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LUPUS. ANATOMIE

Vu à un plus fort grossissement, le foyer (fig. 50) est le plus souvent très exactement limité, le tissu connectif sain l’entoure de faisceaux épais, et on voit que le lupus présente une trame plus fine, dont Virchow et Auspitz ont démontré l’analogie avec le tissu de granulation. Elle

consiste en un réticulum, qui, issu d’un gros faisceau fibreux divisé en rameaux plus fins, est parcouru par de nombreux vaisseaux sanguins, et dont les larges mailles contiennent des cellules pourvues d’un noyau très réfringent et facile à colorer, tandis que les mailles plus étroites renferment avec ces mêmes cellules, d’autres plus petites et une grande

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quantité de noyaux à contours bien marqués. En agitant la préparation dans l’eau, on fait facilement tomber les éléments figurés, de sorte qu’il ne reste plus que le réticulum avec ses cellules polaires; sur plusieurs points d’une coupe, il se peut (jue le foyer tombe en entier, en laissant à sa place une cavité arrondie (fig. 49, c’).

Le lupus ne présente toutefois une constitution aussi simple que quand il est jeune. Un développement plus avancé ou la régression

Fiij. 50.

Coupe d'une nodosité microscopuiue de lupus vue à un fort gTossissement. 6, choi’ion sain qui l’entoure, a, réticulum avec dépôt cellulaire, c, d, cellules géantes.

amènent des changements très compliqués, non seulement dans le tissu du lupus lui-même, mais encore dans la plupart des éléments de la peau. A l’époque où l'on pensait que le lupus dérivait du tissu connectif, soit des couches supérieures du chorion (Virchow, Billroth), soit de celui qui entoure les follicules pileux ou les glandes sébacées (Veiel, Rindfleisch), on avait songé qu’il devait être en rapport avec les vaisseaux sanguins.

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La tendance des travaux histologiques récents est également de faire jouer aux vaisseaux le rôle principal dans la genèse des tissus pathologiques. D’après mes dernières éludes sur le lupus, ainsi que d’après celles de Lang, Klebs, Stilling, Jarisch, il semble que les vaisseaux sanguins et lymphatiques forment, par suite de la prolifération de leur paroi protoplasmatique et des éléments de la gaine adventice, la trame et les vaisseaux du foyer de lupus, ainsi qu’une partie de ses cellules; à celles-ci se joignent les cellules provenant de la prolifération des corpuscules conjonctifs et les éléments dus à l’inflammation du stroma de la peau.

La nodosité jeune est donc formée d’un tissu riche en sucs et en vaisseaux et proliférant d’une façon très active. Après une durée variable, commence la régression, qui se manifeste d’abord parla dispariti(m de la vascularisation au centre de la nodosité et la nécrobiose des éléments figurés. Quelques-uns se gonflent, grossissent ; c’est ce qui les a fait confondre avec des cellules épithéliales; mais la plupart se troublent, ne se

colorent plus par le carmin, s’émiettent et forment de petits amas arrondis et granuleux. Sur plusieurs points, on trouve des masses étendues, à formes irrégulières, homogènes ou finement granuleuses, analogues à des masses de protoplasma, et contenant un grand nombre, de 5 à 20, ou plus, de noyaux allongés, brillants (flg. 50, d). C’est lace que Billroth, Virchow, avaient déjà décrit, et ce que, depuis Schüppel, on désigne sous le nom de cellules géantes. Celles-ci avaient été considérées comme exclusives au tubercule, aussi Friedlânder avait-il pensé pouvoir interpréter le lupus comme une tuberculose de la peau. Depuis cette époque, on n’a pas encore pu s’entendre sur la signification hislogénique des cellules géantes : les uns les considèrent comme des cellules devenues énormes, soit spontanément, soit par suite de la fusion d’un grand nombre de cellules; d’autres les regardent comme formées par la coupe transversale d’un vaisseau lymphatique rempli de plasma ou d’endothélium en voie de prolifération; d’autres, enfin, n’y voient que le produit de la fusion d’un certain nombre de cellules dégénérées. Ce qui est certain, c’est que ces cellules géante's ne se trouvent pas seulement dans le tubercule, mais dans toute sorte de tissus, dans les gommes, le^ sarcomes et même dans le tissu de granulation. Leur présence dans la nodosité du lupus n’autorise donc plus à considérer celle-ci comme du tubercule, d’autant moins que, dans ces derniers temps, on a appris à connaître, d’une façon incontestable, les tubercules de la peau.

