ULCÈRE DE JAMBE
même au malade de marcher; la compression empêche la dilatation et la de'chirure des petites veines et des capillaires, et met obstacle aux hémorrhagies, à l’œdème et à l’exubérance des granulations (1).
(-1) \j ulcère de jambe est l’aboutissant commun d’une série complexe de lésions dont les causes elles-mêmes, simples ou spécifiques, virulentes, parasitaires, etc., sont très multipliées, mais au milieu desquelles l’état de varices joue le premier rôle. L’intermédiaire essentiel consiste dans les lésions nerveuses, auxquelles toutes les conditions dites étiologiques viennent s’adjoindre — Voy. Quénu, Rev. de chir., 1882.
I. Dans Va pathologie exotique, ?,oa?, l’action des conditions matérielles, climatériques, hygiéniques, sociales, etc., très variées, auxquelles sont soumis les indigènes ou les immigrants, et sous l’action probable de diverses germinations parasitaires accessoires, l’ulcère de jambe prend une importance et une physionomie particulières, qui ont motivé une assez riche synonymie — Ulcère phagédénique des pays chauds, tropical, de la zone tropicale, ulcère de Mozambique, de Chine, de Cochinchine, du Tonkin, de Mayotte, de Nossi-Bé, du Gabon, etc., etc. En réalité, c’est toujours Vulcère de jambe, bien que l’on puisse, dans les régions exotiques, constater, en même temps, des ulcères en d’autres points du corps, soit par auto-inoculation, etc., soit par coïncidence des lésions de même nature, chez les syphilitiques, par exemple, les scrofulotuberculeux, etc. — Cf : P.-E. Guérin, Essai sur l’ulcère de Cochinchine, et de son identité avec certains autres ulcères exotiques indigènes; G. Treille, De l’ulcère phagédénique des pays chauds, Arch. de méd. navale, 1874, p. 193; on consultera toute la collection de ce Journal et celle des Mémoires de médecine militaire; F. Roux, Traité prat. des mal. des pays chauds, etc. Paris, T. III, 1888, p. 434; Édouard Boinet, De l’ulc. phagéd. obs. au Tonkin, Étude clinique, Rech. microbiennes et expérimentales — Arm. de Dermat. et de 5y/9A.^3® série, t. l, 1890, pp. 210, 307.
II. Les phases nombreuses de l'ulcère de jambe, très inégales en importance et en durée, ont été bien précises, par Ed. Janselme — De l’Ulcère de jambe, des lésions qui le précèdent, et de celles qui le suivent, Gazette deshôp., 1888, p. 793; et Des dermites et de l’éléphantiasis consécutifs aux ulcérations et à l’eczéma des membres variqueux, Thèse de Paris, 1888 — dans les termes suivants :
« Dans une première période, en quelque sorte préparatoire de l’ulcère, la jambe variqueuse se désorganise lentement, toutes ses parties constituantes, téguments, nerfs, vaisseaux artériels et veineux, subissent des altérations trophiques plus ou moins considérables.
Quand le terrain a été suffisamment préparé, quand la vitalité des tissus est déjà trop profondément compromise pour leur permettre une résistance efficace, alors tout devient prétexte à ulcération; la cause la plus banale — un léger traumatisme, la rupture d’une varice, un eczéma — suffit pour créer un ulcère presque incurable. C’est ainsi que s’établit la deuxième période ou période ulcéreuse.
Mais l’ulcération une fois constituée ne peut persister longtemps, sans s’ac-'
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Les ulcères dont les bords sont excessivement calleux sont très difficiles à guérir. On peut, à l’aide de bandes ag’glutinatives allant d’un bord à l’autre, rapprocher mécaniquement les bords et favoriser ainsi la cicatrisation de certains points de la plaie. Nussbaum, d’après des données anciennes, a proposé de faire des incisions profondes et parallèles aux bords calleux des ulcères; ce qui permet de détruire les vaisseaux afférents, de prévenir ainsi les hémorrhagies et de rapprocher les bords de l’ulcère. Les greffes de Reverdin (T. II, p. 307) trouveront aussi d’utiles applications (1).
compagner de complications plus ou moins graves. En effet, les tissus profondément modifiés par cette sorte de triade pathogénique : les varices, l’athérome et les altérations nerveuses, se laissent facilement envahir par les germes infectieux au niveau des surfaces labourées par les ulcères, ou dénudées seulement par l’eczéma. De nombreuses poussées lympliangitiques se succèdent et, par leur répétition fréquente, aboutissent à finduiation, pseudo-éléphantiasique. Telle est la troisième et dernière période, celle de dermite hypertrophique, ou de pachydermie. »
III. C’est à la période préparatoire que Vhijgiène du membre atteint peut intervenir surtout, et être presque suffisante: propreté locale absolue, lavages quotidiens au savon; compression méthodique avec les bandes roulées, et quand on ne le pourra pas, au moyen des bas élastiques ; supprimer ou diminuer la station debout; combattre rigoureusement toutes les poussées eczémateuses intercurrentes.
A la période ulcéreuse, propreté aseptique absolue, pansements rares, élévation du membre; repos effectif; compression méthodique surveillée. Presque tous les innombrables médicaments topiques proposés sont bons s’ils sont bien appliqués : emplâtres de plomb, de Vigo, à l’aristol, au salol, etc., poudres de sous-nitrate de bismuth, d’iodofonne, d’aristol, de sous-carbonate de fer, etc.; fomentaliojis saturnines, de sulfate de cuivre à 1 p. 100 (Gosselin, Quénu), etc., etc.
On n'oubliera pas que beaucoup d’ulcères ont une cause spécifique: syphilis tertiaire, tuberculose, lèpre, etc., et on en tiendra compte dans la médication.
