, nous sommes forcé, à part quelques cas qui ont pu être attribués à certaines dispositions fœtales (Virchow), d’avouer notre complète ignorance (2). On sait que, pour les nævi vasculaires comme pour les autres, on a fait jouer autrefois un grand rôle aux « envies des femmes enceintes ». On les trouve plus fréquemment chez les femmes que chez les hommes.

Les taches vasculaires, par la difformité qu’elles occasionnent et le danger d’un accroissement illimité, constituent en général une affection sérieuse. De plus, les nævi turgescents, toujours exposés aux conséquences d’un traumatisme, les angiomes caverneux étendus, par les douleurs lancinantes et névralgiques qui s’y manifestent, et par les complications inflammatoires et gangréneuses qui peuvent s’y produire, sont une incommodité et peuvent devenir un danger. Cependant ces dernières complications amènent parfois la suppuration, la rétraction et la disparition du nævus (3).

Le pronostic, touchant la signification et la terminaison du nævus, exige une grande prudence. Il est en général plus favorable dans le cas de nævus plat, en forme de tache, que dans celui de tumeur tubéreuse et turgescente. Toutefois aucun signe ne permet de dire à

(1) Il serait difficile, sans usurpation et sans double emploi, de rapporter à la dermatologie proprement dite la question entière des angiomes cutanés et sous-cutanés, qui appartient à la pathologie chirurgicale. L’exposition la plus récente et la plus originale que nous puissions signaler au lecteur est celle de Qüenu, Des tumeurs, in Traité de chirurgie de S. Duplay et P. Reclus, chap. Vil, 1“ Angiomes, p. 473; il y trouvera, avec des figures histologiques multipliées, l’exposé lucide et entier du sujet. E. B. — A. D.

(1) Parker — Clin. Soc. of. London, 1886, cit. Quenu — sur 564 cas, compte 363 filles et 172 garçons.

Nous avons signalé — 1''“ édit, de cette Traduction, T. II, note i, p. 227, l’existence très commune, mê.me chez les hommes, d’une tache sanguine à la partie la plus élevée de la nuque, au niveau même de la bordure postéro-inférieure du cuir chevelu. Ceux qui examinent un grand nombre de sujets ayant la tête rasée seront à même de constater l’exactitude de notre observation. E. B. — A. D.

(2) Les nævi peuvent, en outre, subir des altérations de tissu, transformations mali morts, de même que les tumeurs diverses, les carcinomes en particulier, peuvent devenir angiomaleux; le fond de cette question appartient d’ailleurs à la pathologie chirurgicale ; nous complétons seulement la notion du ^rowoAic général des 'angiomes cutanés.

QUARANTIÈME LEÇON

l’avance si telle tache vasculaire restera stationnaire, ou disparaîtra spontanément, ou prendra au contraire le développement excessif que nous avons décrit plus haut. Mais comme ces diverses éventualités se manifestent dès les premiers mois ou les premières années de la vie, il s’ensuit que l’observation de la marche du nævus servira de règle pour le pronostic et le traitement. Dans le cas de nævi, qui semblent rester stationnaires, on peut attendre; pour ceux, au contraire, qui tendent manifestement à se propager, il faut intervenir de bonne heure.

Les moyens thérapeutiques devront être choisis d’après le degré et l’étendue de l’angiome. Les télangiectasies seront détruites par les divers moyens dont nous nous sommes occupés à propos de l’acné rosée (V. T. l'L page 756).

Les taches de feu planes, et même les petites tumeurs vasculaires, verruqueuses et pigmentées, pourront être extirpées à l’aide de l’instrument tranchant. Les autres moyens thérapeutiques dirigés contre les angiomes turgescents ont pour but la coagulation lente ou rapide du contenu des vaisseaux et la disparition consécutive de ces vaisseaux eux-mêmes; telles sont la compression locale et les applications froides, la ligature de quelques-uns des plus gros vaisseaux afférents, l’injection de perchlorure de fer, de chlorure de manganèse, de cantharidine, et d’autres substances semblables (qui, il est vrai, peuvent amener une escharification inflammatoire et une pyémie mortelle), enfin l’électrolyse.

Pour les petits nævi fongueux, l’inoculation de lymphe vaccinale a souvent donné les meilleurs résulats, qu’elle agisse : soit en provoquant par inflammation la rétraction des tissus, soit en les détruisant par le processus de suppuration, soit par le fait d’une espèce de cautérisation. De même, la cautérisation à l’aide de la potasse et d’autres caustiques, parmi lesquels l’acide azotique fumant; la galvanocaustique, le Paquelin, l’application d’emplâtre stibié (tartre stibié, 0,75, empl. adhésif, 5, Krieg, Zeissl), le collodion au sublimé.

