LÈPRE. IMPORTATION
s’exprime neltement dans ce sens (1). L’infection de la population par deux Chinois (Hillebrand) apparaît comme un mythe et la diminution des cas de lèpre à la suite de l’isolement des malades comme très illusoire. C’est aussi l’opinion de Hirsch.
|| tagion se réalisent si rarement que les exceptions, quelque déplorables I qu’elles soient, demeurent fort rares. Voilà vingt années bientôt que ! nous observons très attentivement ce sujet à l’hôpital Saint-Louis, et,
' dans le cercle de notre observation personnelle, il n’y a qu’un seul cas de contagion hospitalière de la syphilis aux médecins, religieuses, élèves, infii-miers ou employés.
' Comment s’étonner, après cela, que quelques rares lépreux disséminés dans un grand hôpital, ou dans une grande ville, n’aient pas communiqué leur maladie, dont l'aspect repoussant n’engage pas aux contacts prolongés.
Les grandes villes, les grands hôpitaux, sont peu favorables à la multiplication et à la germination de l’élément lépreux; en effet, on y observe autant que possible les lois de l’hygiène; la balnéation et les lavages s’y pratiquent largement; l’œil du médecin intervient régulièrei; ment; la promiscuité y est réduile au minimum, caries lépreux dont i il s’agit sont des lépreux confirmés, suffisamment reconnaissables pour qu'il n’y ait rien à redouter des contacts. C’est absolument le contrepiéd et l’envers de ce qui se passe dans les pays lépreux, et dans tous les points où il se forme des foyers, le Japon excepté jusqu’à plus ample information.
Ernest Besnier — A. Doyon.
(1) H n’y a aucune contestation à élever à l’égard de ces deux faits : 1“ le déoeloppement de la lèpre aux îles Sandwich date du milieu de ce siècle; 2® il a coïncidé avec l immigration chinoise.
C’est personnellement que nous avons procédé au long et laborieux dépouillement de tous les documents auxquels le professeur Kaposi fait allusion, et notre jugement n'est pas conforme au sien ;
Sir Walter M. Gibson n’a fourni aucun fait précis à l’appui de l'existence ancienne de la lèpre aux îles, et il est tout à fait inacceptable de dire avec l’auteur « que l' accroissement en apparence si rapide aux îles Sandwich s'explique simplement par la recherche systématique., dans ces dernières années, des malades existants », car cet a accroissement » est une effroyable épidémie. Dans la première moitié de ce siècle, la lèpre, qu'elle eût existé ou non avant, était devenue si rare que les médecins exerçant à cette époque n'en connaissaient pas l'existence. Après 1830, se place le développement de l’épidémie actuelle, et cela sans contestation possible.
La coïncidence de cette explosion avec l’arrivée des Chinois est également hors de contestation, et c’est sous le nom de mal chinois (Mai Pake, or chinese sickness, Gibson, loc. cit., p. 9), que les indigènes désignent la lèpre. Mais quel que soit l’intérêt de ce point particulier, sa vérification est sans valeur pour la question en litige, et nous ne faisons aucune difficulté de déclarer qu’il est difficile d’aller au delà de la
QUARANTE-QUATRIÈME LEÇON
L'accroissement en apparence si rapide de la lèpre aux îles Sandwich s’explique simplement parla recherche systématique, dans les dernières années, des malades existants. On pourrait expliquer autrement que par l’isolement la réduction qu’on observe dans les cas de lèpre là où les malades sont isolés, comme en Norvège, où les lépreux ont diminué des cinq sixièmes durant une période de dix ans (Hansen). Il en est de même à Curaçao, où les malades sont confinés dans des asiles (léproseries), tandis qu’à la Trinidad, située dans le voisinage, la lèpre, dit-on, persiste.
Toutes les expériences indiquent que la lèpre, quoique provenant.
constatation de cette coïncidence. Toute vraisemblable que soit la version qui attribue aux Chinois en général, et au Chinois Auia en particulier, l'origine actuelle de la lèpre du royaume liawaiien, la démonstration irréfragable n’en a pas encore été donnée.
Il reste seulement, dans les légendes locales, de véritables raisons de supposer que la maladie, au milieu de ce siècle ou à la fin du précédent, a eu une source chinoise, 1787 : « the warrior c/«/e/' Keawe Kaiana-a- Auuula ivhen he made lus voyage tvilh captain Meaues, » en 1848, le Chinois AniA, à supposer qu’elle n’y eût pas déjà été antérieurement importée. Mais certainement, à aucune époque dans le passé, elle n’avait pris les proportions de l'épidémie actuelle. ,
Le lecteur qui ne pourra pas consacrerautantde tempsquenousl’avons fait à cette enquête, trouvera, dans le rapport du D*' Arthur Mouritz — Appendix K., Report of i)’’ Arthur Mouritz, résident physician and medical superintendant at the Leper Settleinent, Moiokai, February.1886, p. Lxxiii et suiv. — un résumé très clair et paraissant oflVir toutes les garanties d’authenticité, en même temps que d’indépendance médicale, de l'état de la question. Nous ajouterons seulement que Arxixg, qui a étudié la question sur les lieux et qui y a recherché la lèpre jusque sur les ossements des anciens Hawaiiens, reste partisan de la nouveauté de la lèpre aux îles, et (ju’il a renouvelé l’expression de sa conviction à cet égard au Congrès de Berlin en 1890.
En fait, d’ailleurs, alors même que la présence des lépreux aux îles dans les temps passés serait prouvée sans réplique, cela ne démontrerait pas que la grande explosion épidémique actuelle n’est pas due à une importation de germes nouveaux. L’histoire des épidémies montre en toute évidence la réalité des importations successives ou l’éimportations, dans un môme lieu, d’une même maladie, sous une forme suractivée, alors même que celle maladie y avait déjà existé, ou y était restée à l’étal endémique, et l’arrivée aux iles Sandwich de lépreux non indigènes aurait parfaitement pu créer un foyer épidémique nouveau, alors même (pi'ily aurait eu antérieurement des lépreux dans les îles.
Présente, ou passée, l’existence du choléra, de la variole, de la peste, etc., etc., dans une région, n’a jamais empêché la réimportation de germes nouveaux auxquels sont dues les cxaccrl)ations épidémiques, véritable reviviscence des germes par rénovation. Chaque maladie, même la plus contagieuse, subit les plus extrêmes variations de son