CHANCRES SYPHILITIQUES. TRAITEMENT
La valeur nosologique de ces diverses formes de chancres est jugée différemment, selon les vues théoriques que l’on admet. 11 nous suffit de dire ici que tous ces ulcères naissent aux lieu et place d’inoculation du virus spécifique, que ce sont par conséquent des ulcères idiopathiques spécifiques ou inflammatoires contagieux.
Leur marche est bien définie, et pour ce qui est de leur caractère d’ulcère, leur pronostic ne diffère guère de celui des ulcères en général. Mais comme ils peuvent, ou non avoir dans leurs différents types, comme conséquence, l’infection syphilitique générale, le pronostic variera dans ce sens ; nous ne nous y arrêterons pas. Nous dirons cependant ici, d’une manière générale, que les chancres mous n’entraînent que rarement la syphilis constitutionnelle, tandis que les chancres indurés la déterminent au contraire presque fatalement (1). Quant aux
Fin de la note des Traducteurs sur le diagnostic du chancre syphilitique.
élastiques est un des meilleurs signes différentiels du chancre simple et de l’herpès. Nous l’avons souvent constatée dés les premiers examens, alors que le chancre était encore « herpétiforme » pour la majorité des observateurs, bien que, dès cette époque, un examen attentif, à la loupe, montre, dès les premières vingt-quatre heures, le début de la disposition cupuliforme, propre au chancre simple.
Cette recherche est fort simple, à la portée de tout praticien et peut se faire extemporanément de la manière suivante, employée actuellement par Jacquet dans notre laboratoire de clinique : 1° Racler doucement et sans effraction la surface de l’ulcération ; 2“ porter sur la lame porte-objet et colorer par le picro-carminate à I p. 100; 3° enlever avec soin l’excès de picro-carmin à l’aide de papier Joseph ; monter dans la glycérine.
Les (ibres élastiques, avec leurs caractères si spéciaux, apparaissent colorées en jaune, au milieu des globules de pus, et des fibres connectives, de coloration rose.
Ernest Besnier. — A. Doyon.
(1) Le chancre simple n’entraîne la syphilis. On peut rencon-
trer des chancres simples indurés, et des chancres syphilitiques qui le sont peu ou pas, ou qui ne le sont que passagèrement; le terme de chancre mou est donc mauvais. Il y a des chancres auto-inoculables qui s’entoureut d’une base dure, et qui, cliniquement et histologiquement, sont des chancres simples, et non des chancres syphilitiques.
D’autre part, lorsqu’un chancre, cliniquement ou histologiquement syphilitique, nest pas suivi d’accidents secondaires appréciables ou appréciés, cela ne veut en aucune façon dire que le sujet qui l’a présenté n’est pas syphilisé, et qu’il n’aura pas, à une époque ultérieure, des accidents syphilitiques incontestables. ,
Ernest Besnier. — A. Doyon.
KAPOSI, 2® ÉDIT. — II.
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autres formes de chancres, il est impossible, sur ce point, d’établir une règle de fréquence (1).
En dehors de ces conséquences, le traitement du chancre (2) ne diffère pas de celui des autres ulcères ; on le dirigera suivant les principes généraux de la chirurgie, en recommandant, à côté des modes de pansement déjà connus, l’emplâtre mercuriel. C’est dans l’espoir d’arrêter par des moyens spéciaux l’infection imminente du sang, que l’on a recommandé le traitement abortif par la cautérisation ou l’excision (3).
(1) Il n’y a que deux espèces typiques de chancres : le chancre simple et le chancre syphilitique; les « autres formes » appartiennent à l’une ou à l’autre espèce, ou à l’espèce mixte, le chancre de Rollet.
(2) Le traitement « du chancre » diffère fondamentalement selon (|u’il s’agit du chancre simple, ou du chancre syphilitique ; essentiellement et exclusivement local dans le premier, il ne comporte dans le second, en dehors du traitement général, que des pansements appropriés à sa forme et à son degré.