Dans le cas de tumeurs pédiculées, on peut recourir à la ligature du pédicule, à la ligature élastique (Dittel), et à l’excision; enfin pour les grosses tumeurs des membres, l’amputation devient nécessaire (1).

(1) Ce n’est pas ici le lieu d’exposer le traitement chirurgical général des angiomes cutanés; nous avons simplement à donner les meilleurs moyens et les plus simples de traiter et de guérir les mille lésions, faciles à détruire à leur origine, que la grande généralité des médecins, il faut le dire, ne sait pas traiter, et partant, laisse évoluer, grandir, s’aggraver.

Leurs hésitations et leur inaction s’appuient, vaguement, sur ce fait d’observation qu’un certain nombre de taches vasculaires sanguines congénitales disparaissent spontanément , à une époque ultérieure ; cela

NÆVI VASCULAIRES. — TRAITEMENT.

Suite de la note des Traducteurs.

ne saurait être conteste', mais la fréquence de cette terminaison favorable a été certainement exagérée; elle est loin d’étre la règle, et on ne saurait baser sur elle seule une détermination thérapeutique. De- PAUL — l’hèse de doctorat de Laboulbène, 1854, aurait déclaré que le « le tiers des enfants qui naissent à la clinique d’accouchements ont des taches vineuses, des nævi non proéminents ou très légèrement proéminents. Ces taches, qui ne sont causées ni par les manoeuvres de l’accouchement, ni par aucune cause extérieure, sont apportées par l’enfant en venant au monde, et la plupart disparaissent dans les premiers mois de la vie. »

Depaul concluait de ces faits que, si le nævus est un peu saillant, on doit attendre, pour décider une intervention. Réduite à ces préparations, la temporisation est non seulement légitime, mais elle s’impose.

Ce qui reste le devoir du médecin, c’est de faire ses réserves motivées, de surveiller l’évolution, et si, au bout de quelques semaines, ou de quelques mois, voire même en attendant jusqu’à la fin de la lactation, on voit la tache s’étaler, grandir, s’élever, il n’y a pas à hésiter, il faut intervenir, chaque année de sursis augmentant la lésion dans toutes ses dimensions.

Nous jugeons la même règle applicable aux angiomes télangiectasiques qui font leur apparition, ou sont démasqués seulement dans les années qui suivent la naissance; c’est toujours la marche, l’évolution de la lésion qui doivent décider de l’intervention ou de l’abstention.

Les moyens d’action à diriger contre les nævi vasculaires que nous appelons dermatologiques, c’est-à-dire plus ou moins superficiels et ne réclamant pas le secours de la grande chirurgie, peuvent être rangés dans les titres suivants : a) la compression ; b) la destruction chimique superficielle ou interstitielle ; c) Vh'ritaiion phlegmasique provoquée, simple ou spécifique [vaccine)] d) la scarif cation linéaire; e) Yélectropuncture, Vélectrolijse.

a) La comjjression. — Elle peut trouver des indications particulières dans tous les cas où la partie atteinte est sous-tendue par un plan résistant comme le front, la lèvre supérieure, etc.; on peut alors, à l’aide d’une bandelette de caoutchouc employée avec les précautions nécessaires à la compression élastique en général, tenter et obtenir la guérison de nævi vasculaires en plaque ou en tumeur de petites dimensions. Ce procédé réclame une certaine ingéniosité dans le détail des applications, le temps, la persévérance. Nous lui devons quelques beaux résultats.

b) La destruction chimique super fcielle ou interstitielle. Nous repous- . sons à peu près complètement tous les procédés de cette sorte ; si les

lésions sont légères et superficielles, l’électrolyse , l’électropuncture arrivent au même résultat plus simplement; si elles sont considérables, le danger multiple des injections interstitielles doit les faire laisser complètement de côté.

c) Irritation phlegmasique provoquée. — Ce procédé qui comprend

QUARANTIÈME LEÇON

Suite de la note des Traducteurs.

l’acupuncture simple, les applications vésicantes, etc., l’inoculation vaccinale, sont à rejeter aussi par le médecin qui a à sa disposition l’action électrique, ou électrocaustique. Si les lésions sont superficielles, ces moyens sont inutiles; si elles sont profondes, ils sont insuffisants. Pour l’inoculation vaccinale, en particulier, la cicatrice éventuelle est absolument incertaine, et moins régulière que la cicatrice réglée par une intervention immédiate et directe.