La masse principale de la nodosité ne peut pas s'organiser; mais par une série de métamorphoses régressives de ses éléments, elle arrive à se résorber ; parfois (quand elle est superficielle), elle peut être éliminée, et le tissu enflammé qui l’entourait se cicatrise et se rétracte. Je crois cependant (et Lang est de cet avis) qu’une partie du tissu KAPOSI, 2® ÉD. — II. 27

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lupeux, avec ses vaisseaux et ses cellules, s’organise en tissu connectif jeune, qui plus tard se rétracte; par là, ce me semble, le lupus se distingue essentiellement des nodosités de la lèpre et de la syphilis.

Pendant que certaines nodosités suivent cette marche, d’autres s’étendent en surface et en profondeur; la néoformation se continuant le long des vaisseaux du chorion et du corps papillaire, jusqu’à la couche de tissu adipeux, elle arrive ainsi à se réunir avec des prolongements issus de masses voisines. Pendant que le tissu connectif interstitiel s’infiltre par inflammation, la disposition primitive en foyers séparés, rappelant ûne structure alvéolaire (fig. 49), disparaît, et il en résulte une infiltration cellulaire irrégulière, diffuse, de toutes les couches de la peau. Au bout d’un certain temps, celle-ci peut disparaître complètement, en déterminant une rétraction cicatricielle de la peau et de ses glandes. Cette infiltration inflammatoire entraînera toutefois également une hypertrophie du tissu connectif, qui, dans le cas de lupus étendu, et persistant pendant de longues années, peut, de même que toute autre dermatite chronique, surtout si elle se développe sur les membres, donner lieu à ce que nous avons déjà décrit sous le nom d’éléphantiasis des Arabes, glabre et papillaire. Sur une peau ainsi hypertrophiée et dégénérée, et dans laquelle le lupus peut encore persister et se reproduire, il s’élève par places de grandes papilles hypertrophiques, recouvertes d’une couche muqueuse épaissie et d’un amas considérable de cellules cornées, — lupus verruqueux (ou corné, Lang — lupus scléreux. Vidal, fig. 51).

Quant aux autres parties constituantes de la peau, ce sont les éléments épithéliaux qui subissent les premières modifications. Lorsque l’infiltration lupeuse a débuté par la superficie, ou a atteint la couche papillaire, les cellules de la couche muqueuse prolifèrent, se troublent, se creusent de vacuoles, se détachent ; la limite entre les papilles et celte couche muqueuse s’efface par l’envahissement de la prolifération lupeuse dans cette dernière, puis une fois que cette couche a été détruite par suppuration ou desquamation, la nodosité lupeuse est mise à nu (ulcération).

De même les cellules de revêtement des glandes sébacées et sudoripares, ainsi que des follicules pileux, s’hypertrophient, tombent en dégénérescence, se troublent, se gonflent, se kératinisent prématurément, de plus les follicules s’oblitèrent après la dégénérescence de la papille, l’ébranlement et la chute des poils. Les acini des glandes sébacées, après la rétraction de leur conduit excréteur, restent souvent remplis d’une masse épidermique disposée comme les écailles d’un oignon, et ressemblent ainsi à des corpuscules de milium, soit simples, soit groupés en grappe sur un pédicule cicatriciel commun.