Non seulement il est inutile de pratiquer, à titre banal, comme le fait la généralité des médecins, des cautérisations sur le chancre syphilitique, mais cette pratique est communément mauvaise : Les cautérisations intempestives, en détruisant les tissus sains en même temps que l’infiltrat néoplasique, produisent souvent des cicatrices visibles, lesquelles ne sont pas dans l’éventualité du chancre syphilitique, laissé à son évolution, ou convenablement dirigé. On comprend de quelle importance est ce point, surtout si le chancre a son siège au visage.
Aux organes génitaux, les meilleurs moyens de mener le chancre rapidement à guérison, et à bonne cicatrisation, sont, en même temps qu’une médication générale réglée, la propreté locale absolue, la protection du chancre contre toutes les causes d’irritation et particulièrement contre le contact de l'urine' sou pansement avec le coton hydrophile, la gaze iodoformée, et sur les parties découvertes, l’emplâtre de Vigo fin, etc. Les cautérisations ne sont légitimes et utiles, que, s’il y a lieu, pendant la période de réparation et de bourgeonnement ; elle» doivent être superficielles, et faites avec le crayon de nitrate d’argent mitigé. Ernkst Besnier. — A. Doyon.
(3) C’est là, en effet, une tentative bien légitime en principe, et que l’on ne doit pas condamner sans examen; mais il est malheureusement trop probable que, l’inoculation une fois faite, il se produit simultanément, ou à bref délai, un travail de germination locale, et une pollution générale.
Cependant, un intervalle existant entre les deux ordres de faits, nous ne sommes pas d’avis de refuser la cautérisation ou l’excision, quelque aléatoires qu’elles puissent être, si les conditions d’insertion du chancre s’y prêtent, et si son évolution n’est pas trop avancée. Nous ne consentons pas à l’excision si le chancre est entièrement développé, et si l’infection ganglionnaire est manifeste.
Les excisions que nous avons autorisées ou conseillées (à l’exception
CHANCRE SYPHILITlQüfi.; >
Enfin on a recherché à plusieurs reprises dans la constitutiôn anatomique du chancre, qui diffère à peine, dans ses plus fines nuances, de celle d’un ulcère inflammatoire simple, la raison de la virulence constatée cliniquement et de l’induration spéciale (1), sans jamais y parvenir d’une façon définitive.
peut-être de l’une d’elles exécutée par Julien à notre demande, n’ont pas empêché la syphilis d’évoluer; mais nous devons dire qu’aucun accident n’a suivi les opérations exécutées.
Le professeur Gailleton a fait plusieurs excisions : dans un de ces cas, il ne s’était encore rien produit après cent jours (opération le cinquième jour) ; dans une autre, pratiquée le troisième jour, on n’avait rien observé au cent vingtième jour.
Cf. : J.-L. Petit, Traité des maladies chirurgicales et des opérations qui leur conviennent, 1790, Tome II, p. 399 à 412. — Ribes (père). Considérations sur l’excision et la cautérisation des chancres vénéi'iens. Hygie, Bruxelles, 1827, II, 73-9o. — H. Kôbner. Klinische und experimentelle MiUheilungen aus der Dermatologie und Syphilidologie, 1864, p. 67. — J. Neumann, Ueber die excision von iridurirten Schankern und der Abschnürrung mittelst der elastiscben Ligatur. Allg. Wien. med. leitung, 1873, XVIII, 491. — F. Kaszlinski, Ueber excision der Schanker, Thèse de Ch'eisfswald, 1874. — H. Ausmz, Ueber die Excision der syphilitischen Initial-Sclerose, YieHelj. f. Dermat. n. Syphilis, 1877, p. 107. — Th. Kôlliker, Ueber Excision der syphilitischen Initialsklei’ose (Vortrag. gehalten in der physikatisch-medicinischen GcselLschaft zu Würzbu7'g), le 6 juillet 1878. — H. Auspitz, Ueber die Excision der Hunterscben Induration, Wiener mediz. Presse, 1878, XIX, 1563-lo99; 1879, XX, 537-572. — E. KLink, Kilka w. uwag z powodu wycinania tak zwanzch sywankro’wtwarkycb (excision de la sclérose initiale), Medycyno Warszawa. 1879. Zur Frage der Excision der syphilitischen Initial-Sklerose. Viertelj. f. Dermatologie U. Syphilis, 1880. Wien, VII, 281-292. — Chadzynski, Sur la valeur prophylactique de l’excision de la sclérose syphilitique initiale. Annales de Dermat. et de Syphil., 1880, 461-476. — Riedinger, Excision einer sogennanten Initialsklerose, Med. chir. Centralblatt. Wien, 1880, XV, p. 136.