Tous les accidents lymphangitiques, eczémateux, inflammatoires de cause quelconque, en réalité dus presque exclusivement à l’incurie, à la malpropreté, au manque de soins, doivent être combattus par les moyens antiphlogistiques et antiseptiques appropriés, cataplasmes tièdes, fomentations de solutions de salicylate de soude de 10 à p. 1000, additionnées de 2 à 12 p. 1000 de bicarbonate de soude.
A là période pachy dermique, traitement tel que nous l’avons indi(|ué déjà — Voy. note des Traducteurs, pp. 138-142.
Ernest Besnier. — A. Doyon.
(l) Les greffes de Reverdin conviennent à beaucoup de cas, et sont seules applicables à la majorité des ulcères réfractaires ; mais il en est dans lesquels elles sont hiiu/’/îsan^es, et pour lesquelles des restaurations complètes peuvent être exécutées.
On doit à Paul Berger — Bullet. de V Acad, de méd., et liuUet. de la
ULCÈRES CUTANÉS
11 va sans dire qu’il serait avant tout désirable de guérir la cause prochaine des ulcères de la jambe, les varices, ou d’empêcher leur développement.
C’est à cela que tendent les différentes opérations chirurgicales connues sous le nom de cure radicale des varices, entre autres l’incision et la ligature proposée par Schede et par d’autres, la méthode d’Englisch, qui consiste en injections sous-cutanées d’alcool destinées à enflammer et à oblitérer les veines variqueuses; tous ces procédés, outre les dangers de phlébite, de pyémie, d’embolie, qu’ils peuvent présenter, n’ont en tout cas qu’une valeur très relative, car ils ne peuvent jamais s’appliquer que sur quelques-unes des veines dilatées. Aussi ne reste-t-il que les méthodes purement palliatives, consistant à faire porter continuellement au malade un bandage de flanelle, un bas lacé, et à lui recommander autant que possible la position horizontale du membre (1).
Les ulcères inflammatoires symptomatiques non contagieux sont l’expression d’un état dyscrasique ou constitutionnel spécial ; cet état pathologique amène directement l’inflammation et la destruction ulcéreuse des tissus, ou les produit indirectement, en mettant obstacle à la marche normale d’une inflammation et d’une suppuration survenues sous l’influence d’une cause quelconque.
A cette classe appartiennent les ulcères qui se manifestent dans le scorbut, la goutte, l’anémie, la cachexie, l'acné des cachectiques, la scrofulose, et certains autres que l’on peut observer dans le cours de la lèpre. Parmi ces ulcères, il en est dont l’aspect seul indique l’étiologie; ainsi les ulcères scorbutiques sont caractérisés par des hémorrhagies fréquentes, ceux de la goutte par des dépôts uriques, ceux de l’anémie,
Soc. de Chirurg., 1889-1890 — des exemples remarquables de guérison des ulcères de jambe par l’autoplastie italienne modifiée. Dans ces opérations, Berger ne cherche pas seulement à déterminer une cicatrice, mais — ce qu’aucun procédé de « greffes » ne peut réaliser — à pourvoir le membre de téguments normaux, doublés d'un tissu cellulaire qui en permette le glissement. On a, en même temps, pour but, de faire disparaître la rétraction cicatricielle et ses conséquences; d’assurer l’état des parties profondes en extii’pant non seulement Tulcère, mais les parties sur lesquelles il repose. Les conditions de succès sont que le membre auquel on emprunte les lambeaux soit sain, que les sujets soient jeunes et bien portants. C’est dire que l’application en pourra rarement être faite aux véritables ulcères variqueux.
Ernest Besnier. — A. Doyon.
(1) Cf. ; Cerné (de Rouen), Cure radicale des varices et des ulcères de jambe — Bull, de la Soc. de Chirurg., oct. 1890.
QUARANTE-NEUVIÈME LEÇON
qu’on observe d’ailleurs rarement, par la pâleur des tissus, leur peu de réaction, la lenteur de la formation des bourgeons charnus, leur sécrétion séreuse peu abondante.
Les plus fréquents et les mieux connus de ces ulcères sont les ulcères scrofuleux, reconnaissables à leurs bords lâches, très décollés, facilement saignants, atoniques, à leurs bourgeons flasques, à leur sécrétion mal liée, â la lenteur de leur réparation, qui donne lieu â des cicatrices difrormes, réticulées. Ils se développent le plus souvent sur la peau enflammée qui recouvre des ganglions scrofuleux en désagrégation caséeuse et suppurés (au cou principalement), ou au niveau de nodosités de la dimension d’une noisette ou d’une noix, indolentes, ramollies, caséeuses, situées, au nombre de deux ou de plusieurs, le long des vaisseaux lymphatiques et ayant une grande ressemblance avec des gommes syphilitiques. Les caractères de l’ulcère, qui plus tard deviennent évidents, permettent de les différencier les uns des autres. Au-dessus des os cariés, les ulcères sont creusés en entonnoir et entourés de proliférations fongueuses.
Dans le traitement des ulcères cutanés scrofuleux, il faut suivre les préceptes ordinaires du traitement des ulcères, et s’attacher à certaines dispositions locales, spéciales. 11 faut améliorer la nutrition générale, prescrire le séjour en bon air et un régime approprié ; on obtiendra d’excellents effets de l’usage de l’huile de foie de morue.
Les ulcères tuberculeux (T. II, p. 428), qui proviennent de la tuberculose miliaire vraie de la peau, peuvent en effet suivant leur localisation être éliminés par les caustiques ou guérir en partie ou complètement sous l’influence de l’iodoforme ou de l’iodol.