d) Scari/icolion linéaire quadrillée. — Les scarifications sanglantes, recommandées surtout par Balmanno Souire — On port-wine-marck, and ils oblitération without scar, hi Essaijs on the treatment of skin diseases, n“ lit, London, 1876 — trouvent leur application dans les formes télangiectasiques superficielles, et dans les taches vineuses simples. Il est nécessaire, pour en retirer le bénéfice, de pratiquer les scarifications selon les règles que nous avons précisées —

T. P'', note 1, p. 757 — de la combiner avec la compression toutes les fois où cela est possible, et de les répéter un très grand nombre de fois — Voy. Ad. Colson, Des taches vineuses et de leur traitement par les scarifications, 'J'hèse de Pai'is, 1878. — On aura soin aussitôt un petit lot scarifié, de faire immédiatement la compression ouatée, pendant que l’on continue le lot voisin, de façon à faire perdre au patient le moins de sang possible. Cette règle élémentaire, que nous ne cessons de prêcher, est malheureusement enfreinte trop souvent; elle demeure absolue pour les scarifications de toute espèce, mais elle est surtout de rigueur quand ces scarifications doivent, ainsi que dans le cas actuel, être réitérées à brève échéance, et un nombre illimité de fois.

Les scarifications linéaires dans le traitement des taches vineuses peuvent être exécutées sans douleur, après congélation préalable à l’aide du chlorure de méthyle au pinceau, mais il faut ici plus de sûreté de main de l’opérateur, qui doit aussi avoir appris la pratique de l’anesthésie métbylique^ pour en obtenir les avantages sans en avoir les inconvénients. La congélation locale doit se faire fractionnellement, au fur et à mesure de la marche du scarificateur, bien entendu par les soins d’un aide expérimenté. Ces scarifications doivent toujours être faites avec l’aiguille unique, serrées, fines, comme des hachures de dessin; nous repoussons absolument tous les scarificateurs à lames multiples.

Quand la tache vineuse comporte, ainsi que cela arrive souvent, des centres érectiles, des saillies, des nodosités vasculaires, verruqueuses ou autres, tous ces derniers points doivent être, préalablement, détruits )iar la galvanopiincture , afin de laisser le chemin libre à la scarification (]ui serait insuffisante, ou donnerait lieu à des écoulements de sang trop considérables.

e) Électrolyse ^ électropuncture. L’électrolyse (électrisation interstitielle par courant continu à l’aide d’aiguilles implantées dans la partie malade) avec application aux aiguilles du pôle positif (eschare positive sèche, et action coagulante), trouve de nombreuses applications dans le traitement des tumeurs érectiles proprement dites; et elle compte de nombreux succès sans accidents, à la condition d’appli«iuer ce moyen

LYMPHANGIOME TUBÉREUX MULTIPLE.

LYMPHANGIOME TUBÉREUX MULTIPLE

Je désignerai tous ce nom une production toute spéciale et que je n’ai observée qu’une seule fois. Elle était formée de plusieurs centaines de petites nodosités à surface lisse, de la grosseur d’une lentille ou plus petites, les unes arrondies, d’autres allongées, ne déterminant aucune démangeaison, brun rougeâtre, assez denses, siégeant dans la peau elle-même et que l’on ne pouvait déplacer qu’avec elle. Elles occupaient le tronc et la région du cou chez une femme de trente-deux ans qui les portait depuis son enfance, mais ne les avait vues se développer que dans les dernières années.

Fin de la note des Traducteurs sur le traitement des nævi vasculaires.

avec l’outillage convenable, les précautions antiseptiques de rigueur, et la compétence suffisante.

Mais l’électropuncture caustique, la cautérisation interstitielle à l’aide des aiguilles fines, que nous avons fait construire, et appliquées d’abord au traitement du lupus — Yoy. Ann. deDermat. et de 2=Série, T. IV,

1883, 2® article, p. 378, et, pour l’outillage, les figures des pages 400, 407 — très facile à exécuter, à l’aide d’appareils très simples, constitue l’agent principal. Nous repoussons, pour ces opérations minuscules et délicates, le thermo-cautère, à cause de son rayonnement trop grand, qui fait dépasser à la pointe la plus fine les limites de l’action nécessaire et de la cicatrice inévitable.

