‹ Pathologie et traitement des maladies de la peauChapitre 163 sur 214 · DIAGNOSTIC DES CHANCRES · texte numérisé non relu

DIAGNOSTIC DES CHANCRES

Quelques détails complémentaires sont indispensables sur le chancre mixte, qui n’est pas compris dans le tableau ci-dessus, et sur la manière pratique de constater les signes du suintement et les signes du raclage.

I. Chancre mixte. — Le chancre mixte — J. Rollet — a été constitué expérimentalement, et se réalise, cliniquement, environ cinq fois sur cent ulcères vénériens. Il présente, réunis, les caractères du chancre syphilitique et du chancre simple — induration; réinoculabilité ; bords à pic ; suppuration ; douleur, etc. V adénopathie est ordinairement indolente, mais parfois mixte elle-même, c’est-à-dire chancrelleuse. La durée est longue, puisqu’elle comprend les deux évolutions, soit successives, soit empiétant l’une sur l’autre, du chancre simple, puis du chancre syphilitique.

11 en résulte une diminution apparente de la durée de l’incubation et un retard apparent, caractéristique, dans l’éclosion ultérieure des accidents secondaires (Diday).

II. Signes du suintement et du raclage. — Les signes que fournit la quantité relative du liquide exsudé, ou l’examen des produits de la rugination superficielle des érosions de l’herpès ou de la surface des chancres — signes de la pression et du raclage (Leloir) — sans avoir une valeur absolue, doivent cependant être connus, et peuvent être utilisés en pratique. C’est pourquoi nous en donnons ici l’indication détaillée d’après Leloir, Balzer, Thiéry:

1° Signe du suintement :

Leloir — Sur deux caractères cliniques d’une grande utilité au point de vue du diagnostic du chancre syphilitique avec l’herpès, etc., Journ. des Conn. méd., avril 1885, et Leç. sur la Syph., Progrès médical, 1886, et tirage à part, 1886, p . 150.

« Prenez un chancre nain, pressez-le entre vos doigts aussi longtemps que vous voudrez, vous ne ferez pas sourdre plus de liquide à sa surface qu’il n’y en a ordinairement. C’est à peine si cette surface sera vernissée par une mince couche de liquide.

(( Prenez au contraire une érosion d’herpès, d’herpès solitaire dans le cas actuel, pressez-la entre vos doigts, et vous ferez sourdre à sa surface une gouttelette d’un liquide séreux, transparent, de couleur ambrée, analogue à la sérosité de certains eczémas. Essuyez cette gouttelette, pressez de nouveau, vous ne tarderez pas à voir sourdre une nouvelle gouttelette de liquide. Essuyez encore, puis pressez encore, nouvelle gouttelette. Et ainsi de suite. Ceci, Messieurs, vous ne l’observerez pas dans le chancre, dans la variété de chancre nain qui peut être confondue avec cette variété d’herpès solitaire chancriforme.

« Donc, dans le chancre, pas ou peu de suintement, ce suintement n’est pas exagéré par la pression, une fois essuyé, il ne se reproduit qu’avec la plus grande difficulté. Dans l’herpès, au contraire, suintement; suintement bien plus abondant, augmenté par la pression et se reproduisant abondamment par la pression un grand nombre de fois. Vous pouvez vous-mêmes juger de la valeur de ce signe sur les malades que je fais passer devant vous.

« Lorsque le chancre syphilitique repose sur un tissu œdématié, comme

APPENDICE DES TRADUCTEURS

vous l’avez vu dans plusieurs cas de chancre du prépuce, le liquide de Uœdème suinte par l’érosion chancreuse. C’est là une cause d’erreur de diagnostic dont il faut se méfier, comme je vous l’ai déjà dit. »

2“ Signe du raclage :

I. — Leloir — Progrès méd., 1885 et Leç. sur la Syphilis, 1885, 1886. — « S’il s'agit d’un chancre infectant à érosion grise, diphthéroïde, vous trouverez, ainsi que je vous l’ai montré dans les produits de raclage, des débris de fausses membranes provenant de l'altération cavitaire d’une partie de l’épithélium qui recouvre la surface du chancre. Dans le chancre simple, au contraire, comme il y a ulcération; comme jamais à la surface de cette ulcération il n’existe de réticulum épithélial, vous trouverez simplement dans les produits de raclage des cellules lymphatiques plus ou moins altérées, des débris dissociés de tissu conjonctif du derme, mais pas de fausse membrane, pas de réticulum épithélial.

II. — Balzer — Soc. de Biol., mars 1886. — « Lorsque les signes des chancres sont obscurs, et l’inoculation impossible, et que l’on étudie les produits de sécrétion des diverses ulcérations entre lesquelles on hésite pour établir son diagnostic. Si on trouve seulement du pus, c’est de l’herpès ; s’il y a du pus et des cellules épithéliales, on a affaire à un chancre syphilitique; s’il y a des fibres élastiques en plus, la lésion est un chancre mou. Ce procédé d’observation m’a réussi dans les quatorze cas où je l’ai mis en usage. »

III. — Paul Thiéry — Contribution à l’étude du diagnostic des chancres vénériens. Progrès médical, 1886, p. 1091, et 1887, p. 3. — « On trouve des fibres élastiques dans la préparation, la lésion peut être un chancre simple ou un chancre syphilitique, jamais d’herpès. En d’autres termes, le diagnostic dans le cas d’hésitation entre chancre simple et herpès nous paraît assuré si l’on trouve des fibres élastiques. Malheureusement il n’en est pas de même si l’on hésite entre chancre syphilitique et chancre simple, bien que, en pareille occurrence, la recherche histologique suivie d’un résultat positif doive nous faire incliner vers le diagnostic : chancre simple, réserves faites pour les chancres syphilitiques à forme térébrante, où il est naturel de trouver des fibres élastiques. »

2° « On ne trouve pas de fibres élastiques. Dans ce cas, el pour peu que le doute reste dans l'esprit, soit sur la façon dont a été faite la préparation, soit sur la prédominance des signes qui semblent indiquer un chancre simple, on doit répéter avec soin la préparation : il nous est arrivé, dans un cas, de ne trouver de fibres élastiques qu’à un second examen. — Que conclure en l’absence des fibres ? On peut avoir affaire à l'herpès que ses signes ordinaires, ses caractères transitoires, l’absence des cellules épithéliales dans les préparations pourront différencier facilement du chancre syphilitique (diagnostic histologique exact), soit à un chancre simple (erreur histologique). Nous avons vu, par les chiffres cités plus haut, que les cas sont relativement rares où le chancre simple ne présente pas de fibres élastiques. Pour peu donc que les signes ordinaires s’accordent avec l’idée de chancre syphilitique, on pourra accepter ce diagnostic, du moins mentalement, et sous bénéfice d’inveutaire. »

Parmi les divers caractères histologiques que présentent les produits de la rugination superficielle des chancres, faite légèrement à l’aide d’une curette ou d’une lame, la constatation de la présence des fibres

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