ULCÈRE DE JAMBE
Les ulcères inflammatoires (1) peuvent être divisés encore en ulcères contagieux et non contagieux, et chacune de ces deux classes en ulcères idiopathiques et symptomatiques, suivant les caractères de l’inflammation qui leur adonné naissance.
L’ulcère inflammatoire, idiopathique, non contagieux, peut survenir à la suite de toute inflammation idiopathique de la peau, telle que dermatite aiguë ou chronique, abcès, excoriations, eczéma, pustules vaccinales. 11 en est ainsi lorsque, par le grattage, des compressions, des tiraillements, la rétention de pus au-dessous des croûtes, des emplâtres irritants, des stases sanguines, des varicosités, etc., on détermine une déchirure par étranglement hémorrhagique ou en général un trouble quelconque des bourgeons charnus.
De tous ces ulcères, le plus fréquent est l'ulcère de la jambe, ulcus cruris; on trouve dans son mode de développement et dans sa marche presque toutefs les conditions qui donnent lieu à l’ulcère en général. On sait qu’on le rencontre le plus souvent chez les sujets atteints de varices, surtout chez les femmes après plusieurs grossesses, ou chez des personnes des deux sexes obligées par leur profession à se tenir durant toute l’année debout plusieurs heures par jour.
Les premiers symptômes qui se manifestent chez ces personnes sont, outre un certain degré d’œdème et des douleurs dans le talon et la plante des pieds, des démangeaisons dans la jambe qui forcent le malade à se gratter, et sont suivies d’excoriations.
Ces petites excoriations superficielles donnent lieu à des pertes de substance d’abord tout à fait planes, puis plus profondes, qui prennent d’autant plus vite le caractère des ulcères, que les hémorrhagies, l’œdème, les tiraillements, les lésions mécaniques par compression ou par violence extérieure, la lymphangite ou la dermatite concomitantes dues à la rétention du pus sous les croûtes, y sont plus fréquents, et que la formation de granulations destinées à réparer la perte de substance y est plus troublée. Puis surviennent la callosité des bords de l’ulcère, déterminée par des inflammations répétées, la tendance fréquente à la néoformation du tissu connectif (cicatriciel), la grande extension que prennent ces bords, la constriction des vaisseaux afférents par les circonstances qui font de l’ulcère de la jambe, une fois constitué et assez étendu, une affection qui dure pendant des années, très douloureuse et fort pénible, sinon incurable.
(1) Cette qualification d’ « inflammatoire » ne saurait plus être prise à la lettrée. Dans tous les « ulcères » proprement dits, il intervient un autre élément qui, seul, peut servir à les dénommer véritablement.
QUARANTE-NEUVIÈME LEÇON
L’ulcère de la jambe siège le plus souvent au tiers moyen ou inférieur, d’un seul ou des deux côtés, surtout à la face antérieure; il occupe une partie plus ou moins grande, rarement la totalité du pourtour de la jambe. Les petits ulcères sont ronds, ovales ; les grands ont une forme irrégulière et ont, suivant leur âge, des bords calleux, déchiquetés, et se compliquent d’un épaississement éléphantiasique plus ou moins prononcé de tout le membre.
Cet ulcère simple, variqueux, ulcus e varicibus^ se distingue de l’ulcère syphilitique par son siège superficiel, bien qu’il occupe en général une étendue assez vaste, par son indolence presque complète et par l’absence d’infiltration gommeuse circonscrite du voisinage, par son mode de début lié à une inflammation chronique du tissu où il se développe.
Si l’on se reporte ainsi au début de l’ulcère de la jambe, on voit nettement qu’il ne dépend que de troubles circulatoires ou nutritifs des tissus, et on abandonne les idées anciennes sur les propriétés de dérivation et de substitution de cet ulcère (1). On cherchera, au contraire, à le combattre et à le guérir le plus tôt possible. Les chances de guérir un ulcère varient nécessairement selon ses dimensions, son ancienneté, l’état des tissus qui l’entourent, etc.
Quant au traitement, on n’aura qu’à suivre ’Jes règles chirurgicales ordinaires. S’ilya des phénomènes inflammatoires, il faudra tout d’abord les combattre par la position horizontale ou élevée du membre et par l’application du froid. Puis on provoquera l'élimination des couches supérieures, qui ont subi une destruction moléculaire, par l’application de gypse bitumineux pulvérisé qu’on obtient en triturant de l’huile de hêtre avec du gypse, ou de la poudre de charbon de tilleul, ou encore le pansement de Lister, etc. On surveillera attentivement la formation des granulations, soit en l’excitant avec une solution de potasse caustique, 0,1 pour 50,0 d’eau distillée, soit en modérant sa prolifération luxuriante par la cautérisation ou le raclage, ou par des pansements caustiques et astringents, tels qu’une solution d’acétate de cuivre, la pommade au précipité rouge, le nitrate d’argent, la poudre d’alun et autres moyens analogues.
Les bains continus sont extrêmement utiles, non seulement pour aider à la réparation de l’ulcère, mais encore pour diminuer les complications inflammatoires phlegmoneuses. Un bandage compressif méthodiquement appliqué, et allant des orteils jusqu’au-dessus du mollet, au moyen d’une bande de flanelle, et la compression faite directement sur la surface de l’ulcère à l’aide de l’emplâtre de savon domestique, permettent
(I) Voy. plus haut, note 1, page 704.