On n’oubliera pas que les lésions à réprimer sont hypervasculaires, et que l’aiguille doit être simplement portée au rouge sombre, condition essentielle pour n’avoir pas d’écoulement sanguin, ou pour ne le produire qu’insignifiant, et facile à réprimer à l’aide de quelques instants de compression ouatée. Ce procédé s’applique d’abord essentiellement aux nævi télangiectasiques ponctués, stellaires — Voy. plus haut p. 339, note 1 — dans lesquels l’étoile télangiectasique rayonnante est peu considérable, et le noyau central miliaire; il suffit ordinairement d’une seule pointe de feu au centre du noyau pour la guérison spontanée de la radiation périphérique. Gela peut être fait absolument sans douleur en insensibilisant le point central à l’aide du chlorure de méthyle appliqué seulement au point nécessaire, à l’aide d’un pinceau fin.

Si le centre est plus étendu, ou s’il s’agit d’une tache superficielle, peu élevée, au lieu d’une pointe unique, on opère à distance de deux millimètres, un véritable tatouage avec les mêmes précautions, et l’on peut aisément en une séance, ou en un petit nombre d’applications, arriver à des résultats aussi satisfaisants que possible, à la condition de se servir d’aiguilles fines, et de ne pas dépasser les limites d’action en profondeur, ou d’application en surface.

Des applications de même ordre peuvent suffire pour des nævi plus profonds et plus considérables; mais nous n’avons pas à en traiter ici.

Ernest Besnier. — A. Düyon.

QUARANTIEME LEÇON.

Celle formalion avail la plus grande ressemblance avec des papules syphililiques; nulle pari cependant elle ne présentait aucune trace de

régression, de desquamation, ni de dépression.

Une de ces petites nodosités, que j’ai excisée pour l’examiner au microscope, présentait à la coupe un grand nombre de perforations rondes ou ovales, et des fentes allongées, nettement limitées (figure 43, 1); à un

Fig

Coupe verticale d’uue petite nodosité de lyiupliangioiiie tubéreux.

fl, épiderme et couche papillaire; 6, derme (percé comme un crible).

Une partie du précédent à un iilus fort grossissement.

Coupe a longitudinale; a', oblique; b, transversale de vaisseaux lymphatiques à parois épaissies, contenant des noyaux, et à revêtement endothélial.

plus fort grossissement (figure 43, II), on les reconnaissait pour de fins vaisseaux lymphatiques, considérablement dilatés, à parois épaissies et tapissées d’endothélium. D’où le nom de lymphangiome (tubéreux multiple) que Hebra, Biesiadecki et moi, lui avons donné. Ce qui le distingue des formes décrites (makrocbilie et tumeurs) comme tumeurs lympathiques caverneuses de beaucoup d’auteurs (Billroth, Gjorgjewic, Waldeyer, etc.) dans lesquelles les lymphatiques dilatés et de nouvelle formation se développent du tissu sous-cutané vei's là peau, c’est (|iie, dans notre cas, ces vaisseaux n’occupaient au contraire que les couclies supérieures du derme. Posphelow a décrit quelques années plus lard (1879) un deuxième cas tout à fait identique au nôtre (1).

(1) Le terme de lympuangiome — angiome lymphatique — n’a pas encore de signification anatomique absolue; il ne peut être dissocié que théoriquement et didactiquement du terme de lympuangiectasie

LYMPHANGIOME TUBÉRELX MULTIPLE.

Suite de la note des Traducteurs.

— varices lymphatiques. De plus, il n’est pas toujours aisé de déterminer si une tumeur dans laquelle on trouve des altérations — tronculaires, radiculaires, ou lacunaires — du système lymphatique est, primitivement, un lymphangiome, ou si les altérations lymphatiques ne constituent qu’un phénomène secondaire, accessoire, consécutif, etc.

Ce n’est pas tout : les caractères histologiques des espaces lymphatiques anormaux, ou pathologiques, ne sont pas assez précis pour que l’on ait pu ne pas les confondre avec diverses espaces lacunaires kystiques, hématiques, etc., également pathologiques, de sorte que les auteurs les plus considérables ont décrit, comme lymphangiomes, des hé mat angiomes, des épithélio-adénomes , etc. Tel est le cas de l’affection décrite par le professeur Kaposi dans le court chapitre qu’en vient de lire sous le nom de Lymphangiome tubéreux multiple ; tels encore, ditl'érents autres exemples d’affections dénommées lymphangiomes, nævi lymphatiques, lymphangiectasies disséminées, etc.

La présente note est destinée à donner une esquisse de ce sujet difficile; nous y envisagerons successivement : a.) quelques pseudo-lymphangiomes; b.) les lymphangiomes ; c.) les lymphangiectasies.

Page 1