LUPUS. TRAITEMENT

Il est important de citer encore une autre espèce d’hyperplasie épithéliale, qui a été décrite par Busch, Lang, par d’autres et par moi; elle consiste dans le développement du réseau muqueux sous forme de cônes épithéliaux simples ou ramifiés qui s’avancent dans le chorion (fig. o2), et qui, rencontrant des prolongements analogues formés par les cellules des glandes sudoripares et des gaines de la racine des poilsl, forment une trame réticulée pénétrant le chorion dans toutes les directions, et exclusivement formée d’éléments épithéliaux. C’est là, comme je l’ai montré, dans un travail spécial (1879), la trame histologique sur laquelle se développe le cancer épithélial au milieu d’un lupus encore

Fig. ôt.

Coupe verticale d’uue portion de la peau d’une jambe atteinte de lupus hypertrophique papillaire et verruqueux (faible grossissement).

a, épiderme, formaot en a' des éminences cornées. — réseau muqueux très développé, avec papilles grossies dix fois. — d, tissu connectif sclérosé et hypertrophié du chorion éléphantiasique, avec, c, plusieurs foyers de lupus dont un, c^ est vide t^tombé pendant la préparation).

florissant ou éteint. La réunion du cancroïde et du lupus qu’ont observée Devergie, Bardeleben, O. Weber, Hebra, Wenck, Thiersch, Yolkmann, Lang, Schütz et moi, a paru être rapidement fatale pour la plupart des sujets ainsi atteints; c’est seulement dans la minorité des cas que l’on a pu observer une amélioration passagère ou obtenir la guérison.

Le lupus de la muqueuse (fig. o3) présente essentiellement les mêmes rapports histologiques, modifiés seulement selon le terrain anatomique spécial, comme cela ressort également pour le lupus de la conjonctive des recherches de Rosalie Idelson, pour le lupus du larynx de celles d’O. Chiari et de Riehl et de l’identité clinique de celte forme de lupus avec le lupus de la peau, ainsi que le prouve la description que j’ai donnée tome II, page 402,

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Passons maintenant au traitement du lupus.

En fait de médicaments internes, nous n’en connaissons aucun qui puisse déterminer la régression d’un lupus existant, ou empêcher une récidive. Ainsi l’arsenic, comme les médicaments antisyphilitiques, le mei'cure, l'iode, la décoction de Zittmann, et les différents remèdes employés d’après l’hypothèse de l'origine scrofuleuse du lupus: l’huile de foie de morue, le fer, l’iodure de fer, l’huile animale de Dippell, les amers, le chlorate de chaux, le chlorate de baryte, l’antimoine, etc., se sont montrés inefficaces. Mais nous nous servons de ces derniers médicaments et d’autres analogues, pour relever la nutrition générale des malades atteints de lupus, si ils sont scrofuleux, anémiques, mal nourris. Le lupus lui-même ne peutêtre guéri que par des ' '

moyens locaux. I

Ceux-ci sont de deux j sortes : 1” les uns sont de simples adjuvants du traitement; 2“ les autres sont destinés à détruire directement les nodosités du lupus.

Parmi les premiers se rangent les graisses, huiles, pommades, emplâtres, les enveloppements de caoutchouc, qui sont destinés à ramollir les croûtes et à recouvrir les plaies en suppuration, ou même à agir directement sur les foyers lupeux. Suivant les cas, on y aura recours pendant toute la durée du traitement, tantôt sous une forme, tantôt sous une autre; ainsi, par exemple, on appliquera avec avantage des compresses imbibées d’huile de morue sur le lupus turgescent recouvert de ; croûtes. Après huit à quinze jours, non seulement les croûtes sont ‘ ramollies et tombent, mais les tubercules eux-mêmes sont macérés et disposés à une désagrégation rapide.

C’est de la même façon qu’agissent les applications de savon mou de ! potasse, sans préjudice de leur action légèrement caustique. j

Du reste, on peut obtenir encore une macération suffisante par l’on- I guenl simple, l’huile d’olive, l’emplâtre de savon et autres moyens ana- ; ‘

Fiy. o2.

Développement atypique de l'épithélium.

Coupe d’un lupus des fesses.

a, épiderme. — c, chorion présentant une inlîitration iupeuse diffuse, dans lequel les cônes épithéliaux ont, en b, donné naissance à des prolongements simples ou ramifiés.

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