H. Zeissl, Ueber die Excision der syphilitischen Initialsklerose, und die Behandlung der Syphilis, Wien. med. Presse, 1880, XXI, p, 868, 899, 929. — Leloir, Ann, de Dermat. et de Syph., 1881. — Tomashensky, De l’excision du chancre syphilitique, Wralsch, n“ 26, 1882.
Mauriac, Excision d’un chancre syphilitique à la quarante-huitième heure de sa durée. Annales de Dei'matol. et Syphil., 1881, p. 533. — E. Sciiiff, Beitrage zur Frage der Excision der syphilitischen Initialsklerose, Viertelj. f. Dermat. u. Syph., 1883, p. 519. — Diday, Éradication de la Syphilis, Semaine médicale, 1884, n° 21, p. 213. — J. Bohm, Ueber die Excision der syphilitischen Initialsklerose, Thèse de Breslau, 2 septembre 1886. Cette thèse comprend un relevé de 672 cas d’excisions. — Thiéry, Traitement chirurgical non compliqué, Gazette médicale de Paris, 17 mars 1887. — Tarnowsky, Ein Fall frühzeitiger Excision des syphilitischen Primaraffertes, Viertel f. Dermat. u. Syph., n“ 4, 1887.
Ernest Besnier. — A. Doyon.
(1) Voyez Gornil, Leçons sur la syphilis, Paris, p. 38 et suiv. — L’épaississement scléreux inflammatoire des tuniques [adventices), des vaisseaux artériels et veineux, est constant dans le chancre induré et le
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Quant au second groupe d’ulcères cutanés, à ceux qui résultent de néoplasmes, nqus nous en sommes occupé en parlant du lupus, du carcinome, du sarcome, de la tuberculose, de la lèpre. Il faudrait y ajouter ceux qui proviennent d’un tubercule cutané, symptôme de syphilis constitulionnelle (syphilides ulcéreuses) ; nous en avons déjà parlé à propos des dermatoses syphilitiques (p. 581).
distingue à la fois des syphilides, des lésions inflammatoires communes, et du chancre simple. Voici, d’après cet histologiste éminent, l’opposition à établir entre les caractères anatomiques des deux chancres :
Chancre simple. — Cratère béant, résultant de la destruidion rapide, complète, des couches superficielles et profondes de l’épiderme, et de la fonte suppurative progressive des couches p^apillaire et dermique ; les papilles, le tissu conjonctif du derme et le tissu sous-dermique se transforment en un tissu de bourgeons charnus, dans lequel la charpente fibreuse se dissocie et se détruit.
Chancre syphilitique. — Sclérose du tissu-dermo papillaire et épaississement des parois des vaisseaux ; l’épithélium superficiel et le corps muqueux sont en partie conservés, même à la surface ulcérée ou érodée, et il reste presque constamment des plaques de cellules du corps muqueux ; la sécrétion, peu abondante, contient un nombre relativement minime de cellules lymphatiques.
Ernest Besnier. — A. Doyon.
NÉVROSES CUTANÉES