LÈPRE. CONTAGION
plus du tout une propagation par contagion avec une extension comme celle qui a eu lieu aux îles Sandwich dans le court laps de temps de vingt ans. Mais il y a encore d’autres expériences qui s’élèvent contre la contagiosité de la lèpre ou qui la rendent invraisemblable.
Bœck et Danielssen rapportent des exemples d’époux, dont l’un était lépreux et dont l’autre, malgré la cohabitation régulière pendant des dizaines d’années [sensu stricto), ne fut pas infecté (1). Les renseignements fournis sur ce point par un observateur récent (1885), le prof. Baelz, du Japon (Tokio), sont encore plus intéressants et plus exacts.
Au Japon, où la lèpre est excessivement répandue, e'ile se manifeste
égale à elle-même ; dans la lèpre, sa durée est inconnue. Ce que l’auteur appelle « incubation » ne mérite pas cette dénomination ; c’est simplement la période de sommeil du germe, l’état de microbisme inerte, dont la durée Qsi illimitée. , aussi bien dans la lèpre que dans la tuberculose, aussi bien pour les bactéries que pour un grain de blé, et qui peut être très courte, ou durer aussi longtemps que l'individu qui le recèle, au gré des circonstances qui favorisent, retardent, ou empêchent la germination de l’élément bacillaire. L'ineubation vraie ne commence qu’au moment où la graine, ou le bacille, ayant été placés dans les conditions favorables, s’ouvre la période de gemnination à laquelle succède la floraison à la surface. Ernest Besnier. — A. Doyon.
(1) Ce sont les faits négatifs, de cet ordre, qui ont le plus contribué à répandre l’opinion que la lèpre n’est pas contagieuse ; mais c’est aussi la mise en évidence la plus claire et la plus caractéristique de Y éventualité de la contagion lépreuse, qu’il ne faut pas confondre avec sa nullité. La question est beaucoup plus complexe qu’on ne l’a pensé : tout à l’heure, à propos de l’hérédité, nous montrions qu’il semble y avoir pour la lèpre conceptionnelle chez la femme, une immunité apparente, de la nature de celle qu’on l’on connaît en syphiliologie sous le nom de loi de Colles ; d’autre part, on voudra bien remarquer que la même objection pourrait être opposée à la contagiosité de la tuberculose, et que cela suffit à en détruire la valeur absolue.
En fait, cette immunité est loin d’étre constante ; on possède des observations récentes de contagion conjugale ; Vidal, loc. infr. cit., en a cité d’authentiques, et Leloir, après avoir indiqué les sources où l’on peut en recueillir, en a rapporté lui-même trois observations nouvelles [Traité, p. 302, 303) à ce point probantes qu’elles serviraient, à elles seules, à établir la contagiosité de la lèpre.
Ce qui a jusqu’à présent égaré les observateurs sur cette question, c’est la valeur systématique accordée à l’hérédité lépreuse. Que l’on fasse l’enquête à nouveau, avec une connaissance suffisante des éléments de la question à résoudre, et ces faits que l’on considérait comme nuis ou rares, apparaîtront avec un degré de fréquence suffisant pour entraîner toutes les convictions.
Donc, en principe, et en fait, théoriquement et nosologiquement, cette objection est sans valeur. Ernest Besnier. — A. Doyon.
QUARANTE-QUATRIÈME LEÇON
cependant bien plus fre'quemment à la campagne (dans le sud, d’après le D'' Sato, il y a plus d’habitants des villes qui en sont atteints) que dans la population compacte des villes; les individus couchent tous ensemble, dans les prisons, parmi eux beaucoup ont des excoriations, ils sont tout près les uns des autres, nus sous une couverture, sans qu’on ait observé de cas de contagion.
Dans les hôpitaux, les lépreux sont de temps immémorial confondus avec les autres malades ; jamais une infirmière ni un malade n’a contracté la lèpre. Un médecin indigène reçoit dans sa famille constamment trente lépreux en traitement particulier — tout le monde va et vient, mange ensemble — personne ne croit à la contagiosité de la maladie et on ne craint pas le contact des lépreux (1).
Même le dernier rapport officiel (1886) sur la lèpre à Hawaii n’est pas favorable à l’opinion de la contagiosité, et le rapporteur Gibson
(1) Cela est vraiment bien extraordinaire pour un pays qui est un foyer de lèpre inextinguible, et cela mériterait de faire l’objet d’une enquête confirmative assez authentique pour ne laisser subsister aucun doute. Si cela est réel, il faut supposer l’existence de quelque circonstance locale particulière, telle que la pratique habituelle des ablutions, etc., s’opposant à la transmission, ou admettre des conditions à.' immunité individuelle que nous ne comprenons pas. Tout cela a besoin d’être vérifié par des médecins compétents, et établi sur des documents nouveaux.
Quant à cette proposition que les médecins, gardes-malades, etc., ne prennent pas la lèpre des lépreux auxquels ils donnent leurs soins, elle ne saurait absolument pas être généralisée, en présence de l’observation des malheureuses filles de charité qui nous reviennent lépreuses, de l’admirable frère Damien, etc., victimes de leur dévouement sublime, et en présence des observations de médecins lépreux qui ont été produites. Faut-il aussi ajouter que 9 à 10 p. 100 des individus employés dans la léproserie de Molokai deviennent lépreux, et qu’au recensement de 1884, sur 943 lépreux, 52 employés à titre divers avaient contracté la maladie depuis leur entrée à la léproserie — Voy. Appendix, loc. cit. ; Voy. aussi H. de Varigny, La lèpre aux îles Hawaii, Revue scientifique, 16 juin et 1887; anal., par Thibierge, in Ann. de Dermat. et de Syph., sept. 1887, etc., etc.
Ce qui est la vérité, c’est que, pour la lèpre comme pour beaucoup d’autres maladies, l’éventualité de la contagion des malades aux médecins, infirmiers, gardes-malades, est très faible dans les conditions ordinaires de l’existence, et cela non seulement pour la tuberculose (pie nous pourrions légitimement invoquer, mais même pour la syphilis.
Voyez à Paris nos grands hôpitaux spéciaux, le Midi, Lourcine, Saint-Louis; chaque jour, nous y manions — le mot est littéral — l’agent contagieux de la sy[)hilis, et cependant, la syphilis n’ayant qu’un mode ordinaire de transmissibilité, l’inoculation, les conditions de cette con-